2015-2016, années de grandes épreuves pour les démocraties en Afrique

revision constitutionnellle en Afrique

L’agenda politique en Afrique en 2015 et 2016 est riche en élections présidentielles. Des scrutins présidentiels sont prévus dans une vingtaine de pays. Dans au moins cinq de ces pays, les chefs d’Etat ont des mandats qui ne sont plus renouvelables au terme des constitutions en cours et des révisions constitutionnelles sont en gestation pour rendre possible la chose. Entre pro et anti révision constitutionnelle, le débat fait rage et le risque d’une confrontation est très grand.


Une série d’élections et une cascade de révisions constitutionnelles

Le respect des échéances électorales est une exigence majeure dans les démocraties modernes et dans les démocraties africaines, des efforts sont faits pour satisfaire cette exigence. En 2015 et 2016, dans au moins une vingtaine de pays, les électeurs seront convoqués aux urnes pour le scrutin présidentiel. En 2015, c’est le  Nigéria qui ouvre, le bal dès le 14 février 2015, puis suivront dans l’ordre la Centrafrique, le Soudan, la Guinée C, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, le Burundi. En 2016, suivront le Niger, le Bénin, Djibouti, le Tchad, l’Union des Comores, le Congo Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la RDC, Le Cap vert, la Gambie, le Ghana  etc.

Pour chacun de ces pays et pour l’ensemble du continent, ces scrutins en perspective, représentent un enjeu crucial pour la paix, la stabilité politique et donc pour le progrès économique et social. Toutefois, le climat social globalement déjà tendu, en temps normal dans plusieurs de ces pays, devient de plus en plus délétère à l’approche de ces échéances. Cette fièvre est particulièrement pernicieuse au Burkina Faso, au Congo Kinshasa, au Burundi, au Congo Brazzaville et au Bénin. Dans ces cinq pays, à moins de 18 mois des élections présidentielles, des révisions constitutionnelles sont officiellement annoncées, des projets qui divisent la société et exacerbent la tension sociale..

Au Burkina Faso, Blaise Compaoré, après 27 ans de règne, veut modifier l’article 37 de la Constitution, qui limite à deux, le nombre de mandats présidentiels. Le projet de révision constitutionnelle vise à faire abroger par référendum la limitation du nombre de mandats présidentiels. Pour l’opposition, « il n’y a plus que l’épreuve de force pour nous départager », averti Bénéwendé Sankara.

Au Burundi, Pierre N’kurunziza, veut modifier la Constitution du pays, afin de pouvoir briguer un troisième mandat. L’opposition burundaise très remontée contre ce projet traitre  est sur le pied de guerre pour le contrecarrer. 

Au Bénin, après un premier passage en catimini à l’Assemblée Nationale et le tollé général qui s’en est suivi, le projet de révision constitutionnelle est, actuellement, de nouveau, soumis à l’étude  des députés. Ici, entre le camp des partisans du projet et celui des opposants à ce projet, la ligne de clivage ne passe pas par la traditionnelle limite Majorité-Opposition et la confrontation promet d’être fratricide.

Au Congo Brazzaville, la Constitution du 20 janvier 2002, limite à deux le mandat du chef de l’Etat  et impose une limite d’âge à 70 ans (Article 57 et 58). Après plus de deux décennies au pouvoir, Sassou N’Guesso ne peut briguer un nouveau mandat en 2015 sauf si la constitution est modifiée. Pour le président congolais, le débat est ouvert sur la révision ou le changement de la Constitution. L’opposition congolaise a lancé, le 24 mai 2014, une plateforme dénommée ’Mouvement citoyen pour le respect de l’ordre constitutionnel’’ pour lutter contre toute modification de la Constitution du 20 janvier 2002.

En RDC, Le président Kabila arrive au terme de son deuxième mandat en 2016. Son gouvernement a adopté en mai dernier un projet de loi pour réviser la Constitution et permettre l’organisation des élections à venir. Selon le gouvernement, il s’agit d’une modification technique destinée notamment à faire des économies sur l’organisation des scrutins. Mais, l’opposition craint que le président Joseph Kabila ne cherche après coup, à se maintenir après la fin de son mandat. A Kinshasa, le débat est très houleux et l’inquiétude à son paroxysme.

Ainsi, au Burundi, au Burkina Faso et au Congo Brazzaville, l’objectif avoué de la révision est pour permettre respectivement au président Nkurunziza, Compaoré et Sassou Nguesso de briguer un troisième mandat en 2015 et 2016. En revanche au Bénin et en RDC, la version officielle réfute la révision opportuniste même si personne n’est dupe que le moment venu, le discours changera. Dans ces deux pays, en particulier, l’inquiétude vient du fait que nul ne peut dire si la révision constitutionnelle mènera à une nouvelle République. Le hic étant que dès lors que la révision aura lieu, ce ne sera plus le peuple ou les juristes qui le détermineront, mais la Cour Constitutionnelle qui est une institution politique et dont les délibérations sont sans recours, comme ce fut le cas au Sénégal en 2012.

En faisant abstraction de la transparence des scrutins qui constitue déjà une source de tensions potentielles autour des élections en Afrique, ces révisions constitutionnelles annoncées viennent en rajouter à une situation déjà compliquée. Comme on le voit les années 2015 et 2016 s’annoncent de toute épreuve pour les démocraties africaines dans lesquelles actuellement c’est le calme avant la tempête.


Un complot afro-africain 
                 

A mon sens, ce dont il est question, dépasse à la fois la fonction présidentielle et la modeste personne du Président. Il s’agit du choix de la démocratie fait par les Etats africains et de la capacité des africains à assumer leur choix. Il y va de la dignité et de la responsabilité du continent tout entier.

Or, une vertu cardinale de la démocratie est le passage du gouvernement des hommes au gouvernement des lois, c’est à dire l’Etat de droit qu’elle instaure. Mais, avec la cascade des reformes constitutionnelles annoncées, la loi va être modifiée pour permettre à un homme de gouverner, une situation qui suscite plusieurs interrogations.

Quel sens, nous africains, donnons nous à la démocratie ?

A nos yeux, entre l’homme et la loi, lequel semble plus important ?

Un objectif qui n’a pu être atteint par un homme en deux mandats, quel garanti qu’il sera atteint en un troisième mandat?

Les réponses à ces différentes questions permettent de dire qu’il faut avoir la foi du charbonnier pour croire en  ces révisions. Elles cachent mal la duperie, la mauvaise foi et l’indécence de ses  partisans. Non, comme l’a su dire Paul Claudel : “Ce n’est point le temps qui manque, c’est nous qui lui manquons. » 

En pensant au douloureux passé colonial du continent et en analysant les mœurs des hommes politiques actuels, on est frappé par cette absence totale de responsabilité, de bon sens, de dignité et d’élégance qui caractérise le jeu politique africain. En réfléchissant au sacrifice enduré par les générations passées pour arracher leur liberté et l’usage qui en est fait par les générations actuelles, je suis tenté de dire que les plus grands ennemis de l’Afrique, ce ne sont pas les autres, mais les Africains eux-mêmes.

Ma conviction est d’autant plus grande que face à ces révisions opportunistes, le monde regarde, l’Afrique, s’indigne et s’inquiète, et pendant ce temps, l’Afrique elle-même se regarde et se complaît. Outre Méditerranée, l’indignation est à son comble. Outre Atlantique, la préoccupation est encore plus grande. Pour preuve, le Secrétaire d’Etat John Kerry, lors de son passage en RDC le 4 mai 2014 a été direct. « Je crois que [le président Kabila] a clairement en tête le fait que les États-Unis sont intimement convaincus que le processus constitutionnel doit être respecté », a-t-il précisé. « Nous ne voulons pas que M. Kabila change la Constitution ou fasse un troisième mandat », a ajouté Russell Feingold, l’émissaire spécial de Barack Obama pour les Grands Lacs.

Mais, côté Afrique, c’est silence Radio. Aucun Chef d’Etat, aucune Chancellerie, aucune Assemblée sur le continent ne s’est senti interpellé par la situation et donner de la voix. Ni les institutions sous régionales ni l’organisation panafricaine ne s’en sont indignés pour rappeler à l’ordre les chefs d’Etat concernés. Pourtant à travers les sommets, les visites bilatérales et multilatérales, les émissaires et les liaisons diplomatiques, tout ce monde se voit, se consulte, se conseille se soutient et avance. Difficile donc de ne pas croire que ces révisions procèdent d’un véritable complot que les leaders du continent trament contre leur peuple. Les autres étant dans l’expectative du succès des uns pour le rééditer chez eux.


Une mobilisation panafricaine

Face à ce complot des élites dirigeantes, il faut prôner une mobilisation panafricaine de l’ensemble des forces du progrès pour une lutte performante. Si ce projet de révision opportuniste prospère dans un seul pays, il prospérera dans tous les autres pays et adieux la démocratie. Il faut souhaiter que les organisations de la société civile de ses pays conjuguent leur force, se serrent les coudes pour susciter l’indignation du plus grand nombre en Afrique et hors d’Afrique pour décourager de tels projets.

Le prochain sommet Etats-Unis/Afrique est aussi une opportunité à exploiter pour inviter les Parlements en question à clarifier leur position sur la question ce qui peut couper l’herbe sous le pied des partisans de ces reformes. Au demeurant, un mandat présidentiel renouvelable une fois signifie que nul ne peut faire trois mandats consécutifs, que la Constitution ait été révisée ou non. C’est regrettable de le dire, mais il n’y qu’en Afrique que nous en sommes encore à de telles finasseries qui ne font que nous desservir. Oui, les peuples africains ont souffert la sueur et le sang pour se donner la liberté par leurs constitutions respectives, aucun sacrifice ne doit être de trop pour la préserver afin que notre foi en nos lois nous sauvent.

Démocraties africaines entre Hommes forts et institutions fortes

prestation serment Bouteflicat

Au Bénin, les élections communales, municipales et locales, prévues selon la Constitution pour mars 2013, sont reportées et la Cour Constitutionnelle assure « qu’il n’y a pas violation de la Constitution ». Cet avis de la Cour donne carte blanche au gouvernement du président Boni Yayi pour organiser les élections locales quand bon lui semblera et fragilise plutôt la démocratie béninoise. Ce paradoxe institutionnel offre l’occasion de partager quelques réflexions sur  les démocraties  africaines qui ont du mal à trouver leur marque entre Homme fort et institutions fortes.

Un avis polémique de la Cour constitutionnelle du Bénin

 

Depuis juin 2013, le mandat des conseils communaux, municipaux et des conseils de village et de quartier de ville sont arrivés à leur terme. Les élections communales, municipales et locales pour renouveler ces instances sont reportées sine die. En cause, la correction de la Liste Électorale Permanente Informatisée (LEPI) qui n’en fini pas d’aboutir. Mais, au lieu de mettre la pression sur le gouvernement pour la tenue, à bonne date, des élections, pour la Cour Constitutionnelle Béninoise, « il n’y a pas violation de la Constitution » par le gouvernement et le COS-LEPI.

Les décisions de la Cour étant sans appel, la correction de la LEPI peut prendre tout  le temps que possible et les élections locales retardées autant qu’il se peut, il n’y pas de faute et donc pas de coupable.

 La Cour Constitutionnelle béninoise est-elle consciente des risques associés à sa décision et du péril potentiel qu’elle représente pour la démocratie béninoise ?

Cette décision est-elle fortuite ou procède-t-elle d’une stratégie de monopolisation du pouvoir ?

Le sens réel d’une telle décision ? La Cour seule saura le dire. Mais, de toute évidence, elle fait la part belle à l’exécutif et à son chef, le président de la République. De ce point de vue, elle vient compléter la longue listes des incohérences, voire des absurdités qui caractérisent les Cours constitutionnelles africaines et qui discréditent les institutions démocratiques sur le continent.

Une situation récurrente sur le continent

 

On se souvient, en Côte d’Ivoire en 2010-2011, le président du Conseil constitutionnel ivoirien, Paul Yao N’Dré est, à sa manière, l’homme par qui le scandale est arrivé. C’est lui qui, en décembre 2010, a validé la victoire du président Laurent Gbagbo avec 51,45% des suffrages à l’issue du scrutin.

Selon les résultats publiés par la Commission électorale indépendante (CEI) et certifiés par les Nations unies, Alassane Ouattara l’emportait pourtant avec 54,1% des voix.

La crise durera cinq mois et fera 3 248 victimes. Après la crise, le même Paul Yao N’Dré va se dédire et proclamer Alassane Ouattara vainqueur de ces mêmes élections le 5 mai 2011.

Au Sénégal, après deux mandats et à 82 ans passés, le président Wade se déclare encore candidat aux élections de 2012 pour un deuxième mandat sous l’empire de la Constitution 2001 instituant le quinquennat. Les manifestations et contre manifestations, les avis et contre avis d’experts, les plaidoyers et réquisitoires des hommes politiques, de la société civile et des médias n’ont pas pu empêcher la validation de sa candidature pour briguer un troisième mandat qui n’en serait qu’un deuxième pour lui et le Conseil Constitutionnel.

Seule la mobilisation du peuple a permis son éviction du pouvoir par la voix des urnes.

Au Kenya à l’occasion des élections présidentielles de décembre 2007, tous les sondages réalisés avant le scrutin donnaient ODINGA vainqueur devant KIBAKI. Si le résultat des urnes confirmait ces sondages, ces élections consacreraient la maturité de la démocratie kenyane. Après le dépouillement des trois quarts des voix, le candidat ODINGA dépassait le président KIBAKI de quelques milliers de voix. Puis patatras, pour quelle raison on ne sait trop, les publications furent suspendues. Quand elles reprirent quelques jours plus tard, KIBAKI dépassait désormais ODINGA de 200 000 voix. Il sera déclaré vainqueur et la même nuit, devant quelques fidèles, il prêta serment pour mettre tout le monde devant le fait accompli et fermer la voie à quelques formes de recours légales. La protestation électorale engendrée va très tôt se muer en affrontement inter ethnique et en violence politique qui feront au total 1500 morts et près de 300000 déplacés.

Les assemblées et parlements africains qui sont la clé de voûte des institutions démocratiques n’inspirent, pour ainsi dire, aucune confiance aux peuples africains. Ils ne sont souvent que des chambres d’enregistrement de l’exécutif et même les membres des institutions de régulation notamment des Conseils ou Cours constitutionnelles qui ont tout pour assumer leur indépendance, l’aliènent au profit des Hommes forts.

Le paradoxe de l’œuf et de la poule

Comme on le voit, le discrédit qui pèse sur les institutions démocratiques africaines est plutôt légendaire, une situation  si préoccupante que le président américain Barack OBAMA, a fortement thématisé cette question lors de  son adresse au continent africain   face aux parlementaires ghanéens  à Accra  en juillet 2009.  « Ce ne seront pas de grandes personnalités telles Nkrumah et Kenyatta qui décideront du destin de L’Afrique. Ce sera vous, les hommes et les femmes du parlement ghanéen et le peuple que vous représentez. […]  L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions », dira-t-il en substance.

Mais, la problématique entre institution forte ou homme fort  en Afrique rappelle bien le paradoxe de l’oeuf et la poule « Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf où la poule ? »

Dans le cadre de démocratie africaines, entre l’Homme fort et les institutions fortes, lequel a engendré ou doit engendrer l’autre ?

Le fait est que au début des années 90, tous les anciens « Hommes forts » de l’époque post colonial ont été évincés et des institutions démocratiques fortes ont vu le jour dans presque tous les pays du continent. Or, actuellement, dans presque tous ces pays on trouve des Hommes forts et plus d’institutions fortes. Mais, quoi qu’on dise, tous ces Hommes forts incarnent une institution démocratique qu’ils sont parvenus à rendre plus forte par rapport aux autres. La question revient à savoir, comment en est-on arrivé là ?

En réalité, toutes les institutions démocratiques africaines sont formatées sur les modèles des démocraties occidentales. Elles ont donc toutes à la base une assise juridique forte qui respecte la séparation des pouvoirs. Pourtant dans les faits, la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires n’est que factice. Mais, pour un observateur avisé, les dysfonctionnements et frustrations majeurs unanimement stigmatisés par les africains eux-mêmes dans les  pratiques démocratiques, ne proviennent pas du déficit de dispositions légales ou de principes dans les domaines en question, mais plutôt de la non application ou d’une application partiale des dispositions légales dans les domaines concernés. C’est donc la mise en œuvre des textes de lois qui organisent les institutions qui est viciée par les affinités diverses et engendre le mythe de « l’Homme fort ». Par leur défaillance, les institutions démocratiques ont permis l’émergence des Hommes forts. Ces derniers devenus forts formatent les institutions à leurs solde. Les Hommes forts du continent ne tirent donc profit que des défaillances et insuffisances du petit peuple. Comme quoi c’est un cercle vicieux qui s’auto entretient.

Le hic en Afrique est que toutes institutions démocratiques ne sont pas logées à la même enseigne ou plus précisément, toutes ne veulent ou ne parviennent pas à s’approprier leur pouvoir. Le fait est que de toutes les institutions démocratiques, l’institution présidentielle est la privilégiée des privilégiés, la favorite. Elle chapeaute toutes les autres institutions de la république et cristallise toutes les loyautés. Elle n’est, en pratique, limitée par aucune autre institution, mais directement ou indirectement, elle contrôle la mise en place de toutes les autres qui d’une manière ou d’une autre lui font allégeance.

A nation forte, institutions fortes

 

La démocratie n’est pas un slogan, mais un concept concrétisé par des règles et principes qui ne s’accommodent pas de tricheries. En conséquence, elle ne vaut que ce que valent les hommes qui en font l’usage. C’est un système représentatif dans lequel le pouvoir du peuple est incarné par des institutions animées par les représentants du peuple et dont le fonctionnement et la régulation sont régis par les lois également votées par le peuple tout entier ou ses représentants.

Par essence, les institutions ont pour mission de palier les insuffisances humaines, par leur existence donc, les  institutions démocratiques encadrent le pouvoir du peuple pour éviter les abus et dérapages liés à l’exercice du pouvoir. Par ailleurs,  il est dans l’ordre des choses que tous ceux qui ont le pouvoir ont tendance à en abuser. Il revient donc à chaque institution à veiller à la sauvegarde de ses prérogatives et c’est sans doute à ce niveau que les institutions africaines pèchent. Les nombreuses accointances et liaisons incestueuses entre elles ne sont pas en faveur  du respect des libertés individuelles et l’égalité des chances pour dégager et mettre en œuvre le suffrage majoritaire.  Le bon fonctionnement des institutions démocratiques est donc capital et constitue une condition  sine qua non  pour  l’alternance qui assure la vigueur et la pertinence du processus démocratique.

L’intérêt collectif est garanti non par la volonté d’un homme, mais par la force des institutions qui gèrent la société et la force des institutions réside dans l’équilibre des forces sociopolitique qui les compose afin que les institutions se limitent les unes les autres. Ceci exige que de façon consensuelle soit mise en place des institutions à l’intérieur des quelles les rapports de force majorité-opposition-société civile soient équilibrés ce qui leur confère une transparence et une impartialité qui forcent les uns et les autres à jouer franc jeu pour le salut collectif.

Chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite et de ce point de vue, ce ne sont pas les Hommes forts africains qui posent problème, mais les peuples africains qui ensemble appellent de leurs vœux le changement et dans le même temps se laissent séduire par les considérations ethniques, religieuses, régionales  ou autres futilités pour soutenir ou cautionner des options qui ne permettent pas à la majorité de sortir de l’ornière

Pour chaque nation, la démocratie est une valeur cardinale et comme tout ce qui est précieux, elle a un prix qu’il faut consentir pour en espérer les bénéfices. C’est un  système représentatif  dont le moteur est le consentement éclairé du peuple. Mais pour avoir la clairvoyance, il faut être éduqué, instruits. De ce fait, la démocratie est dénuée de sens si tous les citoyens ne sont pas instruits pour désigner valablement leurs représentants dans le débat politique. Il faut donc favoriser l’instruction et l’alphabétisation du plus grand nombre pour optimiser le processus. Un peuple éduqué forme une nation forte qui elle génère forcément des institutions fortes.

Top 10 des polygames africains célèbres

C’est un lieu commun de dire que les africains sont polygames. Pourtant, ici aussi, les polygames hors paires sont célèbres et célébrés.

En Afrique, la polygamie est autorisée soit en vertu du droit coutumier, soit en vertu de la charia (lois religieuses musulmanes). Jusqu’à une époque récente, les familles monogamiques étaient l’exception qui confirmait la règle.

Pourtant à partir de trois épouses ici aussi, la réputation du polygame devient remarquable et il devient une référence en la matière.

A travers le continent, ces identités remarquables sont célébrées et la palme d’or de ce curieux challenge revient incontestablement au kényan Acentus Akuku, alias « Danger ».

Acentus Akuku

 Très bel homme,  charmeur et bon gestionnaire, il avait tout pour réussir dans ce créneau.  Son « odyssée polygame » avait commencé par un premier mariage en 1939. Il avait alors 23 ans et, au cours de son existence, il a renouvelé cet acte 130 fois, eut près de 300 enfants et divorça de 85 de ses épouses, pour la simple et bonne raison qu’elles avaient été infidèles. Read More

En Afrique, polygames nous sommes, polygames resterons-nous ad vitam ?

 polygamie en Afrique

Les députés kényans ont voté le jeudi 20 mars 2014, une loi permettant aux hommes d’épouser autant de femmes qu’ils le souhaitent, sans avoir à en informer leur première épouse. Cette loi très controversée dans ce pays chrétien a été promulguée par le président de la République du Kenya, Uhuru Kenyatta le 29 avril 2013. L’entrée en vigueur de cette loi au Kenya donne l’occasion de revisiter la question de la polygamie en Afrique pour sonder les tendances sur le continent et les évolutions possibles.

« C’est l’Afrique !»

Quand il s’agit de leur salaire ou de leur petit confort, les députés kényans nous ont habitués à oublier les appartenances politiques et faire bloc pour défendre leurs intérêts. Une fois encore la preuve en est faite le jeudi 20 mars passé lors du vote sur la polygamie. A l’origine, le texte donnait la possibilité aux épouses de s’opposer à une décision de leur mari d’épouser plusieurs femmes. Mais faisant cause commune au-delà des chapelles politiques, les députés kényans hommes ont une fois encore eu gain de cause. La loi votée n’offre aucune possibilité aux premières épouses d’avoir voix au chapitre. Et puisqu’il faut motiver une telle option qu’on pourrait assimiler à du machisme primaire de la part des députés hommes, l’habillage traditionnel a été le motif idéal qui justifie tout. « Quand vous épousez une femme africaine, elle doit savoir que la deuxième va suivre, puis la troisième (…). C’est l’Afrique », a expliqué devant la Chambre l’un de ces élus, Junet Mohammed, cité par Capital FM. Ainsi c’est au nom des traditions africaines que cette loi a été votée.

Cette nouvelle loi formalise donc en droit les lois coutumières kényanes et légalise la polygamie, que la femme y consente ou non. Naturellement, les députés kényans n’ont pas eu la tâche difficile. Ils savent que la polygamie est une pratique plutôt commune en Afrique. Elle rassemble les hommes, divise les femmes et ne laisse pas insensibles certains hommes en Occident à cause de la flexibilité qu’elle offre par rapport à la monogamie. Les députés kényans n’ont donc fait que défoncer une porte ouverte. Et c’est bien ça qui gène.

Bien entendu, la pratique de la polygamie existe à divers degrés dans la plupart des sociétés y compris dans les pays qui l’interdisent. En Afrique, la polygamie est autorisée soit en vertu du droit coutumier, soit en vertu de la charia (lois religieuses musulmanes). Et pour plusieurs raisons la pratique s’auto-entretient malgré les multiples controverses qu’elle soulève.

Primo, les religions endogènes et l’islam autorisent la pratique qui est devenue presque une coutume sous nos latitudes.

Secundo, le sexe fort, on le sait, a bien souvent une libido involontairement débordante. Une institution sociale qui lui permet de satisfaire ce  » défaut de fabrication  » est entretenue et défendue contre vents et marées.

Tertio, dans le ratio homme-femme, la gent féminine domine dans plus d’une société africaine et plusieurs femmes sont menacées de coiffer la Sainte-Catherine. Si donc un homme peut en caser deux ou plus, c’est un service rendu à la société d’où la réaction mitigée des femmes face à la pratique. En effet, l’honneur chez la plupart des femmes africaines est de revendiquer le statut matrimonial “mariée“ et à défaut d’avoir un homme à elles seules, plusieurs ne rechignent pas à partager un même mari, ce qui explique que des femmes, surtout parmi les instruites, qui ont de tout temps abhorré la polygamie, se retrouvent elles-mêmes dans des ménages polygamiques d’où, l’ambivalence des femmes africaines sur la question.

Un manque total de vision      

Pour autant, le vote des députés kényans gène à plusieurs titres. Le devenir des sociétés africaines modernes se construit dans les Parlements où les élus du peuple sont censés donner du sens à nos vies en fixant une direction et en faisant partager à tous un même objectif, en termes d’amélioration de la qualité de vie de tous les membres de la société.

Face donc à un sujet aussi complexe que délicat comme la polygamie, on aurait souhaité des députés kényans une approche plus sérieuse que celle qu’ils ont eue le 20 mars passé. Même l’islam qui autorise la polygamie y impose des contraintes. Le prophète dans sa grande sagesse y a mis des conditions. « Si vous craignez d’être injustes pour les orphelins, épousez des femmes qui vous plaisent. Epousez, comme il vous plaira deux, trois ou quatre femmes. Mais si vous craignez de ne pas être équitables, prenez une seule femme. »  (Sourate 4 verset 3).

Comment comprendre qu’un millénaire et demi plus tard, des parlementaires africains, sur la même question, légifèrent par un blanc-seing, une polygamie sauvage, pour la simple raison que « c’est l’Afrique ». Faut-il comprendre que dans leur mentalité, l’Afrique est immuable, stationnaire, éternelle incapable de la moindre réforme sur une pratique attentatoire à la dignité de la femme et des enfants qui en résulte. Polygames nous sommes, polygames resterons-nous ad vitam aeternam ?

A mon sens, même si la loi ne va pas jusqu’à interdire la polygamie, comme c’est déjà le cas en Tunisie depuis 1957 et plus ou moins au Bénin depuis le nouveau Code des Personnes et de la Famille adoptée en 2004, on aurait souhaité qu’elle balise quelque peu le cadre juridique de sa mise en œuvre. Des contraintes auraient pu être trouvées pour minimiser les méfaits et les effets négatifs de la polygamie dans la famille et dans la société d’une part et d’autre part, pour garantir un relatif bien-être matériel pour les enfants issus de cette pratique, tant d’enfants naissant dans un dénuement sordide. Une approche qui aurait eu le mérite d’adapter quelque peu la pratique aux enjeux de la modernité et de la mondialisation dans l’intérêt des générations actuelles et futures.

Mais, pour les députés kényans, toutes ces considérations sont sans importance. Que dalle! Les méfaits et multiples répercussions de la polygamie sur les personnes et sur les sociétés africaines ne sont que des broutilles.

Quid des palabres interminables entre coépouses pour des futilités ?

Quid des rivalités fratricides entre frères de lits différents pour des broutilles ?

Quid des soucis financiers, de l’appauvrissement des maris et des tensions diverses dans les ménages polygames ?

Quid du boom démographique et de la dégradation de l’environnement engendrés par la polygamie ?

Comme on peut le constater, toutes ces questions n’ont pas de réponse simple, preuve que la problématique mérite un traitement plus avisé et plus approprié que la simple politique de l’autruche pratiquée par les députés kényans. Visiblement ils se trompent d’époque. Mais l’époque elle-même est à l’œuvre pour le leur faire comprendre.

Une évolution plutôt paradoxale

Selon les données sociologiques  disponibles, environ 85 % des sociétés africaines islamique ou animiste sont polygames de droit. Quand on observe la vigueur de la pratique dans certains pays comme le Sénégal où selon une enquête du magazine Elle, «environ 40 % des ménages sénégalais sont officiellement polygames, un chiffre qui serait même en dessous de la réalité, selon Moustapha Wone, sociologue à Dakar ». Face à une telle statistique, on pourrait penser que la pratique est en recrudescence sur l’ensemble du continent. Pourtant, dans les faits, la tendance est plutôt à son essoufflement.

Malgré le blanc-seing des députés kényans aux hommes, l’horizon de la polygamie n’est plus si radieux que ça sur le continent. Sur mon exemple personnel, j’observe que mon cher papa, comme la plupart des hommes de sa génération, est un bon polygame avec ses 5 femmes. Sur les 9 garçons que compte sa progéniture, ni mes aînés sexagénaires ni mes petits frères, tous au-delà de la trentaine, aucun de nous n’est polygame. Plus globalement, dans le grand cercle de mes amis et connaissances, il y a très peu de polygames. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette tendance s’impose de plus en plus dans les sociétés africaines modernes.

En effet, si jadis, la polygamie permettait aux hommes de multiplier leur revenu à cause des bras valides qu’elle fournit pour les travaux champêtres, actuellement elle n’est plus qu’un facteur de dépenses considérables pour l’homme. Tous les postes de dépense domestiques sont multipliés par le nombre des épouses. Dans le contexte de pauvreté généralisée qui est le cas en Afrique, face à la cherté du coût de la vie, tout le monde tire le diable par la queue et une deuxième épouse devient un luxe que beaucoup d’hommes ne peuvent plus se permettre.

Par ailleurs, les femmes deviennent de plus en plus instruites, de plus en plus indépendantes économiquement et de moins en moins soumises. En conséquence, leur gestion devient de plus en plus délicate pour les maris polygames. En outre, pour plusieurs femmes qui acceptent la polygamie, l’objectif réel est plutôt égoïste. C’est tout juste pour revendiquer un statut social et donner un nom à leur enfant et non pour se soumettre aux caprices d’un mari. Dans ces conditions, il n’est plus sûr que le mari trouve son compte dans cette polygamie qui, de plus en plus, profite à la femme.

Enfin, le prestige qui autrefois auréolait les polygames s’effrite peu à peu et l’homme polygame est bien souvent isolé dans sa communauté face à ses problèmes de ménage. C’est donc dire que le métier de polygame n’attire plus foule et tout porte à croire que si la polygamie ne lâche pas l’Afrique, c’est l’Afrique qui la lâchera. D’ailleurs, les femmes le diront mieux que moi, les hommes « dragueurs » elles en croisent plus d’un chaque jour que Dieu fait, mais « les hommes épouseurs » elles sont nombreuses à le rechercher, en vain, parfois toute la vie durant.

Comme on le voit, la tendance du phénomène est à l’essoufflement. Le vote des députés kényans n’a donc d’autre sens qu’un combat d’arrière-garde, une deuxième corde ou plus précisément une deuxième flèche que les hommes veulent bien conserver dans leur carquois. C’est une loi taillée sur mesure pour contenter une certaine classe sociale qui a maille à partir avec les premières épouses intransigeantes. Elle servira au mieux à intimider les épouses, au pire à les harponner pour perpétuer la domination de la femme.

La démocratie est la souveraineté du peuple et non la souveraineté des députés. Que les parlementaires kényans le veuillent ou non, c’est une pratique qui d’une manière ou d’une autre est appelée à évoluer avec l’évolution du niveau d’instruction et d’éducation des peuples.