Bénin : Lionel Zinsou, le bien aimé mal venu

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Dans la vie comme en politique, pour réussir, Il ne suffit pas d’être bon,

Encore faut-il  être à la bonne place et au bon moment.

C’est la grande leçon de la présidentielle 2016 au Bénin avec Lionel Zinsou.

Ancien élève de la prestigieuse Ecole Normale Supérieure française,

Économiste de renom et banquier d’affaire émérite,

Brillantissime intellectuel et chantre de l’Afro-optimistes,

Un, parmi les 100 personnalités  qui ont marqué l’Afrique en 2015,

L’homme ferait, à coup sûr, un bon président pour son pays le Bénin.

Pourtant, sa candidature à la présidentielle de 2016,

S’est soldée par une bérézina.

35% des suffrages contre 65% pour son challenger Patrice Talon.

La méprise, à mon sens, vient plus de lui-même que de son peuple.

Et pour cause !

Le projet de sa candidature porte, en lui, les germes de sa défaite.

Un projet mort né qui avait tout pour échouer.

 Aussi bien le parrainage, le timing, le casting et le marketing,

Tout concourrait pour discréditer le candidat.

Tout était bon pour vouer le projet et l’homme aux gémonies.

D’abord  le parrain du projet,

Le président sortant, Boni Yayi, pour ne pas le nommer,

Un choix plutôt controversé et inopportun.

Boni Yayi, c’est l’homme des scandales à répétition et des discours clivant.

C’est le président  qui  à cherché en vain à modifier la constitution,

Juste pour briguer un troisième mandat.

C’est l’homme que le peuple a déjà désavoué aux législatives 2015.

C’est une page de l’histoire que la majorité des béninois voulait voir tourner.

Il n’y avait donc pas plus mauvaise lettre de recommandation qui soit,

Que  celle d’être présenté comme le candidat choisi et imposé de Boni Yayi.

C’était la première erreur à éviter, ce fut la première méprise du candidat.

Et le timing du projet ?

 Le moins qu’on puisse dire est qu’il est improbable.

Revenu au pays à la faveur d’une nomination au poste de premier ministre,

C’est un come back honorable et honorant.

Briguer la magistrature suprême six mois après,

Cela laisse plutôt perplexe.

Et que dire de l’investiture du candidat par la mouvance présidentielle ?

 Une investiture plutôt  sujette à caution.

Elle fut acquise après les primaires auxquelles il n’a pas participé,

Mais telle était la volonté de Boni Yayi, parrain du candidat.

En somme, une candidature, à l’interne, controversée et frustrante.

Ainsi, pour un enjeu aussi grand que l’avenir de toute une nation,

 Juste six mois de coaching et : Veni, Vedi, Vici.

Non, c’était trop beau pour être vrai.

C’est se tromper de lieu et d’époque.

C’est une légèreté dont il fallait se garder

Ce fut la deuxième méprise du candidat.

Quid du casting ?

Un regroupement des trois plus grands partis politiques du pays.

Avec une constellation de personnalités plus ou moins avenantes.

Kountché, Houngbédji, Soglo Junior, Kassa, Houndété…

Sur le papier, c’est une alliance, à coup sûr gagnante.

Surfant, chacun pour son compte, sur la valeur intrinsèque du candidat,

Par des calculs hypothétiques et fallacieux, ils ont miroité au candidat,

Une victoire directe au premier tour du scrutin.

Mais la politique n’est pas qu’une simple arithmétique.

En réalité, c’était une alliance dissonante et discordante.

Des personnalités qui s’étaient par le passé toujours combattus.

La dernière en date fut la lutte pour le contrôle du perchoir de l’Assemblée.

 Komi Kountché de la mouvance présidentielle

Et Adrien Houngbédji pour les partis d’opposition,

S’étaient affrontés dans un duel mémorable.

Le peuple qui voulait la rupture a applaudit la victoire de Houngbédji.

Et dix mois après, les voilà réunis autour d’une même candidature.

Tout ça, pour ça ?

Non ! Cette alliance soudaine dérange et contrarie.

Elle suscite plus la défiance que l’adhésion.

De toute évidence, Lionel Zinsou maîtrisait mal le terrain.

On lui a prédit une victoire K-O, il y a cru…

 C’était la troisième méprise du candidat

Enfin que dire du marketing?

Il était, pour dire vrai, lamentable.

Le discours était à la continuité,

Alors que la demande sociale était à la rupture.

Pendant dix ans Boni Yayi a exercé un leadership chaotique.

Adepte de la stratégie du diviser pour régner,

Il a  opposé régions, religions et enfants de la même patrie,

Discrédité les  institutions et ruiné les partis politiques.

Il a mis la nation sens dessus  dessous.

La nation recherchait donc  son sauveur.

Dans un tel contexte, le discours de la continuité heurte les cœurs.

Il va à contre sens de la volonté populaire.

En somme, c’est un discours vieux jeu. La preuve,

 Le candidat faisait de grands efforts pour se montrer homme nouveau.

Mais il est perçu par la majorité comme un avatar de Boni Yayi.

Même si dans un dernier sursaut, il a dû confesser dans à la presse

Que son style est différent de celui impulsif de Boni Yayi,

Le mal était déjà fait. La suite on la connait…

La démocratie est cruelle, mais aussi géniale.

Le jeu démocratique a fait de Lionel Zinsou,

Non pas le chef de l’Etat, comme voulu ardemment,

 Mais plutôt le chef de l’opposition, non souhaité certainement.

Désormais débarrassé de tous et de tout,

C’est une mise à l’épreuve et un timing crédible pour se valoriser.

La magistrature suprême mérite bien ce sacrifice.

 Sinon cela n’était donc pas écrit.

Présidentielle au Bénin : la guerre du « coup K-O » n’aura pas lieu

Lionel Zinsou et Patrice Talon

 

La Cour constitutionnelle du Bénin a proclamé, dimanche 13 mars, les résultats de l’élection présidentiel au Bénin qui s’est tenu le 6 mars. Un second tour sera nécessaire pour connaitre le successeur de Boni Yayi  au palais de la Marina. Il opposera Lionel Zinsou, l’actuel premier ministre arrivé en tête du scrutin et l’homme d’affaire Patrice Talon arrivé en seconde position.

Le fameux  « coup K-O »  annoncé à grand renfort médiatique par l’Alliance Républicaine soutenant la candidature du premier ministre Lionnel Zinsou pour la présidentielle au Bénin en 2016 n’a pas eu lieu. La Commission électorale nationale autonome (Céna) a délivré le mardi 8 mars les « grandes tendances » du premier tour de l’élection présidentielle du 06 mars 2016. Selon ces grandes tendances,  le candidat de la mouvance au pouvoir, Lionel Zinsou, arrive en tête avec 28,44 %, des suffrages exprimés devant Patrice Talon (24,80 %) et Sébastien Ajavon (23,03 %). Abdoulaye Bio Tchané, ancien patron Afrique du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) arrive en quatrième position avec 8,79 % des voix et l’ancien Premier ministre Pascal Irénée Koupaki crédité de 5,85 % ferme le quintet gagnant.

Ces grandes tendances annoncées, de l’avis même du président de la Céna, ne sont que les chiffres obtenus après compilation des résultats des 546 arrondissements. Elles ne représente donc pas les résultats du scrutin que seule la Cour Constitutionnelle est habilitée à proclamer. Toutefois ces tendances indiquent clairement qu’aucun candidat n’a pu réunir les 50% nécessaires pour le K-O et donc qu’un second tour aura lieu pour départager les deux meilleurs.

Rappelons pour mémoire qu’à l’élection présidentielle de 2011, l’actuel chef de l’Etat avait été proclamé vainqueur dès le premier tour du scrutin réalisant ainsi le premier « coup KO » de l’histoire démocratique du pays. Cette victoire miraculeuse qui a pris de court le peuple tout entier est restée comme un grain de caillou dans les bottes de la démocratie béninoise. Visiblement, il ne faisait l’ombre d’un doute dans l’esprit de tous les béninois, aussi bien des partisans du président proclamé élu que de ses opposants,  que ce « coup K-O » ne correspondaient pas à la réalité des urnes, et la révolte populaire flottait dans l’air.  En prévision de la grogne sociale inévitable, eu égard à ce résultat incompréhensible, le pouvoir en place avait pré positionné, avant l’annonce des résultats, des chars d’assaut dans les grandes villes qui sont les fiefs  des partis d’opposition ce qui, en vingt ans de démocratie, ne s’était jamais produit. Des chars face à des manifestants pacifiques à Porto-Novo, l’image en rappelle une autre dans un passé de triste mémoire.

Visiblement, l’arsenal répressif mis en place a été si dissuasif qu’en dehors de quelques manifestants téméraires, le fait accompli a été consommé. Le peuple béninois aucunement dupe sur ce K-O miracle a laissé faire, semble t-il, pour éviter le scénario  ivoirien, encore vivace, dans les esprits à cette époque là, mais assuré qu’on ne l’y reprendra plus.

Il faut dire que pour la présidentielle 2016, la perspective d’un remake de ce « coup K-O » miracle hantait tous les esprits surtout que les partisans du candidat du pouvoir en place le chantaient à cor et à cri. Aussi la lutte pour la transparence du scrutin a été le cheval de bataille des différents candidats en lice et des organisations de la société civile pour empêcher toutes manigances.

Toutefois, le candidat Lionel Zinsou bénéficie du soutien de trois grandes formations politiques au Bénin et surtout celui du président sortant. Théoriquement, il pouvait donc gagner dès le premier tour si les militants et sympathisants de ces trois partis réunis au sein de l’Alliance Républicaine respectaient effectivement les consignes de vote des leaders de ces partis. Dans un tel cas,  le « coup K-O » serait transparent et corroboré par les compilations des résultats réalisées par les  différents états major des autres candidats et des organisations de la société civile. Face à un tel K-O, la messe serait dite. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les uns et les autres se verront dans l’obligation de féliciter le vainqueur. Mais s’il s’avérait que l’ombre d’un doute entachait le « coup K-O », le pire était à craindre.

La crainte était d’autant plus grande que les déclarations incendiaires du président Boni Yayi à propos des challengers de son poulain Lionel Zinsou tout au long de la campagne et même le jour du scrutin ont fortement contribué à faire monter la tension dans le pays. Il a notamment menacé de ne pas remettre le pouvoir à un candidat « indélicat » même s’il est élu par le peuple.  Aussi le contexte de longue attente qui a précédé la confirmation des grandes tendances de la Céna  par la cour constitutionnelle a alimenté les doutes et les folles rumeurs à travers le pays. Cinq jours après le scrutin les rumeurs de renversement des tendances à la Cour Constitutionnelle ont parcouru les réseaux sociaux. Aussitôt, l’éventualité du « coup K-O » a refait surface et la peur a commencé par s’infiltrer dans les esprits.

Mais tout est bien qui fini bien. La proclamation des résultats par la Cour Constitutionnelle a eu lieu le dimanche 13 mars, soit sept jour après le scrutin. Les grandes tendances annoncées par la Céna ont globalement été confirmées par la Cour. On retient surtout que la guerre du « coup K-O » n’aura pas lieu. Un second tour opposera le 20 mars prochain Lionel Zinsou crédité de 858 080 voix des suffrages exprimés et Patrice Talon qui a réuni 746 528 voix des suffrages.

D’ores et déjà les jeux d’alliances ont commencé avec les ralliements à la candidature de Patrice Talon des candidats  Ajavon, Bio Tchané et Koukpaki arrivés respectivement en troisième, quatrième et cinquième position. Ils sont au total 25 candidats sur les 33 du premier tour de la présidentielle à se rallier au candidat Patrice Talon.

Pour Lionel Zinsou, un second tour est un rendez-vous entre deux hommes etau  un peuple. «Vous avez deux hommes devant vous désormais. Deux hommes qui ne cachent personne d’autres. Ils sont eux-mêmes pour le peuple et ça c’est très important. Ils vous proposent un avenir. L’avenir c’est vous qui le ferai mais ils peuvent guider » a-t-il déclaré après l’annonce des résultats par la Cour. Pour lui,  les deux mots qui vont compter durant cette semaine décisive sont l’unité et la paix. Patrice Talon a, pour sa part, déclaré qu’il espère incarner l’homme idéal pour le Bénin.

Autan dire que c’est une semaine décisive qui s’annonce pour les deux candidats encore en lice. Vivement que le débat d’idées transcende les clivages subjectifs pour donner plus de vigueur et de pertinence à la démocratie béninoise.