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Centrafrique : chronique d’un génocide annoncé ?

 Ces vingt dernières années, l’actualité sur le continent est rythmé, année après année,  par des conflits armés basés, à priori, sur des revendications politico-économiques, mais avec partout en filigrane, des relents de rivalités ethniques ou religieuses. Mais de tous ces conflits armés, celui qui a le plus choqué les consciences, c’est le conflit rwandais au cours duquel les masques sont tombées et la rivalité ethnique a pris la forme d’un génocide des tutsi par les hutus.  Et justement dans le conflit centrafricain en cours, le risque de génocide est une fois encore évoqué par tous les observateurs et la question se pose de savoir si les  mesures préconisées par les uns et les autres sont à la hauteur  de l’enjeu.

Ainsi va l’Afrique ! De crise en crise. Après la  crise du Liberia en 1990, la Somalie et la Siéra-Leone en 1991, le Rwanda en 1994, le Congo Brazzaville et la République Démocratique du Congo en 1997, la Cote d’Ivoire en 2002, le Darfour en 2003, la Lybie en 2011, le mali en 2012, c’est la Centrafrique qui se retrouve de nos jours dans l’œil du cyclone.

La situation en RCA est devenue chaotique depuis le renversement de l’ancien président Michel Bozizé le 24 mars dernier par l’actuel chef d’Etat centrafricain Michel Djotodia à la tête d’une coalition rebelle, la Séléka. Depuis lors Michel Djotodia est installé au pouvoir, la Séléka est officiellement dissoute par son chef, mais elle reste lourdement armée et les force de sécurité sécurité ex FACA (Forces Armées Centrafricaines) sans armes sont impuissantes à les contrôler.

Abandonnées à eux même, les populations livrées à la merci des rebelles souffrent le martyre. Estimés à plus de 20.000 hommes, majoritairement, de confession musulmane, la nébuleuse Seleka, tel des chiens enragés sème la mort et le dépeuple dans le pays.  Alliés avec les tribus de nomades peuls en province et  en ville aux commerçants et autres citadins musulmans, les rebelles de la Séléka s’attaquent aux chrétiens qu’ils pillent et massacrent. Les braquages à mains armées, les enlèvements, les exactions, les viols et les émeutes sont devenus le lot quotidien des centrafricains.

En riposte aux exactions de la Séléka, des groupes  d’autodéfense s’organisent pour repérer les groupes de musulmans isolés et les tuer. Les épisodes de véritable guerre de tranchée entre chrétiens et musulmans sont devenus monnaies courante en Centrafrique et les force de la Fomac débordées ne savent plus où donner de la tête.

Cette explosion des affrontements meurtriers entre milices d’autodéfense chrétienne et les groupes rebelles de l’ex séléka a plongé le pays dans une situation qui frise le génocide pour les chancelleries occidentales.

Pour les Etats-Unis, la Centrafrique est en situation de «pré-génocide» le directeur du bureau Afrique du département d’Etat, Robert Jackson devant la Chambre des représentants. Washington estime que le pays s’enfonce dans les violences intercommunautaires, notamment entre chrétiens et musulmans.

Pour la France, la République centrafricaine est «au bord du génocide», a déclaré Laurent Fabius, le 21 novembre 2013  sur France 2  «Aujourd’hui c’est le désordre absolu, vous avez sept chirurgiens pour 5 millions d’habitants, une mortalité infantile dans certains coins du pays de 25%, un million et demi de personnes qui n’ont rien, même pas à manger, et des bandes armées, des bandits, etc», a indiqué le ministre des Affaires étrangères.

Le constat dressé par le ministre français est très juste et il est évident que ce qui se passe en Centrafrique n’est pas banal, et mérite une prise en charge vigoureuse, mais même si la chose hante tous les esprits, le choix du terme de génocide pour le nommer apparaît plus comme un choix par défaut. Pour ma part, c’est un cas de grande criminalité perpétrée par une horde de hors les lois mécontentes de voir leur chef installé au pouvoir et eux laisser pour compte.

Face à cette situation délétère et implosive, le gouvernement de la transition condamne fermement ces agissements qui non seulement discréditent son premier responsable, mais perturbent le processus de la transition en cours. Quant au président de la transition lui même, devant  tout le désordre et le discrédit engendré par ses ex alliés, au lieu de se démettre, achète plutôt le silence des victimes centrafricaines à coup de millions de franc cfa et la bienveillance de la communauté internationale en  annonçant des négociations avec le chef de la LRA Joseph Kony qui serait disposé à renoncer au combat, une information que personne n’a d’ailleurs pris au sérieux. Il est peut être temps pour que Michel Djotodia tire les conséquences de son aventure à la tête du pays puisqu’il n’est plus l’homme de la situation.

Sur le terrain, les différentes instances chargées de gérer la crise s’activent à la tâche, mais visiblement sont débordées. Les Forces Armées Centrafricaines ( FACA), il y belle lurette qu’elles sont hors jeu. La Force militaire d’Afrique centrale (Fomac),  très volontaire, mais avec un effectif réduit n’est pas en capacité de résoudre le problème. Enfin la force africaine Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) d’environ 3 600 hommes sous mandat de l’Union Africaine est  jusqu’à nos jours non opérationnelle sur le terrain.

L’opérationnalisation de la Misca et sa mise sous mandat de L’onu ou à défaut son renforcement   apparaissent  comme la première approche de cette crise centrafricaine avant qu’elle n’échappe à tout contrôle.

Bien évidemment, le chaos et l’anarchie qui prévalent en Centrafrique  préoccupent la communauté internationale et au premier chef la France qui en a eu gros sur la conscience  après le génocide rwandais.

Washington a annoncé une batterie de mesures pour appuyer la MISCA et Paris envisage une intervention aux coté de la MISCA.,  La résolution de l’ONU visant à renforcer le Binuca (Bureau Intégré des Nations-Unies en Centrafrique) et le renforcement de la Misca (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique) a été une décision saluée par tous les observateurs même si l’envoi des casques bleus n’est pas d’actualité pour les Américains et les Anglais. L’engagement des partenaires au règlement de la crise : l’Union européenne et des Etats-Unis sont autant de signes qui témoignent de la prise de conscience de la communauté internationale face à la situation centrafricaine.

La nomination par la présidente de L’UA Nkosazana Dlamini Zuma de l’équipe dirigeante de la future force africaine en concertation avec les pays de la CEEAC, la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale vient  confirmer le regain de volonté de toutes les parties pour résorber cette crise. Le général de division à la retraite Jean-Marie Michel Mokoko, du Congo-Brazzaville, a été désigné chef de la Misca et représentant spécial en République centrafricaine,  le général de brigade camerounais Martin Tumenta Chomu à la tête de la composante militaire de la Misca et celle du colonel de gendarmerie gabonais Patrice Otsangue Bengone à la tête de la composante police. Dans son communiqué, la présidente de la commission renouvelle l’appel de l’Union africaine aux Nations unies pour qu’un soutien effectif soit donné à la Misca auxquelles la force d’Afrique centrale en Centrafrique(Fomac), passera officiellement le témoin le 19 décembre prochain. Et l’ONU examinera ce lundi 25 novembre 2013, les cinq options proposées par le secrétaire général, Ban Ki Moon. Le défi  est que toutes ces aides et actions  promises, se concrétisent à temps face à l’urgence de la situation sur le terrain.

 Mais, pour ma part, je veux insister sur la responsabilité des politiques africains. La crise centrafricaine est d’autant plus préoccupante que la position géographique du pays avec ses ouvertures sur 6 pays africains donne une idée de l’impact que cette crise aura sur la sous région de l’Afrique Centrale.

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Frontalier de six pays africains et non des moindres: Cameroun, Tchad, Congo Brazzaville, République démocratique du Congo, le Soudan et le Sud Soudan, si la Centrafrique implose,  c’est le cœur de l’Afrique qui explose et bien malin qui pourra dire jusqu’où l’onde de choc va se propager. L’on se souvient que la crise malienne n’est que la conséquence de la crise libyenne et bien d’autre pays peuvent connaitre le même sort avec une implosion de la RCA. Aussi pour ma part, au delà de l’engagements de la communauté internationale, j’exhorte les pays africains, notamment des pays frontaliers de la RCA  à prendre véritablement la mesure de la situation afin que les actions à envisager soient à la hauteur de l’enjeu.

Ces crises comme on sait ne prennent pas  naissance spontanément. A leur base, il y a toujours des connexions et des activistes connus des services des renseignements et des chancelleries africaines. Théoriquement, elles savent donc comment réussir leur désamorçage.

Pour mémoire, on a entendu en son temps les récriminations de Bozizé contre Idriss Deby, on connait aussi les griefs d’Idriss Deby contre le président soudanais Omar El Béchir ou ceux de Kabila contre des voisins qu’il n’ose même pas nommé etc. Des ressources existent donc  localement ne fussent que  dans les zones frontalières pour couper les bases arrières  des rebelles et conduire à leur anéantissement.

Une chose est sûr, en 1994 au Rwanda, tout le monde était unanime pour dire on n’a rien fait parce que on ne savait pas, en 2013 en Centrafrique, si la situation échappait à tout contrôle, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas et il ne s’agira d’avoir fait ce qu’on peut, mais ce qu’on doit pour que cela ne se produise pas.

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