Burundi-Rwanda: le mystères des cadavres du lac Rweru bientot dissipé?

cadavres sur le lac Rweru
                                                                                           crédit photo: FIDH

–  ( l’un ) :       Non, ce n’est pas pour moi, c’est pour toi !

–  ( l’autre ) :   Non ! ce n’est pas pour moi, c’est bien pour toi !

A cet échange, on se croirait bien en face de deux gamins en train de s’accuser mutuellement de la responsabilité d’un mouchoir jeté au sol dans la cour de recré.

Sauf que là, nous ne sommes pas dans une cour de récré, mais sur les berges du lac Rweru, qui sépare le Burundi et le Rwanda. La pomme de discorde, ce sont des cadavres ligotés dans des sacs plastiques flottants sur l’eau et charriés par le fleuve depuis la mi-juillet. Pour le Burundi, ces corps sont emportés par les flots depuis la rivière Nyabarongo-Kagera, qui prend sa source au Rwanda voisin. Pour le Rwanda, aucune disparition n’est déplorée au Rwanda, c’est donc une affaire burundaise.

Officiellement, quatre cadavres ont été retrouvés ligotés dans des sacs plastiques flottant sur l’eau à la mi-août et deux autres en septembre. Mais sur place dans la commune Giteranyi en province de Muyinga, village situé près de l’embouchure de la rivière Kagera qui passe près de Kigali et du lac Rweru,  les pêcheurs affirment avoir aperçus et dénombrés plus de 40 cadavres flottant sur le lac Rweru depuis le mois de juillet, ce que confirment l’administration et la police locales.

Fin août, une commission d’enquête mixte burundo-rwandaise a été mise sur pied pour déterminer l’origine des corps. Le porte-parole du président burundais Pierre Nkurunziza, Willy Nyamitwe, a réaffirmé cette semaine sur Radio France Internationale que son pays travaillait « en synergie » avec le Rwanda sur le dossier. Mais, en fait d’enquête conjointe, chaque partie cherche plutôt à tirer son épingle du jeu. Visiblement l’exercice embarrasse la partie burundaise et agace la partie rwandaise. D’ailleurs, les deux  parties ont livré séparément leurs conclusions.

Philippe Nzobonariba,  secrétaire-général et porte-parole du gouvernement burundais a  sur RFI le 27/09/14 réaffirmé la position de son pays : « Chez nous, du côté burundais, on sait que ces corps, d’après la déclaration de la population locale, ont été charriés en provenance de la rivière Kagera qui vient du Rwanda ». Bien avant lui, le porte-parole de la police rwandaise avait, quant à lui déclaré que son pays n’avait pas besoin d’enquêter puisque personne n’avait disparu au Rwanda.

Toutefois, sur le terrain, les associations de défense des droits humais s’activent autour de la question.  Même si leur action n’est pas facilitée par les instances gouvernementales, elles ont noté une multiplication des disparitions enregistrées au Rwanda ces derniers mois. Dans un communiqué conjoint publié simultanément à Kigali, Bujumbura et Nairobi (Kenya), le 26/09 14, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH, basée à Paris), la Ligue des droits de l’homme dans la région des Grands lacs (LDGL) qui a son siège à Kigali et la Ligue burundaise des droits de l’homme (Iteka), affirment qu’elles suspectent Kigali d’avoir joué un rôle dans le meurtre de personnes dont les corps ont été retrouvés depuis juillet dernier flottant sur le lac Rweru à la frontière entre le Rwanda et le Rwanda et  demandent par ailleurs la mise en place d’une commission d’enquête internationale.

Pour ma part, ce qui est étonnant dans toute cette situation, c’est le silence total des chancelleries et des institutions nationales et panafricaines. En admettant même que ces personnes ne soient ni burundais ni rwandais, a priori ils sont bien des africains et à mon sens, leur tragique sort méritent d’interpeller les instances panafricaine.

 Du point de vue sécuritaire, ces crimes sont-il l’œuvre de quelques groupes crapuleux, djihadistes ou mafieux apparus dans la région ? ceci est une préoccupation qui mérite des clarifications pour la sécurité du peuple.

Et ci ce n’était pas le cas, alors du point de vue  des droits humains, ces crimes seraient-il des exécutions extrajudiciaires? La encore la question devrait émouvoir les instances judiciaires nationales et régionales. Mais hélas ! La vie des citoyens africains n’a d’importance pour les politiques qu’à l’heure des suffrages.

Finalement la seule voie autorisée et officielle dans cette série noire est venue d’outre Atlantique. Dans un communiqué publié vendredi 26/09 14, les États-Unis demandent au Rwanda et au Burundi de mener d’urgence des « enquêtes rapides, approfondies, impartiales et concertées (…) avec le concours d’experts légistes indépendants et internationaux » pour faire toute la lumière sur le mystère des dizaines de cadavres vus flottant sur le lac Rweru depuis la mi-juillet. Les « victimes méritent d’être identifiées », leurs familles « de connaître leur sort » et les « coupables doivent être traduits devant la justice », a expliqué la porte-parole du département d’État américain Jennifer Psaki, dans le communiqué distribué à Bujumbura.

Selon des sources concordantes à Bujumbura, Washington aurait proposé l’aide du FBI pour éclaircir cette mystérieuse affaire.  Visiblement, la proposition américaine reconforte le Burundi. « Nous acceptons la proposition d’assistance du FBI », a dit à RFI le conseiller en communication du président Nkurunziza, Willy Nyamitwe, expliquant qu’il s’agissait de la seule offre concrète d’assistance étrangère jusque-là. « Le Burundi ne peut refuser aucune aide extérieure pour élucider ce mystère de cadavres flottants dans le lac Rweru et charriés par la rivière Akagera », a-t-il ajouté.

Vivement que la lumière soit faite sur ce drame humain et qu’une sépulture digne soit donnée à ces pauvres victimes et les responsables d’une telle atrocité punis.

Au Bénin, la démocratie en déshérence

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Au Bénin, les élections locales, communales et municipales prévues pour mars 2013 sont reportées sine die. En cause, l’absence d’une liste électorale fiable et acceptée de tous. Accusé par l’opposition de bloquer à dessein la correction de la liste électoral et donc  l’organisation des élections, le chef de l’Etat a avoué, ce lundi 23 septembre, l’incapacité de son Gouvernement à financer la correction du fichier électoral et des prochaines élections dans le pays, parce que : « la trésorerie de la puissance publique ne se porte pas bien ». Un aveu qui sonne comme une oraison funèbre pour la démocratie béninoise.

La pomme de discorde

Depuis plus d’un an, les béninois attendent avec impatience l’organisation des élections municipales et communales reportées sine die. L’impatience est d’autant plus grande que les législatives sont attendues en 2015 et les présidentielles en 2016.

Invité ce dimanche 21 septembre, de l’émission ‘’Zone franche’’ de la télévision béninoise Canal 3, le président du Parti du renouveau démocratique (Prd), Me Adrien Houngbédji, candidat malheureux aux élections de 2011, a clairement indexé le gouvernement de Yayi Boni de bloquer à dessein les élections municipales et communales dans le pays. La réponse de la bergère au berger est venu le lendemain lundi 23 septembre.

A la faveur d’une tournée à Boko, commune de N’dali dans le Nord du Bénin, le Président Boni Yayi a avoué l’incapacité de son Gouvernement à financer l’organisation des prochaines élections. Devant les braves villageois venus célébrer le raccordement de leur village au réseau électrique nationale, le chef de l’Etat à livré sa conception de la démocratie dont voici une transcription de l’extrait qui est diffusé par l’ORTB, la chaîne nationale.

 « Une démocratie doit nous permettre d’organiser les élections à bonne date. Mes chers compatriotes ! Vous me direz, quel est le lien entre l’électricité et la démocratie. Cela se tient. Parce que s’il n’y a pas la stabilité, il ne peut pas avoir de prospérité. Nous sommes encore en difficulté pour organiser nos élections. Les élections coûtent chères dans notre pays. Elles coûtent excessivement chères. Tenez. Depuis 2006, moi je suis venu aux affaires. Nous avons dépensé plus de 100 milliards pour organiser les élections. 100 milliards, mes chers compatriotes. Je demande à la presse de relayer cela. J’aurai l’occasion de me prononcer là-dessus. Chacun est libre de raconter ce qu’il veut. C’est triste. Je suis triste pour mon pays. Triste ! […]La situation est dramatique. Aujourd’hui, il nous faut encore 22 milliards. Dans une situation où la trésorerie de la puissance publique ne se porte pas bien. Parce que, pour des raisons de conjoncture nationale, régionale et mondiale.[….] Ceci demande d’autres ajustements au moment où nous sommes appelés à relever d’autres défis. .[….] .,. Lorsqu’on est responsable, il faut s’asseoir et mener le dialogue…. »

 

Chronique d’un carambolage annoncé

Pour bien comprendre la portée des propos du chef de l’Etat, il faut prendre en compte deux situations antérieures.

Primo, un projet de révision constitutionnelle est, actuellement, en étude  à l’Assemblée et l’opposition prête à tort ou à raison l’intention de modifier le texte constitutionnel pour briguer un troisième mandat. Or, depuis quelques mois, Mathurin Nago, le président de l’Assemblée, fidèle parmi les fidèles du chef de l’Etat a pris ses distances avec ce dernier dont il critique vertement la mauvaise gouvernance. Ceci indique donc que la reforme constitutionnelle via le parlement ne peut plus prospérer.

Secundo, pour palier le vide juridique causé par le report des élections municipales, l’Assemblée a voté en 2013, une loi qui proroge de façon indéterminée le mandat des maires. Donc depuis un an et demi, les maires au Bénin dirigent sans un mandat de leur population.

Ainsi, en s’inscrivant dans la vision du chef de l’Etat, faute de moyens, les élections législatives ne seront pas organisée en 2015, l’Assemblée devra alors voter une loi qui proroge le mandat des députés. En 2016, les présidentielles deviendront les élections générales ou les mêmes causes provoquant les mêmes effets, les élections présidentielles aussi seront reportées sine die et les députés obligés de voter une loi pour proroger le mandat du chef de l’Etat qui aura alors légalement sa rallonge. Un joli carambolage démocratique en perspective.

Une  situation triste et dramatique !

En 2011, tous les sondages et analyses donnaient le président Boni Yayi battu au second tour dans tous les cas de figures. A l’arrivée, il n’y a pas eu de second tour. Il est miraculeusement élu dès le premier tour. En 2014, on le soupçonne de vouloir modifier la constitution pour briguer un troisième mandat et il prévient déjà que la puissance publique n’a plus de moyens pour organiser les élections. Quand on sait que le président Boni Yayi lâche rarement ses idées, la question qu’il faut se poser est quelle est la surprise du chef que le président Boni Yayi prépare pour  le Bénin son pays qu’il aime si tant.

Le slogan des partisans du président Boni Yayi depuis quelques temps est : « après nous, c’est nous »,  les derniers propos du chef de l’Etat, donne, probablement, un décryptage de ce curieux slogan qui certainement sous-entend : Après nous c’est nous ou personne. L’avenir dira ce qu’il faut y entendre.

Cette situation kafkaïenne me rappelle cette pensée de Shakespeare: « homme, oh homme vain, drapé d’un peu d’autorité, tu joues devant les cieux de si grotesques comédies, que tu ferais pleurer les anges ». Au Bénin, c’est le peuple tout entier qui n’a plus que ses yeux pour pleurer car l’homme providentiel qu’il s’est trouvé en 2006 est devenu le bourreau de sa démocratie.

Au demeurant, on n’est bien forcé d’être d’accord avec le président Boni Yayi quand il dit que la situation est vraiment  triste et dramatique.

Il est, en effet, triste de voir un serviteur du peuple qui trouve des moyens pour faire tant et tant de choses non planifiées pendant des années et qui se retrouve sans moyens pour faire les choses programmées de longue date par la constitution et attendues par le peuple, son mandataire. C’est aussi triste qu’un père de famille qui a les moyens pour les œuvres charitables, mais se retrouve sans moyens pour scolariser ses enfants

N’est-il pas triste de voir un président démocratiquement élu qui, au moment de passer la main, prétend que les élections coûtent cher et que la trésorerie de la puissance publique n’a pas de moyens pour organiser des élections. C’est aussi triste qu’une personne qui parvient au sommet et tente de balancer l’échelle qui a permis son ascension pour demeurer seul au sommet.

Qu’y a-t-il de plus triste que de voir la démocratie béninoise à l’instar des démocraties africaines, vieillir sans mûrir ?

Disons le tout net, cette tristesse dérange car elle interpelle.

Une mobilisation de tous

Comme toujours les réactions des partisans du président font dans le déni ou dans la langue de bois. Personne ne pouvant dire au chef qu’il a fait une gaffe, tout le monde s’évertue à dire que sa pensée est mal comprise. D’ailleurs une réunion d’urgence du gouvernement ce mercredi 24 septembre a annoncé une batterie de mesures pour accélérer la correction du fichier électoral et la convocation du collège électoral. Mais, il faut rappeler au peuple qu’il n’a pas élu le gouvernement mais bien le président. Il serait donc imprudent  de minimiser les propos du chef de l’Etat car il y a bien péril en la demeure. Il faut souhaiter que les élites politiques, administratives, le clergé la société civile se donnent toute la main pour doivent réclamer les élections à bonne date et préserver la paix sociale dans le pays

Au Nigeria, on se couche dans la République et on se lève dans le califat de Boko Haram

boko haram

 

Au nord du Nigeria, les attaques de Boko Haram sont devenues quotidiennes et de plus en plus intenses. Visiblement, Boko Haram a changé de stratégie en passant d’actions de guérilla à des phases de conquête territoriale. Depuis le 24 août 2014, le groupe islamiste revendique la création d’un État islamique à Gwoza et menace de s’emparer de la partie nord-est du Nigeria, une situation qui rappelle le cas du  Nord-Mali en 2011-2012. Vu que ces offensives s’étalent sur plusieurs fronts en direction du Cameroun, du Tchad et du Niger, la question se pose de savoir  si la géopolitique de la sous-région n’est pas en train de se modifier petit à petit sous nos yeux ?

Au secours, les Barbares arrivent !

Les témoignages et récits en provenance du nord-est du Nigéria se suivent et se ressemblent tous, les invasions barbares de Boko Haram n’ont plus de limites. Le groupe islamiste opère des razzias dans les États de Borno, de Yobe et d’Adamawa. Face à ces exactions, la réaction de l’armée nigériane est toujours la même : le déni, malgré le faisceau d’indices concordants et accablants.
Le 6 août, la ville de Gwoza a été prise et  celle de Buni Yadi, deux semaines plus tard.  Le dimanche 24 août Abubakar Shekau, dans une vidéo déclare que la ville de Gwoza, contrôlée par ses hommes, était placée sous le règne du « califat islamique », sans lier explicitement cette référence à la situation en Irak. De toute évidence, face à la puissance de feu des troupes de Boko Haram, le moral des troupes nigérianes en prend un coup. Le 24 août, 500 soldats nigérians fuient les villes de Kerawa et Ashigashiya, et se réfugient au Cameroun.  Le lendemain, la ville nigériane de Gamboru Ngala, tombe sous le contrôle de Boko Haram. Cette attaque a provoqué le repli à Fotokol, au Cameroun, de milliers d’habitants de la localité et une seconde vague d’environ 200 militaires nigérians. Deux jours plus tard, Ashigashiya village frontalier du Cameroun est prise sans résistance par Boko Haram. De l’autre coté de la frontière, les villages camerounais de Kerawa et Garkara et la ville de Kolofata sont  sous très forte pression.

Le groupe islamiste contrôle désormais trois districts de l’État de Borno, ainsi qu’au moins un district dans deux États voisins, Yobe et Adamawa. Mais paradoxalement, l‘armée fédérale continue de réaffirmer que « la souveraineté et l’intégrité » du territoire nigérian sont « intactes », sans apporter la moindre réponse aux nombreuses préoccupations des Nigérians.

Que deviennent les lycéennes enlevées par Boko Haram en avril par le groupe islamiste ?

Que sont devenus la femme du vice-Premier ministre camerounais, le chef traditionnel Seini Boukar, les membres de sa famille et toutes les personnes enlevées à Kolofata fin juillet ?

Quel sort est réservé aux soldats loyalistes et aux milliers de nigérians réfugiés au Cameroun ?

Autant de questions qui restent sans réponses.

David contre Goliath

Pourtant  l’armée nigériane est réputée être la plus performante du continent. Elle dispose d’un budget colossal de 968 milliards de nairas (4,5 milliards d’euros), mais reste désarmée face à la progression de Boko Haram. On sait que face aux guerres asymétriques, les armées classiques sont sans ressources, mais Boko Haram ne mène plus une guerre asymétrique puisque les combats se font face à face et ce sont les forces loyalistes qui sont mises en déroute. Boko Haram est une rébellion née sur le territoire nigérian et leur repère est sur le territoire nigérian. C’est une armée forte de 6 à 8.000 combattants, un nombre qui peu difficilement passé inaperçu mais reste infime face à l’armée fédérale qui compte 80.000 militaires et 82.000 paramilitaires, selon le rapport 2014 de l’Institut international d’études stratégiques (IISS).

A défaut donc de se confronter à eux, on peut les juguler en contrôlant leur réseau d’approvisionnement en vivres et en armes.

Mais depuis bientôt un an que ces offensives ont recommencé, face à la puissance de feu de Boko Haram et la facilité stupéfiante avec laquelle ses combattants se déplacent dans toute la région nord-est, l’état-major des armées ne brille que par des effets d’annonce, tandis qu’à  Abuja, le gouvernement opte pour la politique de l’autruche. Et pendant ce temps sur le terrain, l’armée nigériane va de déroute en déni et de déni en compromission.

Demandez et l’on vous donnera;

Finalement, ce n’est que mercredi 3 septembre, à Abuja, lors d’une réunion entre le Nigeria et quatre de ses voisins (Bénin, Cameroun, Tchad et Niger) que  les autorités nigérianes ont appelé la communauté internationale à l’aide. Ce n’était pas trop tôt, mais c’est une avancée dont il faut prendre acte et en tirer les conséquences. Toutefois, il faut l’avouer, l’idée que la puissante armée nigériane appuyée par toutes les armées des Etats de la sous-région ne parvient pas à vaincre Boko Haram est inacceptable pour un grand nombre de personnes et les interrogations fusent de toute part. Dans la stratégie de lutte contre Boko Haram, les bonnes personnes sont-elles à la bonne place ? Et si oui, les affectations budgétaires appropriées sont-elles mises en œuvre ? Et enfin quelle est même la stratégie mise en œuvre dans cette lutte tant elle est floue ?

Faut-il le rappeler, le Nigeria est la première puissance africaine, puissance économique et puissance militaire, et elle est en incapacité de résoudre un problème de rébellion interne engendrée par ses propres contradictions et appelle à l’aide internationale. En élargissant la réflexion à l’échelle continentale, la question devient très préoccupante. L’Afrique appelle à l’aide internationale pour Ebola et pour Boko Haram, comme elle le fait déjà pour le paludisme, pour le sida, pour la famine, les sécheresses, les inondations, les conflits, etc. En définitive, quelle nation africaine au sud du Sahara, se montre capable de résoudre, par elle-même, les problèmes que soulève son propre développement ? Je n’aimerais pas troubler le repos d’Aimé Césaire dans sa tombe, mais la question se pose malheureusement en ces termes.

Du reste, Il n’y a pas de péché à demander et dorénavant, l’unique question qui se pose au Nigeria est de savoir sous quelle forme cette aide viendra et quand elle viendra. Au Mali en 2012, la France est intervenue in extremis pour sauver l’Etat malien. Quelle nation occidentale prendra actuellement une telle responsabilité au Nigeria ?

Au demeurant, Faut-il croire que le Nigeria actuel est à l’image de la Rome antique où, chaque invasion barbare préfigure un Empire affaibli, un Empire décadent, une armée en déconfiture et un leadership agonisant ? Le pronostic vital du règne du bien chanceux Goodluck Jonathan serait-il déjà engagé ? Quel avenir pour le mammouth africain ? Févier 2015, date des prochaines élections dans le pays, délivrera les secrets de l’oracle.

Trafic présumé d’enfants au Niger : Hama Amadou prend le large

Hama Amadou en fuite vers le Burkina Faso : Crédit photo Salamata Beidari www.facebook.com/zoulaha.manirou?

Depuis juin 2014, l’affaire de trafic présumé d’une vingtaine de bébés en provenance du Nigeria fait grand bruit au Niger. Depuis cette date aussi, l’Honorable député, Hama Amadou, président de l’Assemblée nationale du Niger, est sur la sellette. L’une de ses épouses serait mêlée à ce trafic et écrouée dans le cadre de cette affaire. Ce mercredi 27 août, le Parlement nigérien a levé son immunité en vue de son audition par la justice nigérienne. Mais, au lieu de répondre à l’appel du juge pour laver son honneur et celui de sa famille, il a préféré se réfugier au Burkina Faso d’où il s’est envolé pour la Belgique. Aveu de complicité ou retrait stratégique contre une procédure illégale visant à le neutraliser politiquement, la question reste entière?

L’annonce de la fuite d’Hama Amadou est intervenue quelques heures après que le bureau du Parlement nigérien a levé son immunité, suite à une requête du procureur de la République. La justice nigérienne souhaitait l’auditionner au sujet d’un présumé trafic de bébés en provenance du Nigeria et dans lequel sa deuxième femme est écrouée. Son audition par le juge d’instruction pourrait alors ouvrir la voie à une incarcération, s’il venait à être inculpé. Mais, par crainte d’un règlement de compte politique, il a pris la clé des champs laissant derrière lui femme, enfants et le peuple qu’il aspire diriger. Stratégie judicieuse ou grosse faute politique ? Les avis divergent selon les camps.

La saison des jumeaux

Fin juin, quelque 17 personnes, dont 12 femmes, ont été arrêtées dans le cadre de ce dossier. La justice soupçonne ces familles nigériennes a priori sans progéniture d’avoir acheté des enfants au Nigeria. Selon la police, outre la seconde épouse de Hama Amadou, trois épouses d’une personnalité se sont retrouvées avec six jumeaux, deux chacune, en l’espace de trois mois. Jusque-là, après plusieurs décennies de mariage ces femmes n’avaient pas d’enfant. Une autre famille de deux épouses sans enfant s’est enrichie de quatre jumeaux en quelques semaines.

Toutes ces femmes sont inculpées de supposition d’enfant (délit qui consiste à attribuer la maternité d’un enfant à une femme qui ne l’a pas mis au monde), faux et usage de faux et de déclaration mensongère. Parmi les femmes incarcérées figure la seconde épouse de Hama Amadou,

L’épreuve de vérité

Comme on peut le constater, autour de ce présumé trafic de bébés en provenance du Nigeria, il y a eu trop de suppositions, trop d’allégations, trop de rumeurs, qu’il fallait que d’une manière ou d’une autre, la justice aide à démêler le vrai du faux.

Sur RFI, Hama Amadou a déclaré que son épouse a réclamé en vain le test ADN, or toujours sur cette même station, le ministre nigérien de la Justice, Marou Amadou, a été très clair :  « Je voudrais vous dire à ce jour, à la date du 24 juillet, que toutes les femmes ont été entendues, leurs maris sollicités pour l’ADN. Aucun n’a donné son accord ». Il revenait donc aux inculpés de produire la preuve de leur innocence. De ce point de vue la levée de l’immunité parlementaire de Hama Amadou est salutaire pour lui, car il a désormais les coudées franches pour contribuer à la manifestation de la vérité.

Il faut avouer que la marge de manœuvre de Hama Amadou est très faible vu que son épouse est déjà sous les verrous pour une affaire pénale dans laquelle il est impliqué, étant le père légal des enfants de son épouse.

Mais, pour son avocat,  Me Souley Oumarou, le président du Parlement du Niger, Hama Amadou, principal opposant au président Mahamadou Issoufou, a fui le Niger pour le Burkina Faso parce qu’il se sentait menacé par l’Etat, et non pour éviter de s’expliquer sur les accusations sur un trafic présumé de bébés, a affirmé jeudi son avocat. »Tout le monde sait dans ce pays que (les autorités) ont tenté de diverses manières de débarquer Hama Amadou du perchoir […] Comme cela, il aura la possibilité d’être candidat en 2016. « S’ils l’avaient pris, ils ne l’auraient jamais libéré avant 2016 », a-t-il lancé. Mais pour ses opposants, sa fuite est sans conteste un aveu flagrant de culpabilité.

Les jumeaux sont-ils les enfants du couple ?

Que cette affaire ait un relent politique, de cela il ne fait aucun doute. Hama Amadou est un leader politique de premier plan. Il est la deuxième personnalité de l’Etat et principal opposant au président Mahamadou Issoufou à l’élection de 2016 pour laquelle il s’est déjà déclaré candidat. L’interpellation d’une telle personnalité  dans nos Etats africains, ne peut se faire sans le quitus du pouvoir. D’autre part, la célérité avec laquelle son immunité à été levée est très suggestive. Pour autant, cela ne rend pas cette affaire politique. Les personnalités officielles, les institutions ne doivent être à l’abri des accusations. Or, les bébés ne sont pas imaginaires, la famille de Hama Amadou n’est pas la seule impliquée, le peuple veut connaître la vérité et il y a bien des responsabilités à assumer.

Alors, de deux choses l’une, les jumeaux sont-ils les enfants du couple, ou non ?

S’ils sont les enfants du couple, il faut se battre pour leur reconnaissance par l’état civil nigérien. Mais, si tel n’est pas le cas, il faut reconnaître sa faute, faire amende honorable et assumer sa responsabilité. Le désarroi des familles sans enfants est humain et si une faiblesse conduit à un acte répréhensible, les tribunaux savent faire la part des choses et aider à la réhabilitation des fautifs. Mais pour ce faire il faut assumer et la fuite, à mon sens, est la dernière chose à faire surtout que votre épouse est déjà aux mains de la justice. La fuite n’honore ni votre épouse ni vos enfants

A enjeu politique, réaction politique

Toutefois, il n’est pas exclu, comme le dit l’avocat de Hama Amadou et ses sympathisants que tout ceci relève de manœuvres politiques pour évincer Hama Amadou. Une thèse que confirme la lettre ouverte publiée par Hama Amadou lui-même après son départ. Dans ce contexte, une fois encore, la fuite est la dernière des stratégies à adopter. C’est devant les tribunaux et devant l’opinion publique nationale et internationale qu’il faut se battre pour monter l’abus dont on est l’objet ce qui contribue à augmenter votre crédit et consolider la stature d’homme d’Etat.

A son inculpation en 1961 pour agitation subversive, Nelson Mandela aurait pu fuir, il ne serait pas devenu l’icône qu’il a été.

« Je pense avoir fait mon devoir envers mon peuple et aussi envers l’Afrique du Sud. Je suis sûr que la postérité me réhabilitera, et dira que les seuls criminels qui auraient dû être traduits devant ce tribunal, ce sont les membres du gouvernement Verwoerd. » Ce sont là, les derniers mots, très prémonitoires,  de Nelson Mandela au procès de Rivonia en 1962. Après 27 ans de prison, il a été réhabilité et honoré. Tel est donc l’exemple de réponse politique à une question politique. Mais de toute évidence, Hama Amadou n’est pas prêt à passer une minute en détention pour défendre ses idées, mais aspire à présider aux destinées du peuple nigérien. Sauf votre honneur, Honorable, la fuite est tout sauf honorable.