Pénélope et François Fillon. Crédit France 24.

Depuis le 25 janvier, François Fillon, ancien Premier ministre français aujourd’hui candidat à la présidentielle, est soupçonné premièrement, d’avoir fourni un emploi fictif d’attachée parlementaire à sa femme Pénélope pendant plusieurs années, deuxièmement, d’avoir privilégié deux de ses enfants en les faisant rémunérer grassement en tant que stagiaires au Parlement. Depuis cette date, on entend tout le monde parler du « Pénélope Gate » sauf la principale concernée, qui se mure dans un silence qui interroge. Silence coupable ou silence stratégique ? Les avis restent partagés.

« Oui, j’ai employé mon épouse comme collaboratrice. Elle a ensuite été la collaboratrice de mon suppléant. Elle a donc occupé ce poste pendant 15 ans pour un montant de 3677 euros net. Un salaire parfaitement justifié pour une personne diplômé de Droit et de Lettres. » a expliqué François Fillon lors de sa grande conférence de presse en forme d’opération « vérité et réconciliation ».

Preuves à l’appui, Le Canard Enchaîné a mis en doute la réalité du travail effectué par Pénélope Fillon et le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics ». Parole des uns contre parole des autres, il reviendra au juge de statuer.

Dans cette tempête politico-médiatique, force est de constater que la principale protagoniste de l’affaire, Pénélope Fillon, n’a pas dit un mot. Aucune intervention de quelque nature que ce soit, aucune prise de parole, rien. Rien pour situer l’opinion publique.

De ce point de vue, elle fait penser à « La môme néant » du poète Jean Tardieu :

« Quoi qu’a dit ?

– A dit rin.

Quoi qu’a fait ?

– A fait rin.

A quoi qu’a pense ?

– A pense à rin.

Pourquoi qu’a dit rin ?

Pourquoi qu’a fait rin ?

Pourquoi qu’a pense à rin ?

– A’xiste pas. »

Sauf que Pénélope Fillon n’est point une môme, elle existe bel et bien et pourtant elle ne dit rien ! Chez les Fillon,  depuis le début de cette affaire, seul le mari, François Fillon, la main sur le cœur, et le cœur meurtri, s’indigne, proteste, affirme, confirme et atteste… Il s’embrouille, embrouille son camp “Les Républicains“ sur lequel il fait peser la menace de la justice contre tout « plan B » et chamboule totalement le jeu politique de la France à deux mois et demi de l’élection présidentielle.

Dans cette affaire, où la dignité de la personne est plus ou moins en jeu, ce silence de la part d’une femme française, européenne, éduquée, diplômée et nullement subordonnée à son mari, de l’avis même de ce dernier, a de quoi étonner. Il serait vraiment souhaitable qu’elle se prononce et donne sa part de vérité. Cela édifierait tout le monde (et en plus cela honorerait la famille Fillon !).

Mais il y a plus. La complaisance générale des militants et des cadres de la droite envers François Fillon, qui continue de battre campagne comme si de rien n’était, malgré la ruine de sa cote dans les sondages, surprend encore plus. Tout se passe comme si la droite française n’avait pas pris la mesure des enjeux du moment. A mon avis, si “Les Républicains“ ne condamnent pas unanimement François Fillon pour le mettre face à ses responsabilités, c’est François Fillon qui les condamnera à cinq nouvelles années d’opposition.

Vu d’Afrique, le souhait d’entendre Pénélope Fillon est largement partagé. Tous les événements qui touchent à un pilier de la modernité politique en France font presque jurisprudence en Afrique, ceci explique donc cela.

 

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AGBADJE Adébayo Babatoundé Charles A. Q.
Citoyen africain, originaire du Bénin, vivant au Gabon et biologiste de formation. Passionné des questions d'actualité en rapport avec la modernité et le développement de l'Afrique.
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