Mme Antoinette Eya Toung, une femme de sciences et de foi au service de la jeunesse gabonaise

 

Chef de département des sciences de la vie et de la terre du lycée Paul Indjendjet Gondjout de Libreville, Mme Antoinette Eya Toung dirige également LE  CHANT DE GLOIRE, un groupe d’étude biblique à vocation œcuménique. 

Femme de sciences et de foi, elle ne ménage pas ses efforts pour assumer ses différentes responsabilités. Aux heures ouvrables, elle est à la tâche dans les salles de classe et laboratoires pour enseigner le savoir scientifique aux élèves. A ses heures libres, elle s’affaire au CHANT DE GLOIRE pour approfondir la connaissance biblique et la foi chrétienne de ses membres. Pour sa première sortie publique, LE CHANT DE GLOIRE a organisé le samedi 27 mai 2017 à l’hôtel Héliconia de Libreville, un atelier débat sur le thème : « Oui ! Je viens bientôt ». L’occasion de demander à Mme Antoinette Eya Toung, les objectifs de cet atelier débat, mais aussi et surtout comment elle concilie au quotidien la méthodologie des sciences expérimentales qu’elle professe et le respect des canons bibliques qu’exige la foi chrétienne.

 

Bonjour Mme Antoinette Eya Toung. Vous avez organisé à Libreville  le 27 mai passé, un atelier débat sur le thème : « Oui ! Je viens bientôt », quels étaient les objectifs de cet atelier et quel bilan en avez-vous fait ?

Bonjour! Je voudrais commencer par vous remercier d’avoir répondu à notre invitation. Au CHANT DE GLOIRE. Nous avons des objectifs purement évangéliques ce qui justifie le thème de l’atelier qui est tiré du livre de l’Apocalypse au chapitre 22 : 20. Nous visons à maintenir le chrétien en éveil par rapport aux écritures bibliques qui sont toujours d’actualité quel que soit le contexte global dans lequel nous vivons. Il est question de réveil, d’instruction et de restauration de la foi chrétienne. Pour cet atelier nous avons accueilli surtout des étudiants  chrétiens qui se sont dits très édifiés à la fin, donc nous pensons que l’objectif a été atteint.

 

 L’actualité scientifique mondiale en ce moment est la découverte sur le site marocain de Djebel Irhoud, des restes de 5 individus de l’espèce humaine Homo sapiens datant de 315 000 ans par une équipe internationale dirigée par Jean Jacques Hublin, ce qui repousse de 100 000 ans, l’âge de l’espèce humaine estimé jusqu’alors à 200 000 ans. Quelle appréciation faites-vous de cette découverte scientifique?

200 milles ans ou 300 milles ans pour ma part ça ne change pas grand chose car la paléontologie utilise des méthodes de datation qui sont toutes approximatives, mais la certitude est l’existence d’une espèce HOMO Sapiens dont nous sommes les dignes descendants.

 

Cette découverte conforte la théorie de l’évolution du monde vivant et donc la descendance de l’homme des primates hominidés Australopithèques alors que la bible dans la genèse nous apprend que l’homme a été créé par Dieu. Mme Antoinette Eya Toung, comment conciliez-vous la théorie de l’évolution prônée par la science que vous professez et le respect des dogmes bibliques qu’exige la foi chrétienne?

Pour ma part le débat qui oppose le créationnisme biblique et la théorie de l’évolution de Darwin est confus car on s’en sert pour désavouer les écritures bibliques ce qui n’était certainement pas l’objectif de Darwin. La théorie de nos jours a été transposée dans différents domaines et on s’en sert actuellement pour amener des connaissances « subtiles » qui apportent de grands bouleversements des mentalités et des habitudes sociales.
En tant qu’enseignante des sciences de la vie et de la terre, je sais que les innovations génétiques existent, il suffit pour cela d’observer la diversité humaine pour la comprendre. Mais je tiens quand même à souligner que le message de la bible n’est pas statique. Il parle aussi d’une certaine façon d’une évolution de l’espèce humaine et donc par conséquent des espèces au fil du temps. La preuve, selon le thème de notre atelier, le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui sera remplacé par un autre ; il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre! La science est très utile et je ne pense pas qu’elle contredise les écritures saintes.

 

LE CHANT DE GLOIRE est un groupe d’étude biblique à vocation œcuménique, à votre avis, Mme Antoinette Eya Toung, le vodoun africain, fait-il partie du patrimoine religieux de l’Humanité ?  

Bonne question. Je sais que le culte vodoun est en pleine expansion dans le monde, à ce titre il constitue un patrimoine pour l’humanité. Mais je ne suis pas très instruite sur le sujet et je suis plutôt dans l’expectative. Je ne sais même pas ce que signifie « vodoun ».et je voudrais en savoir un peu plus car dans mon imaginaire, je le trouve un peu mystérieux, ce qui a plutôt un effet plus ou moins négatif. S’il était un peu plus dévoilé, il serait moins controversé et plus utile à mon sens.

 

Au plan sociétal, le déferlement des associations LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) sonne petit à petit le glas de l’hétérocentrisme des sociétés humaines. Selon vous, est-ce le signe de l’approche de la fin des temps annoncée par les écritures ou une évolution postmoderne inéluctable des sociétés humaines à laquelle il faut s’adapter?

les déviations sexuelles sont un des grands signes de la fin de notre temps. Si nous les admettons, il n y aura plus, à un moment donné, de reproduction de l’espèce donc une fin programmée. L’hétérosexualité maintien la vie, il est impossible que la société devienne homocentrique. Les temps géologiques durent de millénaires et se succèdent, notre temps aussi passera et les signes sont à la fois moraux et environnementaux ; d’ailleurs les deux aspects sont liés, c’est l’environnement qui est à l’origine des innovations génétiques.

 

pour le mot de la fin, quel message auriez-vous envie de transmettre à la jeunesse gabonaise et africaine ?

A la jeunesse africaine je dis que la religion est utile ; les connaissances bibliques ne sont nullement désuètes, au contraire. Pour échapper à la dispersion des valeurs ce sont les enseignements religieux qui nous permettront de trouver des solutions aux maux de la société. Les mutations sont inhérentes à la vie sociale, mais nous devons nous préserver des méfaits qu’elles peuvent engendrer. Il faut donc combattre toutes les dérives et le fondamentalisme biblique serait d’un grand apport.

 

Merci Mme Antoinette Eya Toung pour cet entretien exclusif et surtout pour votre engagement que j’espère inspirera les jeunes africains à être chaque jour une personne meilleure

Le Fâ et le Lègba, les deux piliers du vodoun


Le panthéon vodoun offre une galaxie de près de trois cents esprits divinisés hiérarchisées dont les esprits majeurs sont en langue fon du Bénin et yorouba du Nigéria, respectivement: Xêvioso (chango), Sakpata  (chakpana),  Gou  (Ogoun),  Dan (Oshumare),  Fâ (Ifa) et Lègba (Elegbara ou Eshu), auxquels s’ajoutent des centaines de divinités secondaires. Toutefois, un lien très particulier semble lier le Fâ et le Lègba. Cette relation a suscité beaucoup d’interrogations de la part des chercheurs des siècles passés, notamment pendant la période coloniale. Quelle est la nature de la relation entre le Fâ et le Lègba et quelle peut être son importance dans l’espace religieux vodoun ?

 

 Le vodoun en question

Personne n’a jamais vu Dieu, Personne ne verra jamais Dieu.

Mais tout le monde, à un moment ou un autre de sa vie, est frappé par le sentiment du sacré et du plus haut que soi.

Tout le monde est amené, à un certain moment, à voir au cœur des vicissitudes de la vie, des signes de la transcendance divine qui va au delà de tout.

Dieu est donc une réalité présente dans le cœur de chaque être, de chaque peuple.

Dans la cosmogonie des peuples de l’aire culturelle Adja-Tado qui constituent la base des populations au sud des États du Golfe du Bénin (Bénin, Togo, Ghana, et le sud du Nigéria…), la transcendance divine a pour nom Mahou, en langue fon du Bénin, qu’on peut traduire par : « l‘inaccessible » ou en langue yorouba, Olorun « Maître des cieux »

Il est source unique de vie et maître absolu du visible et de l’invisible. Il est incréé et créateur de l’univers et de tout ce qui le peuple. Etant inaccessible, il n’intervient pas dans la vie des hommes.  Toutefois, son souffle, ressenti à travers ces œuvres, est incarné  par des esprits qui sont baptisés «Vodoun» en langue «Fon» du Bénin ce qui est  un diminutif de «Yehwe-vodoun» ou encore Orisha en langue yorouba. Les vodoun sont donc des esprits divinisés considérés comme les intermédiaires entre les hommes et Mahou. Leur mission est d’intercéder en permanence pour les hommes auprès de l’unique Dieu Suprême quça

‘est Mahou.

Les vodoun seraient donc, des médiateurs entre Dieu et les hommes. Pour ces derniers, ils obtiennent des faveurs, mais sont également les exécuteurs des vengeances divines. Mahou étant d’essence spirituelle, n’a pas de forme. Il n’est donc jamais représenté, ni en peinture ni associé à des objets, comme le sont les autres vodoun. Ceci explique qu’il n’y a nulle part dans l’aire du vodoun un culte pour Mahou ; on ne fait que le remercier, le glorifier. En revanche, ce sont les vodoun ou  orishas qui sont objets de cultes.

Plus généralement, le vodoun est une pratique religieuse qui consiste au culte d’un Dieu créateur, Mahou, en dessous duquel se trouvent des esprits divinisés appelées vodoun et qui servent d’intercesseurs à l’homme pour atteindre Dieu tout puissant. Ils peuvent entrer en communication et même collaborer avec les humains. Cependant, dans le concert des vodoun, certains ont tissé des relations très étroites l’un avec l’autre. Le plus manifeste, est la relation de Fâ, le vodoun de la destinée et de Lègba, le messager et vodoun de la croisée des chemins. La nature de cette relation a suscité beaucoup d’interrogations par le passé. 

Le père Paul Falcon dans « religion du vodun » Etude dahoméenne (Nouvelle Série) n 18-19, juillet-octobre 1970 écrivait : « le nom de Lègba est des plus souvent associés à celui de Fa. La relation étroite qui unit ces deux divinités est rappelée par un mythe qui insiste en même temps sur le caractère rusé et le fameux appétit de Lègba….  Voici bien longtemps, les dieux avaient faim. Comme Fâ se plaignait, Lègba lui conseilla, on pourrait dire en termes triviaux, de trouver un métier rentable. Il fit un marché avec lui, en échange d’un renseignement qui permettrait à Fâ de se faire nourrir éternellement par les hommes, il obtint les prémices de chaque sacrifice ou offrande que ceux-ci lui offriraient. Ayant compris que les hommes sont consubstantiellement des êtres pétris d’angoisses, et que ce fait pouvait être mis à profit, Lègba préconisa à Fâ de leur révéler leur destinée contre de la nourriture. Fâ suivit ces conseils, et s’en porta bien. Depuis, à chaque demande humaine concernant sa destinée, son avenir, par la divination, Lègba obtient les prémices du sacrifice destiné à Fâ». Voila selon lui pourquoi Lègba est toujours invoqué par les hommes, en premier lieu, lors de chaque sacrifice, avant tous les autres vodoun.

Je pense, pour ma part, que la liaison entre le Fâ et le Lègba dépasse largement le niveau du mythe et plongerait ses racines dans le dogme du vodoun. Notons tout d’abord que le Fâ ou Ifa en yorouba et le Lègba ou Elègbara en yorouba sont deux vodoun originaires d’Ilé Ifê au Nigéria. Ils constituent le point commun de la religion vodoun du Bénin et des orisha du Nigéria. Mais au delà de cette identité d’origine, il y a surtout la convergence que l’on peut noter au niveau de leur fonction respective et  la mystique intuitive qui se dégage de leur union.

 

La Fâ ou le vodoun de la destinée et de la sagesse

Dans la religion vodoun, le Fâ occupe une place exceptionnelle. Tout commence en effet par le Fâ et tout finit par le Fâ. Dans un article passé, j’avais déjà mentionné les deux dimensions du Fâ, il est à la fois divinité, mais aussi connaissance et science. Le message du Fâ ou oracle est d’essence divine, voire prophétique. C’est un art divinatoire  qui se réalise à l’aide d’un chapelet divinatoire à deux branches identiques et 16 combinaisons possibles par branche. Ces 16 combinaisons sont les figures de base ou figures-mères de l’oracle Fâ. L’assemblage des deux branches donne une  combinaison 16 x 16, soit 256 combinaisons ou signes (ou encore arcanes) du Fâ appelés en langue fon du bénin « Dou » du Fâ ou « odu » en yorouba et se décomposant comme suit : 16 signes- mères ou figures double qu’on appelle “Dou-mêdji” ou “Dougan”. Ils sont également les représentants des maisons géomanciques et 240 signes secondaires appelés “Vikando” ou “Douvi “. Ces 256 signes du Fâ  représentent les 256 possibilités de vies humaines selon le Fâ.

Ainsi le Fâ parle toujours en paraboles en tant que système de divination et son langage est symbolique et se traduit par des traits simples ou doubles (selon que les quatre demi-noix de chaque branche du chapelet retombent ouvertes ou fermées). L’ensemble des traits des deux branches du chapelet forment la représentation figurative de chaque « Dou » qui porte un nom construit à partir des deux figures-mères qui la composent.

Les 16 signes-mères du Fâ

 

Par ailleurs chaque Dou du Fâ contient 16 vers qui expriment de façon lyrique et poétique une histoire sacrée des peuples yoruba ou adja, ce qui fait au total un corpus conséquent de plus de 4096 vers qui racontent une histoire mythologique, un conte, une chanson, un proverbe, une devinette sur lesquels le devin va se baser pour interpréter l’oracle du Fâ et transmettre la réponse du Fâ à la question qui a motivé la séance. Un bon devin est supposé en avoir mémorisé le plus possible.

Le Fâ est utilisé de façon ponctuelle dans les moments critiques de la vie  mais aussi de façon générale pour connaitre le signe sous lequel est placé une vie: c’est la prise de Fâ. 

En comparaison avec les grandes religions révélées, le gros déficit du vodoun par rapport à ces religions, est l’absence de livre saint à l’instar de la bible ou du coran. Mais ce déficit est en partie comblé par le Fâ qui est non seulement un art, mais il est surtout un livre ouvert sur la vie. Les 256 dou ou arcanes qui le composent et le corpus de plus de 4096 vers qu’il recèle englobent et incarnent la totalité des archétypes universels et offrent largement matière pour un livre sacré. Certes, ce livre reste, actuellement, informel, mais il n’en demeure pas moins un livre potentiel, un « livre-oral » qui gagnerait à être transcrit, édité et vulgarisé.

Les prêtes du Fâ, les Bokonon ou Babalawo chez les yoroubas  qui ont fait une longue formation et maîtrisent cette masse de données, sont  les « bibliothèques vivantes » par excellence dont parle Hamadou Hampaté Ba dans son œuvre. Ce sont de grands érudits qui  savent écouter et aider les humains à régler leurs problèmes de spiritualité, de santé, d’emploi, de couple, de promotion, de travail,  de paix, de bonheur et d’amour.

 

 Le Lègba ou le messager et vodoun de l’imprévisible

De toutes les  divinités du panthéon vodou, manifestement, Lègba est la figure du Vodoun la plus familière, mais aussi la plus singulière. Dans un article précédent consacré à Lègba, j’avais relevé qu’il est la synthèse de multiples caractéristiques et fonctions plus ou moins contradictoires qui font de lui un vodoun singulier du panthéon vodoun. Traditionnellement Lègba est représenté par une bute de terre aux formes plus ou moins humaines avec souvent un phallus démesuré. Les représentations de lègba trainent partout. On l’aperçoit aux seuils des habitations, des lieux publiques et à tous les coins de rues dans les vieilles citées et les villages.

Ainsi que ses caractéristiques, les fonctions de Lègba sont multiples. Lègba est le gardien des  propriétés,   Il est un rempart contre les ennemis réels et mystiques de la famille, de la cité ou de la communauté. Par extension Agbo-Lègba désigne  le Dieu des frontières, du chemin ou  de la croisée des chemins. Il protège des aléas de la route ; il est le vodoun de l’imprévisible.

Cependant, Lègba est en tout premier lieu, un messager entre les hommes et les vodoun.  Messager privilégié, car le seul à les comprendre tous. On ne peut commencer libation et sacrifice à un grand nombre de vodoun sans en offrir les prémices à Lègba afin d’obtenir son concours comme médiateur ou intercesseur.

 

Le Fâ et le Lègba: la destinée et l’imprévisible au service de l’homme

De tout ce qui précède, il apparaît que par le Fâ, l’homme peut  connaitre son destin par rapport à sa vie ou à une préoccupation particulière. La consultation se déroule chez les prêtres du Fâ qui sont les seuls habiletés à interpréter le signe ou Dou apparu à partir des vers que contient ce signe et des questions subsidiaires qu’il pose au consultant. Généralement, l’interprétation est globalement favorable ou globalement défavorable par rapport à la préoccupation du consultant que le prêtre du Fâ n’est pas censé savoir. Mais dans un cas comme dans l’autre, une prescription est donnée et intègre un volet comportemental et un volet offrande ou sacrifice de poulet ou cabri à faire prioritairement à Lègba, pour une réponse favorable à la préoccupation. A ce propos, une sagesse populaire en pays yorouba proclame :

Adoura mi o gbémi

(Ma prière me sauvera)

Bi kadara o gbémi

(Même si le destin me condamne)                          

Cette sagesse sous entend que même si l’oracle du Fâ est défavorable, cela est préoccupant certes, mais pas fatal. La prière, les offrandes, les libations et sacrifices aux vodoun peuvent permettre de l’atténuer, voire l’inverser.

Ainsi, dans le cadre de la religion vodoun, quelque soit la préoccupation qui est la votre, tout commence par la consultation du Fâ et les recommandations de l’oracle du Fâ, passent le plus souvent par l’invocation et les offrandes à Lègba, puis au vodoun qui s’exprime à travers le signe apparu. Lègba représente donc l’autel par défaut où sont déposées les offrandes et où l’on implore Dieu. Le  Fâ et le Lègba ont donc pour vocation d’aider les hommes dans leur conduite terrestre afin de les amener au terme de leur existence à devenir de purs esprits dans le royaume d’Orun (le ciel).

Vu sous cet angle, le caractère « capricieux supposé » de Lègba peut s’analyser comme un appel ou un encouragement de l’homme à redoubler d’efforts dans l’invocation et l’imploration afin de rendre possible l’oracle s’il est favorable ou l’atténuer s’il est défavorable. Ceci évoque l’effort personnel qu’il doit accomplir pour transformer sa vie. Les implorations de Lègba confèrent donc au sujet une posture de dévotion qui nous plonge au cœur de la spiritualité, de la religion. L’oracle et la prière forment ainsi un couple de performance aux mains de chaque être pour faire prospérer le plan de Dieu pour lui.

Il y a donc une convergence et une synergie étroite entre les fonctions assumées par le Fâ et le Lègba. Le vodoun de la destinée et le vodoun de l’imprévisible, unis pour optimiser la vie de l’être humain et le conduire dans la demeure céleste, ainsi peut se résumer la mystique intuitive qui se dégage de l’union entre le Fâ et le Lègba. A mon sens, le Fâ et le Lègba forment le couple cardinal, porteur du dogme et de la spiritualité de la religion vodoun. Ils constituent donc les deux piliers qui sous-tendent la religion vodoun.

Comparé à un système informatique, le fâ apparaît comme le système d’exploitation du vodoun. Tel un système d’exploitation, il  est  le premier programme exécuté lors de la mise en marche du système  et dirige le fonctionnement de tout les autres vodoun qui apparaissent comme des logiciels applicatifs. Le Lègba quant à lui est, dans l’ordre de préséance, le premier logiciel applicatif exécuté. Ils forment ensemble les deux vodoun auxiliaires du panthéon qui aident à l’expression de tous les autres vodoun.

 

De la nécessaire modernisation du vodoun

Bien sûr, cette théorie sur la portée dogmatique et mystique du couple Fâ et Lègba peut paraître très idéaliste au regard de tous ceux qui ont des appréhensions ou même des préventions contre le vodoun, moi-même y compris. Mais dès lors qu’on fait l’effort de séparer les dérives, les abus et autres exactions observés dans la pratique du vodoun et qui sont du fait de l’humain de la dynamique du rituel en soi, on peut voir la chose autrement.

Toutefois, ce qui reste prégnant est que le vodoun continue de faire peur, Il est souvent assimilé au mal à cause de ses rituels occultes, ses dérives non assumées et à son manque de modernisme. Ceci pose nécessairement la question de sa modernisation.

Cette modernisation s’impose d’autant plus que la forme plus ou moins policée que présentent actuellement les religions révélées n’a pas existé de tout temps. Elle s’est établie peu à peu avec la modernité. De plus, les sacrifices par le sang pratiqués jadis chez les chrétiens ont été symboliquement commués en sacrifices par le vin et le pain. Chaque jour, de nouvelles reformes sont initiées pour moderniser et améliorer les pratiques.

De même, le vodoun en tant que religion endogène, peut et doit se moderniser. Il appartient aux dignitaires vodoun de booster cette modernisation. Les principaux défis passeront par:

  1. l’édition d’un livre sacré harmonisé et accessible à tous,
  2. des rituels codifiés plus ou moins transparents, 
  3. le passage du sacrifice par le sang et la viande des animaux aux oblations avec des objets symboliques.

De telles reformes  inscriront le vodoun dans une perspective moderne, enlèveront un grand nombre de préjugés négatifs qui reposent sur lui et donneront un regain de vitalité à cet espace religieux endogène.

 

In fine, une convergence forte se dégage entre les fonctions assumées par le Fâ et le Lègba dans l’espace vodoun. Le Fâ y est incontournable et le Lègba, indispensable.  A mon sens, le Fâ et le Lègba forment le couple cardinal, porteur du dogme et de la spiritualité de la religion vodoun dont ils constituent les deux piliers.

  Il était une fois, manager Sissoko, « Docteur Aloe Vera »

 

Avec l’urbanisation galopante du continent africain et un mode de vie de plus en plus sédentaire, les maladies liées au style de vie urbain et au vieillissement prennent, petit à petit, le pas sur les maladies infectieuses. Pour toutes ces maladies, l’un des plus gros facteurs de risque est l’alimentation devenue trop industrielle et le défi pour tous est d’avoir une alimentation le plus naturelle possible. Au nombre des plantes qui, naturellement, allient propriétés nutritives et thérapeutiques, on trouve en bonne place l’Aloe vera, une plante millénaire aux mille vertus.

 Quel est le potentiel nutritif et thérapeutique de l’Aloe vera et quel est son avenir sur le continent ?

 Pour en débattre, “L’Afrique au présent passé“ reçoit Mahamady Sissoko, naturaliste, passionné de l’Aloe vera,  manager à Forever Living Products et « Dr Aloe vera » pour les intimes.

 

Parcelse, le grand médecin et philosophe Suisse a écrit au 15ème siècle : la plante appelée Aloe vera est une véritable pharmacie, capable à elle seule de guérir de nombreuses maladies et le navigateur Christophe Colomb qui le cultivait toujours sur son bateau l’appelait  « le docteur en pot ». Manager Sissoko, quelles sont les propriétés et les vertus pour la santé de l’Aloès ?

L’Aloès est une plante exceptionnelle connue  depuis l’antiquité pour  ses  vertus curatives. Le gel tiré de la pulpe de l’aloès  contient à lui seul plus de 200 principes actifs dont 85 nutriments tels que des vitamines, des acides aminés, des mono et polysaccharides, des minéraux et oligoéléments et beaucoup d’autres substances naturelles nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme et rares dans l’alimentation quotidienne. Certains spécialistes comparent sa composition à celle du liquide amniotique, une composition qui lui confère les principales vertus résumés sur cette image que je vous ai apporté.

 

Manager SISSOKO, certes la composition de l’Aloès est impressionnante, mais à quoi cette plante tient-elle, spécifiquement, ses vertus pharmacologiques et thérapeutiques exceptionnelles? 

Il faut préciser qu’il existe plus 300 espèces d’aloès et seules, six variétés des plus connus, sont médicinales, en particulier, l’Aloe barbadensis Muller ou Aloe vera. On peut dire que l’Aloe vera doit ses vertus « magiques » à la synergie entre cet ensemble de composants nutritionnels. L’aloès est un transporteur, un vecteur, sans doute, à cause du silicium et autres oligoéléments qu’il contient. Tenez, par exemple, l’encre  de  chine  frottée  sur  la  peau  associée  à  l’aloès  pénètre 4 à  5  fois  plus  vite  et  7  fois  plus  profondément  que sans  aloès. Il  atteint  le  derme  la couche  la  plus  profonde  de  la  peau. Cette  force  de  pénétration  fait  que l’utilisation  externe  et  interne  du  gel  de  l’aloe vera  permet  de  mettre directement à  la  disposition  des  cellules   les  nutriments qu’il regorgent, ce qui favorise la régénération des tissus altérés ou lésés 5 à 8 fois plus vite que les capacités humaines ou animales. De  même, le  gel  augmente l’efficacité des  médicaments  en facilitant  leur pénétration  dans  les  organes malades.

 

Bien que provenant originellement d’Afrique, la culture de l’Aloe vera est actuellement marginale sur le continent et son usage traditionnel très réduit. Comment expliquer vous ce faible intérêt pour une Plante aussi miraculeuse sur le continent?

L’Aloès est  connu  depuis  très  longtemps  en  Afrique. Il  a  été  utilisé  depuis  des  millénaires  dans  les  temples  vaudous. Mais  la  difficulté  de  sa  conservation  à  fait  que  son  usage  est  resté  seulement  externe sur  la  peau, les  cheveux , dans  les  yeux ( la  reine  CLEOPATRE). Il faut dire que l’oxydation a des effets destructeurs sur la qualité et l’efficacité du gel extrait des feuilles, elle entraine une diminution très importante des propriétés médicinales et thérapeutiques de l’Aloe vera. Le déficit de technologie de stabilisation du gel et de s conservation, en vue d’être utilisé sous une forme pure et saine a beaucoup freiné son essor sur le continent.

 

Les produits Aloe vera sont essentiellement commercialisés en Afrique par la firme américaine Forever Living Products (FLP). Ils sont exclusivement vendus par des entrepreneurs indépendants (FBO) par un système de vente pyramidale et un marketing de réseau.  A la tête de chaque réseau de FBO on trouve un manager. Concrètement, qu’est ce qu’un FBO et comment devient-on manager FLP ?

Deux  précisions  très  importantes  avant de  répondre  à  votre  question.

La première est que le système de marqueting de Forever  n’est  pas pyramidal.  On  peut  dépasser  en qualification et  en  gain  la personne qui vous a sponsorisé. Pour  preuve,  le Top  distributeur mondial actuel de Forever, Rolf KIPP, a débuté ce business 17 ans  après  la  création  de  la  société.

La deuxième est qu’un Manager peut avoir dans son groupe plusieurs autres  Managers.  Aussi  tout  Distributeur  doit  construire  un  réseau  pour  être  dans  le  business.

Maintenant pour  être  FBO  (Forever Business Owner), propriétaire du business forever, il  faut :

  •  Avoir  18  ans,
  •  Avoir  un  sponsor, la  personne  qui  vous  a  présenté  l’affaire,
  •  Signer  un  agrément  de  partenariat  avec  la  Société,
  •  Valider  cet  agrément  par  un  achat  de  produits  de  260. 000 F cfa .On  devient  alors FBO pour  toujours  avec  la  qualification  d’Animateur Adjoint  (A A). Cet  achat  équivaut à  deux  points  caisses  (P C). Le  PC  est  la  valeur  attribuée  à  chaque  produit  et  qui  est  le  même dans tous les pays ou  Forever  est  installé. Le Gel  d’aloès  par  exemple vaut 0.100 PC. Donc  10  bidons  de  Gel valent  1 PC.

Un  Animateur  Adjoint,  pour  passer  Manager  doit  réaliser  en  deux  mois  consécutifs  120  points  caisses, avec le groupe qu’il aura constitué. Toute qualification est  décorée  d’une  médaille et  est  définitive.

 

 Quel est l’intérêt pour un africain de devenir FBO ?

L’intérêt  pour  un  africain d’être  FBO  et  pas  seulement  les  africains c’est :

• d’avoir  sa  propre  entreprise  clé  en main  avec  un  investissement  insignifiant,

• avoir  une  santé  de  fer  en  consommant  régulièrement  les  produits  à  bas  prix ,

• atteindre  la  liberté  financière  en  un  temps relativement  court  par  un  travail  assidu,

• voyager, se  créer de  nouveaux contacts,  laisser  un  héritage  significatif à sa progéniture.

 

Si on ne va pas jouer à l’équilibriste, vous personnellement, votre engagement tient-il à l’opportunité de sante ou à l’opportunité d’affaire que procurent les produits FLP ?

C’est  un  problème  de  santé  qui  m’a  fait  découvrir  Forever. L’opportunité  santé  reste  donc  pour  moi  la  plus  importante. Quand  on  est  en  bonne  santé  tous  les  rêves  sont  permis. Cependant  il  suffit  de  ne  pas  être  égoïste, de  partager  l’information  sur  les  bienfaits  de  ces  produits  pour  tomber  dans  le  business  et  avoir  en  plus,  la  santé  des  poches. En  réalité  Forever  offre  les  deux  plus  grandes  opportunités de  ce  monde : la  SANTE  et  l’ ARGENT.

 

FLP revendique le label produits 100% naturels, le processus de stabilisation du gel et de sa conservation, n’implique t-il aucun produits chimiques ?

La  stabilisation  à  froid  du  gel  d’aloès  dont  le  brevet  est  détenu  par  Forever, permet  de  prélever  et  surtout  de  conserver  ce  produit  avec  toutes  ses  propriétés  sans  ajout  de  substances  chimiques.  Le  gel  d’ aloès,  le  produit  phare  de  notre  société, est  stabilisé  avec  de  la  vitamine  C  naturelle.  Il  en  est  de  même  de  tous  les  produits  forever.

 

S’il vous était donné de faire un témoignage de l’efficacité des  produits  FLP  sur vous-même, que serait-il ?

La  découverte  de  ces  produits  est  l’ un  des  plus  beaux  cadeaux  que  le  créateur  m’a  offert . Je consomme tous  les mois en  moyenne trois bidons de gel. A  60 ans, je me porte comme un charme. Je  n’ai  pas  une  seule  ride, je n’ai aucun  problème  articulaire,  cardio-vasculaire, de  mémoire ni même de  vision, moi  qui  m’apprêtais  à  chercher  des  lunettes  de  lecture.  Je  ne  prends  presque  plus  de  produits  pharmaceutiques. Merci  Seigneur, béni  Forever Living Products.

 

Depuis le début du 21ème  siècle. L’Afrique est dans une transition immunologique avec les maladies dégénératives (diabète, maladies cardio-vasculaires, cancer) qui prennent le pas sur les maladies infectieuses dans la mortalité et la morbidité. Manager Sissoko, quelle est l’efficacité  d’Aloe vera  contre  ces  pathologies des   temps  modernes ?

La  principale  cause  des  maladies  dégénératives  est  l’hygiène  de  vie. Comment  de  nos  jours  échapper à la pollution de tout genre ? Comment avoir une  alimentation  saine  avec  les  pesticides, insecticides, engrais, conservateurs, hormones, etc. utilisés  dans  l’agriculture et l’élevage ? Comment éviter  le  stress  oxydatif permanent?  La  réponse  est très  difficile,  voire  impossible. Toutefois, l’aloe vera  forever  facilite  l’élimination de  ces  poisons  par  l’organisme  et  en même  temps  lui  apporte  les  éléments  nutritifs  indispensables  à  son  bon  fonctionnement  qu’on  ne  trouve  plus  dans  nos  assiettes. Un  organisme  bien  nourri  est  capable  de  se  prendre  en  charge  et  de  régler  tous  ses  problèmes. « Que  ta  nourriture  soit  ton  médicament  et  ton  médicament  ta  nourriture »   disait  HYPPOCRATE,  le  père  de  la  médecine  moderne. Voilà  le  secret  de l’Aloé  Vera  Forever.

 

Beaucoup de personnes sur le continent trouvent que les produits Forever ne sont pas accessibles à leur bourse. Forever  n’est-elle  pas  une  solution  pour  une  certaine classe ?

 Contrairement à ce que l’on peut croire, les  produits  Forever  sont  faits  pour les moins nantis.Il est plus facile de prévenir que de guérir. Une  dame bien connue à Forever et qui habite en Côte-d’Ivoire, dont je tais le nom par discrétion, a développé une insuffisance rénale. Il fallait  faire  une intervention chirurgicale de cinq millions de CFA. En  consommant  13 bidons Berry Nectar qui  valent 150.000 F CFA, elle  retrouva sa  santé. Aujourd’hui  avec  seulement  55.000 F CFA on  peut  s’ abonner  à  Forever  et prendre  les  produits  15 % moins cher pour  soi  même, sa  famille et oublier un temps soit peut les  hôpitaux  et pharmacies.  Comme  on le dit, la santé n’a pas de prix, mais elle a un coût.

 

Dans son discours d’investiture, Donald TRUMP, le 45ème  président  américain â déclaré : « Nous allons suivre 2 règles simples : Acheter américain et emboucher américain », pour générer  croissance et emplois, deux préoccupations  également au cœur des nations africaines. A FLP, les champs et usines sont en Amérique du sud et aux USA. Ne souhaiteriez vous pas que la firme américaine FLP délocalise quelques unes de ses plantations et usines en Afrique,  pour apporter un vrai travail et un revenu réel aux Africains ?

Au cours d’un rallye en Afrique du  Sud, Rex MAUGHAN, le fondateur de FLP  a  déclaré  que  l’ avenir  de Forever  est en  Afrique. Avec  sa  population très jeune, de grands espaces désertiques pour la  culture  de l’ aloès, pourquoi  pas  un jour   des  plantations  et  des  usines  Forever sur le  sol  africain.

Pour  ce  qui  est d’apporter un  vrai  travail  et  un  revenu  réel,  il  n’y a pas  mieux  que  le  business  Forever. L’Afrique est confrontée à un dilemme en terme d’emploi des jeunes qui constituent les 85 %  de  sa  population. Les  gouvernants optent  pour l’auto-emploi et cherchent à installer les  jeunes  à  leur  propre  compte. Forever offre la plus belle opportunité dans ce cas. Avec  un  faible  investissement, on  crée  son  entreprise et  bout  de  dix  ans  de travail rigoureux  réaliser  les  rêves  les fous. Avec le marketing de Forever, 14  millions  de  personnes  travaillent  à  leur  propre  développement dans 170 pays à travers le monde. Parmi eux des jeunes, des vieux, des femmes,  des  hommes de  toutes  races et de  toutes  religions

 

Y’a-t-il d’autres plantes qui possèdent des propriétés similaires sur le continent et qui pourraient bénéficier d’une promotion comme celle de l’Aloe vera ?

Le  continent regorge de plusieurs autres plantes médicinales. Par exemple, le Moringa  Oléifera  est un arbuste  dont  les  feuilles  sont  utilisées par certaines  populations  comme  légume  est  très  riche  en  oligoéléments, protéines, acides  aminés, minéraux, vitamines A, C, E etc. Les  racines, écorces, feuilles, fleurs, en poudre, en décoction ou  en  infusion  sont  très  efficaces  dans  la  prévention  et  le  traitement du diabète, de l’ hypertension, de l’anémie, de l’hépatite, des douleurs articulaires,  des  gastrites. La  promotion de  ces  plantes dépendra  de  la  vulgarisation  et  de  la  modernisation  de  notre  pharmacopée traditionnelle. Certains  pays  ont  commencé et  on  trouve  de  plus  en  plus  ces  produits  dans  les  rayons  des  pharmacies.

 

Quel avenir pour l’Aloe vera en Afrique ?

L’Aloe vera forever  a  un  bel  avenir  en  Afrique  et  dans  le  monde. La multiplication des maladies dégénératives et l’incapacité, de plus  en  plus  avérée, de  la  médecine  moderne d’y apporter une solution durable, poussera les gens à  retourner  vers les compléments  alimentaires  naturels  dont  l’Aloe vera forever.

 

Avez-vous un message â l’endroit de Rex  MORGHAN le fondateur de FLP?

A l’adresse de Mr Rex MAUGHAN, je dirai simplement : « BRAVO PAPA. Vous avez donné à des  millions de gens à travers le monde, l’opportunité de jouir du bien être physique, de se développer  personnellement et de réaliser des  choses  qu’ils n’auraient  jamais  pu  imaginer. Puisse le Seigneur  du  monde  vous  bénir au  nom  de  ces  gens. »

 

A quelle question auriez-vous souhaité répondre et que je n’ai pas posé?

Quelle est la particularité  des  produits à base de l’Aloe vera  faits par  Forever  Living  Products quand on sait  que plusieurs entreprises exploitent cette plante ?

L’Aloe vera  est  une plante miraculeuse  mais très capricieuse et très  délicate. En effet quelques  heures après la cueillette de ses feuilles charnues le gel  perd  toutes ses  vertus. Donc  le  conditionnement  doit  se  faire  tout  de  suite  après  le  prélèvement  des  feuilles. C’est  pourquoi   Forever  a  installé  ses  usines  dans  les  plantations.

Des centaines de sociétés exploitent l’aloès. La plupart utilise le jus et la poudre qu’elles ajoutent  à  leurs  produits.  Forever  fait  ses  produits  à  base  de  l’Aloé  vera  Barbadensis  muller (le  meilleur  des  300  variétés). L’Activator renferme  99,6 % d’aloès; le Gel  97 %.  Là  est  toute  la  différence. Cherchez  à  savoir  quelle  est  la  teneur  d’aloès  dans  les autres  produits. Forever  est  la  première  à  avoir le label de qualité du Conseil International des Scientifiques de l’Aloès, qui  certifie  que la qualité et  la  teneur  est  au  plus  haut  degré  dans  ses  produits. Forever  détient  l’unique  brevet  de  stabilisation  à  froid du  gel  d’aloès. En  plus Forever n’utilise pas  la  peau  de  la  plante  qui  sert à fertiliser  les champs. Elle renferme de l’aloéine toxique, produite  par  la  plante  pour  se  protéger.

 

Merci infiniment manager Sisssoko pour avoir partagé avec nous votre passion et vos connaissances sur l’Aloe vera. Votre mot de la fin.

C’est a moi de vous remercier pour m’avoir donné l’opportunité de partager les bienfaits de l’Aloès sur la santé et le bien être de l’humanité.

Bénin : Un projet de révision constitutionnelle à polémique

 

Enfin depuis ce 15 mars, le projet de loi portant modification de la constitution du 11 décembre 1990 est sur la table des députés de l’Assemblée Nationale pour examen et adoption. Il est aussi, par la même occasion, rendu public. 43 articles de l’ancienne constitution ont été modifiés et 15 nouveaux ont été créés, ce qui fait un total de 58 articles sur les 160 articles que compte le projet de loi, soit un taux de renouvellement de 36 %.  Plusieurs articles de ce projet sont controverses et la population craignant une révision à la hussarde tire la sonnette d’alarme. L’Union Nationale des Magistrats du Bénin (UNAMAB) réclame, pour sa part, un retrait pur et simple du projet controversé.

Quid des grandes reformes institutionnelles annoncées par le chef de l’Etat, Patrice Talon ? La montagne a-t-elle accouché d’une souris ?     Focus sur les articles 42, 137 et 145

 

 Un projet de révision constitutionnelle mort né

On s’attendait à un toilettage ciblé qui redonne vigueur et élan au système démocratique béninois et à la gouvernance économique du pays, à l’arrivée on a une reforme massive. Conformément à la promesse du chef de l’Etat, ce projet de révision constitutionnelle consacre le mandat unique de 6 ans, ce qui est déjà en soi une violation du consensus de 1990, mais contre toute attente, il consacre le renforcement des pouvoirs du chef de l’Etat, l’affaiblissement des pouvoirs du législatif et du judiciaire.

A l’analyse, le sentiment général qui se dégage est celui d’une révision constitutionnelle taillée sur mesure qui fait la part belle à l’establishment. Sur l’ensemble des articles impactés par cette reforme, deux catégories se dégagent, le politiquement acceptable et le politiquement inacceptable. Dans cette dernière catégorie, les articles 42 nouveau,  62-3, 137-2, 145 nouveau, interpelle tout particulièrement. Chacun d’eux constitue une raison suffisante pour vouer le projet aux gémonies et ensemble, ils rendent le projet mort -né.

 

Article 42-nouveau,  le sens interdit

La constitution du 11 décembre 1990 en vigueur actuellement au Bénin fixe les conditions de sa révision et consacre les articles 42, 44 et 54, issus du consensus national de 1990, intangibles.

Il y a plus. Une jurisprudence de la cour constitutionnelle  en 2011 a, dans une décision, établi l’intangibilité de certaines dispositions de la Constitution du 11 décembre 1990 contenues dans les articles 42, 44 et 54. Pour faire simple, cette jurisprudence fait du nombre de mandat, un article de la constitution non révisable. De ce point de vue, l’article 42 nouveau n’est pas recevable au titre de révision constitutionnelle. Pour ce faire, il aurait fallu convoquer une constituante et non une révision. On ne peut que s’étonner du fait que cette méprise vienne du garant même de cette constitution.

 

Article 137, le clan des intouchables

De mémoire de béninois, l’une des insuffisances relevées à propos de la constitution du 11 décembre 1990 est  la nécessité de réunir les 2/3 du vote du parlement avant le déclenchement de toute poursuite ou d’une mise en accusation contre les ministres et le président de la république. A cause de cette disposition aucun ministre mis en cause dans les nombreuses affaires de la gouvernance Boni Yayi n’a pu être présenté devant les juges de la Haute Cour de Justice. Cette révision constitutionnelle était censée alléger la procédure de saisine devant la Haute Cour de justice. Paradoxalement, l’article 137-2 maintient la même disposition.

Qu’il nous souvienne, le dernier scandale en date de l’ère Boni Yayi est l’affaire dite PPEA-II, un détournement en 2014, d’une aide d’environ 2,6 milliards de francs CFA (3,9 millions d’euros), octroyés par les Pays-Bas pour le financement de nombreux forages de puits devant être réalisés   sur toute l’étendue du territoire mais dont hélas les fonds ont disparu. Les Pays-Bas, ulcérés par ce détournement ont suspendu leur coopération avec le Bénin dans le domaine de l’accès des populations à l’eau potable. Barthélemy Kassa, ministre de l’Energie et de l’Eau au moment des faits est mise en cause dans cette affaire de détournement, mais sa culpabilité reste à déterminer par la haute cour de justice. Contraint à la démission par Boni Yayi il s’est fait élire, dans la foulée, député à l’Assemblée nationale, 7è législature et bénéficie de l’immunité parlementaire. A ce jour, la levée de son immunité parlementaire, par le vote à majorité simple de ses pairs pour son éventuel traduction devant la Haute de justice n’a pu être obtenu, et à fortiori sa mise en accusation toujours au parlement par le vote des 2/3 des députés.

Partout ailleurs, il y a un code d’honneur qui veut que dès lors qu’un élu ou un ministre  est mis au banc des accusés, il démissionne pour laver son honneur devant la justice.  Au Bénin, l’article 137 du projet de loi apparaît comme un bouclier constitutionnel derrière lequel s’abrite “le clan des intouchables de la république“. La nature humaine n’est parfaite en aucun genre, de même en aucune espèce. Président, ministre, députés sont comme tous, sujets à corruption, fraudes, prises d’intérêt, abus de biens sociaux, abus de pouvoir, tricheries aux élections, affaires de mœurs, scandales politico-financiers.  La constitution ne saurait être une loi à deux vitesses. Quiconque est sur la sellette, sans autre forme de procès, doit répondre de ses actes.

 

Article 145 nouveau, le complot permanent

Nous ne le dirons jamais assez, la démocratie est une modalité de l’État dans laquelle l’instrument du pouvoir est représenté par les institutions constituées par les représentants du peuple. Au nombre de ces institution on trouve au sommet l’exécutif et à la base le législatif. Comme le nom l’indique, l’exécutif exécute les textes de loi votés par le « législatif.  La démocratie est donc un jeu des institutions. Or le projet de loi stipule à son article 145 nouveau : Les traités de paix, les traités ou accords internationaux, ceux qui modifient les lois internes de l’Etat, ceux qui comportent cession, échange ou adjonction de territoire, ne peuvent être ratifiés qu’en vertu d’une loi. Toutefois, les conventions de financement soumises à ratification, sont ratifiées par le Président de la République qui en rend compte à l’Assemblée nationale dans un délai de quatre-vingt-dix jours. Cette volonté de l’exécutif d’avoir ses coudées franches par rapport au financement est, à la limite, suspect. Ainsi la seule institution présidentielle recherche le financement d’un projet de développement, le négocie, le signe et le ratifie avant d’en informer le parlement. C’est le model parfait de l’autocratie. Une fois encore on ne peut que s’étonner qu’un tel schéma soit proposé par un grand homme d’affaires qui connait, mieux que tous, l’importance du conseil d’administration. Cet article n’a pas de raison d’être

 

Les dispositions souhaitées mais non au rendez-vous

Enfin que dire de toutes les dispositions que d’aucun souhaiterait voir graver dans le marbre de notre république et qui ne sont pas pris en compte par ce projet de loi. L’assemblé nationale vote les lois de la république et règle les comptes de la nation. Vu l’impact des lois dans le vivre ensemble et le développement, la pertinence et l’équité des lois sont d’une importance capitale dans une démocratie moderne. Or ces deux critères sont en lien avec la clairvoyance et l’humanisme des députés et sont tributaires de leur niveau d’instruction. Je proposerais qu’un article de la constitution fixe un niveau d’instruction minimum équivalent au bac comme critère d’éligibilité pour les députés et les maires de commune et d’arrondissement.

 

Quoi qu’il en soit, le président, dans son allocution du jeudi, 23 mars a réaffirmé sa bonne foi sur le projet par lui présenté et nous osons le croire. Toutefois on doit aussi lui rappeler que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Les voix, de plus en plus, nombreuses qui s’élèvent dans le pays contre ce projet sont aussi de bonne foi. Seul un consensus, le plus large que possible, apaisera les uns et les autres.

Afrique: A quand le Cfaxit ou exit franc CFA

 

En Afrique francophone, le franc CFA fait polémique. Entre ceux qui prônent la fin de l’arrimage du CFA à l’euro et ceux qui alertent sur les difficultés post CFA, les instances techniques et les décideurs politiques, affichent un silence déconcertant. Avantage ou handicap pour les économies africaines, quel avenir pour le franc CFA ?

 

Créé le 25 décembre 1945, le franc CFA a cours dans au moins 14 pays francophones et lusophones d’Afrique de l’ouest et centrale. La signification du franc CFA a évolué avec le temps, en fonction des contextes politiques. A sa création en 1945, la signification du franc CFA était alors Franc des Colonies Françaises d’Afrique, puis de  1958 aux indépendances, sa dénomination est : franc de la Communauté Française d’Afrique. Aujourd’hui franc CFA signifie franc de la Communauté Financière d’Afrique dans les pays de l’Afrique de l’ouest et  franc de la Coopération Financière d’Afrique centrale en Afrique centrale. Initialement arrimé au franc français, le franc CFA a une parité fixe avec l’euro depuis 1999, ce qui lui confère une forte stabilité (1 € = 655,957 F CFA). Mais depuis quelques temps, plusieurs voix, et non des moindres, s’élèvent sur le continent pour dénoncer cette parité fixe avec l’euro qui serait plus un carcan qu’un avantage. A l’instar du Brexit, ces derniers réclament un Cfaxit pour une gouvernance monétaire souveraine et à leur avis plus avantageuse pour l’économie des pays de la zone franc CFA.

Ce samedi 7 janvier 2017, les panafricains anti-CFA organisent pour la première fois, de manière concomitante dans 12 capitales en Europe, en Afrique et à Haïti, une conférence sur le thème du franc CFA et de la nécessité de l’éradiquer de l’Afrique définitivement. Pour les organisateurs de cette mobilisation, il s’agit d’apporter leur contribution au débat sur cette devise et sur les moyens de sortir de la servitude monétaire. L’occasion pour moi de revisiter les nombreuses paradoxes et  ambiguïtés liées au franc CFA.

Y a-t-il véritablement un problème CFA ?

Incontestablement oui, le franc CFA pose problème à plus d’un titre. Il est censé être une monnaie africaine,  mais il n’est pas contrôlé par les instances monétaires africaines. Loin de là. Ceci engendre une série de distorsions conséquentes.

Le franc CFA est la devise officielle de huit États d’Afrique de l’Ouest : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo  formant l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont l’institut d’émission est la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), et  de six États d’Afrique centrale  le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, formant la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), dont l’institut d’émission est la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Il a une parité fixe à l’euro ce qui lui confère une grande stabilité.

Toutefois, les deux banques centrales des zones CFA n’assument pas elles-mêmes la parité de leur monnaie avec l’euro, c’est le Trésor français, c’est-à-dire le budget de l’État (et non pas la Banque de France), qui en a la charge.  En contrepartie de cette convertibilité, les pays de la zone franc ont l’obligation de centraliser et de déposer 50 % de leurs réserves de change auprès du Trésor public français sur un compte d’opérations ouvert au nom de chacune des banques centrales. Du coup, aucune décision de la CEMAC, de l’UEMOA et de leurs banques centrales ne peuvent être prises sans l’accord de la Banque de France.

Ainsi, les pays de la zone franc ont une monnaie physiquement fabriquée en France et les réserves de change de leur banques centrales sont déposées auprès du Trésor public français ce qui pose la question de la souveraineté de ces pays  africains sur leur monnaie et que dénonce plusieurs économistes africains. Par ailleurs la garantie de convertibilité assurée par le trésor français implique que la valeur externe du CFA est ainsi déléguée à une entité extérieure, le Trésor français, qui bénéficie de ces devises pour son propre financement. De la découle la grosse critique de Frein au développement des pays africains formulée par les pourfendeurs de l’arrimage du CFA  à l’euro.

Ce modèle de fonctionnement est d’autant plus ambiguë qu’il est une exception dans toute l’Afrique. Autrement dit tous les autre pays ont leur propre devise, leur propre banque centrale, gèrent eux même leur réserve de change et ils s’en sortent avec plus de bonheur que de malheur.

Arrimage CFA- Euro, attelage d’une carrosse locomotive

La monnaie est un instrument d’échange économique, c’est l’ensemble des moyens de paiement que les individus et les Etats utilisent pour acheter des bien et services à d’autres individus ou à d’autres Etats. Moyen d’échange, mais aussi et surtout unité comptable utilisé pour établir les prix des bien et de comptabiliser les crédits et les dettes, la monnaie est le nerf de la guerre de la croissance économique et du développement. Pour jouer pleinement son rôle, la monnaie doit assurer à l’économie, les crédits nécessaires à son développement, un objectif que l’arrimage du franc CFA à l’euro ne facilite pas.

Dans un ouvrage paru en octobre 2016 aux éditions La Dispute, “ Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. À qui profite le franc CFA ?“, un collectif d’économistes mené par le Togolais Kako Nubukpo, le Sénégalais Demba Moussa Dembélé et le Camerounais Martial Ze Belinga au nom de revendications souverainistes, qualifient le franc CFA de relique coloniale et remettent en question son régime de change fixe.

Pour Kako Nubukpo, économiste de renom, ancien chef de service au siège de la BCEAO à Dakar entre 2000 et 2003, ancien ministre togolais de la prospective et opposant actif au franc CFA, le ratio crédit à l’économie sur PIB dans les pays de la zone franc est de 23 % quand il est de plus de 100 % dans la zone euro. Ceci fait qu’il est quasiment impossible aux pays de la zone CFA de rattraper les économies émergentes si le franc CFA reste arrimé à l’euro.

«Le franc CFA, accroché à l’Euro par une parité fixe, est une monnaie qui donne l’impression d’être riche» explique l’ancien ministre du Plan du Togo Kako Nubukpo. «Cela fait baisser le coût des importations mais plutôt que produire par vous-même, vous avez alors tendance à importer ce que les autres produisent», précise l’économiste togolais. Toujours selon lui, « les économies de l’UEMOA souffrent d’un problème de compétitivité-prix à l’export, du fait de l’arrimage du franc CFA à l’euro, monnaie forte s’il en est. Or, une monnaie forte agit comme une taxe sur les exportations et une subvention sur les importations, rendant difficile l’obtention de l’équilibre de la balance commerciale ».

En effet, le franc CFA est une monnaie qui faciliter l’extraction de surplus économique de l’Afrique vers l’étranger sans risque de change, or sans le CFA, l’importation en Afrique des marchandises seraient hors de prix, ce qui n’est pas le cas actuellement.  Ainsi le franc CFA facilite l’exportation des capitaux et freine l’exportation des marchandise
Vu sous cet angle, l’arrimage du franc CFA à l’euro est comparable à un carrosse attelé à une locomotive. C’est une liaison dangereuse qui engendre des ajustements très difficiles à soutenir pour les économies africaines.  Pour Kako Nubukpo,  » Aujourd’hui, le franc CFA via son rattachement à l’euro est beaucoup plus déterminé par les événements au sein de la zone euro que par la conjoncture au sein de la zone franc, c’est une hérésie !“

Quel avenir pour le CFA

La grande erreur à ne pas commettre est de jeter le bébé avec l’eau du bain. De toute évidence, tout n’est pas mauvais dans le système franc CFA tel qu’il existe à l’heure actuelle. Il présente quelques atouts non négligeables.

Le franc CFA fonctionnant comme un pot commun de devises, la zone permet un équilibre global des réserves monétaires. Toutefois, bien que portant  le même nom de franc CFA et ayant (actuellement) la même parité avec l’euro le franc CFA de la BCEAO (XOF) et le franc CFA de la BEAC (XAF) ne sont ni interchangeables ni convertibles entre elles. L’UEMOA et la CEMAC ne forment donc pas une zone monétaire commune mais deux zones juxtaposées. Mais du fait de la mise en commun des réserves de change au niveau de ces deux zones, il est possible d’envisager un protocole d’unification des deux francs CFA pour créer une zone monétaire unique forte et solidaire. Chaque zone peut tout aussi s’individualiser et s’émanciper du giron du trésor français

Enfin l‘hypothèse la plus  plausible  est celle de voir le CFA de la zone UEMOA s’arrimer au projet de monnaie unique de la CEDEAO sous le leadership du Nigeria. Lors de la 49eme session ordinaire tenue à Dakar le 4 juin 2016, le projet est renouvelé et le président Maky Sall a suggéré la mise en place d’un institut monétaire et d’un banque centrale communautaire. Un mécanisme similaire devra être trouvé pour la zone CEMAC.

Vivement que la campagne de mobilisation contre le CFA en cours contraigne les dirigeants africains  à ouvrir le débat sur la gestion monétaire et la pertinence du CFA pour le développement en Afrique.

Et si Yaya Jammeh jouait au poker menteur ?

Le président gambien sortant, Yaya Jammeh, a annoncé vendredi 9 décembre qu’il rejette les résultats de l’élection présidentielle du 1er décembre. Une élection  pour laquelle il avait, une semaine auparavant, dans une déclaration télévisée, reconnu sa défaite face à l’opposant Adama Barrow. La question se pose désormais de savoir quel avenir pour l’alternance démocratique en Gambie. Plus globalement, à quelle crédibilité s’attendre pour les systèmes démocratiques africains ?

Avec Yaya Jammeh, une surprise peut en cacher une autre

L’information est tombée vendredi 9 décembre au soir. Ce que tout le monde redoutait depuis le début arriva. Le président sortant de la Gambie, Yahya Jammeh, rejette les résultats de la dernière présidentielle, qui le créditaient de 36 % des voix contre 45,5 % pour l’opposant  Adama Barrow et 17,8% pour le 3e candidat, Mama Kandeh. On se souvient, à l’annonce des résultats, au lendemain du scrutin, il avait contre toute attente reconnu sa défaite. Dans une opération de charme, il a appelé son challenger et l’a félicité de sa victoire.

Ce vendredi 9 décembre au soir, ce fut plutôt une opération de rectification. Dans une allocution diffusée à la télévision et la radio nationale, il déclare que l’élection a été truquée, notamment par la commission électorale : « Autant j’ai accepté les résultats car j’ai cru que la commission était indépendante et honnête, désormais je rejette les résultats dans leur totalité. Laissez-moi répéter : je n’accepterai pas les résultats ».

Concrètement, Yahya Jammeh accuse le président de la commission Alieu Momar Njie d’avoir truqué la compilation des résultats, mais ne demande  pas un nouveau comptage des voix. Il a plutôt appelé à de nouvelles élections présidées « par des gens craignant dieu ».

Après un tel revirement, que va t-il se passer à présent ? Quel avenir pour l’alternance démocratique en Gambie ?

Certes, dans une allocution claire et ferme, Adama Barrow a dans une allocution claire et ferme, par média interposé :  « Yahya Jammeh n’a pas l’autorité constitutionnelle pour invalider les résultats ni pour convoquer un nouveau scrutin (…) La Commission électorale est la seule autorité compétente pour annoncer le résultat des élections et pour en déclarer le vainqueur (…) Nous appelons Yahya Jammeh à respecter le processus de transition et à léguer le pouvoir à la fin de son mandat en janvier. J’exhorte Yahya Jammeh à respecter la volonté du peuple ».

Certes, Adama Barrow a le soutien inconditionnel de la communauté internationale, notamment de l’Union Africaine, des USA, de l’Union Européenne et surtout du Sénégal, le grand voisin de la petite Gambie.

Mais, malgré toutes ces considérations, force est de reconnaître que la question est pourtant loin d’être réglée. Si victoire il y a, il reste la gestion du pouvoir : elle doit passer par une passation de charge entre le sortant Yaya Jammeh et l’entrant Barrow, et là réside le nœud de la crise actuelle en Gambie. Après l’épreuve des urnes, faut-il se résoudre à l’épreuve des armes ou à la résignation ?

A mon avis, une lecture minutieuse de l’évolution de la situation post-électorale en Gambie fournit quelques pistes pour cerner les raisons du revirement pathétique de Yaya Jammeh et peut être aussi quelques clés pour une sortie de crise en Gambie.

Le poker menteur de Yaya Jammeh

Après 22 ans de pouvoir sans partage, Yaya Jammeh est conscient de son discrédit, aussi bien aux yeux de ses concitoyens que de ceux de la communauté internationale.  Il est conscient des abus et exactions commis sous sa responsabilité, et des représailles possibles à son encontre, s’il n’a plus la protection du pouvoir. Son geste inattendu de reconnaissance de sa défaite à l’élection présidentiel apparait donc comme un acte de repentance et de rachat de ses fautes et abus. Il espérait en retour une reconnaissance et une admiration unanime, gage pour lui d’une retraite honorable.  Mais en une semaine, qu’a-t-il observé ?

Certes, quelques éloges, mais pour la première fois, de nombreux Gambiens ne se cachent plus pour critiquer Jammeh et déclarent ouvertement leur soif de changement et de justice.  Mais il y a plus.

Le souhait de le voir traduit devant la justice nationale ou internationale est largement partagé et le comble pour un dictateur sortant, le président entrant a, lui-même, réitéré qu’il n’a jamais dit que Yaya jammeh ne serait pas poursuivi par la justice. Il voulait une porte de sortie honorable, mais tout lui indique la CPI. Dans une telle perspective, que gagne t-il à quitter le pouvoir ? Il considère qu’il vaut mieux rester au pouvoir vaille que vaille que de quitter le pouvoir et se voir traquer. Ainsi, le geste de reconnaissance de sa défaite fait penser à un jeu comparable au poker menteur qui lui a permis de vendre le pouvoir sans le céder. Si la contre partie obtenue est jugée satisfaisante, il le cède, sinon il le garde et fait monter les enchères.

 A mon avis  la peur et la crainte de se voir traquer et traîner devant les juridictions ont pesé dans le brusque revirement de Yaya Jammeh  plus qu’une réelle volonté de retourner aux urnes. Dans un tel contexte, il importe que les instances de décision et d’influence trouvent des stratégies pour apporter quelques garanties à Yaya Jammeh pour une passation pacifique de charges en Gambie.

Dans tous les cas, un compromis qui permet de sauvegarder la démocratie et permet au pays de faire un bond en avant sera préférable à une intransigeance qui peut faire sombrer le pays dans la violence.

Quoi qu’il en soit, Yaya Jammeh, un jour ou l’autre, directement ou indirectement, devra répondre de ses actes, mais il faut savoir raison garder et donner le temps au temps.

Le jour où Papa Wemba m’a fait pleurer de rire

Papa Wemba sur scène au FEMUA

Le chanteur congolais Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, plus connu sous le nom de Papa Wemba, est décédé dimanche 24 avril à Abidjan, en plein concert, alors qu’il se produisait sur la scène du festival Femua. Depuis lors, sur le continent et hors du continent, Officiels, membres de famille, fans, et anonymes rendent, chacun à sa manière, hommage à l’icône de la rumba congolaise

Le chanteur congolais Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, dit Papa Wemba, est décédé dimanche 24 avril à Abidjan, en plein concert. Invité du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), fondé par le groupe ivoirien Magic System, Papa Wemba était à Abidjan pour deux prestations. La première qu’il n’achèvera jamais à Abidjan et la seconde à Korhogo (nord du pays), une étape annulée par les organisateurs.

Quatre jours après sa mort, sa dépouille est arrivée ce jeudi 28 avril à Kinshasa, la capitale de son pays, la RD Congo. Un hommage populaire est prévu pour le lundi 02 mai 2016. L’inhumation aura lieu le lendemain mardi 03 mai près de Kinshasa.

Père de six enfants, Papa Wemba est reconnu comme l’une des plus grandes divas de la musique congolaise et africaine. Il a influencé des générations entières de musiciens africains, et surtout a semé la joie et l’amour dans les cœurs de tous les africains au-delà des frontières et des âges.

Pour ma part, dans mes souvenirs, Papa Wemba est resté lié à un événement professionnel qui a eu lieu il y a une dizaine d’années. Je venais d’être nouvellement affecté au Lycée Paul Indjendjet Gondjout de Libreville et en ce premier jour de classe, j’avais cours dans une classe de troisième. Premier jour de cours pour moi dans le lycée et premier contact avec les élèves, autant dire que j’étais aussi stressé que les  élèves qui étaient devant moi.

Après les formalités d’usage, le cours à démarré. La leçon du jour avait pour titre : caractère spécifique, caractère individuel, caractère héréditaire.

Pour illustrer la leçon j’avais opté pour des activités vivantes. Ainsi pour asseoir la notion de caractère spécifique, j’ai invité devant la classe un garçon et une fille, désigné au hasard parmi les élèves. A partir du questionnaire préparé par moi, les élèves ont pu, à ma satisfaction, conclure que les caractères spécifiques sont les particularités (morphologiques, physiologiques ou comportementales) communes à tous les membres d’une espèce. Exemple chez l’homme : Avoir une tête, avoir deux mains, deux yeux,  dix doigts ou un nez.

Après les  caractères spécifiques, nous en sommes venus au aux caractères individuels. Pour clarifier ce nouveau concept, j’ai demandé à un élève de la classe de citer un caractère spécifique et son choix se porta sur le caractère : avoir un nez. Sur la base de ce choix, j’ai repéré et désigné un élève métis qui avait un nez aquilin évident puis je recherchais des yeux un autre élève avec un nez plus ou moins épaté. Aussitôt les élèves ayant compris ma démarche se mirent à m’indiquer du doigt un de leur camarade au fond de la classe. Le camarade indiqué plaqua sa tête contre le mur en agitant la main en signe de non ! Non ! Plus par curiosité que par nécessité, je m’approchai de lui et l’encourageai à répondre à la sollicitation de ses camarades. Il obtempéra de bonne foi et retourna sa tête vers moi.

J’ai pu alors constaté qu’il avait, en effet, un nez assez généreux et très épaté. Toutefois en le dévisageant, je ne sais trop pourquoi, mais quelque chose en lui m’a fait pensé à Papa Wemba, la star africaine de la chanson que j’affectionne particulièrement. Aussitôt, les bribes de Maria valencia, mon tube fétiche, commençaient par chanter dans ma tête. Sans rien laisser transparaître de mes émotions et en restant très professionnel, je l’ai invité à passer devant la classe pour la suite de la leçon.

Pour faciliter la communication, je lui ai tout naturellement posé la question :

– Comment on vous appelle?

Mais, il n’a pas eu le temps de répondre à ma question puisque la classe a répondu en chœur à sa place :

– Papa Wemba.

Ses dénégations m’ont aussitôt fait comprendre que ce n’était pas son nom mais assurément le surnom a lui donné par ses camarades.  Du coup, la coïncidence des idées ajoutée à la moue caricaturale qu’affichait l’élève et le sourire amusé de ses camarades ont déclenché chez moi un fou rire que malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas pu maîtriser. Mon rire contamina l’élève lui-même, puis toute la classe…

Combien de temps cela a duré, je ne saurais trop le dire, mais quand j’ai pu enfin maîtriser mes émotions, je vis une jeune élève de la classe qui me tendait un mouchoir jetable en murmurant :

– Monsieur, vous avez coulé des larmes.

– C’est Papa Wemba qui m’a fait pleurer de rire, ai-je marmonné en la remerciant.

Le calme revenu, nous avons pu établir aisément que les caractères individuels sont les multiples variations d’un caractère spécifique donné. Exemple : la forme du nez, la couleur de la peau, la forme des cheveux, etc.

Ainsi contre toute attente, Papa Wemba s’est invité à mon cours et a réconcilié science et culture, prof et élève. Dans la joie et la gaieté le cours pris fin à la satisfaction de tous.

Chapeau bas l’artiste.

Haïti vu d’Afrique : Le défi d’un nouveau régime d’historicité

Monsieur Victor Gnassounou

Monsieur Victor Gnassounou

Haïti est en pleine crise  politique depuis la démission du président Michel Martely en février 2016. Le parlement haïtien a rejeté, dimanche 20 mars, le gouvernement du premier ministre Fritz Alphonse Jean, nommé par le président intérimaire de Haïti Jocelerme Privert. Ce dernier doit organiser le 24 avril  le second tour de l’élection présidentielles interrompue et des législatives partielles et remettre le pouvoir le 14 mai à un président élu par le peuple. Dans cet imbroglio politico-économique, quelles solutions à cette crise interminable ?

A la faveur d’une rencontre avec Monsieur Victor Gnassounou, Professeur de philosophie politique à Libreville et surtout auteur d’un article intitulé : « Haïti : Le défi d’un nouveau régime d’historicité », publié chez Présence Africaine dans la revue culturelle du monde noir : «  Haïti et l’Afrique » N° 169, Paris, 2004, pp. 41-56, j’ai  eu l’opportunité de confronter mes interrogations sur Haïti avec la pensée du philosophe.

Dans l’entretien qu’il m’a aimablement accordé et que je publie ici in extenso, Monsieur Victor Gnassounou, fait un décryptage du passé et du présent d’Haiti et à travers la dialectique du passé et du présent, attire l’attention sur l’urgence pour les Haïtiens d’être à la fois des peuples du temps et de l’espace, pour rompre, comme le dit plus clairement S. Huntington, leur double isolement : culturel et géographique

Monsieur Victor Gnassounou, merci pour cet entretien exclusif que vous avez bien voulu m’accorder.

Monsieur Victor Gnassounou, dans votre article : « Haïti : Le défi d’un nouveau régime d’historicité », vous avez, rappelé la pensée d’Aimé Césaire dans le Cahier d’un retour au pays natal: « Haïti » « Terre des montagnes » Ou « La négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité ». Mais depuis ce glorieux événement, Haïti est plus à genou que debout. Quelle appréciation du philosophe sur cette douloureuse trajectoire ?

Par association d’idées, l’évocation de la douloureuse trajectoire d’Haïti m’a fait penser à Hegel.  Lire Hegel, c’est comprendre que l’Histoire ne met en scène que des tragédies ! Il parle de calvaire de l’histoire et ose la métaphore lugubre de  « vallée d’ossements » pour donner une intuition de la réalité historique. Le bonheur est l’apanage des peuples sans histoire. Donc, cette douloureuse trajectoire fournit une indication irrécusable : quelque chose s’est passé en ce lieu, un petit point à l’échelle du globe terrestre, mais quelque chose  digne d’intérêt pour l’Histoire du monde, au-delà de la singularité du destin tragique de ces enfants d’Afrique, déportés, esclavagisés, qui ont farouchement refusé leur condition et leur avenir de parias, d’êtres  « ensauvagés », exclus de la grande famille des humains. L’ironie de l’histoire dans le cas d’espèce, c’est de faire voir, par ses effets grossissants dont seule l’histoire a le secret, la bêtise et l’égarement des maîtres d’œuvre de cette tragédie : esclavagistes, coloniaux, impérialistes de tout poil etc. Enfin, douloureuse trajectoire, parce qu’après quelques batailles engrangées, la lutte continue. L’ennemi est une hydre, un mal qui se reproduit à mesure qu’on l’éradique.

« A genou »/ « debout », ces postures au sens propre du terme, appliquées ou non à Haïti,  doivent être perçues à la fois comme des phases et le moteur interne, la dynamique de l’histoire, qui enveloppe ce que font les hommes mais aussi ce qui arrivent aux hommes, en dépit de leur volonté. Ce qui reste prégnant à mon esprit,  c’est la Révolution Haïtienne et son impact mondial. Un exemple : l’abolition du système esclavagiste. Les Haïtiens, en 1804, ont donné corps à l’espérance d’une société sans hiérarchie raciale. Je ne peux pas ne pas continuer à voir les Haïtiens comme un peuple historique,  debout,  face aux autres peuples du monde, en dépit de tous les épisodes plutôt désespérants de leur  histoire et  plus singulièrement poignants au regard leur actualité politique.

Un jeune poète et ami haïtien Eliphen Jean parlant de son pays a écrit : « Quand on parle d’accord diplomatique entre Haïti et d’autres pays, j’entends surtout des accords complomatiques ». A votre avis, toute l’histoire d’Haïti ne serait que complot ?:

Je salue la  justesse du néologisme. Mais, la connotation conspirationniste du terme ne correspond pas à ma lecture des accords diplomatiques. Ainsi, pour ma part, je parlerai de jeu de dupes, et pour me faire mieux comprendre, de marché de dupes. Le dupé, celui qui est abusé, c’est bien entendu et invariablement le plus faible. Nous sommes dans un monde où tout se vend ou s’achète, y compris les vertus, intellectuelles morales, spirituelles, les biens symboliques …. L’efficacité diplomatique est évaluée en fonction de sa valeur marchande (on parle même sans gêne de diplomatie économique). On a beau baptiser une initiative d’historique, derrière, comme son ombre portée,  suit le profit qu’on peut en tirer.

Je comprends l’exaspération qui a inspiré cette trouvaille, mais c’est la chose la mieux partagée dans les pays du Sud, dans les pays qui subissent la mondialisation. Les accords de Paris sur le climat est une autre déclinaison de cette complomatique. D’un mot, reconnaissons les rapports de pouvoir  et la déloyauté dans la rhétorique diplomatique. Inscrivons ce  néologisme, dans la longue tradition de résistance aux négriers esclavagistes ; il est la métaphore de ce qu’on n’acceptera jamais de revivre, sous n’importe quelle forme, quoi qu’il arrive ; parce que les peuples ne sont pas dupes! En tout état de cause, les Etats n’ont d’initiatives qu’à proportion de leur taille et de leur poids à l’échelle internationale.

Certes, il y a les complots, les dictateurs, mais il y a  aussi eu le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Il y a désormais un avant le tremblement et un après le tremblement. On a le sentiment que même la nature aussi s’y est mise.

Ce partage entre « un avant le tremblement et un après le tremblement » me semble imprudent. La césure n’est pas absolue loin s’en faut. Il faut rendre à l’avenir son incertitude! Je crois qu’on a imprudemment baptisé la Première Guerre mondiale, la Grande Guerre. Comment qualifier alors, en comparaison, la Seconde Guerre mondiale? La nature a beau s’y mettre comme vous le suggérez,  force est de reconnaître qu’il n’y a pas d’histoire de la nature. Ce sont les hommes qui ont et qui font l’histoire. C’est ce qu’il faut retenir de la sémantique du terme «  d’historicité » : il n’y a d’histoire qu’humaine, que pour une conscience temporelle, tiraillée entre le passé et l’avenir. Il y a un  paradoxe de l’histoire. Les hommes font bien l’histoire ; mais ils  ne sont pas moins déterminés par l’histoire qu’ils font (Cf. C. Marx). En revenant à votre question, je vais élargir le champ de l’histoire en me tournant vers un référent incontournable pour le coup : Marx.  L’histoire a-t-il régulièrement affirmé,   est déterminée par l’activité matérielle des hommes, par les contradictions sociales, politiques (la lutte des classes) et aussi par les aléas naturels où elle s’inscrit. Haïti n’est pas, si j’ose dire, spécialement dans le collimateur de la Nature et ses furies. Evoquons  par exemple le phénomène « El Niño » et son cortège funeste de catastrophes climatiques qui affectent les écosystèmes marins et terrestres. Son impact est mondial : les moussons dans les pays d’Asie du Sud-est, les cyclones violents en Californie, le triste tableau du ciel indonésien, ou du Nordeste brésilien, la liste est ouverte.  Nous ne sommes pas maîtres et possesseurs de la nature ; Par les  séismes, couplés ou non avec des tsunamis, la nature le rappelle souvent au souvenir des Japonais.  Nous avons une forte propension à  l’oublier dans nos accès de griseries scientistes et technologiques. En substance, je vais vous faire une réponse d‘inspiration existentialiste (Sartre),  à l’opposé de toute logique victimaire ou fataliste: l’important, ce ne sont pas les contrariétés que nous oppose la nature, mais notre ingéniosité et nos prises d’initiative pour les rendre compatibles avec la vie sur terre. Faute de quoi, l’aventure humaine sur terre n’aurait plus de sens. Une vision déterministe ou fataliste de la nature ruinerait tout espoir de garder ou de prendre des initiatives historiques, de continuer à croire et à vouloir un avenir meilleur.

Les Haïtiens, vous l’avez aussi rappelé dans votre article, sont des descendants d’africains (Ibos Yoroubas, Fons, Bambaras Wolofs, Mandingues,…). Je rappelle que nous sommes ici à Libreville en terre africaine, que vous êtes de nationalité togolaise et moi de nationalité béninoise. Alors, Haïti et l’Afrique ? Je t’aime, moi non plus ?

Ce que je retiens en tant qu’Africain, Quand il s’agit d’Haïti, ce n’est pas la nostalgie qui bercerait les diasporas noires vis-à-vis de l’Afrique la mère-patrie. L’Afrique après laquelle soupire Carl Brouard, en 1958, c’est l’Afrique  «  des baobabs » » ; c’est Tombouctou, Abomey, Gao, l’empire Manding . En écho, J.  Roumain dit qu’il porte en lui l’Afrique « comme un fétiche au centre du village » (Bois d’Ebène). Je suis pour ma part interpellé par l’expérience de la terreur coextensive à  la déportation et qui  se partage entre nostalgie et affects négatifs, ressentiments, sentiments d’abandon. Importe peu le besoin de se remémorer une généalogie commune, une ascendance commune. Haïti m’a toujours inspiré  une légitime fierté. Haïti,  c’est une saisissante séquence d’une leçon d’histoire mondiale : des Noirs, esclaves, ont appris « aux races exploitantes la passion de la liberté » ( J.-F. Brière, Black Soul) ; l’étonnant, c’est de comprendre,  comment Blancs et Noirs, peuvent se retrouver en lice, pour la conquête des mêmes droits de l’homme ;  pourquoi, les héritiers de Toussaint Louverture, même en exil, n’ont pas renoncé d’«écrire dans toutes les langues,/ aux pages claires de tous les ciels/la déclaration de tes droits méconnus/depuis plus de cinq siècles/en Guinée,/au Maroc,/au Congo,/partout enfin où vos mains noires/ont laissé aux murs de la Civilisation/des empreintes d’amour, de grâce et de lumière… » (ibid). Ce sont des vers haïtiens. C’est tout simplement merveilleux.

L’expérience traumatisante de la déportation et de l’esclavage s’est cristallisée de façon emblématique dans le vaudou, mais aussi dans les domaines de la création (l’art la littérature). Le vodou a largement  inspiré la peinture naïve haïtienne, mondialement reconnue. La spiritualité haïtienne, à travers les rites vodou nous offre un bel exemple de syncrétisme religieux,  irréductible à sa souche béninoise. Le mouvement indigéniste haïtien exalte à partir de 1927 une Afrique mythique, c’est-à-dire précoloniale, aujourd’hui en agonie prolongée, celle avec laquelle  le discours ethnologique a fait ses choux gras ; le malentendu a persisté, jusqu’aux années des indépendances africaines. Il faut bien intégrer que le destin d’Haïti se joue aujourd’hui singulièrement dans les caraïbes, et symboliquement avec l’Afrique.

L’élection en 2010 de l’ex président Martely a suscité en Haïti comme partout ailleurs un grand vent d’espoir. Mais hélas, l’aventure s’est terminée en queue de poisson. C’est le serpent qui se mord la queue ?

En effet, en écrivant « des Soulouqueries[i] aux Tontons Macoutes[ii], c’est l’expérience singulière de l’intermittence du malheur qui semble définir le régime d’historicité d’Haïti », j’avais en vue Ouroboros, le nom grec du serpent qui se mord la queue.

A propos de l’ex président Martely, je dirai qu’une hirondelle ne fait pas le printemps ; non plus que les soubresauts politiques du moment, les tribulations d’un mandat présidentiel ne sont pas rédhibitoires. L’échec ou non de Martely ne scelle pas l’avenir d’Haïti. « La démocratie ne consiste pas à s’unir mais à savoir se diviser. L’unanimité, le plein accord, est un mauvais signe. » Alfred Sauvy – La Tragédie du pouvoir (1978). Un peu de la même veine ; « Toute démocratie est un désordre raisonnable » Dominique Shnapper (membre du Conseil Constitutionnel de 2001 à 2010). Ces deux citations, mis en regard, illustrent la dynamique propre des   démocraties contemporaines. Elles sont, au dire de l’essayiste français Pascal Bruckner plus source de mélancolie que de bonheur.

Pour faire court, je dirai que l’actualité politique haïtienne ne peut se passer de l’éclairage du passé. On peut dire que le solde net positif de la Révolution haïtienne est  l’abolition de l’esclavage. Mais, cette révolution n’a pas pour autant réussi à instaurer une société post-raciale. Pour une bonne part, cela est imputable au communautarisme colonial blanc. Comme l’écrit Françoise Vergès, « Les Blancs ne se mélangeaient pas ». Toussaint Louverture est l’emblème politique des Noirs, exclusivement. Les sang-mêlés ont aussi leur emblème, c’est Rigaud, grand rival de Toussaint Louverture. Cette double mémoire antagonique de l’esclavage et de cette expérience singulière de l’affranchissement est encore vivante, et irrigue l’imaginaire social, politique, artistique du peuple haïtien ; ce qui explique l’indocilité, la turbulence endémique des Haïtiens. On ne peut occulter les enjeux de la mémoire quand on analyse les inégalités économiques et sociales qui gangrènent la République d’Haïti. Les relations délicates par exemple d’Haïti avec la République dominicaine révèlent des traces résiduelles d’un lourd passé, configuré par le système esclavagiste, les projets coloniaux et impériaux, la proclamation de la première République noire du monde ; manifestement, entre toutes ces strates du passé haïtien, la greffe n’a pas pris.  Idem pour les relations difficiles d’Haïti avec la France, les Etats-Unis que nous avons évoquées sous le prisme de la complomatie.

Faut-il pour autant désespérer d’Haïti ?

Vu sous un angle, on peut désespérer d’Haïti. Des signes récurrents et implacables du Destin sont irrécusables. Sous un autre angle, c’est tout simplement pas juste. Haïti, c’est aussi Toussaint Louverture. C‘est aussi pour les peuples encore aujourd’hui dominés, je pense aux Africains,  une leçon d’histoire : la réappropriation  de soi, de  sa dignité humaine est une tâche, un combat infini. L’enchevêtrement des mémoires des malheurs du Noir est inextricable ; l’une remonte à un épisode biblique : la malédiction de Cham. D’où le dilemme : mémoire ou oubli ? Les deux termes de l’alternative n’offrent aucune identité apaisée, confiante.

C’est un fait que l’histoire est tragique. Elle ne justifie pas pour autant le quiétisme, et ne doit nullement se lire comme la chronique d’une défaite annoncée. Il faut faire jouer, jusqu’au bout, si tant qu’on puisse parler d’un bout, la dialectique de l’histoire, c’est-à-dire, l’antagonisme de la « force des choses » et la volonté humaine d’en triompher. Dans les pires moments de son existence, un peuple peut se répandre en complaintes. Mais, le chant du cygne, c’est pour les cygnes, pas pour les peuples !

Irez-vous jusqu’à penser comme  Thélyson Orélien, poète et auteur haïtien qui, dans son dernier livre : « Le temps qui reste » publié aux Editions des Marges en 2015, estime que dans le temps qui reste à Haïti, il y a de la place pour l’humanité et pour l’amour.

Le titre du livre de Thélyson Orélien, sans une idée précise du contenu,  suggère l’idée d’un compte à rebours avec la nécessité d’un bon usage du peu de temps qui reste, même si dans la réalité, il reste une éternité. L’humanité commence pour les Grecs avec la philia, « l’amour-amitié », le lien social. Aristote définit l’homme comme un être vivant, doté du logos, raison-langage, et ayant vocation à vivre parmi ses semblables.  Le pari du livre de Thélyson Orélien, l’humanité et l’amour,  que je n’ai pas lu, l’inscrit dans un registre politique au sens étymologique du terme. Je remarques aussi qu’il est en résonance avec  les vers de Black Soul de J.F. Brière que j’ai déjà cités : «   écrire dans toutes les langues, / aux pages claires de tous les ciels/la déclaration de tes droits méconnus/depuis plus de cinq siècles/en Guinée,/au Maroc,/au Congo,/partout enfin où vos mains noires/ont laissé aux murs de la Civilisation/des empreintes d’amour, de grâce et de lumière… »

Quelles conjectures sur l’avenir pour les élites politiques haïtiennes, mais aussi pour le peuple haïtien tout entier afin de lever le défi d’un nouveau régime d’historicité pour Haïti ?

Certes, Haïti a déjà relevé un défi, un ce premier jour du premier mois de l’An 1804, en proclamant la République. Il incarna ainsi une nouvelle figure de la liberté, c’est-à-dire la  définition d’une humanité élargie, non restreintes aux limites géographiques et culturelles de l’Occident, et non indexée sur la notion de race. Comme le dit Césaire, il a enseigné au monde, un humanisme à la mesure du monde. De 1804 à 2016, beaucoup d’eau a coulé sous le pont, avec des fortunes diverses. C’est l’actualité politique d’Haïti qui justifie la pertinence d’une interrogation sur la nécessité d’un nouveau régime d’historicité pour Haïti. De façon abrupte, je veux dire qu’il est urgent, pour la classe politique et le peuple haïtien de  porter la promesse d’une autre expression d’un destin commun. Sinon, 1804 rétrospectivement s’inscrira comme une victoire à la Pyrrhus. Le défi haïtien, c’est son isolement géographique et culturel. Diagnostic d’un esprit affûte, S. Huntington : «  Les élites d’Haïti étaient traditionnellement liées à la France, mais la langue créole, la religion vaudou ainsi que ses origines dans les révoltes d’esclaves et son  histoire agitée font de cette île un pays isolé…. En Amérique latine, disait le président du Panama, Haïti n’est pas reconnu comme un pays d’Amérique latine. Les Haïtiens parlent une langue différente. Ils ont des racines ethniques  différentes, une culture différente. Ils sont en tout point différents » Haïti est tout aussi isolé des pays noirs anglophones des Caraïbes…Haïti, « voisin dont personne ne veut », est véritablement un pays seul [iii]». Je pense que les Haïtiens, en 2016, ne doivent pas être dans la nostalgie des temps glorieux d’un passé héroïque. Regardez l’exemple de la France. Elle s’est assignée à demeure, en Europe, dans son interminable rêve d’Empire. Elle continue à se voir grande, dans le déni de sa situation économique actuelle. 9e rang selon le FMI. Il n’y a donc pas une rente de situation liée au statut de peuple du temps[iv]. L’imaginaire social des peuples du temps est orienté vers le passé. Celui des peuples de l’espace, comme l’Amérique, se tourne vers l’avenir, vers ce qu’il y a à conquérir (Nouvelles frontières de l’Amérique sous la présidence de Kennedy). L’enjeu d’un nouveau régime d’historicité, c’est de réussir à dialectiser  l’imaginaire social pour qu’il se déploie en fonction des trois dimensions du temps : passé-présent-avenir et en rapport avec l’espace (Chronotope selon Bakhtine).

Les Haïtiens ont à être à la fois des peuples du temps et de l’espace, pour rompre, comme le dit plus clairement S. Huntington, son double isolement : culturel et géographique.

Une fois encore, merci Monsieur Victor Gnassounou pour cette  contribution  remarquable à la compréhension d’Haïti. Votre mot de la fin.

Je pense, fort à propos, au titre du livre  autobiographique du philosophe Louis Althusser, abstraction faite de son contenu : L’avenir dure longtemps, Paris, édition Stock, 2007. Ceci nous autorise à croire qu’il y a du temps pour les haïtiens pour  réinventer une citoyenneté conviviale, aux ancrages multiples, ouvertes à toutes les mémoires, à toutes les histoires,  à toutes les intrigues qui se sont nouées sur cette terre des montagnes.

Note

I Soulouque ( Faustin) . Homme politique haïtien ( 1782 -1867 ) Elu président en 1847, auto-proclamé empereur en 1849 sous  le nom de Faustin 1er . L’expression désigne la corruption et la  terreur qui ont marqué son règne
II Les Tontons Macoutes, milice créée par le didacteur François Duvalier qui prend le pouvoir en 1957 ;  cette milice fut dissoute en 1986 après la chute de son fils Jean-Claude Duvalier.
[iii] S. Huntington, Le Choc des civilisations, Paris, O. Jacob, 2000, p. 195.
[iv] C’est Armand Hoog, dans sa chronique du Figaro en date du 4 mai 1977 qui fait cette distinction entre les peuples du temps et les peuples de l’espace. Il écrit : «  La France politique déjeune et dîne de son histoire ancienne. Elle s’y cramponne ».

Réchauffement climatique : le péril de la chaleur en Afrique


Un élève de retour des cours en janvier 2016

Un élève de retour des cours en janvier 2016

                                                                                                                                                                               Crédit image: Agbadje B. C.

S’il est indéniable que les catastrophes naturelles, inondations et sécheresses et la destruction des écosystèmes naturels sont les aspects les plus spectaculaires du réchauffement climatique, les menaces du réchauffement sur la santé humaines ne sont pas moins manifestes. Pourtant les risques que le réchauffement fait peser sur la santé et le bien être des hommes sont laissés pour compte sur le continent africain.  Un comportement étrange difficilement compréhensible sur l’ensemble du continent et qu’il importe de changer.

Il est vrai, le réchauffement climatique est resté longtemps un débat de scientifiques. Mais depuis une décennie, le phénomène prend une ampleur telle que la réalité du réchauffement ne fait plus aucun doute dans les esprits en Afrique. L’intensité et la fréquence des canicules font que les inquiétudes s’expriment de plus en plus au niveau du bas peuple. Pourtant, pratiquement personne ne se soucie des répercussions de la hausse des températures moyennes sur la santé des populations sur le continent. Tout se passe comme si on est face à une situation ordinaire et que chacun sait comment y faire face, ce qui est loin d’être le cas.

Une Chaleur de plus en plus excessive

En effet, contrairement à l’Occident ou le froid est perçu comme un redoutable facteur contre lequel les stratégies de lutte au plan individuel et communautaire existent et sont en permanence améliorées, en Afrique, la chaleur est plutôt perçue comme une donnée normale de l’environnement. Toujours présente, souvent conviviale, parfois accablante, elle ne laisse personne froid. Aussi, la lutte contre elle est sommaire, disparate et tient plus à la recherche du confort qu’à la lutte pour la survie. Sauf que la hausse des  températures tous azimuts qui s’observent actuellement sur l’ensemble du continent a décuplé le caractère morbide de la chaleur. Le constat est unanime, les inquiétudes partagées, mais au niveau comportement, c’est la résignation qui domine.

.  L’année 2015 a été déclarée l’année la plus chaude de l’histoire moderne par l’Agence océanique et atmosphérique américaine (National Oceanic and Atmospheric Administration, NOAA) et l’Agence spatiale américaine (National Aeronautics and Space Administration, NASA), qui tiennent toutes les deux le registre des températures de la planète. L’année 2015 se classe ainsi largement en tête des années les plus chaudes, depuis les premiers enregistrements en 1880, devant, dans l’ordre, 2014, 2010, 2013, 2005, 2009 et 1998. Un constat confirmé par tous les organismes internationaux de météo.

En Afrique, même si les agences de météo nationales ne communiquent pas de bilan annuel, l’analyse des données météo quotidiennes depuis le début du 21ème siècle et particulièrement sur  les cinq dernières années (2010-2015) fait, aisément, remarquer, année après année, une saison, de plus en plus chaude, de janvier à mai, avec des températures moyenne, aussi bien diurnes que nocturnes, en permanence  élevées (30°C-35°C) avec des pics qui avoisinent les 45-50°C. L’année 2016 semble d’ailleurs confirmer la tendance. Les températures normales saisonnières sont partout pulvérisées en ce début d’année où la saison chaude ne fait que commencer. Déjà des pics de 36°C au Congo, 40°C à Khartoum, 41°C au Niger et 43°C au Tchad sont enregistrés au cours du mois de février.

Ainsi année après année, les vagues de chaleur, de plus en plus fréquentes et plus en plus incommodantes commencent par susciter de sérieuses inquiétudes chez tous. Dans les maisons, la chaleur soumet tous et tout à sa terrible loi.  En fonction des moyens et de l’équipement dont dispose chacun pour pallier la chaleur, la maison devient un havre ou une galère.

Dans la rue, les carrés en serviette ont partout remplacé les pochettes et mouchoirs à cause de la sueur abondante qui dégouline de partout. Les affres de la chaleur se lisent sur tous les visages et les avis s’accordent pour reconnaître que la température devient anormalement trop élevée, ce qui suscite bien des interrogations. J’en veux pour preuve, cette anecdote dont j’ai été témoin à un arrêt de taxi aux environs de 13 heures, à Libreville au Gabon, au cours du mois de janvier 2016. Un monsieur, visiblement excédé, comme tout le monde, par  la violence des rayons du soleil et la nuisance de la chaleur, a lancé à la cantonade : “Cette  chaleur devient impossible !  Il n’y a plus de doute, la fin des temps  annoncée par les écritures saintes, arrive à grands pas“. Comme pour faire la réplique à cette réflexion,  un  autre monsieur,  visiblement  pas très instruit, debout à coté du premier, fit cette remarque qui a fait sourire l’assemblée : “Je parie moi que les blancs ont touché à quelque chose la haut, au dessus de nos têtes, c’est pourquoi le soleil se déchaîne ainsi sur nous depuis quelques temps“. Une réflexion pas si mal pensé que ça, quand on pense à l’élargissement du trou d’ozone dans la stratosphère et aux rejets anthropiques des gaz à effet de serre, même si les blancs indexés ne sont pas les seuls responsables. Ce constat de chaleur excessive et les réflexions similaires sur ses hypothétiques causes sont faits, année après année, dans toute l’Afrique subsaharienne de janvier à juin. En fait, tout le monde s’en plaint, mais tout le monde s’y accommode.

Impact du changement climatique sur la santé

Le changement climatique influe sur les déterminants sociaux de la santé: air pur, eau potable, nourriture en quantité suffisante et sécurité du logement, mais aussi directement sur les paramètres physiologiques de l’organisme. En effet, les limites inférieures et supérieures de la température extérieure compatible avec la vie chez l’homme sont 0° C et 45° C et la température de neutralité thermique où l’homme ne lutte ni contre le froid ni contre la chaleur est de 19,5°C.

Dans les zones tempérées, autour de 0° C, les liquides physiologiques ont tendance à former des cristaux de glace qui causent des lésions aux cellules et provoque la nécrose des organes. Le sang coagulé forme des caillots ou thromboses qui bouchent les vaisseaux sanguins. Les réactions vont du simple refroidissement à la mort en passant par les allergies, les gelures, l’hypothermie et le coma.

Dans les zones tropicales, au delà de 35°C, les cellules se déshydratent et meurent une à une. Le sang devient plus visqueux et forme également des thromboses. La mort survient par hyperthermie ou par accident cardiovasculaire.

Ainsi, la chaleur, provoque des déshydratations qui troublent le métabolisme général de l’organisme  et entraîne des complications souvent fatales. Les températures caniculaires observées actuellement contribuent donc directement à la mortalité par maladies cardiovasculaires ou respiratoires, en particulier chez les personnes âgées, les malades, les enfants etc. Les ardents rayons solaires brûlent superficiellement la peau et la cornée, blessent les cellules et les chromosomes et dénaturent ces deux tissus, ce qui annoncent une recrudescence des cancers de peau et des maladies des yeux dans les années à venir dans le rang des paysans, ouvriers, artisans et manœuvres, condamnés à travailler sous le soleil toute la journée. Par ailleurs, la réduction de la quantité d’air qui accompagne les vagues de chaleur est responsable des troubles respiratoires. Les concentrations en pollen et autres allergènes sont également plus élevées en cas de chaleur extrême. Elles exacerbent les crises d’asthme, de grippe et autre maladies respiratoires. L’accroissement des températures s’accompagne donc d’une augmentation de la morbidité des maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Comme on le voit, après le péril de la faim et du paludisme, c’est le péril de la chaleur en Afrique qui qui est la nouvelle menace du continent noir. Pourtant, malgré tout le bruit autour du réchauffement climatique et surtout la réalité de ce réchauffement, aucune prise en charge, aucune sensibilisation, aucune campagne ne s’organise pour limiter les effets négatifs du réchauffement sur la santé individuelle et collective des africains.

Le mythe du soleil qui ne tue pas l’africain

Ainsi, au-delà des enjeux environnementaux, les rayons solaires et la canicule impactent au quotidien la santé individuelle de la grande majorité sans que les coups de soleil ou les coups de chaleur ne soient considérés comme une pathologie en Afrique, encore moins comme une question de santé publique. Le pic de chaleur annuelle dure plus de trois mois, entre janvier et mai selon les régions sans jamais faire la une des journaux télévisés ni des quotidiens.  Aucune voix autorisée ne dit à l’homme africain pendant la saison chaude, comme il est de coutume en Occident pendant l’hiver, comment se préserver contre le soleil et la chaleur. La raison réside probablement dans cet adage assez familier sur le continent qui dit : « le soleil ne tue pas l’africain ».

Pourtant même si le constat relève d’observations empiriques, les populations en Afrique sont très conscientes de  l’impact de l’élévation de la température sur la recrudescence des maladies à transmission par vecteur, en particulier du paludisme, première cause de mortalité sur le continent.

Le fait est que les moustiques, vecteurs du paludisme et de la dengue étant des animaux à sang froid, leur température interne varie en fonction de la température du milieu extérieur. Avec le réchauffement climatique, les moyennes saisonnière sont partout en hausse, oscillant, pendant une grande période de l’année, autour de 30°C qui se trouve être justement la température optimale pour le développement des moustiques. Leur durée de maturité devient alors très réduite ce qui accélère le développement des agents pathogènes des différentes maladies dont ils sont les vecteurs.et augmente par conséquent le potentiel épidémique de ces maladies. En conséquence, non seulement le pullulement des moustiques s’étale sur des périodes de plus en plus considérables de l’année, mais le potentiel épidémique du paludisme et autres maladies dont ils sont les vecteurs décuple. Son aire géographique aussi s’élargit à des endroits où ils ne pouvaient auparavant prospérer et les accès palustres deviennent à la fois aigus et chroniques dans la population.

Mais malgré la forte corrélation entre la hausse de la température ambiante et la recrudescence des maladies, puisque la mort ne survient pas par insolation directe comme c’est le cas du froid, la perception de la morbidité du soleil et de la chaleur reste faible et la riposte comportementale idoine tarde à se mettre en place

Des répercussions sanitaires  avérées

Le réchauffement climatique est, pour ainsi dire, une réalité manifeste, palpable et en pleine évolution aux quatre coins du monde. Les températures caniculaires contribuent directement à la mortalité par maladies cardiovasculaires ou respiratoires, en particulier chez les personnes âgées. L’OMS, dans une évaluation prenant en compte seulement un petit groupe d’effets possibles sur la santé, et prenant pour hypothèse la poursuite de la croissance économique et des progrès sanitaires, a conclu que le changement climatique pourrait entraîner environ 250 000 décès supplémentaires par an entre 2030 et 2050: 38 000 dus à l’exposition à la chaleur des personnes âgées, 48 000 dus à la diarrhée, 60 000 dus au paludisme, et 95 000 dus à la sous-alimentation des enfants. Certes, 2030 peut paraître un horizon lointain, mais il faut se convaincre que le processus est évolutif et fait déjà beaucoup de victimes parmi les décès actuels.

Le fait est qu’à l’exception des quelques privilégiés chez qui le domicile, la voiture et le bureau sont climatisés et qui échappent aux affres de la chaleur à tout moment et des moustiques la nuit, la grande majorité des africains subit le tourment de la chaleur en permanence  et celui encore plus traumatisant des moustiques dés la tombée de la nuit. Actuellement, la baisse de la température ambiante au coucher du soleil qui faisait jadis le charme des soirées en Afrique s’observe de moins en moins. Malgré le coucher du soleil, la température ne baisse plus systématiquement ce qui fait que la température nocturne reste souvent très élevée obligeant la majorité, non équipée en matériel de climatisation, à se dévêtir le soir à la maison.

Or, aussitôt après le coucher du soleil, c’est le ballet des moustiques qui commencent,  avec en prime, bourdonnements agaçants et piqûres sur toutes les parties dénudées du corps, ce qui contraint à ne pas se dévêtir. Ainsi, se dévêtir pour s’aérer mais en s’exposant aux moustiques ou se  vêtir pour se protéger contre les moustiques et supporter les affres de la chaleur, tel est le dilemme auquel se trouve de nos jours confrontée, dans son intimité, la majorité des africains dès le coucher du soleil. Naturellement, chacun le gère comme il peut.

L’effet cumulé du poids de la chaleur et de la charge parasitaire dans les organismes ont des conséquences directes sur la santé des hommes avec la recrudescence des accès palustres, mais aussi de façon permanente, des conséquences plus pervers sur le comportement des hommes au travail en Afrique. Sans maladies déclarées, les gens se sentent souvent plus fatigués au réveil et très démotivés pour le travail, sans pouvoir se l’expliquer. Le plus dramatique, c’est la démotivation grandissante des enfants pour l’école et même des adultes pour le travail, à partir d’une certaine heure, qu’on observe depuis quelques années. Les parents et la communauté scolaire fustigent souvent cette attitude des enfants sans que personne ne cherche à sonder la souffrance réelle, le malaise ou la gêne lié au réchauffement climatique qui peut en être une cause potentielle. En effet, la chaleur devient, de plus en plus, étouffante, déshydratante et très soporifique parfois dès 8 heures du matin et il est dans l’ordre des choses que les personnes qui sont allergiques à la chaleur, et ils seront de plus en plus nombreux dans la population, à cause du réchauffement climatique, n’aient plus la concentration nécessaire au travail. Dans ce cas, la motivation au travail par la seule sensibilisation sera sans effet, c’est l’ensemble des conditions de vie qu’il faut revoir pour espérer redonner goût au travail.

En somme c’est une véritable sélection naturelle qui commence sous nos yeux et si on n’y prend garde éliminera de l’environnement africain toutes les personnes sensibles à la chaleur.  Les enfants, en particulier ceux des milieux pauvres, les personnes âgées et les sujets présentant des infirmités ou des états pathologiques préexistants seront les plus vulnérables aux risques sanitaires qui résulte du réchauffement climatique. La pression de sélection est exercée par le couple chaleur et pauvreté, les deux paramètres par lesquels se joue l’adaptation des uns et des autres.

Quelques conseils pratiques

Dans une situation certaine et évolutive comme celle du réchauffement climatique, Il est important de savoir comment lutter contre celui-ci pour se sentir le mieux possible et préserver sa santé. Voici donc quelques conseils usuels que malheureusement connaissent mieux les touristes qui visitent le continent que les résidents permanents toujours à cause du mythe du soleil qui ne tue pas l’africain.

Boire régulièrement

La canicule est responsable du stress hydrique de l’organisme. Aussi même si l’envie de boire ne se fait pas sentir, en période de grande chaleur, il est impératif de s’hydrater et de boire au minimum deux litres, voire plus,  par jour. Pensez à avoir une bouteille d’eau en permanence sur soi. Il est aussi conseiller de saler les aliments pour aider l’organisme à retenir l’eau.

Se rafraîchir avec l’eau

Prenez régulièrement  une douche bien fraîche, cela permet de faire baisser la sensation de chaleur. Vous pouvez aussi vous passer un gant humide sur le corps.

S’abriter du soleil

Il n’est pas recommandé de sortir pendant les heures les plus chaudes. Pour éviter les coups de chaleur, restez donc au frais entre 12 h et 16 h.
Si la sortie est nécessaire, pensez bien à mettre un chapeau.

S’habiller en conséquence

Pour ne pas risquer un coup de chaleur, le mieux est d’attirer le moins possible le soleil sur vous. Privilégiez donc les vêtements de couleur claire, préférez certains textiles comme le coton et éviter les matières synthétiques. Vous serez également plus à l’aise dans des vêtements amples qui vous laisseront respirer à votre aise. Pensez également au chapeau ou aux lunettes de soleil, indispensables pour vous protéger du soleil.

Ne pas se dépenser inutilement

La chaleur fatigue beaucoup. Il est donc inutile de s’agiter pour rien. Oubliez le sport pendant les heures chaudes et reposez-vous. Si vous voulez faire du sport, faîtes-le en début de matinée ou en fin d’après-midi. Ce sera moins dangereux et plus agréable pour vous.

En conclusion, c’est tout l’environnement sanitaire humain et en particulier de l’africain qui est modifié par le changement climatique en cours. Le réchauffement climatique a tout d’abord un impact direct sur la santé des populations vulnérables: les personnes âgées, les jeunes enfants et les individus en situation précaire. Il importe de fournir et diffuser des informations sur les menaces que le changement climatique fait peser sur la santé, et sur les possibilités de promouvoir la santé et le bien être individuel et collectif.

Burundi : du ko électoral au chaos social


Pierre_Nkurunziza_2014. en.wikipedia                                                                                                                                              Crédit photo: en.wikipedia.org

 

Enfin, ce que la communauté internationale redoutait au Burundi, est arrivé

Depuis la volonté affichée du président Nkurunziza de s’accrocher au pouvoir,

Puis la reforme constitutionnel opportuniste manigancée,

Et enfin le ko électoral orchestré pour y parvenir,

La crainte était grande de voir le pays basculer dans la violence, le chaos.

Désormais, le doute n’est plus permis.

Les répercussions tant redoutées de cette imposture démocratique s’étalent au grand jour

Depuis 8 mois, les violences font rage au Burundi.

Depuis 8 mois le pays est mis à feu et à sang.

Depuis 8 mois, la crise a déjà fait plus  de 400 morts et 230 000 réfugiés.

Depuis 8 mois aucune chance  n’est laissée à la croissance économique.

Depuis 8 mois le pays ne sécrète qu’insécurité, mort et pauvreté.

Depuis 8 mois le pays sombre peu à peu dans le chaos.

Pourtant, contre ce projet de candidature, le pays tout entier s’est insurgé.

Contre ce projet, la Communauté internationale a exprimé ses inquiétudes.

Contre ce projet, l’Union africaine a pour une fois dans son histoire, pris parti.

Contre ce projet, les poids lourds du parti présidentiel sont entrés en dissidence.

Mais, hélas, rien n’y a fait, le prince est parvenu à ses fins.

Depuis lors, le pays va à vau l’eau.

Et que faire pour dénouer la crise et épargner les vies humaines ?

La Commission de l’Union Africaine propose sa solution.

Le déploiement d’une force d’interposition de 5000 hommes.

Mais sans consensus des chefs d’Etat de l’Union,

Et sans consentement de la partie burundaise,

Le projet a été avorté au 26e sommet de l’Union Africaine

Le Conseil de sécurité des Nation Unies et l’administration Obama,

Pour leur part, penchent  plutôt pour un règlement politique.

Plusieurs missions de ces deux institutions ont été dépêchées à Bujumbura

Pour désamorcer la violence et faciliter le dialogue entres gouvernement et opposition.

Mais le président Nkurunziza, est resté inflexible face à toutes ces initiatives.

Pour la partie burundaise, elle n’a de leçons à recevoir de personne.

A tous ceux qui sentent indignés,

Gentiment mais fermement, il est demandé de « circuler ».

ô Ciel, quel détachement ? Quelle compromission ?

Pourquoi cet acharnement à mettre son propre peuple à genou ?

Pour le châtier de son désir de liberté et d’instauration de l’Etat de droit?

Ou peut être, comme Néron, pour admirer le macabre spectacle ?

Ou pour faire la démonstration de sa propre grandeur ?

Le monde entier regarde le Burundi et est horrifié

Le premier magistrat du pays regarde le monde et se sent glorifié

Le malheur du peuple, fait la grandeur du prince.

Non, la grandeur d’un homme ne se mesure pas à sa hauteur,

Mais à ses actions et actes en ce monde.

Et justement, les actions et actes en question sont répréhensibles.

La grandeur véritable est dans la bienfaisance.

Pourtant, avec les événements du Burkina Faso en 2014,

On croyait la fatalité des reformes constitutionnelles vaincues sur le continent.

On se souvient, Blaise Compaoré voulait aussi modifier la constitution,

Pour s’octroyer une rallonge et s’accrocher au pouvoir.

Une insurrection populaire a balayé son régime du jour au lendemain.

Un exploit qui a fait croire un moment sur le continent,

Que les reformes constitutionnelles opportunistes sont du passé.

Mais, hélas non ! Avec le Burundi, le continent est rattrapé par ses vieux démons.

Déjà, le mal s’est métastasé au Congo Brazzaville et au Rwanda,

Les indices du même mal sont également décelés en RDC.

Quand le continent va-t-il apprendre de ses erreurs?

Et le plus triste et désespérant est que dans cette tare continentale,

Ce sont les timoniers qui conduisent le navire dans le gouffre.

Mais comme le dit un adage africain,

Trois cent soixante-quatre jours pour les dirigeants,

Un pour le peuple.