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La tenue d’un mariage coutumier gay à Libreville le 29 décembre 2013 et l’interpellation des mariés et des participants de la cérémonie, puis leur libération quelques jours plus tard à cause du vide juridique dans la loi gabonaise, autant de péripéties qui en Afrique relancent la question de l’homosexualité. Un débat renforcé par la promulgation le 13 janvier 2014 au Nigeria d’une loi interdisant explicitement les unions entre personnes de même sexe et restreignant les droits des homosexuels. Ce débat sur l’homosexualité et sa légalisation ou non a en toile de fond l’abrogation du régime polygamique.

C’est bien connu, la modernité occidentale pose bien des dilemmes aux Africains qui sont appelés à laisser leurs traditions jugées rétrogrades ou désuètes et embrasser des valeurs modernes, jugées plus en phase avec les libertés et les droits humains. Des valeurs qui parfois heurtent terriblement leur moralité ou leur sensibilité. Ainsi en est-il du  débat sur la légalisation du mariage homosexuel sur le continent mis en perspective avec celui de l’abrogation de la polygamie.

D’un côté, il y a la polygamie qui d’une manière ou d’une autre ne choque moralement pas grand monde sur le continent. Dans bien des pays, il y a plus d’une première dame, officiellement ou officieusement. Mais au nom des valeurs modernes, elle est vouée aux gémonies et quoi qu’on dise c’est dans l’ordre de l’acceptable. Le Bénin s’est même fait remarqué en abrogeant la polygamie, de son code la famille, le 24 juin 2004.

De l’autre, il y a l’homosexualité qui moralement choque plus de 95 % des Africains. Mais les organismes des droits de l’homme et la communauté internationale aimeraient bien voir les législations africaines la légaliser et la codifier. Dès qu’un pays africain donne une orientation répressive à sa législation sur la question, comme c’était le cas lundi passé au Nigeria, c’est toujours un tollé général.

On comprend aisément une réforme sociétale qui représente une avancée en termes de fonctionnalité ou de moralité comme c’est le cas de la polygamie, mais on comprend mal une réforme sociétale qui représente au contraire une régression des normes morales de la société comme c’est le cas de l’homosexualité.

Il est indéniable qu’il existe en Afrique, une frange de personnes à tendance sexuelle gay. Mais il faut faire la politique de ses moyens, et je pense que le continent n’a pas aujourd’hui les moyens psychologiques et matériels pour gérer les conséquences d’une légalisation de l’homosexualité. D’ailleurs en Occident même les points de vue sont très partagés sur la question et la légalisation de l’homosexualité est plus le fait des lobbies politiques qu’une aspiration des peuples. De plus, les institutions chargées de gérer les différents aspects de cette décision en Occident sont plus matures que celles d’Afrique dans lesquelles les dérives seront trop nombreuses.

Le continent ne parvient déjà pas à nourrir, à soigner et éduquer convenablement sa population, peut-il se permettre le luxe de mettre à l’ordre du jour quelque chose qui ne représente qu’un épiphénomène dans sa société. A chaque chose son temps, et il ne faut point mettre la charrue avant les bœufs. Il viendra probablement, en Afrique, le temps où la légalisation de l’homosexualité s’imposera d’elle-même ce qui n’est visiblement pas le cas actuellement.

Pour l’heure, la résistance institutionnelle est encore farouche. Et mis à part l’Afrique du Sud ou l’homosexualité est légale et le mariage pour les personnes de même sexe est autorisé, de manière plus générale, l’homosexualité est toujours illégale et criminalisée dans au moins 39 pays sur les 54 que compte que le continent. La promulgation par le président nigérian Goodluck Jonathan le lundi 13 janvier 2014 de la loi, adoptée à l’unanimité par les parlementaires nigérians en mai 2013 montre bien la perception négative du phénomène sur le continent. Cette loi prévoit une peine de 14 ans de prison en cas de mariage homosexuel et 10 ans d’emprisonnement pour les personnes de même sexe affichant publiquement leur relation. Mais il faut l’avouer, dans certains pays africains :  les agressions, brimades et emprisonnements plus ou moins légaux dont sont victimes les personnes homosexuelles et transsexuelles sont excessifs. On peut se demander  jusqu’à quand ? Les Etats africains ne sont pas fiables. Au détour d’un prêt ou d’un appui budgétaire ou tout autre forme d’aide, si la conditionnalité passe par l’assouplissement de la législation contre l’homophobie, il n’est pas à exclure que les uns après les autres les législations dans les pays africains bougent en sens inverse bien avant les sensibilités.

 

 

8 thoughts on “Afrique : poly… ou homo; un dilemme plus que cornélien

  1. En quoi avancerait l’Afrique si les Hommes épousaient des Hommes, et des Femmes se marieraient avec d’autres ? Pas grand chose ! Les gens ont d’autres préoccupations. Comparer la polygamie à l’homosexualité s’est déplacer le débat de son contexte véritable. Tolérer, accepter, c’est différent d’institutionnaliser.

    • Salut cher Debellahi, Merci pour ta contribution. Mais je dois avouer que je n’ai pas bien saisi le fond de ta pensée. c’est peut être toi qui ne m’a pas compris. je ne compare pas la polygamie à l’homosexualité mais la perception moderne de ces deux phénomènes sociaux. l’un est condamné et l’autre admis. c’est un peu contre cette raison du plus fort que je m’insurge. Amitié

    • Merci bien Rijaniaina! Un vrai débat comme tu le dis. Nous essayons ici de poser les question avec l’espoir que le débat va permettre de clarifier la question. Merci d’être passé par ici. Amitié

  2. Ben, au lieu de toujours copier ce que font les européens, chaque pays Africain, chaque société doit se poser des questions. Il n’est pas prouvé que la légalisation des mariages homo soient une avancée (ou le contraire), ni adaptable partout. C’est pareil pour la polygamie; interdit par la bible mais toléré par Jehovah chez certains de ses sujets (David et Salomon par exemple); elle pourrait être un jour salutaire pour la survie de l’espèce, s’il ne restait plus qu’un seul homme et plusieurs femmes sur Terre (ou l’inverse). Mais si ça engendre plus de guerre que de paix…à vous de voir

    • Merci bien Andry! Nous essayons ici de poser les question avec l’espoir que nos sociétés vont les prendre en charge pour élaborer une réponse juste pour notre salut. Merci d’etre passé par ici. Amitié

  3. Bonjour
    j’apprécie la démarche de votre billet et particulièrement son caractère informatif. En revanche, je désapprouve son propos général et la qualification « occidentale » de la lutte contre l’homophobie.
    L’homosexualité n’est pas une tare, une déviance ou « une régression des normes morales de la société », c’est une attirance sexuelle éprouvée par des individus partout dans le monde, y compris en Afrique. Son acceptation (elle existe rappelons le!!!) n’est pas l’apanage des pays du nord, elle se trouve sur tous les continents.
    Pour avoir travaillé sur le sujet au Sénégal, j’ai même découvert que certaines pratiques homosexuelles étaient valorisées (être « l’homme » dans un rapport entre deux hommes) et d’autres réprouvées (incarner la « femme »). Une nuance qui laisse songeur…
    Accepter les individus comme ils sont n’est pas un enjeu « occidental » ou un « combat de lobbies », c’est un enjeu de justice sociale. Quel que soit le contexte économique, sanitaire, politique d’un pays, la justice sociale, le respect des individus, la lutte contre les tabous, contre les racismes et les discriminations est un impératif. Elle n’est pas un luxe de riches. Nous parlons d’individus, de voisins, de cousines, de camarades, nous ne parlons pas de concepts. Enfin votre phrase « Mais il faut l’avouer, dans certains pays africains : les agressions, brimades et emprisonnements plus ou moins légaux dont sont victimes les personnes homosexuelles et transsexuelles sont excessifs. » est tout simplement dangereuse. Les agressions, brimades et emprisonnements… ne sont pas « excessifs » mais intolérables.

    • Merci bien Ziad pour ta contribution! J’ ai bien compris ton point de vue que je respecte, même si nous ne sommes qu’en partie d’accord sur la question.
      J’ai eu l’idée de ce billet face au tollé général provoqué par le simulacre de mariage gay de Libreville dans la société gabonaise. J’en ai déduis que la société gabonaise ne valorise pas cette tendance. Ce qui est malheureusement le cas dans beaucoup d’autre pays africains.Je suis d’avis que la question de l’homosexualité est une problématique au coeur des valeurs et des libertés
      Oui, l’homosexualité existe bien en Afrique, mais elle est marginale.
      Oui, L’homosexualité n’est plus une tare ou une déviance actuellement en Europe, mais il fut un temps ou c’était le cas. Visiblement c’est encore le cas dans la majorité des pays africains, du moins du point de vue des législations en vigueur.
      Oui, en dehors de l’Afrique du Sud, tous les autres Etats ont une approche plutôt répressive de l’homosexualité.
      Plus profondément, j’observe qu’il y a une grande crainte dans les sociétés africaines malmenés par la pauvreté et la laxisme de voir les moeurs totalement bouleversés par ce model atypique de famille. les dérives seront considérables. Cette crainte qui ne dit pas son nom ne peut pas être balayée du revers de la main. Il faut faire avec pour faire évoluer la question.
      Quoi qu’il en soit, en Afrique comme dans plusieurs Etat américains et européens, la légalisation ou non de l’homosexualité est en débat,Nous essayons ici de poser les questions avec l’espoir que le débat va permettre de clarifier la question. Merci encore d’être passé par ici. Amitié

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