Le jour où Papa Wemba m’a fait pleurer de rire

Papa Wemba sur scène au FEMUA

Le chanteur congolais Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, plus connu sous le nom de Papa Wemba, est décédé dimanche 24 avril à Abidjan, en plein concert, alors qu’il se produisait sur la scène du festival Femua. Depuis lors, sur le continent et hors du continent, Officiels, membres de famille, fans, et anonymes rendent, chacun à sa manière, hommage à l’icône de la rumba congolaise

Le chanteur congolais Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, dit Papa Wemba, est décédé dimanche 24 avril à Abidjan, en plein concert. Invité du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), fondé par le groupe ivoirien Magic System, Papa Wemba était à Abidjan pour deux prestations. La première qu’il n’achèvera jamais à Abidjan et la seconde à Korhogo (nord du pays), une étape annulée par les organisateurs.

Quatre jours après sa mort, sa dépouille est arrivée ce jeudi 28 avril à Kinshasa, la capitale de son pays, la RD Congo. Un hommage populaire est prévu pour le lundi 02 mai 2016. L’inhumation aura lieu le lendemain mardi 03 mai près de Kinshasa.

Père de six enfants, Papa Wemba est reconnu comme l’une des plus grandes divas de la musique congolaise et africaine. Il a influencé des générations entières de musiciens africains, et surtout a semé la joie et l’amour dans les cœurs de tous les africains au-delà des frontières et des âges.

Pour ma part, dans mes souvenirs, Papa Wemba est resté lié à un événement professionnel qui a eu lieu il y a une dizaine d’années. Je venais d’être nouvellement affecté au Lycée Paul Indjendjet Gondjout de Libreville et en ce premier jour de classe, j’avais cours dans une classe de troisième. Premier jour de cours pour moi dans le lycée et premier contact avec les élèves, autant dire que j’étais aussi stressé que les  élèves qui étaient devant moi.

Après les formalités d’usage, le cours à démarré. La leçon du jour avait pour titre : caractère spécifique, caractère individuel, caractère héréditaire.

Pour illustrer la leçon j’avais opté pour des activités vivantes. Ainsi pour asseoir la notion de caractère spécifique, j’ai invité devant la classe un garçon et une fille, désigné au hasard parmi les élèves. A partir du questionnaire préparé par moi, les élèves ont pu, à ma satisfaction, conclure que les caractères spécifiques sont les particularités (morphologiques, physiologiques ou comportementales) communes à tous les membres d’une espèce. Exemple chez l’homme : Avoir une tête, avoir deux mains, deux yeux,  dix doigts ou un nez.

Après les  caractères spécifiques, nous en sommes venus au aux caractères individuels. Pour clarifier ce nouveau concept, j’ai demandé à un élève de la classe de citer un caractère spécifique et son choix se porta sur le caractère : avoir un nez. Sur la base de ce choix, j’ai repéré et désigné un élève métis qui avait un nez aquilin évident puis je recherchais des yeux un autre élève avec un nez plus ou moins épaté. Aussitôt les élèves ayant compris ma démarche se mirent à m’indiquer du doigt un de leur camarade au fond de la classe. Le camarade indiqué plaqua sa tête contre le mur en agitant la main en signe de non ! Non ! Plus par curiosité que par nécessité, je m’approchai de lui et l’encourageai à répondre à la sollicitation de ses camarades. Il obtempéra de bonne foi et retourna sa tête vers moi.

J’ai pu alors constaté qu’il avait, en effet, un nez assez généreux et très épaté. Toutefois en le dévisageant, je ne sais trop pourquoi, mais quelque chose en lui m’a fait pensé à Papa Wemba, la star africaine de la chanson que j’affectionne particulièrement. Aussitôt, les bribes de Maria valencia, mon tube fétiche, commençaient par chanter dans ma tête. Sans rien laisser transparaître de mes émotions et en restant très professionnel, je l’ai invité à passer devant la classe pour la suite de la leçon.

Pour faciliter la communication, je lui ai tout naturellement posé la question :

– Comment on vous appelle?

Mais, il n’a pas eu le temps de répondre à ma question puisque la classe a répondu en chœur à sa place :

– Papa Wemba.

Ses dénégations m’ont aussitôt fait comprendre que ce n’était pas son nom mais assurément le surnom a lui donné par ses camarades.  Du coup, la coïncidence des idées ajoutée à la moue caricaturale qu’affichait l’élève et le sourire amusé de ses camarades ont déclenché chez moi un fou rire que malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas pu maîtriser. Mon rire contamina l’élève lui-même, puis toute la classe…

Combien de temps cela a duré, je ne saurais trop le dire, mais quand j’ai pu enfin maîtriser mes émotions, je vis une jeune élève de la classe qui me tendait un mouchoir jetable en murmurant :

– Monsieur, vous avez coulé des larmes.

– C’est Papa Wemba qui m’a fait pleurer de rire, ai-je marmonné en la remerciant.

Le calme revenu, nous avons pu établir aisément que les caractères individuels sont les multiples variations d’un caractère spécifique donné. Exemple : la forme du nez, la couleur de la peau, la forme des cheveux, etc.

Ainsi contre toute attente, Papa Wemba s’est invité à mon cours et a réconcilié science et culture, prof et élève. Dans la joie et la gaieté le cours pris fin à la satisfaction de tous.

Chapeau bas l’artiste.

La star béninoise Angélique Kidjo fait son cinéma

 

Angelique-Kidjo-The-CEO

A 55 ans, après une carrière musicale bien remplie avec au moins 9 albums à succès et deux Grammy Awards, Angélique Kidjo fait ses premiers pas au cinéma. La star béninoise de la world music débute du coté de Nollywood, dans le film « The CEO » du grand réalisateur nigérian Kunle Afolayan.

«The CEO » (Le PDG), c’est le titre de la prochaine production nollywoodienne dont Angélique Kidjo, artiste béninoise sera l’une des têtes d’affiche.

Ce projet est l’aboutissement d’une rencontre fortuite entre la star béninoise et le réalisateur et acteur nigérian, dans un avion reliant Los Angeles à New-York. La discussion entre les deux artistes a d’abord porté sur leurs carrières respectives. Puis le réalisateur a fait part du projet de son prochain film à Angélique Kidjo, qui a beaucoup apprécié le scénario. C’est donc tout naturellement que lorsque, les jours suivants, le réalisateur a proposé à l’artiste béninoise un rôle dans ce film, elle l’a accepté avec plaisir. «C’est le début d’une extraordinaire aventure », a déclaré Kunle Afolayan.

Aux cotés de l’artiste béninoise, évolueront dans ce film les grands comédiens Jimmy Jean Louis, Wale Ojo, Hilda Dokubo, Lala Akindoju, Peter King, Nico Panagio et Aurélie Eliam. Un casting à la mesure des ambitions du grand réalisateur nigérian.

L’intrigue du film est d’un suspense haletant. Cinq cadres africains d’une multinationale de télécommunication, la Transwire, sont réunis dans une belle station balnéaire aux alentours de Lagos au Nigéria, à l’occasion d’un séminaire censé déboucher sur la nomination du nouveau PDG. Mais les choses prennent une tournure inattendue et des cadres disparaissent un à un, dans des circonstances de mort subite. A la fin, les deux survivants deviennent les principaux suspects. Dans ce thriller, Angélique Kidjo joue le rôle de la mystérieuse Dr Zimmerman.

Le tournage du film, prévu pour durer plusieurs semaines, a démarré le 28 août dernier à Lagos, au Nigéria, et s’est poursuivi dans plusieurs capitales africaines. Le film, dont la bande annonce est déjà disponible, sortira en salle le 11 juillet 2016 et sera produit par le célèbre acteur et réalisateur Kunle Afolayan.

Après les albums cultes d’Angélique Kidjo – Pretty en 1980, Parakou en 1988, Logozo en 1991, Aye en 1994, Fifa en 1996, Black Ivory Soul en  2002, Oyaya en 2004, Djin Djin en 2007, OYO en 2009, Spiriting rising en  2012 et EVE en 2014 – « The CEO » marque le début d’une nouvelle aventure pour la star béninoise. On lui souhaite que cette aventure soit aussi magique que la première et la conduise de Nollywood à Hollywood.

L’art divinatoire Ifa ou Fâ : quand la lumière des dieux éclaire les hommes

Orunmila le orisha de la sagesse et de la connaissance

A  l’occasion de la fête des religions endogènes, célébrée chaque année au Bénin le 10 janvier, je suis, une fois encore, heureux d’apporter par ce billet, ma  contribution  à l’événement en fournissant quelques points de repère sur la dimension fondamentale, la clé de voûte des orishas et des vodouns: l’Ifa, pour les Yoroubas, et le Fâ, pour les Fons. Toutefois, n’appartenant à aucune confrérie d’Ifa/Fâ, mon objectif est de clarifier, autant que faire se peut, pour le profane que je suis, la genèse, le principe et les caractéristiques de l’art divinatoire Ifa ou Fâ. Il a été diabolisé par le colon et reste encore un mystère pour la majorité des Béninois modernes.

L’homme et son destin

Comme Jacob, qui s’écria dans la Bible « Mon sort est caché devant l’éternel ! », l’homme est toujours poursuivi par l’énigme de son destin. Depuis la  nuit des temps, l’homme a toujours été inquiet pour son destin, car il ne le connait pas et ne peut pas y échapper. Ce dilemme lui fait peur, à cause des vicissitudes de la vie qu’il redoute. Aussi, chez tous les peuples de la terre, l’homme va s’évertuer, par tous les procédés possibles, de percer le mystère de son existence : la cause, 1′ origine de ses divers malheurs et les moyens d’y échapper. L’ensemble des procédés inventés par l’homme, en vue de sonder, de percer ce mystère, s’appelle «l’arts conjectural» et sa pratique est la divination. Dans toutes les civilisations qui utilisent l’écriture, la géomancie et la taromancie ont été, depuis l’antiquité, suffisamment expérimentées, documentées et comptent de nos jours parmi « les mancies expérimentales » ou « mancies mères ».

Chez les peuples noirs d’Afrique sans écriture, de tous les procédés expérimentés, l’IFa est l’un des moyens par excellence permettant de révéler les desseins de Dieu. C’est une technique, un art, un oracle qui permet aux devins de communiquer avec Dieu, à travers les Orishas, les ancêtres, les défunts, etc. Il est utilisé dans les moments critiques de la vie tels que les maladie graves, les décès, les naissances, les mariages, à tout moment. Ifa est le nom donné à Orunmila, la divinité de la sagesse et du, destin dans la culture yoruba du Nigéria et du Bénin. L’oracle Ifa est également connue sous le nom de Fá chez les Fons du Bénin ou d’Afá dans les cultures ewe du Bénin et du Togo. Ce nom trouve son origine dans la ville d’Ilé Ifé, au Nigéria, où selon la tradition, cet art divinatoire serait apparu en premier sur le content africain.  Du Nigéria,  l’Ifa s’est répandu en premier au bénin, au Togo puis au Ghana, en s’intégrant harmonieusement, dans ces trois pays, au vodoun.  D’ailleurs, il représente le trait d’union parfait entre les orishas des Yoroubas et les vodouns des Fons du Benin. Ceci illustre la grande parenté des panthéons des Yoroubas du Nigéria et des Fons du Bénin, même si ces deux communautés ne partagent pas la même mythologie.

Chez les Yoroubas, c’est par l’Ifa, le rituel de divination, que l’adepte prend contact avec les Orishas, et c’est Orunmila, l’orisha de la divination et du destin, qui transmet aux dieux les questions des hommes et leur apporte en retour les réponses des dieux. C’est également lui qui informe les esprits si les sacrifices destinés à les apaiser ont été réalisés comme ils se devaient. Chez les Fons du Bénin, cette fonction est tenue par le vodoun Lègba qui sert d’intermédiaire entre le monde des esprits, dont il parle toutes les langues, et le monde des humains, via la divination du Fâ, comme je l’ai déjà fait remarqué dans un article précédent. Ainsi pour ces deux communautés, seul l’Ifa, ou le Fâ, peut donner la solution à tous les maux, après en avoir révélé les causes. Il parle toujours en paraboles, en tant que système de divination. Son langage est donc symbolique et se traduit par des traits qui forment des signes, ou « Odu » en yorouba, ou « Dou » en fon. Seuls les prêtres d’Ifa, les Babalawo chez les Yorubas, ou les Bokonon chez les Fons, qui maitrisent le langage et les rites d’Ifa, peuvent décrypter chaque signe et prescrire ses recommandations ; un ministère qui nécessite un long apprentissage, en sorte une formation initiatique.

L’Ifa et le symbolisme du nombre seize

La religion des Yoruba est monothéiste. Oloddumare en est le dieu unique, absolu, créateur et source de toutes choses. Son nom signifie « Seigneur de notre éternel destin ». Oloddumare ne possède aucun autel, ni statues, ne fait l’objet d’aucun culte ni d’offrande et ne possède pas de collier. Autour de lui et sous sa puissante autorité, gravitent des divinités connues sous la dénomination de « Irunmole » ou orishas, l’équivalent des vodouns du Bénin. Les orishas sont, en réalité, objets de cultes. Parmi les orishas les plus importants, on compte : Orunmila (esprit de la divination, destin), Sango (esprit du tonnerre et des éclairs), Ochosi (esprit de la chasse, et protecteur de ceux qui ont des problèmes judiciaires), Ellegua, ou Exu ( celui qui ouvre la route), Ogun (dieu du fer), Obatala (esprit de la justice), Yemonja ou Yamaya (esprit de la fertilité et des eaux salées ; sirène), Ọya (gardien des morts et des cimetières),  Ibeji (esprit des jumeaux), Ọsanyin (esprit des médecines et de la guérison), Ọsun (esprit de l’amour, protecteur des enfants et des mères, maître des eaux douces), etc. Ils sont considérés comme les intermédiaires entre les hommes et Olodumare. Les orishas sont les divinités chargées par Oloddumare de veiller à maintenir l’ordre dans le monde matériel, c’est-à-dire d’assister les hommes dans leur destinée mais aussi parfois les contraindre à suivre cette destinée s’ils s’en écartent trop.

Selon la cosmogonie yoruba, au commencement, il n’y avait que l’eau et le chaos. Olodumare dépêcha  son fils Odudua depuis le ciel pour créer la terre à partir du chaos ce qui fut  fait. Obatala un fils du roi sculpta des formes humaines auquel Olodumaré insuffla le souffle.  Mais Olodumare autorisa uniquement Orunmila à être l’unique témoin de toutes les étapes de la création de l’univers et donc unique témoin du destin de toute la créature. Par conséquent, Olodumare  l’autorisa à descendre sur terre pour être prophète. Il est donc l’Orisha de la divination et l’oracle suprême. Il est chargé d’aider les hommes dans une évolution qui devra les amener au terme de leurs réincarnations à devenir de purs esprits dans le royaume du Orun (ciel). Pour cela Orunmila doit pouvoir adresser ses conseils et avis aux êtres humains tout au long de leur existence.  C’est par la divination de l’Ifa qu’Orunmila communique avec les prêtres spécialisés, les babalawos qui peuvent l’interpréter. Il est par conséquent le Orisha de la divination et du destin. C’est à lui que Olodumare a donné le pouvoir d’établir le lien entre les Orishas et l’être suprême, par l’intermédiaire de l’Orisha Ifa, une recette secrète permettant de pénétrer le mystère et qui  repose sur le symbolisme du nombre « seize ».

Selon la légende, Oluda, le premier roi (Oni) d’Ifa eut seize fils qui fondèrent les seize royaumes yorubas. Orunmila apprit l’art de la divination aux seize fils qui la transmirent à leurs successeurs les Babalawos (les devins ou prêtres d’Ifa). Le seize représente les seize possibilités de vie humaine. Ces seize principes appelés Odu ou Oladu, eurent à leur tour seize fils chacun représentant ainsi 256 possibilités de vie humaine. Chaque possibilité (odu) possède seize poèmes (ese) qui transmettent des indices pour les séances de divination, ce qui donne finalement 4096 scénarii possibles.

Du symbole à la pratique de l’Ifa ou du Fâ

En pratique, l’Ifa ou le Fa revêt deux aspects, il est fois divinité, mais aussi science. Certes le fa est une géomancie, un art divinatoire, mais ce n’est là que sa dimension symbolique. L’IfA est avant tout, une voie de connaissance, une doctrine initiatique, une lumière qui éclaire le sentier de la vie de tout un chacun. C’est une dimension du temps, il aide l’homme qui se réfère à lui à mieux se comprendre et entrevoir le destin au travers d’une vision plus lumineuse. Ce qui pourrait l’aider à agir sur tous les plans avec plus de sciences, d’efficacité et de sagesse. En effet, La divination du Fa repose sur un système binaire, rappelant celui des hexagrammes du Yi Jing.

La pratique de l’Ifa repose soit sur l’utilisation de 16 noix sacrées et de la planche d’Ifa (grand jeu) ou du chapelet divinatoire, « l’Opèlè » et un plateau de divination nommé : « ọpọn ifá » en yoruba (le petit jeu). Le chapelet est  constitué de 8 semi amandes de pommes cannelles consacrées et enfilées sur une ficelle d’une certaine longueur et nommée « ọpẹlẹ » en yoruba ou « agumaga » en fon. chapelet ifaIl est tenu par le milieu de sorte à former deux branches, mâle et femelle, constituée chacune de 4 demi amandes. Quelque soit la méthode utilisée, la transcription de l’oracle est la même.

Avec le chapelet, pour obtenir une réponse conséquente, la consultation nécessite trois lancements, un lancement principal et deux complémentaires. Pour chaque opération, le prêtre d’Ifa, le Babalawo réalise un lancement du chapelet après un rituel donné. Selon que les demi noix retombent  sur la partie concave (ouverte) ou convexe (fermée), il transcrit  le signe apparu sur le plateau de divination  par une valeur simple : I (position ouverte) ou double : II (position fermée). Ainsi, chacune des deux branches du chapelet peut présenter l’une quelconque des 16 combinaisons possibles ci-dessous ou combinaisons de base ou figure mère de l’oracle Ifa.

figure mère fondamentale du Fa
Les 16 figures mères fondamentales d’Ifa, avec leur nom en yoruba et en fon.

L’ordre dans lequel elles sont données est celui-ci accepté par la majorité des devins d’Afrique de l’Ouest, même s’il peut exister de petites variations selon les régions

Le chapelet ayant deux branches,  l’assemblage des deux colonnes donne une  combinaison 16 x 16, soit 256 combinaisons (odu)  en yorouba ou (dou)  en fon  qui représentent les 256 possibilités de vies humaines. Le nom de chacune des 256 combinaisons est construit à partir des deux figures mères qui la composent, la colonne de droite en premier car elle est considérée comme plus puissante et plus déterminante, elle représente le signe même, tandis que la colonne de gauche représente la maison. Lorsque les deux colonnes sont identiques, on parle de figure meji (double). Il en existe 16 qui représentent les 16 maisons géomanciques.
A chaque combinaison correspond des vers (« ese » en yoruba) qui racontent une histoire mythologique, un conte, une chanson, un proverbe, une devinette… sur lesquels le devin va se baser pour réaliser son interprétation. La tradition affirme qu’il y aurait 16 vers par combinaison odu/dou du fa, ce qui fait au total un corpus conséquent de plus de 4096 vers. En d’autres termes lorsqu’une question est posée à un babalawo (devin), il existe 4096 réponses possibles, soit autant de poèmes qui devront être interprétés par le devin pour donner une réponse. Un bon devin est supposé en avoir mémorisé le plus possible. Il est cependant admis qu’il est possible de tirer l’Ifa et de réaliser des prédictions correctes en ne connaissant que quatre vers essentiels par odu/dou. Les consultants peuvent demander une divination du Fa pour des raisons diverses et variées : se faire prédire son avenir, connaître le sort de proches passés dans l’au-delà ; ou trouver une solution à un souci de santé, un manque d’argent, un conflit, des problèmes conjugaux. La divination d’Ifa était anciennement utilisée avant chaque prise de décision importante. Les figures caractéristiques d’Ifa,  leur signification et les prescriptions essentielles de ces signes feront l’objet d’un autre article.

Le sens mystique des signes d’Ifa ou de Fâ

Afin de saisir toute la portée mystique et la signification profonde des signes, il est très important de faire une identification des quatre noix de chaque branche du chapelet d’Ifa avec les quatre éléments naturels impondérables que sont le feu, l’air, l’eau et la terre, sources de toutes énergie du monde terrestre. Les éléments du haut du chapelet (feu et air) représentant 1 ‘esprit et ceux du bas (eau et terre), la matière. Notre monde terrestre et la vie n’étant autre chose qu’une combinaison, une fusion de ces quatre éléments impondérables on retrouvera ces quatre éléments dans différentes proportions dans toute espèce créée ici-bas. Chaque entité humaine, chaque situation humaine représente une addition, une combinaison et une fusion de ces quatre éléments dans de différentes proportions et symbolisée par les divers signes. Autrement dit, chaque type humain est la manifestation du signe auquel il appartient. Le signe permet donc de révéler le type humain, son comportement, ses facultés, en un mot tout son caractère, ses spécificités ou caractéristiques essentielles.

Les dérives de la consultation de l’Ifa ou du Fâ

L’Ifa ou FA, prospecte tous les domaines de la vie sociale de l’individu : naissance, difficultés d’accouchement, travail, emploi, entreprise quelconque, mariage, vie du foyer, décès  etc…  Il aide l’homme qui se réfère à lui à mieux se comprendre et entrevoir le destin au travers d’une vision plus lumineuse, en suivant les conseils de l’oracle et en réalisant les sacrifices rituels, généralement modestes, prescrits. Ce qui pourrait l’aider à agir sur tous les plans avec plus de sciences, d’efficacité et de sagesse.

Toutefois, la consultation d’Ifa est bénéfique et sans risque pour quiconque s’en réfère, à condition, sous entendu, d’exécuter les sacrifices prescrits. A la réflexion, théoriquement,A le risque est de subir des dommages ou d’affronter des obstacles évitables et contre lesquels l’oracle vous aura prévenu. Mais en réalité le risque semble plus grand que cet aspect. Il est écrit que tu ne tenteras pas l’Eternel ton Dieu et consulter sans sacrifier apparaît comme une forme de défi de la divinité du destin. Ou s’arrête la colère de la divinité, ou commence les représailles possibles des prêtres d’Ifa ‘babalawo et bokonon)   qui ont officié la consultation et pour qui cela représente un manque à gagner? Seules la probité et  l’intégrité de ces distingués hommes peuvent en faire foi.  Aussi faut-il être bien conseillé pour ne pas tomber sur les faux dévots, nombreux dans la profession et qui font le business d’Ifa et les vrais maîtres pour qui l’aspect financier est secondaire.

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Au total Il y a seize (16) maisons géomanciques et seize (16) signes principaux. La passation des seize signes dans les seize maisons géomanciques donne un total de 256 (deux cent cinquante six) signes.  Ainsi, le Fâ est non seulement un art, mais il est surtout un livre ouvert sur la vie. Les prêtes de l’Ifa ou du Fâ, les Babalawo chez les Yoruba, ou Bokonon chez les Fons, sont à la fois des diagnosticiens, des prescripteurs, des psychologues et des psychiatres. Ce sont de grands érudits qui  savent écouter et aider les humains à régler leurs problèmes de santé, d’emploi, de couple, de promotion, de travail,  de paix, de bonheur et d’amour. « Le 21ème siècle sera religieux, ou ne sera pas », la pensée est attribuée à tort à André Malraux, mais on est bien tenté  de croire qu’il le sera, au regard de l’omniprésence du religieux dans le débat public sur l’ensemble de 5 continents. Mais ce qui est, d’ores et déjà certain, le 21e siècle est  l’entrée dans la mondialisation. Et face au foisonnement d’initiatives religieuses, des églises du réveil et des sectes islamistes, certains seraient tentés d’envisager le déclin des systèmes religieux endogènes d’Afrique ; or il n’en est rien. L’existence de ces religions continue à nourrir de leur ferveur populaire les religions révélées  (christianisme, islam). En réalité, les religions révélées sur le continent sont comme toutes fécondées par les religions endogènes, ce qui génère un néo syncrétisme non avoué auquel je consacrerai un article bientôt.

AGBADJE Adébayo Babatoundé Charles

Mémoire de végétal

arbre menacé

Autrefois, noyé dans une forêt revigorante,

Aujourd’hui, esseulé dans une campagne désespérante,

Un vieil arbre pense en son âme,

A tous les malheurs qui menacent sa race.

Nous sommes les petits poucets de la création,

Mais le gros pouce de la  grande famille des créatures.

Nous sommes, dans tous les écosystèmes, les producteurs,

Tandis que toutes les autres créatures y sont des consommateurs.

Nous sommes, non seulement, producteurs par notre culture,

Mais aussi purificateur et vaporisateur de toute la nature.

Dans le concert environnemental, ils sont tous des pollueurs,

Et nous, les absorbeurs de leurs rejets, en sommes les payeurs,

Pourtant nous sommes les mal aimé de la terre.

Tous  s’acharnent sur nous et ne nous font que des misères.

Sans notre existence, aucun d’eux n’aurait existé.

Nous sommes la clé de leur vie et de leur santé.

Nous les nourrissons quand ils ont faim,

Nous les réchauffons quand ils ont froid,

Nous les aérons quand ils ont chaud.

Nous parfumons, aromatisons et agrémentons leur vie.

Mais, en monnaie de singe, ils nous paient.

Mon peuple, entre leur main, n’est jamais en paix.

Ils, nous broutent, Ils nous rongent,

Ils nous fauchent, Ils nous coupent,

Ils nous brûlent, Ils nous saccagent,

Ils nous enfouissent. Ils nous sapent.

Les humains en particulier, ces enfants gâtés et insoumis,

Sur nous se croient  tous les droits permis.

Nos racines, tiges et feuilles, nos fruits et même nos semences,

Tout sur nous subit les affres de leur démence

Entre nos mains  pourtant, ils voient, pour la plupart, le jour,

Jusque dans la tombe, nous les portons à leur dernier séjour.

Mais au lieu de nous chérir

Ils nous font allègrement souffrir

Moi encore, à mon âge, je peux me dire veinard.

Mais nos jeunes pousses ont peu de chance de devenir gaillard.

Heureusement, ils ne sont pas tous fous.

Quelques uns ont compris,

Qu’on ne scie  pas la branche sur laquelle on est assis.

Loin de moi toute idée narcissique.

Mais qu’adviendrait-il quand ils nous auront tous détruis ?

Que mangeront-ils ?

Quel air respireront-ils ?

De quoi se vêtiront-ils ?

Sur quoi se coucheront-ils ?

Dans quoi s’inhumeront-ils ?

S’ils pouvaient le comprendre ?

Vivement qu’ils prennent de plus en plus conscience !

Vivement qu’ils s’accordent pour réduire leur nuisance !

Car c’est en nous donnant leurs soins

Que nous pourrons continuer à satisfaire leurs besoins.

C’est en nous entretenant,

Qu’ils s’assurent notre capacité à les entretenir.

C’est en nous protégeant, qu’ils protégeront leur mode de vie.

                                                  Adébayo Charles AGBADJE

Ode à la femme

La communauté internationale célèbre le 8 mars de chaque année la Journée internationale de la femme, ou Journée internationale pour les droits des femmes. Cette journée officialisée depuis 1977 par les Nations unies est une journée de manifestations et de revendications des droits de la femme.

Cette année 2015, le thème retenu par les Nations Unies pour commémorer l’événement est  « Autonomisation des femmes – Autonomisation de l’humanité : Imaginez ! »

Pour ma part, je dédie à toutes les femmes cette ode d’un auteur inconnu.

 ode à la femme 9

Mais, on le sait aussi, la vie de l’Homme et donc de la femme va de 0 à 77 ans. Je laisse alors le soin aux uns et aux autres d’Imaginer la femme à 70 ans, à 80 ans et pourquoi pas depuis 10 ans…

                                                            Adébayo Charles Agbadje

Coupe du monde 2014: le but final

Gotze-but de la victoire mondial 2014

La Coupe du monde 2014, la 20ème du nom, a vécu, 32 équipes, 8 poules de quatre, 64 matchs, 171 buts marqués soit une moyenne de 2,67 but par match et à l’arrivée  la nationalmannstchaft  sacrée championne. Que retenir de cette 20ème édition du championnat mondial,  les filets qui tremblent ou le chemin vers les filets.

C’est finalement la Mannschaft, 24 ans après son dernier titre obtenu, déjà, face à l’Argentine, qui va soulever le trophée. Au bout d’un suspens époustouflant, l’Allemagne a remporté, face à l’Argentine la 20ème édition de la coupe du monde. Le but décisif de la rencontre est marqué par le jeune Mario Götze (113e) qui libère les allemands et leurs supporteurs et crucifie Messi et ses fans.

Ainsi, la logique, si logique il y a en matière de foot, a été respectée, les pronostics se sont avérés et les paris remportés.  C’est donc sur un sacre de l’Allemagne face à l’Argentine (1-0 ) que s’est conclu ce Mondial au Brésil. C’est l’équipe qui avait tout pour gagner qui a gagné. C’est l’équipe la plus constante et la plus impressionnante tout au long de la compétition qui est récompensée.  Thomas Müller et ses coéquipiers ont inscrit à eux seuls 18 buts et n’en ont encaissé que trois. Une attaque irrésistible, une défense de fer et un gardien de but aux gants en or, les poulains de Joachim Low avait décidément tout pour gagner.

Au-delà de cette victoire qui permet à l’Allemagne de rejoindre l’Italie avec 4 titres, que retenir de ce mondial 2014?

Eh oui, il y a eu le meilleur et le pire. D’abord, cette édition 2014 de la Coupe du Monde a vu le record de buts inscrits égalé, celui de l’édition 1998. Ensuite, Par le jeu des préférences et support dont le football seul a le secret, chaque match a drainé sa dose de passion, en joie ou en déception. Mais c’est, probablement, la demi-finale Allemagne-Brésil, remportée 7-1 par l’Allemagne qui a fait sensation et fera le buzz longtemps dans les annales du foot au plan mondial.

Coté Afrique, Cinq nations étaient engagés dans le championnat mondial. Objectivement, le bilan est plutôt positif. Sur les cinq nations engagées, il y a eu pour la première fois dans l’histoire de la compétition, deux équipes africaines au second tour. Le Nigeria et l’Algérie se sont qualifiés pour les huitièmes de finale où ils sont éliminés. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont été éliminés dès le premier tour.  Progrès à pas de tortue, mais progrès quand même.

Bien sûr au foot comme dans toutes les compétitions sportives ce qui compte c’est la victoire et seuls les buts consacrent la victoire. Les buts constituent donc le but ultime du sport roi. Mais au foot comme dans la vie, on peut perdre honorablement et c’est le gros reproche qui est fait aux équipes africaines. Malgré le léger progrès mentionné, globalement l’aventure africaine au Brésil est sans panache, voir écœurante. Elle a surtout montré que le continent ne parvient pas encore à s’exprimer à la hauteur de son potentiel. Match après match, on a essuyé des défaites lamentables associées à des comportements minables. En  lieu et place d’équipes de football, on a plutôt vu des syndicats de footballeurs passés à l’action directe pour  revendiquer des primes plus ou moins dues.  Les défaites apparaissent donc comme le fruit d’une désorganisation que le déficit de niveau des équipes.

 Ce comportement nauséabond et récurrent des équipes africaines au fil des années doit interpeller toutes les autorités à différents niveau sur le continent. Les primes sont payées à tous les joueurs de toutes les équipes du monde, pourquoi ce n’est que chez les africains que cela tourne, années après années, aux bras de fer. Si de l’argent est convoyé au Brésil, en express, à la dernière minute,  comme on pu le constater, il aurait pu être convoyé dès le début et éviter au monde entier un spectacle désobligeant. Autant dire que cette situation n’honore ni les joueurs ni les officiels.

Au delà donc des filets qui tremblent, c’est tout le chemin qui conduit vers les filets qui est à repenser en Afrique. Ce chemin passe par les politiques nationales, les critères de sélection des staffs techniques, des joueurs et l’animation et la gestion des structures du football, un cahier des charges encore loin des espérances des africains.

Vivement que des solutions soient trouvées et que le foot africain apprennent de ses erreurs, afin que des progrès plus notables soient enregistrés lors de la 21 édition de la coupe du monde en Russie en 2018 .

                    Adios Brasil 2014………S priesdom v Moskvu 2018

Cinq petits nègres en Coupe du monde

equipes africaines en coupe du monde Bresil 2014

Cinq petits nègres, à la chasse en Amazonie, s’en allèrent,

L’un d’eux, prétentieux et impétueux, ringard sur les bords, rugissant et rudoyant, trépassa

N’en resta plus que quatre.

Quatre petits nègres, dans le cerrado, la savane brésilienne,  se déambulèrent,

                L’un d’eux, aux prises avec des héros athéniens, perdit ses défenses

N’en resta plus que trois.

Trois petits nègres tels des étoiles dans le firmament brillèrent.

L’un d’eux devint un nain géant et s’éteignit

N’en resta plus que deux.

Deux petits nègres, dans la basse-cour, se pavanèrent.

L’un d’eux, vert et fier, affronta un coq tricolore et se trouva déplumé

N’en resta plus qu’un.

Un petit nègre esseulé, dans le désert, se balada.

Très intrépide, mais sans veine, il fut englouti par les sables mouvants de la Mannschaft

N’en resta plus… du tout. »

Ce texte est inspiré de l’aventure infructueuse des cinq pays africains : Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria et Algérie à la Coupe du monde Brésil 2014.

Il a été écrit en collaboration avec mes enfants Adeshegun et Oloufèmi.

coupe du monde fifa

Formation des mondoblogueurs à Abidjan : “connectiquement vôtre“

mondoblog Abidjan

Du 02 mai au 12 mai à Abidjan (Grand-Bassam), s’est tenu le conseil annuel de la famille mondoblog. Pendant dix jours,  les blogueurs francophones  ont échangé pour faire le bilan de la saison passée et tracer les perspectives de la saison qui commence.

Mondoblogueurs de la troisième saison, c’est pour la première fois que j’assiste à l’événement et je ne le cache pas, j’avais quelques appréhensions  avant la rencontre. Mais, je dois l’avouer, toutes ces craintes se sont vite évanouies. Le site pittoresque de l’hôtel Tereso, la grande diversité de la famille et l’organisation  satisfaisante du séjour ont comblé mes attentes et gommé le stress du dépaysement.

Dix jours durant, les pieds dans la mer de l’hôtel Tereso et la tête dans la toile du web, grâce à la magie de MTN, la famille a eu tout le temps et le loisir de se ressourcer. Grâce aux travaux en atelier, les mondoblogueurs ont renforcé leurs capacités  en écriture journalistiques, sur les règles et la déontologie des journalistes et blogueurs, la sécurité sur le web et ils ont appris les rudiments du codage informatique. A tous les formateurs, j’adresse mon satisfecit.

 Au nombre des institutions et organisations visitées par l’équipe Mondoblog pendant le séjour, il y a le Connectic Abidjan, un AfterWork qui réunit chaque derniers jeudi du mois, les Acteurs de la scène technologique de Côte d’Ivoire.

Je pense aussi que cette semaine de formation Mondoblog à Abidjan peut être placé sous le sceau du « Connectic » au regard des connexions multilatérales qui se sont établies pendant le séjour.

D’abord, il y a la connexion logique des mondoblogueurs, en particulier ceux de la 3ème saison, avec le staff dirigeant de la plateforme. Ziad, Simon, Raphaelle, Manon, le concepteur du projet Philipe Couve et Dilette (mes excuses si le nom est mal écrit) ne sont plus de simples interlocuteurs virtuels, mais des personnes admirables à qui je renouvelle ici ma sympathie et mon soutien.

Ensuite, il y a la connexion évidente entre mondoblogueurs. Un visage, une voix et souvent une impression, voire une émotion accompagnent, dorénavant chez tous, chacun des noms enchanteurs de la plateforme. A tous et à toutes une fois encore mes amitiés.

Au-delà de ces connexions plus ou moins partagées, il y a les connexions particulières. Les miennes sont, pour certaines, plus ou moins attendues et pour d’autres, totalement improbables.

Béninois de la diaspora, ce fut pour moi, un plaisir de faire connaissance de Maurice, Herman, De Rocher et Sinath, les mondoblogueurs de nationalité béninoise. Ma connexion avec eux a  été naturelle  et très intéressante. Chers frères et sœur, je vous encourage et vous souhaite bonne continuation.

Par les récits, je savais que la relation entre Béninois et Haïtiens est souvent passionnelle. Mais  j’étais loin d’imaginer que ma relation avec les mondoblogueurs Haïtiens serait plus que passionnelle, mais fusionnelle. Ma connexion avec Jérôme, Billy, Zacharie, Nelson et Thélyson  a été tout simplement magique. J’entends encore la voix de Jérôme me disant: « Nous les Haïtiens, nous ne sommes pas des descendants des Africains, mais nous sommes des Africains ». Comment décrire mon état d’âme toutes les fois que Zacharie Victor me serrait dans ses bras en martelant : « Tu es mon Papa ! Voici mon Papa ! ». J’en suis encore tout ému. A vous tous et à Valery Moïse, qui n’a pas pu faire le déplacement, j’adresse mes salutations fraternelles. A toi Zacharie je suis fier de te dire : “tu es ptit mwen“.

Enfin, il y a toutes ces connexions improbables nouées au détour d’une conversation.  Je pense à Arthur, le Français Australien, avec qui nous avons parlé du Bénin où est née sa fille. Je salue Yannick, Daye, Stéphane, Baba, David, Gaëlle et Mamadou avec qui j’ai eu des conversations très agréables. Je salue aussi Chantal de Goma dont la personnalité est aussi enchanteresse que le nom. Je pense aussi à mes chers amis Joe Maronne, Naoumane, Richard, Eli, Bassidou, Julien, Aristide, Aphtal, la sœur Awa, la sympathique Josiane, Marech, René  et j’en oublie. Je fais au passage un clin d’œil à mon cher Debelehi dont le départ précipité m’a beaucoup attristé. Ce fut un plaisir de vous connaitre tous.

Toutes les bonnes choses ont une fin et la formation aussi, mais toutes ces connexions, je l’espère, resteront.

 Good-bye Abidjan et vive Mondoblog.

8 mars: Une date qui rappelle que la femme est l’avenir de l’homme.

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La Journée internationale de la femme est célébrée le 8 mars de chaque année par les  femmes dans le monde entier. Elle est également célébrée à l’ONU et, dans de nombreux pays, c’est un jour de fête nationale. Certes, la condition féminine n’est pas la même sur tous les continents, mais visiblement, le déficit d’égalité entre l’homme et la femme semble de mise partout.

La journée du 8 mars est donc une opportunité pour les femmes de tous les continents, souvent divisées par les frontières nationales et par des différences ethniques, linguistiques, culturelles, économiques et politiques,  pour revendiquer l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, facteur d’émancipation humaine.

Cette journée  puise ses racines dans la lutte menée par les femmes depuis des siècles pour participer à la société sur un pied d’égalité avec les hommes.

A l’instar de la sagesse chinoise  à l’affiche de ce billet, l’enjeu pour ce 8 mars 2014 est double :

D’une part, elle vise une meilleurs prise de conscience des femmes elles-mêmes  de la valeur de leur rôle en tant qu’acteur économique, social et politique, et par conséquent une plus grande responsabilité de leur part des implications de l’égalité recherchée.

D’autre part, faire le plaidoyer en direction des hommes pour une élévation du niveau de la prise de conscience sur la question, pour comprendre qu’en donnant l’égalité à la femme, elle la multipliera, l’amplifiera et rendra l’humanité plus juste au bénéfice des deux sexes.

Comme quoi, le poète a bien  raison quand il dit que la femme est l’avenir de l’homme.

Le vodou Lègba, un Dieu singulier de la galaxie Vodou.

 

A  l’occasion de la fête des religions endogènes célébrée chaque année au Bénin le 10 janvier, je suis heureux cette année d’apporter par ce billet, ma contribution  à l’évènement sur Mondoblog en fournissant quelques points de repère, quelques clefs d’entrée dans la galaxie vodou afin que  quiconque intéressé par le sujet puisse, par lui-même,  se faire une idée du vodou dans ses symboles et dans ses pratiques en général et en particulier du vodou Lègba.

 

Avec ses nombreuses divinités, que l’on présente volontiers d’une façon effrayante, ses rites cabalistiques, ses sociétés secrètes et sa magie en relation avec les forces de la Nature, le vodou  apparaît comme une nébuleuse confuse  de divinités hétéroclites  dans laquelle on ne peut pas s’hasarder sans être initié ou avoir  un prêtre ou une prêtresse vodou pour guide..

N’étant point initié à quelque divinité vodou, je n’aurais pas ici la prétention de dévoiler quelques mystères ou de vous éclairer sur les faces cachés de la spiritualité ou des rituels vodou. Mais bien que profane, je reste tout de même impacté  par la spiritualité vodou qui a largement imprégné toute la culture béninoise qui est la mienne et dans laquelle tout le monde jure, depuis la tendre enfance, au nom de Mahou, le dieu vodou. A ce titre, je me propose en toute modestie, de vous faire faire une visite du panthéon Vodou avec un arrêt sur image sur le vodou Lègba.

 

Dans l’aire culturelle Adja-Tado qui regroupe le Togo, le Bénin et une partie du Nigéria, le vodoun (terme traduit de manière approximative par : esprit surhumain, force, puissance ou divinité) est un ensemble établi de croyances, de rites, de mythes à la structure particulière, fondé principalement sur des entités ou fétiches appelées vodoun ou vodou qui sont organisées en familles, hiérarchisées en panthéon et dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance.  Plus qu’une religion, le vodou est un mode de vie.

Par le biais de l’esclavage, le vodou s’est exporté en Occident et a donné naissance  à des formes religieuses au Nouveau Monde, connues sous le nom de vaudou à Haïti et de candomblé au Brésil.

Selon la mythologie la plus répandue dans l’aire culturelle Adja-Tado, à l’origine du monde actuel, on trouve Mahou ou Mawu à laquelle est, sous entendu,  associée une autre divinité : Lissa. En ce sens, Mawu désigne une paire de divinités.  Mawu est féminin, Lissa, masculin. De ce couple primordial seraient nés plusieurs  enfants dotés de pouvoirs surnaturels. Les vodou ou tout du moins, une grande partie d’entre eux, seraient les enfants issus de l’union de Mawu et de Lissa, le dernier-né de cette nombreuse famille étant Lègba.

 

Les fétiches ou vodou seraient donc, des médiateurs entre « Dieu et les hommes ». Pour ces derniers, « ils obtiennent des faveurs », mais sont également les « exécuteurs des vengeances divines ». Il vaut mieux ne pas les croiser, car « leur rencontre est danger de mort». Les vodou emprunteraient une enveloppe Inhumaine pour descendre sur terre et ce, uniquement entre midi et une heure, et la nuit entre minuit et le chant du coq.

 

Le panthéon vodou offre une galaxie de près de trois cents divinités hiérarchisées, mais l’ordre de cette hiérarchie est fortement lié aux différents lignages. Les principales divinités de cette galaxie sont :

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Xêvioso ou chango: c’est une divinité du ciel qui se manifeste par la foudre. Symbolisé par une double hache, il est le dieu justicier qui châtie les voleurs, les menteurs, les malfaiteurs.

Sakpata ou chakpana: est le Dieu de la terre, il est très craint et les gens n’osent pas prononcer son nom. C’est la divinité qui propage la variole.

Dan : c’est le serpent. Il se manifeste à travers l’arc-en-ciel. Il peut aussi se présenter sous forme d’un homme et combler de richesses ceux qui l’accueillent bien.

Gou : c’est la divinité des forgerons, des chasseurs ou de tous ceux qui manipulent le fer ou les armes en fer. C’est un dieu représenté par un amas de ferrailles. Il protège mais il peut punir également par des accidents sanglants.

Lègba ou Elegbara ou Eshu : c’est le Dieu de la croisée des chemins, le vodou du désordre de la méchanceté, de l’intelligence et de la ruse. Il remplit des fonctions et des rôles bien souvent contradictoires qui ne sont pas sans rappeler Hermès.

A ces divinités majeures s’ajoutent les divinités secondaires.

Chacune de ces divinités a des adeptes initiés qui leurs font périodiquement les cérémonies rituelles.

Cette année aussi, dans tout le pays, les couvents et les temples ont été remis à neuf pour la circonstance et les vodounon (maître vodou) et les vodoussi (adeptes du vaudou) se sont parés pour célébrer leurs divinités comme ici sur la photo.

 

Une danse de vodoussi

 

Toutfois, de  toutes les  divinités du panthéon vodou, manifestement, Lègba est la figure du Vodou la plus familière, mais aussi la plus singulière.

 

 Lègba ou Agbo Lègba : 

le Dieu de la croisée des chemins.

 

23fev 13 Bouche du Roi (33)

Le vodou Lègba ou Agbo-Lègba se retrouve chez les populations Ewé, Adja, Mina, Fon, du Bénin et du Togo et chez les populations yorouba du Bénin et du Nigéria sous le nom d’Elegbara, Eshu-Elegbara, Eshu-Bara ou encore Eshu. Dans le culte Vaudou haïtien, le dieu Legba est vénéré sous deux formes contradictoires : la forme d’un enfant rebelle, ou la forme d’un sage vieillard estropié marchant à l’aide d’une canne.

Le terme Agbo signifie barrière dans le sens d’entrée, seuil  ou portail des maisons, des quartiers des agglomérations ou des cités. A ce titre, Agbo-Lègba est un rempart contre les ennemis réels et mystiques de la famille, de la cité ou de la communauté. Par extension Agbo-Lègba désigne  le Dieu des frontières, du chemin ou  de la croisée des chemins.

 

La légende de Lègba

 

D’après la légende, Lègba ou Elegba est le dernier fils de Mawu et de Lissa.

Mawu, l’être suprême, convoqua les vodoun pour les envoyer sur terre. Lègba se présenta alors, le premier, sans prendre le temps ni la politesse d’apporter un présent, vêtu d’une simple plume sur la tête. Aussi Mawu fâchée le renvoya. Dépité, Lègba descendit sur terre, sans instructions, sans but véritable. Il erra dans des lieux inconnus, ne sachant que faire. Comme il connaissait les langues des deux mondes, celui des divinités et celui des humains, il mit à profit cette errance, en devenant leur messager.
D’autres mythes indiquent que Lègba pourrait être, non pas le dernier-né, le « favori» de Mawu, mais au
contraire, son premier-né, un enfant malformé qui aurait précédé longtemps auparavant, le cycle des enfants normaux.

Quoi qu’il soit, sa venue est toujours placée sous le signe de la ruse, de la rapidité d’esprit, de l’intelligence, du désordre. Il se présente toujours le premier, volant ou essayant de voler la place des autres.

 

La représentation de Lègba

 

Pour ce qui est de la partie visible de l’iceberg, Agbo-Lègba est représenté par une bute de terre aux formes plus ou moins humaines avec souvent un phallus démesuré. Les représentations de lègba traînent partout. On les voit aux seuils des habitations, des lieux publiques et à tous les coins de rues dans les vieilles citées.

On peut même dire que les représentations de lègba sont la face hideuse du vodou avec les offrandes de sang, d’huile de palme et de farine de maïs et autres avec lesquelles on le barbouille régulièrement comme ici le montre ce Lègba royal dans la citée d’Abomey.

3mars 13 (14) Abomey Temples Vaudou

 

Toutefois, Lègba vodou du golfe du Bénin est tout aussi divers dans ses matérialisations que dans ses attributions.

 

Les caractéristiques de Lègba.

 

Agbo Lègba a plusieurs caractéristiques.

 

Lègba, vodou du désordre et de la colère. Divinité de la puissance, de la force qui se déchaînent dans la querelle, la discorde, la colère, le meurtre, la guerre, le cauchemar, la folie passagère, (et même) les rêves érotiques»

Lègba, vodou de la méchanceté.  Il ne cherche qu’à nuire aux hommes, et il faut sans cesse l’apaiser par des sacrifices et des offrandes.

Lègba, vodou de l’intelligence et de la ruse.

Lègba est souvent présenté comme une sorte de lutin au comportement à l’équilibre fragile: il peut être très farceur, mais aussi prêt « aux pires méchancetés », en même temps, il se laisse facilement cajoler, si on sait s’y prendre, avec des sacrifices, des prières ou des libations, et surtout de la nourriture.

 

Les fonctions de Lègba

 

Ainsi que ses caractéristiques, les fonctions de Lègba sont multiples.

 

Lègba, messager des hommes et des vodou.

Agbo-Lègba est le messager privilégier des hommes et des vodous car le seul à les comprendre tous, voila pourquoi on ne peut commencer libation et sacrifice à un grand nombre de vodou sans en offrir les prémices à Lègba afin d’obtenir son concours comme médiateur ou intercesseur.

 

Lègba, gardien de la propriété.

Il est le gardien des propriétés ce qui explique, son installation devant les maisons et aux carrefours, endroits terriblement ouverts et dangereux, qu’il a mission de protéger. Il protège la route de tout danger

 

Vodou de la génération

Représenté avec un phallus démesuré, il est le vodou de la fécondité ou de la reproduction, un vodou de la génération qui serait « susceptible de donner ou de refuser des enfants» à qui il veut.

 

La cérémonie de Lègba

 

Dans le culte vodou, il est admis que toutes choses heureuses et malheureuses arrivent par la volonté de Lègba avec la permission des vodou supérieurs. Mais, la seule manière d’éviter cela est de lui accorder son temps, il faut lui parler, lui donner à manger et à boire abondamment.

Les adeptes du vodou n’entreprennent jamais un long déplacement sans demander la route à Agbo-Elègba, le vodou du chemin afin qu’aucun malheur ne survienne en route.

Généralement les cérémonies Vodou commencent  toujours par les offrandes à Lègba et son invocation passe par une louange dont voici le  refrain culte.

Iba l’Agbo é Agbo mojuba !

Iba  l’Orisha.

Iba l’Agbo é Agbo mojuba o!

B’omodé korin adjuba Agbo é

Agbo mojuba

F’èlègba eshu ona

 

Quoi qu’il en soit, Agbo-Lègba est censé apporter protection, paix et prospérité, mais  il peut également punir.  C’est un vodou dont les  caractéristiques multiples et contradictoires, aussi bien dans son nom, dans ses formes, dans ses attributs que dans ses fonctions font de lui un vodou singulier.

.Qu’on soit adepte ou non, le vodou reste une réalité culturelle forte dans laquelle on naît et avec laquelle on vit au Bénin et dans plusieurs pays du golf du Bénin, malgré la percée des églises du réveil. Le champ du vaudou reste encore aujourd’hui très vaste, ésotérique et complexe. Et le mystère est bien entretenu au sein des couvents et forêts sacrées où l’héritage est légué au fil des générations à travers une tradition orale.