Skip to main content

Au Bénin, de la démocratie à petits prix (tchi-vi) à la démocratie à grands prix (tchi-gan)

7-parti-CENA
Logos des 7 partis légaux au Bénin

Au Bénin, les élections législatives pour La 8ème législature se sont soldées par une crise. Crise mortelle pour la démocratie béninoise ou simple crise de croissance, la question est ouverte et divise.

 

La 8ème législature issue des élections législatives très contestées est enfin en place pour un mandat de 4 ans. Le processus électoral a connu son épilogue avec l’élection et la mise en place des 83 députés devant siéger à l’Assemblée nationale.

Pour les ténors de la mouvance présidentielle, la démocratie béninoise a fait un pas de géant avec la mise en place des 83 députés nouvellement élus. Mais pour Eric Houndété, premier vice-président du parlement sortant et membre de l’opposition au régime de Patrice Talon, la démocratie n’existe plus au Bénin. « Notre démocratie est déjà bradée, ensanglantée et endeuillée », a-t-il critiqué lors d’une sortie médiatique à Cotonou le 13 mai 2019.

Ainsi, nous sommes comme face à une illusion d’optique, la démocratie béninoise est vue de deux manières diamétralement opposées par la mouvance et l’opposition. Démocratie en crise de croissance pour les uns, démocratie en crise mortelle pour les autres. Une double interprétation qui intrigue et interpelle.

En effet, depuis l’accession au pouvoir de Patrice Talon en 2016, l’opposition à son régime n’a de cesse de critiquer des dérives autocratique supposées. Par une rhétorique  qui lui est propre, l’opposition béninoise fustige, les unes après les autres, les reformes opérées par le gouvernement de Patrice Talon. Elle dénonce spécifiquement les libertés embrigadées et la politique de faire deux poids deux mesures. Pour les opposants, tous les amis du roi sont à la cour et eux, les opposants, sont traqués et exclus de tout. Grâce à cette rhétorique, l’opposition béninoise a réussi à donner l’impression que rien ne va au Bénin. Toutes les reformes courageuses entreprises depuis 3 ans pour sortir le pays de l’ornière ne sont, pour elle, qu’un accaparement des ressources du pays et  un embrigadement des libertés individuelles. La stratégie a si tant et bien réussie que même la très distinguée Communauté Scientifique internationale a mordu à la supercherie en appelant le Président Talon à invalider les résultats du scrutin. Il en est de même de la députée française Sabine Rubin de « La France Insoumise » qui a interpellé le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur la position de la France par rapport aux dérives autocratiques signalées au Bénin.

Quand un enfant malade à qui on fait des injections crie à tue-tête, seul l’observateur qui s’approche de plus près saura qu’il ne s’agit point de maltraitance, mais bien au contraire. Cet appel de la communauté scientifique internationale témoigne de son souci pour l’expérience démocratique béninoise, mais visiblement il ne tient pas compte du contexte actuel du pays.

Dans un contexte de reformes générale des institutions du pays, toutes les couches sociales et toutes les corporations du pays ont été impactées par les reformes. Le secteur de l’éducation, le corps médical, les magistrats, la gendarmerie, la police, les professions libérales, ont été tous reformées pour être plus performants et en phase avec la modernité. Seule la reforme du système partisan a tourné à la crise. La question se pose de savoir pourquoi ?

Vu de l’extérieur, la démocratie béninoise est jugée vigoureuse du fait de la tenue des élections à bonne date et de ses résultats globalement consensuels. Mais vu de l’intérieur, tout le monde savait que c’était une démocratie identitaire qui s’accommode plus ou moins de corruption, de prévarication, de régionalisme et de clientélisme. Sans idéologie ni principe autre que les identités, c’était toujours les mêmes personnes qui, dans l’ordre ou le désordre, occupaient toutes les fonctions électives, scrutin après scrutin. Eh oui ! La fameuse démocratie béninoise était une démocratie balbutiante, une démocratie à la petite semaine, une démocratie à petits prix. La preuve : en vingt cinq ans de démocratie et de multipartisme intégral, aucun parti politique, aussi structuré soit-il, n’a jamais réussi à faire élire son candidat interne à la magistrature. C’est toujours un candidat richissime indépendant sorti de nulle part, qui arrose de billets de banque tous les petits partis et les conditionne à faire campagne pour lui. Tel fut le cas en 1996 et 2001 avec Mathieu Kérékou, en 2006 et 2011 avec Boni Yayi et en 2016 et avec l’actuel président Patrice Talon. De l’avis de tous, classe politique, comme société civile, une réforme du système partisan était «urgente et inévitable»

La reforme du système partisan était donc à la fois souhaitée par le peuple, mais non désirée par certains acteurs politiques. Le projet de loi a relevé les standards de représentativité  et de fonctionnement des partis politiques. L’objectif visé est la transition des micros partis vers de grands regroupements politiques et un financement publique des partis siégeant à l’Assemblée. Cette reforme qui pousse aux grands regroupements autour des idées ou d’une idéologie, brise les regroupements communautaires, induit un clivage plutôt idéologique du pays et donc une cohésion nationale et un  développement plus structuré. Mais il y a plus, Elle supprime, de fait, la possibilité à un indépendant de ravir la vedette aux parti politique. On peut donc d’ores et déjà dire que le prochain président du Bénin sera un politicien du cru. La reforme du système partisan réhabilite donc les partis politiques dans leur droit constitutionnel. Elle imprime par ce fait à la démocratie béninoise un saut qualitatif majeur dans sa maturation en lui conférant plus de responsabilité et donc plus d’efficacité. Elle fait passer la démocratie béninoise de la petite semaine à la grande semaine, de la démocratie à petit prix à la démocratie à grands prix en faisant d’elle un véritable instrument rationnel de développement.

Naturellement, certains politiciens carriéristes qui vivaient de la manne politique ont très tôt compris que cette reforme mettait en cause leur acquis. Elle sonne le glas des arrangements et magouilles politiques. La création et la gestion des micros partis politiques étaient, en effet, un fond de commerce politique, un business qui permettait de vivre confortablement et légalement aux dépends des deniers public. Ils permettaient d’accéder, non seulement à des ressources publiques, mais aussi à de l’influence pour marchander postes administratifs et avantages sociaux. En définitive, c’est l’adoption par le parlement sortant de la loi portant la reforme du système partisan qui  est la pomme de discorde entre les présumés exclus et leurs adversaires. N’en déplaise aux opposants actuels, cette reforme du système partisan revitalise la démocratie et est salutaire à plusieurs égards.

Les déclarations tonitruantes des uns  et les offensives diplomatiquesr des autres  autour des premières élections législatives après la reforme ne sont donc que la manifestation de la mauvaise foi de ces acteurs politiques qui, dans un baroud d’honneur, tentent de faire échec à cette reforme. Le peuple béninois a toujours pris fait et cause pour les victimes, mais, malgré le contexte actuel très difficile pour chacun, le peuple ne fait pas d’amalgames. Il est bien conscient que les opposants actuels ne sont victimes que de leur propre mauvaise foi, ce qui a quelque peu échappé à la communauté scientifique internationale.

Il faut, peut être, déplorer le caractère timoré des services de communication du gouvernement qui ne permet pas à l’observateur indépendant de se faire une juste opinion sur les problématiques. Le gouvernement garde, en effet, trop de silence autour des différentes questions d’actualité. Silence pudique, probablement ; silence stratégique, certainement, mais finalement, silence coupable. On peut l’illustrer avec le bilan de perte en vies humaines lors des échauffourées des 1er  et 2 mai 2019 autour du domicile de l’ancien président Boni Yayi. Les médias ont abondamment relayé un cas à Cotonou, dame  Prudence Amoussou qui a succombé à ses blessures. L’opposition dans toutes ses sorties, parle de 9 morts sans jamais fournir de noms, mais curieusement, face à ce qui ressemble à une intoxication médiatique, le gouvernement reste silencieux.

Tel que nous l’enseigne Wole Soyinka, le tigre ne proclame pas sa tigritude, il s’assume. Les élections municipales auront lieu en 2020 et le compte à rebours a déjà commencé. Sachant que les mêmes causes produisent les mêmes effets, la balle est désormais dans le camp des opposants qui sont appelés à s’assumer. L’idéal serait de voir la multitude de micros partis d’opposition se fédérer en un grand bloc capable de constituer une alternative crédible aux blocs de la mouvance présidentielle. A défaut,  que chaque parti s’adapte en quittant le dilatoire et en se conformant résolument aux textes en vigueur afin que l’opposition  joue son rôle historique et ainsi donner de la vigueur à la démocratie.

Agbadje Adébayo B. Charles

Au Bénin : Boni Yayi, sapeur pompier chez les autres, pyromane chez soi

Boni Yayi

Au Bénin, les élections législatives pour la 8e mandature ont eu lieu le 28 avril 2019.

Pour ne s’être pas conformé dans les délai aux nouvelles exigences du code électoral, l’opposition politique, entre dilatoire et faux-fuyant, n’est pas admise à y participer. Malgré la main tendu du gouvernement, le consensus n’a pu être trouvé. Dura lex, sed lex. Loi dure, mais c’est la loi.

Mais, visiblement, l’opposition béninoise n’entend pas la chose de cette oreille. Au lendemain du scrutin, sous la houlette des ex-présidents Nicéphore Soglo et Thomas Boni Yayi, elle lance un ultimatum au président actuel Patrice Talon. Lui donnant 24 heures pour annuler le scrutin.

« S’il ne s’exécute pas, nous appelons le peuple à prendre toutes ses responsabilités », a dit Nicéphore Soglo. Et Boni Yayi de renchérir : « C’est une question de vie ou de mort. »

On le sait bien, le Bénin est fier de sa démocratie. Le pays peut se vanter d’avoir deux anciens présidents en vie. Deux personnalités ressources, deux références morales pour aider le pays en cas de crise. Le président Boni Yayi en particulier est célèbre pour sa sensibilité à fleur de peau. Le monde entier l’a vu pleurer à Paris pour la victime de Charlie Hebdo. On l’a vu prononcer le vœu devant le Pape de devenir pasteur à la fin de son mandat. On l’a vu offrir une Bible à son successeur Patrice Talon, signe de sa foi en Dieu.

Boni Yayi, grand médiateur et grand apôtre de paix sur le continent. Boni Yayi totalement méconnaissable depuis le début de la crise électoral au Bénin. L’homme est devenu  grand agitateur et chantre de la violence chez soi. Non content de sonner la charge contre les forces de l’ordre en plein marché.

A la fin de leur ultimatum, il organise une fronde contre la police républicaine devant son domicile. L’insurrection orchestrée a engendré de violentes manifestations et un vandalisme.  Au total, deux morts, plusieurs blessés, de nombreux biens publics et privés saccagés.

Après l’émotion, vivement que viennent le temps des responsabilités. Entre les planificateurs de l’ultimatum et les exécutants des mots d’ordre, la vérité doit se savoir, afin que les familles puisse faire leur deuil.

Boni Yayi
Boni Yayi