cadavres sur le lac Rweru
                                                                                           crédit photo: FIDH

–  ( l’un ) :       Non, ce n’est pas pour moi, c’est pour toi !

–  ( l’autre ) :   Non ! ce n’est pas pour moi, c’est bien pour toi !

A cet échange, on se croirait bien en face de deux gamins en train de s’accuser mutuellement de la responsabilité d’un mouchoir jeté au sol dans la cour de recré.

Sauf que là, nous ne sommes pas dans une cour de récré, mais sur les berges du lac Rweru, qui sépare le Burundi et le Rwanda. La pomme de discorde, ce sont des cadavres ligotés dans des sacs plastiques flottants sur l’eau et charriés par le fleuve depuis la mi-juillet. Pour le Burundi, ces corps sont emportés par les flots depuis la rivière Nyabarongo-Kagera, qui prend sa source au Rwanda voisin. Pour le Rwanda, aucune disparition n’est déplorée au Rwanda, c’est donc une affaire burundaise.

Officiellement, quatre cadavres ont été retrouvés ligotés dans des sacs plastiques flottant sur l’eau à la mi-août et deux autres en septembre. Mais sur place dans la commune Giteranyi en province de Muyinga, village situé près de l’embouchure de la rivière Kagera qui passe près de Kigali et du lac Rweru,  les pêcheurs affirment avoir aperçus et dénombrés plus de 40 cadavres flottant sur le lac Rweru depuis le mois de juillet, ce que confirment l’administration et la police locales.

Fin août, une commission d’enquête mixte burundo-rwandaise a été mise sur pied pour déterminer l’origine des corps. Le porte-parole du président burundais Pierre Nkurunziza, Willy Nyamitwe, a réaffirmé cette semaine sur Radio France Internationale que son pays travaillait « en synergie » avec le Rwanda sur le dossier. Mais, en fait d’enquête conjointe, chaque partie cherche plutôt à tirer son épingle du jeu. Visiblement l’exercice embarrasse la partie burundaise et agace la partie rwandaise. D’ailleurs, les deux  parties ont livré séparément leurs conclusions.

Philippe Nzobonariba,  secrétaire-général et porte-parole du gouvernement burundais a  sur RFI le 27/09/14 réaffirmé la position de son pays : « Chez nous, du côté burundais, on sait que ces corps, d’après la déclaration de la population locale, ont été charriés en provenance de la rivière Kagera qui vient du Rwanda ». Bien avant lui, le porte-parole de la police rwandaise avait, quant à lui déclaré que son pays n’avait pas besoin d’enquêter puisque personne n’avait disparu au Rwanda.

Toutefois, sur le terrain, les associations de défense des droits humais s’activent autour de la question.  Même si leur action n’est pas facilitée par les instances gouvernementales, elles ont noté une multiplication des disparitions enregistrées au Rwanda ces derniers mois. Dans un communiqué conjoint publié simultanément à Kigali, Bujumbura et Nairobi (Kenya), le 26/09 14, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH, basée à Paris), la Ligue des droits de l’homme dans la région des Grands lacs (LDGL) qui a son siège à Kigali et la Ligue burundaise des droits de l’homme (Iteka), affirment qu’elles suspectent Kigali d’avoir joué un rôle dans le meurtre de personnes dont les corps ont été retrouvés depuis juillet dernier flottant sur le lac Rweru à la frontière entre le Rwanda et le Rwanda et  demandent par ailleurs la mise en place d’une commission d’enquête internationale.

Pour ma part, ce qui est étonnant dans toute cette situation, c’est le silence total des chancelleries et des institutions nationales et panafricaines. En admettant même que ces personnes ne soient ni burundais ni rwandais, a priori ils sont bien des africains et à mon sens, leur tragique sort méritent d’interpeller les instances panafricaine.

 Du point de vue sécuritaire, ces crimes sont-il l’œuvre de quelques groupes crapuleux, djihadistes ou mafieux apparus dans la région ? ceci est une préoccupation qui mérite des clarifications pour la sécurité du peuple.

Et ci ce n’était pas le cas, alors du point de vue  des droits humains, ces crimes seraient-il des exécutions extrajudiciaires? La encore la question devrait émouvoir les instances judiciaires nationales et régionales. Mais hélas ! La vie des citoyens africains n’a d’importance pour les politiques qu’à l’heure des suffrages.

Finalement la seule voie autorisée et officielle dans cette série noire est venue d’outre Atlantique. Dans un communiqué publié vendredi 26/09 14, les États-Unis demandent au Rwanda et au Burundi de mener d’urgence des « enquêtes rapides, approfondies, impartiales et concertées (…) avec le concours d’experts légistes indépendants et internationaux » pour faire toute la lumière sur le mystère des dizaines de cadavres vus flottant sur le lac Rweru depuis la mi-juillet. Les « victimes méritent d’être identifiées », leurs familles « de connaître leur sort » et les « coupables doivent être traduits devant la justice », a expliqué la porte-parole du département d’État américain Jennifer Psaki, dans le communiqué distribué à Bujumbura.

Selon des sources concordantes à Bujumbura, Washington aurait proposé l’aide du FBI pour éclaircir cette mystérieuse affaire.  Visiblement, la proposition américaine reconforte le Burundi. « Nous acceptons la proposition d’assistance du FBI », a dit à RFI le conseiller en communication du président Nkurunziza, Willy Nyamitwe, expliquant qu’il s’agissait de la seule offre concrète d’assistance étrangère jusque-là. « Le Burundi ne peut refuser aucune aide extérieure pour élucider ce mystère de cadavres flottants dans le lac Rweru et charriés par la rivière Akagera », a-t-il ajouté.

Vivement que la lumière soit faite sur ce drame humain et qu’une sépulture digne soit donnée à ces pauvres victimes et les responsables d’une telle atrocité punis.

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