Cogito, autem non sum ! Je pense, mais je ne suis pas!

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Diomande N. Berole, 10 ans, brandit fièrement son acte de naissance fraîchement acquis à Bandoukou  en Côte d’Ivoire. 

J’ai relu cette semaine pour la énième fois le discours de la méthode de René Descartes qui est l’un de mes livres de chevet préférés. Mais, contrairement aux autres fois, en relisant, cette fois-ci, sa célèbre pensée : « Je pense donc je suis », je n’ai pas pu empêcher mon esprit de penser à ces milliers d’Africains qui pensent sans être, ces Africains qui existent physiquement, sans exister légalement, ces Africains qui font le nombre sans être du nombre, ces Africains fantômes, étrangers dans leur propre pays. Cette réalité qui pose plus globalement la problématique de l’état civil des pays africains est un drame sur lequel il urge que  le continent se penche sérieusement.

L’enfant est au centre des valeurs fondamentales humaines et en Afrique. Plusieurs cérémonies et festivités plus où moins fastes sont organisées le jour du baptême coutumier qui  accompagne presque toujours la naissance de chaque enfant comme le veulent nos traditions.

En basculant de la civilisation traditionnelle dans la civilisation moderne avec la colonisation, les Africains ont tacitement opté pour une série de valeurs dont l’importance n’est pas toujours bien perçue par tout le monde. Parmi ces valeurs, on trouve en bonne place, la déclaration de naissance d’un enfant à l’état civil.

Ainsi, à côté de toutes les cérémonies rituelles ou coutumières qui entourent la naissance d’un enfant, la déclaration de naissance de l’enfant devant l’officier de l’état civil devient une formalité administrative hautement capitale. Ce dernier doit enregistrer la naissance de l’enfant sur les documents de l’Etat et délivrer aux parents une pièce d’état civil ou acte de naissance de l’enfant. C’est dorénavant ce document qui rend à l’enfant son identité, préserve ses droits et son avenir. Il est la preuve légale unique de son âge, de sa filiation biologique, de son identité et de sa nationalité. C’est lui et lui seul qui atteste de celui que l’individu prétend être et seul ce qu’il dit compte. Concrètement donc, c’est l’acte de naissance qui établit la vérité légale sur la réalité objective que constitue l’individu.

En définitive, la déclaration de l’enfant à l’état civil constitue une formalité plus capitale que le baptême, la présentation  ou l’initiation de l’enfant. Cette déclaration de naissance se fait devant l’officier de l’état civil dans les mairies, les sous-préfectures ou les communes selon les pays. Dans tous les cas, où qu’on se trouve en Afrique actuellement, il y a  une administration plus ou moins proche pour inscrire son enfant sur le registre de l’Etat et lui donner un acte de naissance.

Mais, cinquante après les indépendances, peut-on dire que toutes les naissances sur le continent sont enregistrées  ? La réponse est hélas, non !

Un mal profond

Pour les citadins qui ne sont pas confrontés à ce problème, la question semble sans intérêt. Mais dans les couches rurales qui forment l’essentiel des sociétés africaines, l’identification des individus nécessite souvent les jugements supplétifs d’acte de naissance. Avec l’exode rural et les migrations tous azimuts, ce drame est plus proche de soi qu’on ne le pense souvent, car les personnes démunies d’acte de naissance font partie de l’environnement de chaque Africain. C’est le cousin, le voisin ou de simples connaissances, voire des personnes au-dessus de tout soupçon.

Dans le film de sensibilisation “Rêves brisés“,  réalisé par Idrissa Ouédraoguo, et présenté au Fespaco 2007, on y apprenait déjà qu’en Afrique occidentale et orientale, un enfant sur quatre n’a pas de pièce d’état civil.

Selon l’Unicef en 2008, au  Burkina Faso, par exemple, on comptait 5, 5 millions d’enfants sans acte de naissance sur une population d’environ 15 millions d’âmes. A  Madagascar, le phénomène existe aussi avec 2, 5 millions d’enfants sans acte de naissance, donc sans existence légale.

L’année 2009 fut dédiée par les Nations unies à la réhabilitation des naissances avec un soutien aux Etats africains pour donner une existence légale à tous les enfants. Pourtant, année après année, les statistiques se suivent et se ressemblent.

A l’occasion de son 67e anniversaire, le 11 décembre 2013, l’Unicef dévoile dans un nouveau rapport que dans le monde un enfant de moins de cinq ans sur trois… Soit 230 millions d’enfants de moins de cinq ans n’ont jamais été déclarés à leur naissance. En Afrique, les cinq pays au plus bas niveau d’enregistrement des naissances sont : la Somalie (3 %),  le Liberia (4 %), l’Éthiopie (7 %), la Zambie (14 %), le Tchad (16 %), ce qui indique que la grande majorité des enfants de ces pays sont sans acte de naissance.

Comme on peut le constater, les personnes démunies d’acte de naissance représentent une frange non négligeable de la société africaine. Elles ne sont présentes sur aucun registre des Etats. Elles naissent, grandissent et meurent dans l’anonymat total. Une situation dans laquelle elles sont bien souvent sans le savoir et presque toujours sans le vouloir.

Le drame est que les parents nés pendant la période coloniale ont des actes de naissance ce qui n’est pas le cas de leurs enfants nés après les indépendances.

Les causes multiples

D’une manière générale, plusieurs facteurs expliquent le faible taux des déclarations des naissances en Afrique. Il y a d’abord la méconnaissance par les parents et les communautés surtout rurales de l’importance de l’état civil dans vie de l’individu et donc de l’intérêt de l’enregistrement des naissances.

En outre, beaucoup de parents dans les pays concernés ne donnent simplement pas la priorité à cette formalité, étant donné qu’ils doivent déjà faire face à plusieurs autres défis quotidiens.

Plusieurs  parents, en effet, se contentent, de bonne foi, des fiches de naissance délivrées par la maternité et  se rendent compte de sa caducité longtemps après.  D’autres, en revanche plus informés ont peur des amendes encourues par les parents une fois dépassé le délai limite pour déclarer un nouveau-né qui varie de 15 jours à 60 jours selon les pays. Et cela sans compter  l’éloignement et le manque de moyens des services d’état civil.

A ces différents facteurs, s’ajoutent les conséquences de plusieurs années de crise sociopolitique dans différents pays.  En temps de guerre, la déclaration de naissance devient  impossible, même aux parents qui voudraient bien le faire. Avec la série de crises qui a frappé le continent et la quasi-dislocation des Etats sur l’arc Mali, Libye, Soudan, Centrafrique, RDC, le nombre des déplacés et réfugiés de l’intérieur ne cesse de croître sur le continent et avec lui le nombre d’enfants non enregistrés.

Toutefois, les guerres, l’éloignement n’expliquent, qu’en partie, cette déplorable situation. Le phénomène concerne, en effet, des personnes nées en période de paix et s’observe aussi  dans des pays tels que le Bénin ou le Burkina Faso qui n’ont pas connu de guerre dans un passée récent. Aussi la cause de  l’ignorance ou la faible importance accordée à ce bout de papier par ces personnes chez qui les considérations de la civilisation écrite perdent du terrain face aux coutumes de la civilisation orale.

Des conséquences multilatérales

Pour l’Unicef, « un enfant sans acte de naissance est un enfant qui n’a pas de nom, de nationalité, d’accès à l’éducation et à la santé, y compris à la vaccination, de protection contre les éventuels abus et violations de ses droits.

L’état civil a deux fonctions principales,  l’une administrative et l’autre statistique.

Au point vue administratif : « Un enfant sans acte de naissance n’est pas un citoyen, mais un fantôme! ». L’Unicef rappelle que bien plus qu’une formalité, être reconnu par son pays est un droit sans lequel les enfants deviennent la proie de tous les abus

Du point de vue statistique, un pays qui n’est pas en mesure de  connaître le nombre de ses habitants aura toutes ses données  macroéconomiques faussées et par conséquent devient lui aussi, petit à petit, débordé par des problèmes sociaux qu’il n’a pas vu venir.

Les mesures  à l’ordre du jour

La plupart des Etats africains ont entrepris ces dix dernières années d’importants changements dans le fonctionnement de leur  SEC. Le but de ces réformes étant de répondre aux défis de la modernité et d’améliorer l’offre de statistiques.

Des audiences foraines  soutenues par des financement  de l’union européenne ou des UNICEF ou d’autres types de procédures locales sont réalisées dans plusieurs pays africains (Bénin, Niger, Cameroun, Cote d’Ivoire, Nigéria, Ouganda, …)  afin que ses personnes sans papier puisse  bénéficier d’un jugement supplétif, qui leur permettra de se faire établir un acte de naissance, puis un certificat de nationalité avant la carte nationale d’identité ou la carte électorale.

L’UNICEF utilise des approches innovantes pour appuyer les gouvernements et les communautés dans le renforcement de leurs systèmes d’état civil et d’enregistrement des naissances y compris dans certains camps de réfugiés comme ici dans le camp de Tabareybarey    Niger


tumblr_inline_mxphsxiFSQ1s5i37lDes  mamans exhibant les actes de naissance de leurs enfants après l’audience, le 9 /12/ 2013, camp de réfugiés de Tabareybarey.  UNHCR

Toutefois il  importe de souligner que, ces audiences foraines  ne sont que des procédures temporaires et il est nécessaire que les mentalités changent pour éliminer cette insuffisance.

La lutte est donc au  niveau de la sensibilisation pour que ne se renouvelle pas cette tare sociale. Les Etats modernes africains ne peuvent plus se permettre d’abriter en leur sein des personnes  fantômes.

Un enfant, pour la plupart des humains, est un rêve, un engagement, un projet qui se matérialise à la naissance de l’enfant. Toutefois, pour que le rêve devienne réalité, cette naissance doit être actée à l’état civil afin que cet enfant compte pour lui-même et pour la société.

Bénin: le linge sale à laver en famille.

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 La situation actuelle au Bénin est très préoccupante. La crise sociale est profonde. Le bras de fer gouvernement/syndicat se radicalise chaque jour un peu plus et la peur que la situation dégénère à tout moment est grande. Pourtant, une soupape certaine de la situation  est un compromis satisfaisant sur la LEPI ( Liste Électorale Permanente Informatisée). Sa correction satisfaisante est attendue par tout le pays et visiblement c’est le flou total autour de ce qui a vocation d’être un outil de transparence électorale. Question de moyens ou simplement anguille sous roche?

Une fois n’est pas coutume, je veux commencer ce billet par une devinette. Juste une petite colle qui n’est rien d’autre que le secret de polichinelle le plus célèbre du Bénin.

Je suis une base de données béninoise.

Sur mes pages et dans mes champs sont enregistrées les données d’état civil, biométriques et d’adressage de tous les béninois de 16 ans et plus.

Je connais où se trouve chaque béninois, mais aucun béninois ne sait où me trouver.

Que suis-je ?

Oui ! Oui ! Tout à fait. Mais bravo à tous!

 Je suis la Liste Électorale Permanente Informatisée (LEPI).

Un véritable serpent de mer

 Outil de performance administrative, de développement économique et surtout de transparence électorale, la LEPI ( Liste Électorale Permanente Informatisée) a été  mis en place  de 2009 à 2011 pour consolider la démocratie béninoise. Elle a servi pour la première fois, lors des élections présidentielles puis législatives de 2011  qui ont paradoxalement conduit à des scrutins suivis de fortes réclamations et contestations dans le pays. Depuis lors, plus aucune trace de cette base de données dans le pays.

Elle s’est située pendant un moment au ministère de l’intérieur, mais non, elle n’y était pas. Puis on l’a située dans les bureaux du  PNUD à Cotonou., mais non, l’information a été vite démentie.

Où donc est-elle dans le pays?  Bien Malin qui peut le dire.

«Actuellement, dans beaucoup de milieux, au Bénin, les gens ne croient pas qu’il y a une LEPI au Bénin. La LEPI est devenue une sorte d’arlésienne béninoise, un véritable serpent de mer qui menace la démocratie béninoise.

La priorité des priorités

Depuis les frustrantes élections de 2011, la correction de la LEPI est la priorité des priorités pour l’ensemble de la nation béninoise et de toute part fusent des messages allant dans ce sens à l’endroit du gouvernement surtout en prévision des élections municipales et locales qui doivent se tenir en 2013.

Dans cette optique, Suite aux élections à polémique de 2011, une mission d’évaluation de la LEPI a été commanditée par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) sur la demande du Gouvernement.  Cette mission  à auditer la LEPI sans avoir eu accès à la base de donné elle même. Le rapport de son audit contenant 39 recommandations dont la plupart visent la mise à jour, la correction et/ou la révision du fichier électoral de 2011, a été présenté à divers acteurs politiques et à la société civile le 1er avril 2012. .

 A la veille des élections communales et locales de 2013, un nouveau consensus s’est dégagé au sein de la classe politique béninoise pour la correction de cet outil, plus que jamais incontournable de gestion des processus électoraux. Le  Chef de l’Etat lui même était très engagé sur la question pour que les élections municipales se tiennent à bonne date, pourtant du coté du gouvernement c’est le calme plat, jusqu’au report  sine die de ces élections municipale et communales..  !

Après moult tergiversations, le Conseil d’Orientation et de Supervision pour la correction de la  LEPI, (COS-LEPI)  a été installé en mai 2013.

Dans un point de presse tenu à son siège 2 mois après le démarrage de ses activités, Le président du COS LEPI avait annoncé le chronogramme de la mise en œuvre pratique du processus de révision qui se déroulera en dix (10) phases, dont les principales sont l’audit participatif, l’enregistrement complémentaire des citoyens, la consolidation et le dédoublonnage, l’extraction de la version actualisée de la LEPI et la distribution des nouvelles cartes d’identité à valeur de carte d’électeur..

Ce  chronogramme d’activités  prévoit la mise à disposition de la liste actualisée pour le mois de novembre 2013». Ce délai est passé à janvier 2014, puis février 2014 et actuellement à juin 2014. Mais, sur un budget prévisionnel de 9 milliards, le gouvernement n’a à ce jour versé que quelques millions au COS LEPI ce qui fait douter de sa bonne foi pour voir aboutir cet outil pour des élections transparentes et apaisée.

La preuve, à plusieurs reprises, le Cos LEPI a annoncé l’impression et l’affichage des listes de 2011 ; mais elle n’est toujours pas rendue publique et encore moins, affichée. Les différents acteurs du processus ne finissent pas d’être formés. et il est difficile, à ce jour, de dire ce qui se corrige par le Cos-LEPI

En conséquence, dans beaucoup de milieux, aujourd’hui, les gens ne croient pas qu’il y a une LEPI au Bénin. Chacun y va de ses interprétations  et de nombreuses voix s’élèvent pour demander son abolition pure et simple.

Une inquiétude partagée par la communauté internationale

La correction de la LEPI est aussi une préoccupation de la communauté internationale. La Fondation allemande Friedrich Ebert à Cotonou  a consacré à ce sujet le vendredi dernier, 14 février 2014, une rencontre d’échanges dénommée « Soirées politiques ».

Placée sous le thème «Regards croisés des acteurs politiques et de la société civile sur la Liste Electorale Informatisée (LEPI) », cette soirée  a été animée par trois personnalités, à savoir, l’honorable Sacca Lafia, président du COS-LEPI, Honorable Basile Ahossi, membre du COS-LEPI et Orden Alladatin, expert électoral en présence de nombreuses autres personnalités et diplomates en poste à Cotonou..

Le moins qu’on puisse retenir de cette soirée de réflexion, est que même au sein du COS LEPI les avis diffèrent sur l’effectivité de l’existence de la LEPI.

« Je suis relativement satisfait parce qu’on a au moins quelque chose qu’on corrige aujourd’hui », s’est réjoui le président du COS-LEPI.  Pour le député Basile Ahossi également membre du COS LEPI, «Je sais qu’il y a une liste, mais dire que c’est de la LEPI me paraît difficile », pour Aurélien Agbénonci, fonctionnaire international béninois, autre participant de cette soirée : «Il faut retirer la LEPI des mains des politiciens  et confier  sa gestion à un organe non partisan ».

 Pour sa part, Constantin Grund, Représentant Résident de la Fondation Friedrich Ebert au Bénin.a conclu la soirée en ces termes : « De mon interprétation personnelle,  l’absence durable de consensus sur ce sujet important ne porte pas seulement atteinte à la vie politique nationale, mais est également l’indicateur d’un manque de confiance vis-à-vis des institutions compétentes »,

 

Un linge sale à laver en famille.

Visiblement, il y a trop de zones d’ombre, trop de flou autour de la LEPI, qui est censé être un outil de transparence électorale.

 En définitive que cache le manque de volonté du gouvernement pour rendre disponible la liste 2011 de la LEPI et accompagner sa correction effective ?
–  La gène de voir ressortir les incohérences de la LEPI sans raisonnablement admettre que  la victoire KO du président Yayi BONI en 2011 sur la base de cette liste est problématique ?

–  Ou plus grave encore, l’intention inavouée que lui prête l’opposition de faire du dilatoire pour conserver en l’état la liste de 2011 et la sortir au dernier moment pour faire gagner le camp du président Yayi aux élections présidentielles de 2016,

Dans la première hypothèse, c’est le passé qui est visé. Nul ne peut revenir sur la chose jugée. Toutefois, on ne saurait épargner à personne les états d’âme de ses propres inconséquences. Si gène il y a, elle est, de toute façon, sans objet.

Quant à la seconde hypothèse, elle vise l’avenir et à ce titre, si ces accusations étaient avérées elles constitueraient un précédent d’une extrême  gravité. Une telle allégation porte en elle le germe du dévoiement des institutions démocratique et augure des lendemains sombres pour le pays.

Le Bénin a à sa manière porté sur les fonts baptismaux la démocratie en Afrique, de telles allégations préfigurent  que  l’oraison funèbre des démocraties africaines sera encore prononcé au Bénin.

Une porte de sortir de cet imbroglio de la LEPI est, peut être, un consensus national pour enterrer tout simplement cette LEPI, et d’initier une nouvelle base de données dont la conception et la réalisation seront confiées à un organe non partisan dont la gestion pourra être accessible à tous les citoyens. Une façon de laver le linge sale en famille pour avancer au lieu de l’enlisement qu’on observe actuellement.

Il faut dire que personne n’a vraiment compris ce qui s’est passé en 2011, des anonymes ont réussi à se faire élire député au grand dam des personnes portées par toute la région. La seule façon de ramener la confiance et la sérénité dans tous les esprits autour des scrutins à venir, c’est de réinitialiser le fichier électoral, une remise à plat du fichier électoral. Naturellement, c’est dommage de passer par perte et profit plus de 40 milliards de francs investi dans la réalisation de la LEPI, mais la paix n’a pas de prix.

Un simple lifting de la LEPI sans un mode de gestion transparente n’est pas souhaitable. Vivement que les autorités qui ont le pouvoir de décision au Bénin prennent la mesure de la situation et font le choix satisfaisant pour le pays.

Désolés pour ce léger retard indépendant de notre volonté!

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«Désolés pour ce léger retard, indépendant de notre volonté ! » Tous ceux qui sont en Afrique ou qui sont passés par l’Afrique connaissent bien cette phrase.  C’est le mot d’ouverture classique de presque toutes les manifestations sur le continent.

Rarement, en effet, les manifestations officielles ou privées, les réunions administratives, associatives ou politiques, les réunions de famille, les rencontres sportives, les spectacles,  les rendez-vous mondains ou d’affaires démarrent exactement à l’heure prévue sur le continent. Quand ce ne sont pas les organisateurs de l’événement qui ne sont totalement prêts, ce sont les invités ou participants qui ne sont pas arrivés à temps. Dans tous les cas, le retard est consommé et pas souvent assumé.

Pour se dédouaner, les organisateurs prononcent la formule magique : « Désolés pour ce léger retard, indépendant de notre volonté ! », et la cérémonie peut commencer. Comprenez- nous sommes fautifs, mais pas responsables. De leur côté, les invités ou participants retardataires évoquent mille et une raisons pour justifier l’injustifiable. Au finish, tout le monde est en retard, tout le monde est excusable, ce qui fait que le retard se porte comme un charme sur le continent.

La ponctualité est sans doute l’une des valeurs modernes dont l’appropriation reste problématique en Afrique. « Le retarmania » est une affection chronique qui sévit de façon endémique dans presque tous les pays de l’Afrique subsaharienne. Respecter l’heure fixée est presque une gageure en Afrique noire. Le reproche est valable pour la majorité des Africains, moi y compris, d’où la question de fond de ce billet, « pourquoi ce rapport difficile des Africains à la ponctualité ? ».

Un retard systématique

Le retard, en effet, est une réalité trop fréquente sur le continent pour passer inaperçue. En terme de grandeur, le léger retard en question s’exprime, la plupart du temps, en dizaines de minutes, voire en heures. Il n’est pas la manifestation d’un comportement conventionnel tel le « quart d’heure ou à la demi-heure de politesse » qu’il est fréquent d’observer dans les rendez-vous mondains sous d’autres latitudes. Le comble est que même les institutions de référence qui ont tout pour être au-dessus de la mêlée, sont aussi dans la mêlée.

Tenez, année après année, presque toutes les cérémonies marquant les anniversaires de l’accession de nos Etats à l’indépendance commencent toujours avec un certain retard.

Au Bénin, en 2010, la cérémonie commémorant le cinquantenaire des indépendances a démarré avec un retard de plus de deux heures d’horloge au grand dam des nombreux chefs d’Etat des pays hôtes, des diplomates et hauts cadres de la nation arrivés à l’heure.

En Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC), au pouvoir a fêté son centième anniversaire en décembre 2012. Le clou du grand meeting organisé à Bloemfontein pour célébrer l’événement était le discours du président Jacob Zuma devant les 4 500 délégués venus de tout le pays, mais ce discours fut livré avec un retard de plus de quatre heures d’horloge sur le planning.

Au niveau panafricain, le sommet de l’Union africaine à Accra en 2008 et celui de l’O.C.I à Dakar en 2008 se sont tous deux, ouverts avec un retard d’une heure chacun. Cinq ans plus tard, les festivités du 50e anniversaire de l’Union africaine à l’Africa Hall en mai 2013 à Addis-Abeba a encore accusé un retard d’une heure de temps au grand dam des prestigieux invités.

Au quotidien, le retard s’observe partout. Dans les administrations, les écoles, les hôpitaux, etc.

Les vols sur les compagnies aériennes, les émissions radiotélévisées, les forums, les colloques et autres rencontres internationales qui, partout ailleurs, sont des rendez-vous pris à la lettre et accusent eux aussi trop souvent des retards hallucinants sur le continent.

Au niveau des chaînes de radios et télévisions, un zapping à travers les télés africaines pendant une journée suffit pour constater qu’il y a fréquemment un gap entre la grille des programmes et les émissions présentées à l’antenne. Les  chaînes qui démarrent le journal ou autre émission sur un compte à rebours ou à heure exacte ne sont pas légion.

Ce retard constaté dans les horaires des rendez-vous individuels ou publics s’étend également aux calendriers et agendas politiques ou culturels. Tenir les élections à bonne date ou respecter les délais constitutionnels dans la mise en œuvre des politiques est une gageure en Afrique.

Au vu de tous ces manquements observés de la base au sommet de la chaîne sociale et aux quatre coins du continent, on peut affirmer que le timing n’est pas le truc des Africains

Un handicap pour l’individu et pour la communauté.

Les rendez-vous en Afrique, c’est toujours un casse-tête. Pour plusieurs personnes, l’heure convenue pour un rendez-vous, au lieu de représenter l’heure de se trouver à point nommé, est souvent confondue avec l’heure de prendre départ pour le rendez-vous. Le retard devient alors une fonction à plusieurs paramètres, le temps nécessaire pour rallier le lieu du rendez-vous en fonction des moyens de déplacement disponibles et l’intérêt porté à la rencontre par l’un ou l’autre des correspondants étant les principaux.

Ainsi, si on n’y prend garde, on perd doublement de temps, avant et après chaque rendez-vous en étant ponctuel.

Une étude réalisée par le ministère des Finances du Bénin a révélé que ce pays perd chaque année soixante dix milliards de francs Cfa à cause des retards accumulés par les agents économiques à différents niveaux. A côté donc des dommages de commodité, le retard engendre de gros dommages économiques et pourtant,  on s’en accommode.

 Question de culture ou d’éducation?

Mais en fait, pourquoi tous les autres peuples parviennent à être ponctuels et pas les Africains ? Les Africains auraient-ils un problème particulier avec l’heure ? Question de culture ou d’éducation ?

Probablement un mélange des deux. A mon sens, le ressort psychique inconscient de cette tare relève, vraisemblablement, du « mème » de la culture orale du continent. L’horloge, la montre et les rendez-vous à heure fixe sont apparus en Afrique avec la colonisation et les instruments de mesure du temps sont entrés dans l’usage des ménages et la vie sociale de la majorité des Africains il y a juste un  siècle. C’est dire qu’il y a actuellement des adultes africains qui n’ont jamais possédé de montre.

Dans l’Afrique ancestrale, il y avait aussi des rendez-vous, mais le repère horaire est souvent relatif, dans le genre : le premier chant du coq, le lever du soleil, dans la matinée, au moment du déjeuner, dans l’après-midi, au coucher du soleil, à la tombée de la nuit, etc. Comme on le voit, c’est un système assez approximatif, car aucun de ces repères n’est ponctuel. Dans ces conditions il est presque impossible d’établir un timing quelconque. Tel, fut pendant des siècles, le comportement des Africains face aux rendez-vous. Ce comportement acquis sous l’influence de la tradition orale est ce qu’on peut appeler : le  » mème » du temps souple, qui s’est propagé de cerveau en cerveau par l’usage et a eu cours pendant des siècles en Afrique.

Avec la pénétration européenne et l’aventure coloniale, l’horloge fait son apparition sur le continent et il a fallu que les Africains s’adaptent à ce nouvel outil d’appréciation du temps. Mais, dans ce nouveau contexte, le temps est fixé de façon très précise et la ponctualité devient une valeur nouvelle qui fait son apparition sur le continent. L’heure avant l’heure n’est pas l’heure, l’heure après l’heure, n’est pas l’heure, l’heure, c’est l’heure. Les Africains vont s’employer pendant environ un siècle à s’adapter à cette nouvelle donne avec plus ou moins de bonheur.

Seulement voilà, après environ cent ans d’adaptation, le retard est un défaut qu’une large majorité d’Africains ont encore en partage. Très léger ou très  prononcé selon le cas, le retard colle malheureusement trop souvent à l’image des Africains dans leurs relations publiques et motive quelque peu les critiques de décontraction, d’absence de rigueur et de négligence souvent formulées contre eux. Une situation bien souvent paradoxale d’ailleurs. Les gens attendent la dernière minute avant de manifester leur empressement à être à l’heure, ce qui fait que le retard est consommé malgré l’empressement qu’on peut observer.

Mais alors, qu’est-ce qui empêche actuellement,les Africains d’être ponctuels ou de faire de la ponctualité une valeur culturelle majeure ? La négligence ? Peut-être. L’absence de rigueur pour se conformer à ce qui est écrit? Assurément, l’accent n’est pas suffisamment mis sur l’éducation pour corriger cette tare collective. Certes, tout le monde considère le retard comme un défaut, mais de très faible gravité, la pression de sélection de l’éducation  reste faible donc pour éliminer ce comportement.  Nos ancêtres n’étaient point tatillons sur l’heure parce qu’ils avaient des référentiels très relatifs. Actuellement, les Africains ont un référentiel bien précis et universel, cependant, ils ne sont guère à cheval sur la question du temps. Manifestement ceci est une marque du phénomène de l’empreinte comportementale précoce. C’est, à mon avis, un « mème » culturel, transmis des générations passées aux générations actuelles.

 Le retard n’est pas une héritabilité génétique

Pour autant, ce retard endémique n’est pas une héritabilité génétique, il est plutôt culturel et peut se corriger ou se déconstruire dès que la société de façon déterminée va accentuer la pression de sélection sur ce critère pour que les choses changent rapidement. Non! Les Africains n’ont pas le retard dans le sang. Tous ces retards constatés à différents niveaux qui minent le développement ne sont que le fruit de mauvaises habitudes engendrées ou favorisées par l’empreinte précoce du « mème » du temps souple. Seule l’éducation peut contribuer à le corriger afin que le temps devienne de l’argent au service du développement. Ceci revient à faire de la ponctualité une valeur cardinale de nos cultures et de sensibiliser toutes les couches de la société, notamment,  les élèves, dès les classes élémentaires afin de créer un nouveau patron comportemental qui finira par bannir le retard sur le continent.

Et si c’était vrai ?

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la rumeur d’un futur divorce entre Barack et Michelle Obama  pour  cause  d’ une supposée  love story adultère de son mari avec une autre femme enflamme le web aux Etats-Unis.   Pourtant  ni    la Maison Blanche ni les grands médias américains n’ont pour l’instant pas relayé l’information ce qui rend le suspens total.

Pas facile de croire cette information, surtout que le très controversé National Enquire qui a lancé aujourd’hui en «Exclusivité mondiale» la nouvelle n’en est pas à sa première fausse rumeur sur le couple présidentiel américain.

Selon ce tabloïd américain, Barack Obama et  Michelle Obama seraient au bord de la rupture. Les deux époux feraient  chambre à part depuis déjà quelques temps  et  Michelle prévoirait de divorcer à la fin du second mandat du Président. La raison : une liaison supposée de Barack Obama avec une autre femme. La First lady aurait,  semble-t-il découvert une  liaison de son mari avec une femme dont l’identité reste encore inconnue. Un événement qui serait survenu lors des fêtes de fin d’années quelques semaines  avant  les 50 ans d’anniversaire de la First lady, ce qui aurait ajouté à sa colère.

Il est vrai le couple présidentiel américain fascine à plus d’un titre. Le style, le prestige et  l’amour s’allient pour former autour d’eux un charisme hors pair. Une chance qui a suscité bien d’amitiés à travers le monde et probablement autant d’inimitiés. Il n’est pas exclu que Barack soit victime  de son succès. Une mauvaise lecture de ses élans et gestes par Michelle peut susciter une scène de jalousie regrettable.

Ce fut d’ailleurs le cas le 10  décembre au Soccer City Stadium de Soweto, lors de l’hommage national à Nelson Mandela. Après son brillant discours, assis aux côtés de sa femme Michelle pour le reste de la cérémonie, sa voisine de droite, la Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt, lui a demandé une photo à ses côtés ou plus précisément un selfie, un autoportrait pris à bout de bras à l’aide d’un téléphone portable. La mine agacée de Michelle Obama et son  empressement à séparer les deux personnalités, en s’asseyant entre elles n’a pas échappé aux observateurs.

L’événement en cause actuellement  peut bien être quelque chose dans la même veine instrumentalisée par les ennemis du couple, voire même quelque chose qui n’a jamais existé. Reste que Michelle n’est pas une gamine et la question se pose de savoir et si c’était vrai ?

Cela voudrait dire que les allégations du tabloïd américain ne sont pas l’œuvre d’une presse qui prend ses imaginations pour la réalité, mais bien la réalité qui se joue de nos imaginations.

Cela voudrait surtout dire que la menace de divorce en 2016 viendrait effectivement de Michelle Obama et dans ce cas le risque est grand pour qu’elle mette à exécution sa menace.

Cela voudrait aussi dire que le couple présidentiel ne ferait plus rêver et surtout que la sérénité qui a caractérisé Barack Obama jusqu’à ce jour peut être sérieusement affectée.

Mais, comme ce divorce  n’interviendra qu’à l’horizon 2016, nous seront  nombreux à  plaider auprès de Michelle les circonstances atténuantes pour Barack afin que ce que Dieu a uni reste a jamais uni.

Bénin : “ des chiens aboient…la caravane est aux abois !“

 

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La crise sociale au Bénin prend  malheureusement de plus en plus d’ampleur et la dernière sortie médiatique du chef de l’Etat béninois a comme jeté de l’huile sur le feu avec une radicalisation des revendications syndicales.  Mais, il reste que la situation du pays est plus que critique et la question se pose de savoir si le chef de l’Etat prend vraiment la mesure de la situation.

L’actualité sociopolitique au Bénin, de plus en plus alarmante, ne laisse plus personne indifférent dans le pays. L’année 2013 aura été une année noire pour le président Yayi et pour le Bénin. Tout au long de l’année, le chef de l’Etat a cumulé les déboires et les revers dans la mise en œuvre de ses réformes.

Sur le front social non plus, la politique gouvernementale n’est pas avenante. A propos du dialogue social, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’il est depuis bien des années en panne. Année après année, les syndicats des différentes corporations interpellent le gouvernement sur leurs misérables conditions de travail, et chaque année les doléances restent sans suite. Le gouvernement dans une démarche floue mélange mutisme, intimidation et manipulation. Outre l’interdiction systématique des marches pacifiques des organisations qui ne partagent pas les mêmes opinions que le pouvoir, des diatribes et intimidations fréquentes sont proférées contre les secrétaires généraux des  syndicats, organisations de la société civile, journalistes, politiques voire le clergé catholique, une pratique jugée méprisante et antidémocratique par les partenaires sociaux.

Pour dénoncer tous ces manquements, et abus qui caractérisent la gouvernance Boni Yayi, les 5 centrales et confédérations syndicales du pays ont organisé le 27 décembre 2013, une marche pacifique à travers les rues de Cotonou.

Contre toute attente, cette marche a été violemment réprimée dans le sang sur ordre du préfet de l’Atlantique et du littoral Placide Azande, ordre exécuté par le commissaire central de Cotonou Agossadou Pierre. Cette violente charge de la police a causé une dizaine de blessés dans les rangs des manifestants, dont deux leaders des organisations syndicales.

La réaction des Responsables syndicaux et de l’ensemble des travailleurs est à la hauteur de l’indignation que cette répression a suscitée dans le pays. En riposte à cette répression, les cinq centrales syndicales du pays ont décidé d’une grève de 48 heures à compter du 7 janvier 2014. Les responsables syndicaux initiateurs de la grève exigeaient entre autres :

–          le relèvement de leurs fonctions de Placide Azandé, préfet du département de l’Atlantique-Littoral et de Pierre Agossadou, commissaire central de police de la ville de Cotonou, principaux « instigateurs » selon eux de la répression musclée de leur marche du 27 décembre,

–           le « respect scrupuleux et la jouissance sans entrave » des libertés démocratiques et syndicales,

–          la garantie de la sécurité à tous les citoyens, notamment les responsables syndicaux, des magistrats, des responsables de la société civile, des partis politiques et les opérateurs économiques ne partageant pas les mêmes points de vue que le pouvoir,

–          l’annulation « pure et simple » du concours de recrutement « frauduleux » au profit du ministère de l’Economie et des Finances de juillet-août 2012 et récemment validé par le gouvernement.

Après deux semaines d’observance de la motion sans satisfaction, le mouvement de débrayage est passé à 72 heures à compter du mardi 21 janvier.

Cette grève soutenue par les partis politiques de l’opposition et largement suivie par les travailleurs n’a pas du tout été du goût du gouvernement. Dans un communiqué du gouvernement signé de son secrétaire général Eugène Dossoumou, il est rappelé à l’attention des travailleurs que : « Conformément à la gouvernance syndicale universelle, le salaire est la juste rémunération du travail accompli.En conséquence, l’Etat  procédera à la défalcation systématique du nombre de jours non travaillés de leur salaire… Les intéressés devront s’adresser aux syndicats initiateurs des mouvements de débrayage pour se faire rembourser le nombre de jours ainsi défalqués ».

En effet, suite à l’effectivité de la mesure gouvernementale de défalcation sur les salaires des travailleurs pour fait de grève, constatée par les travailleurs sur leur salaire du mois de janvier, les grévistes ont durci le ton. Les mouvements de paralysie générale de l’administration publique ont gagné en intensité notamment dans le secteur de l’enseignement supérieur, de la magistrature, de la santé et dans l’administration générale.

Dans l’enseignement supérieur, suite à la défalcation sur salaires pratiquée par le gouvernement, les enseignants des universités publiques du Bénin ont déclenché une grève illimitée en vue d’exiger de l’exécutif béninois, la satisfaction des revendications des travailleurs béninois, mais aussi le remboursement sans délai des ponctions « arbitraires » faites sur les salaires des enseignants du supérieur pour fait de grève, indique un communiqué de l’Intersyndicale des enseignants du supérieur composé du Snes, Synares, Synhub et du Sécup. Une année blanche en perspective dans le pays.

Dans le secteur judiciaire, l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab) était en grève de 72 heures renouvelables chaque semaine depuis novembre pour des raisons corporatistes. Elle  a aussi suivi le mot d’ordre de grève des centrales syndicales de janvier dernier et les magistrats aussi ont vu leur salaire défalqué des jours de grève ce qui a ravivé leur colère.  Réunie en assemblée générale extraordinaire le lundi 27 janvier 2014, l’Union nationale des magistrats du Bénin a exigé du gouvernement l’annulation pure et simple, et ce, avant vendredi 31 janvier 2014 de la mesure de défalcation qu’il a prise.

Passé ce délai, l’Uanamab pourra durcir le mouvement en cours en passant d’une grève de trois jours à cinq  jours par semaine, renouvelable par tacite reconduction, à compter du lundi 3 février 2014 à effet d’exiger du gouvernement entre autres :

– La rétrocession de l’intégralité des fonds illégalement et arbitrairement défalqués,

– la correction des irrégularités contenues dans les nominations de 2013 et de 2014.

Toutes ces revendications n’étant pas satisfaites à ce jour, la logique d’une paralysie du système judiciaire du pays s’impose ici aussi en perspective des dommages énormes pour les justiciables béninois.

Dans le secteur de la santé, depuis le 1er octobre dernier, le Collectif des praticiens hospitaliers (CPH) qui observait déjà un mouvement de grève dans tous les hôpitaux publics pour des raisons corporatistes a également suivi le mot d’ordre de grève des centrales syndicales de janvier dernier et les médecins aussi ont vu leurs salaires défalqués des jours de grève.

Réunis en assemblée générale à l’hôpital de la mère et de l’enfant Lagune (Homel) de Cotonou ce 28 janvier 2014, le Collectif des praticiens hospitaliers menace aussi de durcir le ton si le gouvernement ne fait rien pour accéder à ses revendications avant le 10 février 2014. En lieu et place de la grève de 96 heures qu’il observe déjà, le CPH entend déclencher la semaine « hôpitaux morts, sans médecins ». Autant dire une hécatombe en perspective dans le pays.

Il faut dire que cette radicalisation des mouvements syndicaux sonne un peu comme la réponse de la bergère au berger après le  discours du chef de l’Etat du 27 janvier, discours dans lequel il n’y est pas allé du dos de la cuiller contre ses pourfendeurs :  « Ils vont à Paris … je les suis…je suis au courant de tout…je les ai tous…ils sont dans mes mains… je les attends… je vais bondir et je bondirai sur… ils verront… il peut y avoir la guerre… vous les jeunes je vous le jure… le Père céleste créateur du ciel et de la terre…vous êtes mon bouclier, je serai avec vous au ciel ou sur la terre…les syndicalistes…le président ne peut plus toucher quelqu’un…ils vont utiliser de l’encre rouge pour simuler le sang…pour ternir mon image…l’image de la République « , etc.

Dans ce contexte délétère où tout le monde est fâché contre tout le monde, les travailleurs visiblement plus engagés que jamais et le gouvernement décidé à en découdre avec eux, la question se pose de savoir où va le pays ?

Hôpitaux morts, université en berne, tribunaux en berne, écoles et lycées et en berne, Administration publique paralysée, autant dire pays mort. Cette stratégie peut être comparée à une défense en ligne au football. L’adversaire est techniquement mis hors jeu, ce qui est aussi bien dangereux pour le pays que pour le chef de l’Etat.

Oui, il y a lieu de le dire, au Benin, il y a péril dans la demeure. D’ailleurs, dans son discours du 27 janvier, après avoir traité tous ses pourfendeurs de : « Chiens qui aboient…qui ouvrent la gueule.. », le président a lui-même avoué que : « … La situation est très dangereuse… très triste, nous sommes tous coupables… »

Pour ma part, je pense qu’il ne faut peut-être retenir du discours du chef de l’Etat que cette dernière phrase. Tous coupables, une façon de reconnaître que la solution est dans le dialogue et non dans la confrontation.

Vivement que la rencontre paritaire gouvernement-syndicat prévue ce lundi à Cotonou pour explorer les voies de sortie de cette terrible crise se tienne effectivement et permette aux protagonistes de fumer le calumet de la paix afin que les compromis nécessaires soient trouvés pour dénouer l’une des crises les plus profondes de l’histoire du Bénin.