Mot d'order a la création des Etats Unis d'Afrique

 

Entre Maximalistes et minimaliste, l’idéal de l’unité des Etats d’Afrique s’est brisé en 1963, avec la naissance de l’OUA.
De toute évidence, l’Afrique n’en serait pas là, si, en 1963, elle avait sauté le pas des Etats-Unis d’Afrique.
Comment apprécier les différents processus, actuellement, en cours à l’Union Africaine?
A quand les Etats-Unis d’Afrique?  Le rêve est-il encore permis ?

 

Entre rêve brisé et rêve éveillé

Le panafricanisme, mouvement à la fois philosophico-racial, culturel et politique, avait pour objectif ultime de pouvoir réunir les peuples noirs du monde entier dans un seul grand ensemble, pour établir un pays et un gouvernement. Après la deuxième guerre mondiale, les différents congrès panafricains qui se sont succédé et les mouvements d’indépendance nationale ont favorisé l’émergence d’un mouvement panafricaniste sur le continent et dont le leader le plus charismatique a été le Ghanéen Kwame Nkrumah.

Le mouvement panafricaniste engrangera quelques victoires politiques avec l’accession au pouvoir de 33 Etats présents à Addis-Abeba les 22 et 23 mai 1963 lors du premier sommet des chefs d’Etat qui consacrera L’OUA. En prélude à ce sommet, Kwame Nkrumah publia son livre : « l’Afrique doit s’unir » en guise de mot d’ordre à la création des Etats-Unis d’Afrique. Dans sa vision, l’unité politique, économique et militaire est la condition majeure pour relever le défi que pose la balkanisation de l’Afrique et sa domination par les puissances de la conférence de Berlin. Malheureusement, sur les 33 chefs d’Etat présent au sommet d’Adiss-Abebe, la majorité a opté pour une union à minima avec la mise sur pied de  l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), pour parvenir dans une marche graduelle aux Etats-Unis d’Afrique.

Seulement, voila plus de 50 ans que dure cette marche et de plus en plus d’africains pensent que demain n’est pas la veille. Le rêve semble glisser vers la chimère.

Le ver est dans le fruit

Pour le philosophe togolais, Victor Kouassi Gnassounou, Il y a anguille sous roche. Dans le décryptage qu’il a très volontiers accepté de faire, les arguments ne manquent pas pour étayer sa thèse.

philosophe et pannafricaniste« De l’unité des Etats africains à l’unité des peuples d’Afrique ? Une vue de l’esprit,  au regard de la réalité de la vie quotidienne en Afrique,  aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après les indépendances ; vie quotidienne dont l’horizon est la lutte pour la survie.

Évoquons le péché originel du panafricanisme. L’axe réfractaire à une unification politique réelle de l’Afrique, c’est l’axe Monrovia-Abidjan-Lagos-Brazzaville-Tananarive. Cet axe va se densifier jusqu’à comporter 20 pays sous la dénomination du Groupe de Brazzaville[1]. En face, le Groupe de Casablanca ne fait pas véritablement contrepoids, et ses intentions panafricanistes n’étaient pas dénuées d’arrière-pensées  inavouables. L’impensé du Groupe de Casablanca, c’est l’évidence de l’ancrage des Etats du Maghreb dans le monde arabe, et pour le roi du Maroc, une tentation expansionniste vers le Sud de Sahara.  Le ver est dans le fruit : L’idée d’une unification des mondes (peuples) arabo-berbères et négro-africains cheminait dès le départ, comme  une incongruité et reposait sur  la mythologie d’une Afrique une et indivisible, culturellement unifiée[2]. La conférence de Monrovia signe formellement la mort du rêve panafricaniste (12 mai 1961), incarné de façon emblématique par le Dr Nkrumah et la figure légendaire de Patrice Lumumba. Que d’embûches ont malmené l’idée panafricaniste, cette « communauté d’espérances » au cœur des luttes anticolonialistes : voir l’Afrique totalement libre, et singulièrement, arracher les peuples noirs à l’abjection du colonialisme et de l’impérialisme!  Les ambiguïtés et les divergences idéologiques,   la trahison de certains fils d’Afrique, qui se trouvent bien dans  leur condition de vassal ont provoqué « le déraillement du panafricanisme, vers l’OUA » (Michel Kounou[3]). Sur l’instigation de Mouammar  Kadhafi, l’UA verra le jour le 21 mai 2001 à Addis-Abeba, prenant le relais de l’OUA, en tant que prélude à la constitution des Etats-Unis d’Afrique. Est-ce enfin, une remise, sur les bons rails de l’idéal panafricaniste, de l’unité des Etats d’Afrique ?

Les premiers dirigeants africains sont des gouverneurs noirs. Rien n’a donc changé avec les indépendances. Ceux actuels sont aussi en majorité  le bourreau impénitent des populations, manieurs, non sans talent, de la rhétorique de la démocratie,  gage dérisoire mais suffisant, pour donner bonne conscience à leurs suzerains.

Enfin, comment mettre en œuvre les Etats-Unis d’Afrique, si en dépit de ses atouts naturels et humains, l’Afrique géo-stratégiquement reste le terrain de jeu des Grandes puissances, le lieu d’affrontement des impérialistes de vielle souche (France Angleterre, les E.U …) et  les  nouveaux émergents (Chine, Inde, Turquie…) ? Rien ne se décide , réellement, entre les élites africaines, consacrant l’extraversion de la vie politique, économique des Etats africains, qui, en réalité, malgré les indépendances, continuent de fonctionner comme des comptoirs coloniaux, c’est-à-dire, des installations commerciales sous les tropiques, mais appartenant à des entreprises privées ou publiques des métropoles coloniales ou impériales.

Pour pasticher Michelet, nous voulons partager la conviction que malgré tout, ce sont les peuples  d’Afrique, sans bruits ni fureurs,  qui feront l’Afrique, par un long travail intellectuel, scientifique, technique,  culturel, spirituel, moral, de soi sur soi, indépendamment  des hypothétiques calculs proportionnels entre les crimes coloniaux et les réparations escomptés par les post-coloniaux, au nom de la justice. »

En somme, cette ultime conviction plutôt optimiste du philosophe est une lueur d’espoir, puisqu’elle voudrait dire que le rêve est encore permis. Mais au delà du rêve, le combat pour l’Afrique, c’est d’abord un combat pour une prise de conscience de la nécessité de marquer notre présence au monde. Un combat difficile, de longue haleine, mais surtout un combat de tous. Chaque africain doit être conscient qu’il porte en lui les espoirs de ce renouveau.

 

 

[1] Le Cameroun, le Congo Brazzaville, la Côte d’ivoire, le Dahomey, l’Ethiopie, le Gabon, la Haute Volta, le Libéria, La Libye, Madagascar, la Mauritanie, le Niger, la République Centrafricaine, le Sénégal, la Sierra Leone, la Somalie, le Tchad

[2] Quand Moustapha Niasse affirme, en marge du dialogue inter-libyen du 11 mai 2018 à Dakar que « les Libyens sont africains autant que les Africains sont des libyens », c’est à nos yeux, la dernière livraison de cette rhétorique de la consanguinité qui n’est rien d’autre qu’une manière de se payer de mots ! On passe un peu trop vite aux profits et pertes le marché des esclaves négro-africains qui bat son plein, actuellement, en Libye. Sans oublier, ce n’est qu’une digression apparente,  les 43000 esclaves noirs en Mauritanie. Et le racisme endémique anti Noir du monde maghrébin ?

[3] Michel KOUNOU, Le Panafricanisme : de la crise à la renaissance. Une stratégie globale de reconstruction effective pour le troisième millénaire. Yaoundé, éd. Clé, 2007.

[4] L’étonnant, c’est la monstrueuse mue d’authentiques leaders démocratiques, révolutionnaires, combattants des droits de l’homme, une fois qu’ils accèdent a pouvoir.

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