UNION-AFRICAINE – ETATS UNIS D’AFRIQUE : RÊVE BRISÉ OU RÊVE ÉVEILLÉ?

Mot d'order a la création des Etats Unis d'Afrique

 

Entre Maximalistes et minimaliste, l’idéal de l’unité des Etats d’Afrique s’est brisé en 1963, avec la naissance de l’OUA.
De toute évidence, l’Afrique n’en serait pas là, si, en 1963, elle avait sauté le pas des Etats-Unis d’Afrique.
Comment apprécier les différents processus, actuellement, en cours à l’Union Africaine?
A quand les Etats-Unis d’Afrique?  Le rêve est-il encore permis ?

 

Entre rêve brisé et rêve éveillé

Le panafricanisme, mouvement à la fois philosophico-racial, culturel et politique, avait pour objectif ultime de pouvoir réunir les peuples noirs du monde entier dans un seul grand ensemble, pour établir un pays et un gouvernement. Après la deuxième guerre mondiale, les différents congrès panafricains qui se sont succédé et les mouvements d’indépendance nationale ont favorisé l’émergence d’un mouvement panafricaniste sur le continent et dont le leader le plus charismatique a été le Ghanéen Kwame Nkrumah.

Le mouvement panafricaniste engrangera quelques victoires politiques avec l’accession au pouvoir de 33 Etats présents à Addis-Abeba les 22 et 23 mai 1963 lors du premier sommet des chefs d’Etat qui consacrera L’OUA. En prélude à ce sommet, Kwame Nkrumah publia son livre : « l’Afrique doit s’unir » en guise de mot d’ordre à la création des Etats-Unis d’Afrique. Dans sa vision, l’unité politique, économique et militaire est la condition majeure pour relever le défi que pose la balkanisation de l’Afrique et sa domination par les puissances de la conférence de Berlin. Malheureusement, sur les 33 chefs d’Etat présent au sommet d’Adiss-Abebe, la majorité a opté pour une union à minima avec la mise sur pied de  l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), pour parvenir dans une marche graduelle aux Etats-Unis d’Afrique.

Seulement, voila plus de 50 ans que dure cette marche et de plus en plus d’africains pensent que demain n’est pas la veille. Le rêve semble glisser vers la chimère.

Le ver est dans le fruit

Pour le philosophe togolais, Victor Kouassi Gnassounou, Il y a anguille sous roche. Dans le décryptage qu’il a très volontiers accepté de faire, les arguments ne manquent pas pour étayer sa thèse.

philosophe et pannafricaniste« De l’unité des Etats africains à l’unité des peuples d’Afrique ? Une vue de l’esprit,  au regard de la réalité de la vie quotidienne en Afrique,  aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après les indépendances ; vie quotidienne dont l’horizon est la lutte pour la survie.

Évoquons le péché originel du panafricanisme. L’axe réfractaire à une unification politique réelle de l’Afrique, c’est l’axe Monrovia-Abidjan-Lagos-Brazzaville-Tananarive. Cet axe va se densifier jusqu’à comporter 20 pays sous la dénomination du Groupe de Brazzaville[1]. En face, le Groupe de Casablanca ne fait pas véritablement contrepoids, et ses intentions panafricanistes n’étaient pas dénuées d’arrière-pensées  inavouables. L’impensé du Groupe de Casablanca, c’est l’évidence de l’ancrage des Etats du Maghreb dans le monde arabe, et pour le roi du Maroc, une tentation expansionniste vers le Sud de Sahara.  Le ver est dans le fruit : L’idée d’une unification des mondes (peuples) arabo-berbères et négro-africains cheminait dès le départ, comme  une incongruité et reposait sur  la mythologie d’une Afrique une et indivisible, culturellement unifiée[2]. La conférence de Monrovia signe formellement la mort du rêve panafricaniste (12 mai 1961), incarné de façon emblématique par le Dr Nkrumah et la figure légendaire de Patrice Lumumba. Que d’embûches ont malmené l’idée panafricaniste, cette « communauté d’espérances » au cœur des luttes anticolonialistes : voir l’Afrique totalement libre, et singulièrement, arracher les peuples noirs à l’abjection du colonialisme et de l’impérialisme!  Les ambiguïtés et les divergences idéologiques,   la trahison de certains fils d’Afrique, qui se trouvent bien dans  leur condition de vassal ont provoqué « le déraillement du panafricanisme, vers l’OUA » (Michel Kounou[3]). Sur l’instigation de Mouammar  Kadhafi, l’UA verra le jour le 21 mai 2001 à Addis-Abeba, prenant le relais de l’OUA, en tant que prélude à la constitution des Etats-Unis d’Afrique. Est-ce enfin, une remise, sur les bons rails de l’idéal panafricaniste, de l’unité des Etats d’Afrique ?

Les premiers dirigeants africains sont des gouverneurs noirs. Rien n’a donc changé avec les indépendances. Ceux actuels sont aussi en majorité  le bourreau impénitent des populations, manieurs, non sans talent, de la rhétorique de la démocratie,  gage dérisoire mais suffisant, pour donner bonne conscience à leurs suzerains.

Enfin, comment mettre en œuvre les Etats-Unis d’Afrique, si en dépit de ses atouts naturels et humains, l’Afrique géo-stratégiquement reste le terrain de jeu des Grandes puissances, le lieu d’affrontement des impérialistes de vielle souche (France Angleterre, les E.U …) et  les  nouveaux émergents (Chine, Inde, Turquie…) ? Rien ne se décide , réellement, entre les élites africaines, consacrant l’extraversion de la vie politique, économique des Etats africains, qui, en réalité, malgré les indépendances, continuent de fonctionner comme des comptoirs coloniaux, c’est-à-dire, des installations commerciales sous les tropiques, mais appartenant à des entreprises privées ou publiques des métropoles coloniales ou impériales.

Pour pasticher Michelet, nous voulons partager la conviction que malgré tout, ce sont les peuples  d’Afrique, sans bruits ni fureurs,  qui feront l’Afrique, par un long travail intellectuel, scientifique, technique,  culturel, spirituel, moral, de soi sur soi, indépendamment  des hypothétiques calculs proportionnels entre les crimes coloniaux et les réparations escomptés par les post-coloniaux, au nom de la justice. »

En somme, cette ultime conviction plutôt optimiste du philosophe est une lueur d’espoir, puisqu’elle voudrait dire que le rêve est encore permis. Mais au delà du rêve, le combat pour l’Afrique, c’est d’abord un combat pour une prise de conscience de la nécessité de marquer notre présence au monde. Un combat difficile, de longue haleine, mais surtout un combat de tous. Chaque africain doit être conscient qu’il porte en lui les espoirs de ce renouveau.

 

 

[1] Le Cameroun, le Congo Brazzaville, la Côte d’ivoire, le Dahomey, l’Ethiopie, le Gabon, la Haute Volta, le Libéria, La Libye, Madagascar, la Mauritanie, le Niger, la République Centrafricaine, le Sénégal, la Sierra Leone, la Somalie, le Tchad

[2] Quand Moustapha Niasse affirme, en marge du dialogue inter-libyen du 11 mai 2018 à Dakar que « les Libyens sont africains autant que les Africains sont des libyens », c’est à nos yeux, la dernière livraison de cette rhétorique de la consanguinité qui n’est rien d’autre qu’une manière de se payer de mots ! On passe un peu trop vite aux profits et pertes le marché des esclaves négro-africains qui bat son plein, actuellement, en Libye. Sans oublier, ce n’est qu’une digression apparente,  les 43000 esclaves noirs en Mauritanie. Et le racisme endémique anti Noir du monde maghrébin ?

[3] Michel KOUNOU, Le Panafricanisme : de la crise à la renaissance. Une stratégie globale de reconstruction effective pour le troisième millénaire. Yaoundé, éd. Clé, 2007.

[4] L’étonnant, c’est la monstrueuse mue d’authentiques leaders démocratiques, révolutionnaires, combattants des droits de l’homme, une fois qu’ils accèdent a pouvoir.

Union Africaine : De l’union des Etats à l’union des peuples africains

 

Rêvé par les pères du panafricanisme, prôné par les élites africaines, magnifié par les artistes et ardemment souhaité par les peuples africains, le projet du gouvernement de l’union africaine prend peu à peu corps sous la houlette de l’Union Africaine.  Malheureusement, dans cette ambitieuse aventure de l’union des peuples, les opinions publiques africaines n’ont pas eu leur mot à dire. Cette mutation, bien que rêvée par tous, se mène au niveau étatique sans aucune consultation des populations, de ce qu’elles aimeraient que l’organisation en soit. Sommet après sommet, l’adoption des textes s’enchaînent et nous enchaînent, petit à petit, dans une union qui, même si elle sera source d’opportunités certaines pour les uns et les autres, ne sera pas non plus exempte de frictions ou de tensions diverses – comme c’est souvent le cas en Afrique du Sud.

En effet, malgré le tapage médiatique qu’on observe en Europe contre l’immigration en provenance du sud, seuls 13,4 % des migrants comptabilisés dans le monde en 2015 sont africains. Par ailleurs, plus de 80 %  d’entre eux sont restés sur le continent pour simplement passer dans un pays voisin du leur. Ainsi ce type de migration est elle d’abord intra-africaine : les grands pôles d’immigration sont Durban, Abidjan, Lagos, Libreville, Nairobi et Tripoli, et, à un degré moindre, à peu près toutes les mégapoles du continent.

Cependant, il faut le reconnaître, le regard sur l’étranger africain n’est pas le même partout. Chaque nation, chaque communauté ne pense pas toujours quelque chose de très amène sur les autres, et inversement. Ceci est la preuve qu’il existe encore quantité de préjugés et de stéréotypes entre les peuples des différents pays africains. Ces perceptions, souvent excessives, parfois erronées mais toujours caricaturales, sont devenues des clichés qui se propagent dans les sociétés africaines et que plusieurs personnes considèrent, de bonne foi, comme vrais. Ces idées trop nombreuses dans nos sociétés constituent de sérieux blocages qui limitent l’ouverture à l’autre et donc à l’intégration.

Au delà du fait d’appartenir  à un même continent, quel contenu philosophique ou politique faut-il donner à l’identité africaine ? Autrement dit, quelle est la doctrine ou l’ensemble des valeurs cardinales qui consacrent l’union et opposables à tous les pouvoirs publics que devraient partager les africains de tous les pays ? Quel type de société nous engageons nous tous, collectivement, à mettre en place ? Bref, quel est le “ trait d’union’’, comment fabrique un “consensus des peuples africains’’? A défaut de réponses formelles, chaque peuple a sa petite idée sur la question et ce n’est point un secret que les avis des citoyens africains sont tout à fait différents selon qu’on soit au Nord, au Sud, à l’ouest, à l’Est ou au centre du continent.

Comment passer idéalement et objectivement de l’union des Etats à à une union des peuples africains?  Ou, mieux, comment relever le défi de construction de l’union africaine par l’intégration harmonieuse des peuples ?

Pour creuser la question, trois intellectuels panafricanistes de la capitale gabonaise se prononcent.

 

Philosophe et panafricaniste

Mr Victor Gnassounou

Mr Victor Kouassi Gnassounou 

Philosophe et panafricaniste

 

 

« De l’unité des Etats africains à l’unité des peuples d’Afrique ? C’est une vue de l’esprit,  au regard de la réalité de la vie quotidienne en Afrique, vie quotidienne dont l’horizon est la lutte pour la survie. La problématique de l’intégration africaine  appelle à un exercice tout aussi sophistiqué que dérisoire, dévolu à une élite africaine potiche, au diapason des intérêts des puissances impérialistes d’hier et d’aujourd’hui. Des peuples, peu lui importe! Ce serait “un désert de leadership“ selon l’expression de Wangari Maathaui.

Pour  de nombreux peuples, le thème du panafricanisme représente aujourd’hui une écharde dans la chair de leur rêve : une Afrique debout, libre, prise en considération dans le concert des nations de la planète ! Peuples humiliés, en colère ; la tentation du pire n’est jamais loin, dont la métaphore est  la haine du frère contre le frère (la xénophobie, le tribalisme, le racisme, et dans les cas extrêmes, le génocide, et douloureuse survivance l’esclavage).

Pour mémoire, rappelons que le destin de l’idéal panafricaniste s’est joué à travers les déboires de l’OUA puis de l’Union Africaine qui a pris le relais de l’OUA, en tant que prélude à la constitution des Etats-Unis d’Afrique. Pour revenir à notre problématique, mettons ce reprofilage de l’idéal panafricaniste à l’épreuve de la réalité des pouvoirs africains. Leur principe autoritaire les configure comme des  fabriques sociale et institutionnelle de la soumission des populations africaines. Très justement, le politiste camerounais Achille Mbembe fait observer que « les sociétés post-coloniales portent les stigmates de la violence et de la contrainte exercées par les Noirs eux-mêmes sur leurs propres frères ».

Dans une telle configuration, quelle société civile ? Les dynamiques porteuses de la citoyenneté sont encore balbutiantes. Difficile de discerner, dans la réalité politique africaine, les mécanismes présidant à l’émergence de l’Etat, de la nation, de la citoyenneté, et des peuples. Une fois établi le constat des faiblesses structurelles des bases d’édification des Etats africains, quelles perspectives réelles pourraient ouvrir le projet d’une intégration africaine ? N’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ?

Les premiers dirigeants africains sont des gouverneurs noirs. Rien n’a donc changé depuis les indépendances. Les classes dirigeantes qui se succèdent continuent presque  toute d’alimenter une iconographie qui forgera, pour plusieurs  générations à venir, une image déprimante de l’Afrique. Aucun effort pédagogique n’est fait au niveau des Etats africains pour partager la pertinence et la nécessité d’emprunter la voie de la compréhension et de la coopération entre les peuples africains. L’esclavage, même résiduel, en Mauritanie, fait tache sur le continent. Idem pour le génocide rwandais, les tragédies en cours au Soudan de sud, à l’Est de la RDC, dans le Sahel, la chasse aux Noirs dans certains Etats africains, etc.

Les peuples qui font les Etats et les nations sont des foules éduquées. Une ère des foules n’augure rien de bon : c’est une masse impulsive, moutonnière, irrationnelle, violente qui trouve dans le tribalisme, et surtout la xénophobie des exutoires à ses misères et ses frustrations.

Enfin, comment mettre en œuvre l’intégration africaine si, en dépit de ses atouts naturels et humains, l’Afrique reste géo-stratégiquement le terrain de jeu des grandes puissances, le lieu d’affrontement des impérialistes de vielle souche (France Angleterre, les E.U …) et des nouveaux émergents (Chine, Inde, Turquie…) ? Rien ne se décide, réellement, entre les élites africaines. Malgré les indépendances, les vies politique et économique des Etats africains continuent en réalité de fonctionner comme des comptoirs coloniaux : elles ressemblent à des installations commerciales installées sous les tropiques, mais appartenant aux entreprises des métropoles coloniales ou impériales. Pour pasticher Michelet, nous voulons partager la conviction que malgré tout, ce sont les peuples  d’Afrique, sans bruit ni fureur, qui feront l’Afrique. Par un long travail intellectuel, scientifique, technique, culturel, spirituel, moral, de soi sur soi, et indépendamment  des hypothétiques calculs proportionnels entre les crimes coloniaux et les réparations escomptés par les post-coloniaux, au nom de la justice, ils la construiront. »

 

 

Biologiste et panafricaniste

Mme Henriette AKELE

Mme Henriette AKELE ONDO

Biologiste et panafricaniste

 

 

« Pour réussir l’union des peuples africains par l’union des Etats, pour ma part, deux points essentiels sont à tenir en compte :

  • Un consensus politique élargi
  • Et une prise de conscience des peuples.

La prise de décision sur un projet de cette envergure doit passer, dans l’idéal, par un consensus politique plus large que le cadre étatique actuel. Pour une caution démocratique plus forte, une consultation populaire ou un référendum serait souhaitable. Une telle consultation du peuple – dont je présume que l’avis favorable sera majoritaire – présente, à mon avis, deux gros avantages. D’une part elle devient une pression sur l’agenda des politiques qui seront contraints de quitter la valse-hésitation actuelle pour fixer un chronogramme raisonnable de construction de l’union. D’autre part, comme l’a justement fait observer Nelson Mandela, « Tout ce qui est fait pour nous, sans nous, est contre nous. » Par cette consultation, le peuple désormais acteur de la mise en œuvre de l’union va y adhérer avec plus de foi et d’engagement, gages d’une union forte et féconde. Toute feuille de route qui ferait fi de cette exigence conduirait, à mon avis, à un accord factice. Et celui-ci serait source de contestation et de remise en cause futures.

Ne nous voilons pas la face, le projet d’une union politique africaine vraie et opérationnelle contrarie plusieurs intérêts, aussi bien internes qu’externes au continent. Aussi, quoi qu’on dise, les obstacles seront nombreux tout au long du processus, qu’ils soient réels ou artificiels. Chaque gouvernement a donc un devoir de pédagogie pour éduquer et sensibiliser son peuple, afin de susciter une prise de conscience en eux, ce que j’appelle la révolution intérieure et que le feu OMAR BONGO appelait «le changement de mentalité.»

En effet, les problèmes qui minent les peuples noirs africains empêchent une véritable cohésion au sein du continent. La course au privilège a fait de l’africain un être sans compassion et égocentrique. Celui-ci n’entretient envers son frère que des rapports basés sur le profit, la ruse et l’exploitation. Cette ambition, démesurée, l’a amené à fouler aux pieds les valeurs africaines : le respect, la compassion, le droit d’aînesse, la solidarité,  l’hospitalité, la probité… Cette situation engendre des frustrations, la colère, la méfiance et la non acceptation de l’autre. La prise de conscience des africains que la nécessité d’une union politique contribuera à lever les pesanteurs essentielles du continent est vivement souhaitée. »

 

Philosophe et africaniste

Mr Celestin AGBENOUVON

Mr Celestin Fiagan Agbenouvon

Philosophe et panafricaniste

 

 

« L’Afrique est un continent dont la totalité des Etats a connu la colonisation de pays européens avec des méthodes diverses et variées. C’est pourquoi le problème de l’immigration intra-africaine est difficilement perceptible au-delà de toutes les manipulations excessives et erronées des médias occidentaux.  L’Afrique est une, certes, mais plurielle à bien des égards. Pour une union politique effective et féconde, il faut des objectifs clairs, des critères clairs et une volonté claire de ses membres de donner corps et esprit à cet engagement.

D’abord, les États africains et en particulier les classes politiques doivent jouer franc-jeu avec leurs populations en organisant des émissions et dialogues public. Cela permettra de leur faire comprendre les bienfaits de l’union des peuples africains. Toute population aspire au mieux-être, c’est pourquoi l’UA doit opter pour une gestion des États en fédération plus ou moins autonomes, comme dans certains grands États anglophones.
Ensuite, une politique vraie d’union des peuples africains doit envisager l’effectivité des mouvements des populations africaines dans un  » ESPACE SANS VISA ». Ceci de manière organisée, sûre et légale (sans difficultés), pour la libre-circulation des personnes et des biens. »

Avoir en partage un même continent, voire une même population, ne peuvent être les fondements d’une politique pour l’union des peuples africains. Seules les valeurs communes sont le fondement d’une politique et les valeurs sur lesquelles repose l’UA sont, pour le moins, claires au niveau des peuples africains.

L’union pour l’union n’a aucun sens. Aucune communauté ne voudra d’une union dans laquelle elle estime avoir plus à perdre qu’à gagner, ni d’une union où elle nourrit des appréhensions contre d’autres communautés. Il importe donc d’impliquer les peuples dans les réflexion en cours pour révéler tout le potentiel d’une Union Africaine et permettre l’appropriation de modèles sociaux propres à sa construction. »

Imaginez le général De Gaule mis en examen 

François Fillon. Crédit RFI

« …Qui imagine le général De Gaule mis en examen ?… »

La question porte, en soi, une forte charge symbolique

Et comme il fallait s’y attendre, son effet fut dévastateur.

L’accusé c’est l’ex président Nicolas Sarkozy,

Mis en examen dans l’affaire Bygmalion entre autre*

Et candidat à la primaire de la droite et du Centre.

L’accusateur n’est nul autre que l’ex premier ministre François Fillon

Egalement candidat à la primaire de la droite et du Centre.

Par cette formule assassine,

Le très catholique, conservateur et intègre François Fillon

Fait la leçon de moral à son challenger et ça a fait mouche.

Les uns après les autres il a évincé tous les candidats à la primaire

Avec 66,6% des voix, il remporte la primaire à droite.

Il sera le porte flambeau de la droite à la présidentielle de 2017

Dans un contexte où la gauche au pouvoir est aux abois,

Et l’extrême droite qui attend toujours ses lettres de noblesse,

Autant dire que l’Elysée est offert sur un plateau d’or à François Fillon

Avec lui, le gaullisme est de retour,

Et le redressement de la France en marche.

Mais une certaine presse n’entend pas la chose de cette oreille.

Eh oui, la presse ! Encore la presse ! Toujours la presse !

Premier de cordée, le canard enchaîné jette un pavé dans la mare.

François Fillon est soupçonné d’avoir fourni un emploi fictif

à sa femme Penelope  et à deux de ses enfants sur plusieurs années.

Mensonge, campagne de calomnie, s’indigne François Fillon.

Il souhaite que la justice s’en saisisse et tire au clair cette affaire.

Dame justice invoquée, s’auto-saisie.

Après des enquête préliminaires, une information judiciaire est ouverte.

Adoptant une posture de victimisation, il n’en démord pas :

«  Je ne me reproche de rien, tout ce que j’ai fait est légal »

Il parle d’assassinat politique accuse pêle-mêle, s’excuse au passage.

Du reste, il ne compte pas se retirer et s’en remet au jugement du suffrage universel.

Même convoqué par le juge en vue de sa mise en examen formelle ;

« …ça n’est pas seulement moi qu’on assassine, mais l’élection présidentielle »,

Il persiste et signe : « je suis le seul capable de barrer la voie au Front National ».

Mais n’étant plus irréprochable, les appels à son renoncement se multiplient

Mais rien à faire, son projet est le seul capable de redresser la France.

« Je ne céderai pas, je ne reculerai pas ! »

« …J’irai jusqu’au-bout, je m’en remets au peuple français ».

Bon! Qui avait dit d’imaginer le général De Gaule mis en examen ?

C’est François Fillon, Pardi!  mais c’était à propos de l’autre.

Et il dit quoi, le Général, là?

Le général, c’est le général et lui  c’est lui.

Pénélope Fillon : la femme qui ne dit rien

 

Pénélope et François Fillon. Crédit France 24.

Depuis le 25 janvier, François Fillon, ancien Premier ministre français aujourd’hui candidat à la présidentielle, est soupçonné premièrement, d’avoir fourni un emploi fictif d’attachée parlementaire à sa femme Pénélope pendant plusieurs années, deuxièmement, d’avoir privilégié deux de ses enfants en les faisant rémunérer grassement en tant que stagiaires au Parlement. Depuis cette date, on entend tout le monde parler du « Pénélope Gate » sauf la principale concernée, qui se mure dans un silence qui interroge. Silence coupable ou silence stratégique ? Les avis restent partagés.

« Oui, j’ai employé mon épouse comme collaboratrice. Elle a ensuite été la collaboratrice de mon suppléant. Elle a donc occupé ce poste pendant 15 ans pour un montant de 3677 euros net. Un salaire parfaitement justifié pour une personne diplômé de Droit et de Lettres. » a expliqué François Fillon lors de sa grande conférence de presse en forme d’opération « vérité et réconciliation ».

Preuves à l’appui, Le Canard Enchaîné a mis en doute la réalité du travail effectué par Pénélope Fillon et le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics ». Parole des uns contre parole des autres, il reviendra au juge de statuer.

Dans cette tempête politico-médiatique, force est de constater que la principale protagoniste de l’affaire, Pénélope Fillon, n’a pas dit un mot. Aucune intervention de quelque nature que ce soit, aucune prise de parole, rien. Rien pour situer l’opinion publique.

De ce point de vue, elle fait penser à « La môme néant » du poète Jean Tardieu :

« Quoi qu’a dit ?

– A dit rin.

Quoi qu’a fait ?

– A fait rin.

A quoi qu’a pense ?

– A pense à rin.

Pourquoi qu’a dit rin ?

Pourquoi qu’a fait rin ?

Pourquoi qu’a pense à rin ?

– A’xiste pas. »

Sauf que Pénélope Fillon n’est point une môme, elle existe bel et bien et pourtant elle ne dit rien ! Chez les Fillon,  depuis le début de cette affaire, seul le mari, François Fillon, la main sur le cœur, et le cœur meurtri, s’indigne, proteste, affirme, confirme et atteste… Il s’embrouille, embrouille son camp “Les Républicains“ sur lequel il fait peser la menace de la justice contre tout « plan B » et chamboule totalement le jeu politique de la France à deux mois et demi de l’élection présidentielle.

Dans cette affaire, où la dignité de la personne est plus ou moins en jeu, ce silence de la part d’une femme française, européenne, éduquée, diplômée et nullement subordonnée à son mari, de l’avis même de ce dernier, a de quoi étonner. Il serait vraiment souhaitable qu’elle se prononce et donne sa part de vérité. Cela édifierait tout le monde (et en plus cela honorerait la famille Fillon !).

Mais il y a plus. La complaisance générale des militants et des cadres de la droite envers François Fillon, qui continue de battre campagne comme si de rien n’était, malgré la ruine de sa cote dans les sondages, surprend encore plus. Tout se passe comme si la droite française n’avait pas pris la mesure des enjeux du moment. A mon avis, si “Les Républicains“ ne condamnent pas unanimement François Fillon pour le mettre face à ses responsabilités, c’est François Fillon qui les condamnera à cinq nouvelles années d’opposition.

Vu d’Afrique, le souhait d’entendre Pénélope Fillon est largement partagé. Tous les événements qui touchent à un pilier de la modernité politique en France font presque jurisprudence en Afrique, ceci explique donc cela.

 

Haïti vu d’Afrique : Le défi d’un nouveau régime d’historicité

Monsieur Victor Gnassounou

Monsieur Victor Gnassounou

Haïti est en pleine crise  politique depuis la démission du président Michel Martely en février 2016. Le parlement haïtien a rejeté, dimanche 20 mars, le gouvernement du premier ministre Fritz Alphonse Jean, nommé par le président intérimaire de Haïti Jocelerme Privert. Ce dernier doit organiser le 24 avril  le second tour de l’élection présidentielles interrompue et des législatives partielles et remettre le pouvoir le 14 mai à un président élu par le peuple. Dans cet imbroglio politico-économique, quelles solutions à cette crise interminable ?

A la faveur d’une rencontre avec Monsieur Victor Gnassounou, Professeur de philosophie politique à Libreville et surtout auteur d’un article intitulé : « Haïti : Le défi d’un nouveau régime d’historicité », publié chez Présence Africaine dans la revue culturelle du monde noir : «  Haïti et l’Afrique » N° 169, Paris, 2004, pp. 41-56, j’ai  eu l’opportunité de confronter mes interrogations sur Haïti avec la pensée du philosophe.

Dans l’entretien qu’il m’a aimablement accordé et que je publie ici in extenso, Monsieur Victor Gnassounou, fait un décryptage du passé et du présent d’Haiti et à travers la dialectique du passé et du présent, attire l’attention sur l’urgence pour les Haïtiens d’être à la fois des peuples du temps et de l’espace, pour rompre, comme le dit plus clairement S. Huntington, leur double isolement : culturel et géographique

Monsieur Victor Gnassounou, merci pour cet entretien exclusif que vous avez bien voulu m’accorder.

Monsieur Victor Gnassounou, dans votre article : « Haïti : Le défi d’un nouveau régime d’historicité », vous avez, rappelé la pensée d’Aimé Césaire dans le Cahier d’un retour au pays natal: « Haïti » « Terre des montagnes » Ou « La négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité ». Mais depuis ce glorieux événement, Haïti est plus à genou que debout. Quelle appréciation du philosophe sur cette douloureuse trajectoire ?

Par association d’idées, l’évocation de la douloureuse trajectoire d’Haïti m’a fait penser à Hegel.  Lire Hegel, c’est comprendre que l’Histoire ne met en scène que des tragédies ! Il parle de calvaire de l’histoire et ose la métaphore lugubre de  « vallée d’ossements » pour donner une intuition de la réalité historique. Le bonheur est l’apanage des peuples sans histoire. Donc, cette douloureuse trajectoire fournit une indication irrécusable : quelque chose s’est passé en ce lieu, un petit point à l’échelle du globe terrestre, mais quelque chose  digne d’intérêt pour l’Histoire du monde, au-delà de la singularité du destin tragique de ces enfants d’Afrique, déportés, esclavagisés, qui ont farouchement refusé leur condition et leur avenir de parias, d’êtres  « ensauvagés », exclus de la grande famille des humains. L’ironie de l’histoire dans le cas d’espèce, c’est de faire voir, par ses effets grossissants dont seule l’histoire a le secret, la bêtise et l’égarement des maîtres d’œuvre de cette tragédie : esclavagistes, coloniaux, impérialistes de tout poil etc. Enfin, douloureuse trajectoire, parce qu’après quelques batailles engrangées, la lutte continue. L’ennemi est une hydre, un mal qui se reproduit à mesure qu’on l’éradique.

« A genou »/ « debout », ces postures au sens propre du terme, appliquées ou non à Haïti,  doivent être perçues à la fois comme des phases et le moteur interne, la dynamique de l’histoire, qui enveloppe ce que font les hommes mais aussi ce qui arrivent aux hommes, en dépit de leur volonté. Ce qui reste prégnant à mon esprit,  c’est la Révolution Haïtienne et son impact mondial. Un exemple : l’abolition du système esclavagiste. Les Haïtiens, en 1804, ont donné corps à l’espérance d’une société sans hiérarchie raciale. Je ne peux pas ne pas continuer à voir les Haïtiens comme un peuple historique,  debout,  face aux autres peuples du monde, en dépit de tous les épisodes plutôt désespérants de leur  histoire et  plus singulièrement poignants au regard leur actualité politique.

Un jeune poète et ami haïtien Eliphen Jean parlant de son pays a écrit : « Quand on parle d’accord diplomatique entre Haïti et d’autres pays, j’entends surtout des accords complomatiques ». A votre avis, toute l’histoire d’Haïti ne serait que complot ?:

Je salue la  justesse du néologisme. Mais, la connotation conspirationniste du terme ne correspond pas à ma lecture des accords diplomatiques. Ainsi, pour ma part, je parlerai de jeu de dupes, et pour me faire mieux comprendre, de marché de dupes. Le dupé, celui qui est abusé, c’est bien entendu et invariablement le plus faible. Nous sommes dans un monde où tout se vend ou s’achète, y compris les vertus, intellectuelles morales, spirituelles, les biens symboliques …. L’efficacité diplomatique est évaluée en fonction de sa valeur marchande (on parle même sans gêne de diplomatie économique). On a beau baptiser une initiative d’historique, derrière, comme son ombre portée,  suit le profit qu’on peut en tirer.

Je comprends l’exaspération qui a inspiré cette trouvaille, mais c’est la chose la mieux partagée dans les pays du Sud, dans les pays qui subissent la mondialisation. Les accords de Paris sur le climat est une autre déclinaison de cette complomatique. D’un mot, reconnaissons les rapports de pouvoir  et la déloyauté dans la rhétorique diplomatique. Inscrivons ce  néologisme, dans la longue tradition de résistance aux négriers esclavagistes ; il est la métaphore de ce qu’on n’acceptera jamais de revivre, sous n’importe quelle forme, quoi qu’il arrive ; parce que les peuples ne sont pas dupes! En tout état de cause, les Etats n’ont d’initiatives qu’à proportion de leur taille et de leur poids à l’échelle internationale.

Certes, il y a les complots, les dictateurs, mais il y a  aussi eu le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Il y a désormais un avant le tremblement et un après le tremblement. On a le sentiment que même la nature aussi s’y est mise.

Ce partage entre « un avant le tremblement et un après le tremblement » me semble imprudent. La césure n’est pas absolue loin s’en faut. Il faut rendre à l’avenir son incertitude! Je crois qu’on a imprudemment baptisé la Première Guerre mondiale, la Grande Guerre. Comment qualifier alors, en comparaison, la Seconde Guerre mondiale? La nature a beau s’y mettre comme vous le suggérez,  force est de reconnaître qu’il n’y a pas d’histoire de la nature. Ce sont les hommes qui ont et qui font l’histoire. C’est ce qu’il faut retenir de la sémantique du terme «  d’historicité » : il n’y a d’histoire qu’humaine, que pour une conscience temporelle, tiraillée entre le passé et l’avenir. Il y a un  paradoxe de l’histoire. Les hommes font bien l’histoire ; mais ils  ne sont pas moins déterminés par l’histoire qu’ils font (Cf. C. Marx). En revenant à votre question, je vais élargir le champ de l’histoire en me tournant vers un référent incontournable pour le coup : Marx.  L’histoire a-t-il régulièrement affirmé,   est déterminée par l’activité matérielle des hommes, par les contradictions sociales, politiques (la lutte des classes) et aussi par les aléas naturels où elle s’inscrit. Haïti n’est pas, si j’ose dire, spécialement dans le collimateur de la Nature et ses furies. Evoquons  par exemple le phénomène « El Niño » et son cortège funeste de catastrophes climatiques qui affectent les écosystèmes marins et terrestres. Son impact est mondial : les moussons dans les pays d’Asie du Sud-est, les cyclones violents en Californie, le triste tableau du ciel indonésien, ou du Nordeste brésilien, la liste est ouverte.  Nous ne sommes pas maîtres et possesseurs de la nature ; Par les  séismes, couplés ou non avec des tsunamis, la nature le rappelle souvent au souvenir des Japonais.  Nous avons une forte propension à  l’oublier dans nos accès de griseries scientistes et technologiques. En substance, je vais vous faire une réponse d‘inspiration existentialiste (Sartre),  à l’opposé de toute logique victimaire ou fataliste: l’important, ce ne sont pas les contrariétés que nous oppose la nature, mais notre ingéniosité et nos prises d’initiative pour les rendre compatibles avec la vie sur terre. Faute de quoi, l’aventure humaine sur terre n’aurait plus de sens. Une vision déterministe ou fataliste de la nature ruinerait tout espoir de garder ou de prendre des initiatives historiques, de continuer à croire et à vouloir un avenir meilleur.

Les Haïtiens, vous l’avez aussi rappelé dans votre article, sont des descendants d’africains (Ibos Yoroubas, Fons, Bambaras Wolofs, Mandingues,…). Je rappelle que nous sommes ici à Libreville en terre africaine, que vous êtes de nationalité togolaise et moi de nationalité béninoise. Alors, Haïti et l’Afrique ? Je t’aime, moi non plus ?

Ce que je retiens en tant qu’Africain, Quand il s’agit d’Haïti, ce n’est pas la nostalgie qui bercerait les diasporas noires vis-à-vis de l’Afrique la mère-patrie. L’Afrique après laquelle soupire Carl Brouard, en 1958, c’est l’Afrique  «  des baobabs » » ; c’est Tombouctou, Abomey, Gao, l’empire Manding . En écho, J.  Roumain dit qu’il porte en lui l’Afrique « comme un fétiche au centre du village » (Bois d’Ebène). Je suis pour ma part interpellé par l’expérience de la terreur coextensive à  la déportation et qui  se partage entre nostalgie et affects négatifs, ressentiments, sentiments d’abandon. Importe peu le besoin de se remémorer une généalogie commune, une ascendance commune. Haïti m’a toujours inspiré  une légitime fierté. Haïti,  c’est une saisissante séquence d’une leçon d’histoire mondiale : des Noirs, esclaves, ont appris « aux races exploitantes la passion de la liberté » ( J.-F. Brière, Black Soul) ; l’étonnant, c’est de comprendre,  comment Blancs et Noirs, peuvent se retrouver en lice, pour la conquête des mêmes droits de l’homme ;  pourquoi, les héritiers de Toussaint Louverture, même en exil, n’ont pas renoncé d’«écrire dans toutes les langues,/ aux pages claires de tous les ciels/la déclaration de tes droits méconnus/depuis plus de cinq siècles/en Guinée,/au Maroc,/au Congo,/partout enfin où vos mains noires/ont laissé aux murs de la Civilisation/des empreintes d’amour, de grâce et de lumière… » (ibid). Ce sont des vers haïtiens. C’est tout simplement merveilleux.

L’expérience traumatisante de la déportation et de l’esclavage s’est cristallisée de façon emblématique dans le vaudou, mais aussi dans les domaines de la création (l’art la littérature). Le vodou a largement  inspiré la peinture naïve haïtienne, mondialement reconnue. La spiritualité haïtienne, à travers les rites vodou nous offre un bel exemple de syncrétisme religieux,  irréductible à sa souche béninoise. Le mouvement indigéniste haïtien exalte à partir de 1927 une Afrique mythique, c’est-à-dire précoloniale, aujourd’hui en agonie prolongée, celle avec laquelle  le discours ethnologique a fait ses choux gras ; le malentendu a persisté, jusqu’aux années des indépendances africaines. Il faut bien intégrer que le destin d’Haïti se joue aujourd’hui singulièrement dans les caraïbes, et symboliquement avec l’Afrique.

L’élection en 2010 de l’ex président Martely a suscité en Haïti comme partout ailleurs un grand vent d’espoir. Mais hélas, l’aventure s’est terminée en queue de poisson. C’est le serpent qui se mord la queue ?

En effet, en écrivant « des Soulouqueries[i] aux Tontons Macoutes[ii], c’est l’expérience singulière de l’intermittence du malheur qui semble définir le régime d’historicité d’Haïti », j’avais en vue Ouroboros, le nom grec du serpent qui se mord la queue.

A propos de l’ex président Martely, je dirai qu’une hirondelle ne fait pas le printemps ; non plus que les soubresauts politiques du moment, les tribulations d’un mandat présidentiel ne sont pas rédhibitoires. L’échec ou non de Martely ne scelle pas l’avenir d’Haïti. « La démocratie ne consiste pas à s’unir mais à savoir se diviser. L’unanimité, le plein accord, est un mauvais signe. » Alfred Sauvy – La Tragédie du pouvoir (1978). Un peu de la même veine ; « Toute démocratie est un désordre raisonnable » Dominique Shnapper (membre du Conseil Constitutionnel de 2001 à 2010). Ces deux citations, mis en regard, illustrent la dynamique propre des   démocraties contemporaines. Elles sont, au dire de l’essayiste français Pascal Bruckner plus source de mélancolie que de bonheur.

Pour faire court, je dirai que l’actualité politique haïtienne ne peut se passer de l’éclairage du passé. On peut dire que le solde net positif de la Révolution haïtienne est  l’abolition de l’esclavage. Mais, cette révolution n’a pas pour autant réussi à instaurer une société post-raciale. Pour une bonne part, cela est imputable au communautarisme colonial blanc. Comme l’écrit Françoise Vergès, « Les Blancs ne se mélangeaient pas ». Toussaint Louverture est l’emblème politique des Noirs, exclusivement. Les sang-mêlés ont aussi leur emblème, c’est Rigaud, grand rival de Toussaint Louverture. Cette double mémoire antagonique de l’esclavage et de cette expérience singulière de l’affranchissement est encore vivante, et irrigue l’imaginaire social, politique, artistique du peuple haïtien ; ce qui explique l’indocilité, la turbulence endémique des Haïtiens. On ne peut occulter les enjeux de la mémoire quand on analyse les inégalités économiques et sociales qui gangrènent la République d’Haïti. Les relations délicates par exemple d’Haïti avec la République dominicaine révèlent des traces résiduelles d’un lourd passé, configuré par le système esclavagiste, les projets coloniaux et impériaux, la proclamation de la première République noire du monde ; manifestement, entre toutes ces strates du passé haïtien, la greffe n’a pas pris.  Idem pour les relations difficiles d’Haïti avec la France, les Etats-Unis que nous avons évoquées sous le prisme de la complomatie.

Faut-il pour autant désespérer d’Haïti ?

Vu sous un angle, on peut désespérer d’Haïti. Des signes récurrents et implacables du Destin sont irrécusables. Sous un autre angle, c’est tout simplement pas juste. Haïti, c’est aussi Toussaint Louverture. C‘est aussi pour les peuples encore aujourd’hui dominés, je pense aux Africains,  une leçon d’histoire : la réappropriation  de soi, de  sa dignité humaine est une tâche, un combat infini. L’enchevêtrement des mémoires des malheurs du Noir est inextricable ; l’une remonte à un épisode biblique : la malédiction de Cham. D’où le dilemme : mémoire ou oubli ? Les deux termes de l’alternative n’offrent aucune identité apaisée, confiante.

C’est un fait que l’histoire est tragique. Elle ne justifie pas pour autant le quiétisme, et ne doit nullement se lire comme la chronique d’une défaite annoncée. Il faut faire jouer, jusqu’au bout, si tant qu’on puisse parler d’un bout, la dialectique de l’histoire, c’est-à-dire, l’antagonisme de la « force des choses » et la volonté humaine d’en triompher. Dans les pires moments de son existence, un peuple peut se répandre en complaintes. Mais, le chant du cygne, c’est pour les cygnes, pas pour les peuples !

Irez-vous jusqu’à penser comme  Thélyson Orélien, poète et auteur haïtien qui, dans son dernier livre : « Le temps qui reste » publié aux Editions des Marges en 2015, estime que dans le temps qui reste à Haïti, il y a de la place pour l’humanité et pour l’amour.

Le titre du livre de Thélyson Orélien, sans une idée précise du contenu,  suggère l’idée d’un compte à rebours avec la nécessité d’un bon usage du peu de temps qui reste, même si dans la réalité, il reste une éternité. L’humanité commence pour les Grecs avec la philia, « l’amour-amitié », le lien social. Aristote définit l’homme comme un être vivant, doté du logos, raison-langage, et ayant vocation à vivre parmi ses semblables.  Le pari du livre de Thélyson Orélien, l’humanité et l’amour,  que je n’ai pas lu, l’inscrit dans un registre politique au sens étymologique du terme. Je remarques aussi qu’il est en résonance avec  les vers de Black Soul de J.F. Brière que j’ai déjà cités : «   écrire dans toutes les langues, / aux pages claires de tous les ciels/la déclaration de tes droits méconnus/depuis plus de cinq siècles/en Guinée,/au Maroc,/au Congo,/partout enfin où vos mains noires/ont laissé aux murs de la Civilisation/des empreintes d’amour, de grâce et de lumière… »

Quelles conjectures sur l’avenir pour les élites politiques haïtiennes, mais aussi pour le peuple haïtien tout entier afin de lever le défi d’un nouveau régime d’historicité pour Haïti ?

Certes, Haïti a déjà relevé un défi, un ce premier jour du premier mois de l’An 1804, en proclamant la République. Il incarna ainsi une nouvelle figure de la liberté, c’est-à-dire la  définition d’une humanité élargie, non restreintes aux limites géographiques et culturelles de l’Occident, et non indexée sur la notion de race. Comme le dit Césaire, il a enseigné au monde, un humanisme à la mesure du monde. De 1804 à 2016, beaucoup d’eau a coulé sous le pont, avec des fortunes diverses. C’est l’actualité politique d’Haïti qui justifie la pertinence d’une interrogation sur la nécessité d’un nouveau régime d’historicité pour Haïti. De façon abrupte, je veux dire qu’il est urgent, pour la classe politique et le peuple haïtien de  porter la promesse d’une autre expression d’un destin commun. Sinon, 1804 rétrospectivement s’inscrira comme une victoire à la Pyrrhus. Le défi haïtien, c’est son isolement géographique et culturel. Diagnostic d’un esprit affûte, S. Huntington : «  Les élites d’Haïti étaient traditionnellement liées à la France, mais la langue créole, la religion vaudou ainsi que ses origines dans les révoltes d’esclaves et son  histoire agitée font de cette île un pays isolé…. En Amérique latine, disait le président du Panama, Haïti n’est pas reconnu comme un pays d’Amérique latine. Les Haïtiens parlent une langue différente. Ils ont des racines ethniques  différentes, une culture différente. Ils sont en tout point différents » Haïti est tout aussi isolé des pays noirs anglophones des Caraïbes…Haïti, « voisin dont personne ne veut », est véritablement un pays seul [iii]». Je pense que les Haïtiens, en 2016, ne doivent pas être dans la nostalgie des temps glorieux d’un passé héroïque. Regardez l’exemple de la France. Elle s’est assignée à demeure, en Europe, dans son interminable rêve d’Empire. Elle continue à se voir grande, dans le déni de sa situation économique actuelle. 9e rang selon le FMI. Il n’y a donc pas une rente de situation liée au statut de peuple du temps[iv]. L’imaginaire social des peuples du temps est orienté vers le passé. Celui des peuples de l’espace, comme l’Amérique, se tourne vers l’avenir, vers ce qu’il y a à conquérir (Nouvelles frontières de l’Amérique sous la présidence de Kennedy). L’enjeu d’un nouveau régime d’historicité, c’est de réussir à dialectiser  l’imaginaire social pour qu’il se déploie en fonction des trois dimensions du temps : passé-présent-avenir et en rapport avec l’espace (Chronotope selon Bakhtine).

Les Haïtiens ont à être à la fois des peuples du temps et de l’espace, pour rompre, comme le dit plus clairement S. Huntington, son double isolement : culturel et géographique.

Une fois encore, merci Monsieur Victor Gnassounou pour cette  contribution  remarquable à la compréhension d’Haïti. Votre mot de la fin.

Je pense, fort à propos, au titre du livre  autobiographique du philosophe Louis Althusser, abstraction faite de son contenu : L’avenir dure longtemps, Paris, édition Stock, 2007. Ceci nous autorise à croire qu’il y a du temps pour les haïtiens pour  réinventer une citoyenneté conviviale, aux ancrages multiples, ouvertes à toutes les mémoires, à toutes les histoires,  à toutes les intrigues qui se sont nouées sur cette terre des montagnes.

Note

I Soulouque ( Faustin) . Homme politique haïtien ( 1782 -1867 ) Elu président en 1847, auto-proclamé empereur en 1849 sous  le nom de Faustin 1er . L’expression désigne la corruption et la  terreur qui ont marqué son règne
II Les Tontons Macoutes, milice créée par le didacteur François Duvalier qui prend le pouvoir en 1957 ;  cette milice fut dissoute en 1986 après la chute de son fils Jean-Claude Duvalier.
[iii] S. Huntington, Le Choc des civilisations, Paris, O. Jacob, 2000, p. 195.
[iv] C’est Armand Hoog, dans sa chronique du Figaro en date du 4 mai 1977 qui fait cette distinction entre les peuples du temps et les peuples de l’espace. Il écrit : «  La France politique déjeune et dîne de son histoire ancienne. Elle s’y cramponne ».

Mémoire de végétal

arbre menacé

Autrefois, noyé dans une forêt revigorante,

Aujourd’hui, esseulé dans une campagne désespérante,

Un vieil arbre pense en son âme,

A tous les malheurs qui menacent sa race.

Nous sommes les petits poucets de la création,

Mais le gros pouce de la  grande famille des créatures.

Nous sommes, dans tous les écosystèmes, les producteurs,

Tandis que toutes les autres créatures y sont des consommateurs.

Nous sommes, non seulement, producteurs par notre culture,

Mais aussi purificateur et vaporisateur de toute la nature.

Dans le concert environnemental, ils sont tous des pollueurs,

Et nous, les absorbeurs de leurs rejets, en sommes les payeurs,

Pourtant nous sommes les mal aimé de la terre.

Tous  s’acharnent sur nous et ne nous font que des misères.

Sans notre existence, aucun d’eux n’aurait existé.

Nous sommes la clé de leur vie et de leur santé.

Nous les nourrissons quand ils ont faim,

Nous les réchauffons quand ils ont froid,

Nous les aérons quand ils ont chaud.

Nous parfumons, aromatisons et agrémentons leur vie.

Mais, en monnaie de singe, ils nous paient.

Mon peuple, entre leur main, n’est jamais en paix.

Ils, nous broutent, Ils nous rongent,

Ils nous fauchent, Ils nous coupent,

Ils nous brûlent, Ils nous saccagent,

Ils nous enfouissent. Ils nous sapent.

Les humains en particulier, ces enfants gâtés et insoumis,

Sur nous se croient  tous les droits permis.

Nos racines, tiges et feuilles, nos fruits et même nos semences,

Tout sur nous subit les affres de leur démence

Entre nos mains  pourtant, ils voient, pour la plupart, le jour,

Jusque dans la tombe, nous les portons à leur dernier séjour.

Mais au lieu de nous chérir

Ils nous font allègrement souffrir

Moi encore, à mon âge, je peux me dire veinard.

Mais nos jeunes pousses ont peu de chance de devenir gaillard.

Heureusement, ils ne sont pas tous fous.

Quelques uns ont compris,

Qu’on ne scie  pas la branche sur laquelle on est assis.

Loin de moi toute idée narcissique.

Mais qu’adviendrait-il quand ils nous auront tous détruis ?

Que mangeront-ils ?

Quel air respireront-ils ?

De quoi se vêtiront-ils ?

Sur quoi se coucheront-ils ?

Dans quoi s’inhumeront-ils ?

S’ils pouvaient le comprendre ?

Vivement qu’ils prennent de plus en plus conscience !

Vivement qu’ils s’accordent pour réduire leur nuisance !

Car c’est en nous donnant leurs soins

Que nous pourrons continuer à satisfaire leurs besoins.

C’est en nous entretenant,

Qu’ils s’assurent notre capacité à les entretenir.

C’est en nous protégeant, qu’ils protégeront leur mode de vie.

                                                  Adébayo Charles AGBADJE

Ode à la femme

La communauté internationale célèbre le 8 mars de chaque année la Journée internationale de la femme, ou Journée internationale pour les droits des femmes. Cette journée officialisée depuis 1977 par les Nations unies est une journée de manifestations et de revendications des droits de la femme.

Cette année 2015, le thème retenu par les Nations Unies pour commémorer l’événement est  « Autonomisation des femmes – Autonomisation de l’humanité : Imaginez ! »

Pour ma part, je dédie à toutes les femmes cette ode d’un auteur inconnu.

 ode à la femme 9

Mais, on le sait aussi, la vie de l’Homme et donc de la femme va de 0 à 77 ans. Je laisse alors le soin aux uns et aux autres d’Imaginer la femme à 70 ans, à 80 ans et pourquoi pas depuis 10 ans…

                                                            Adébayo Charles Agbadje

Conflit israélo-palestinien, à quand la paix des braves ?

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808 Palestiniens tués lors des frappes sur Gaza.  Crédit photo:Éric Roger

Le monde entier avait croisé les doigts pour que la trêve dure, mais hélas. Dans la bande de Gaza, après trois jours d’accalmie dans ce dernier épisode du conflit israélo-palestinien, les hostilités ont de nouveau repris entre les deux belligérants depuis ce vendredi 8 août 2014. Le bilan déjà très lourd de la première phase va encore s’alourdir d’heure en heure. Mais curieusement, les initiatives, les engagements, les facilitations, les pressions politiques et diplomatiques pour parvenir à une paix durable se font désirer…

A Gaza, les tirs de roquettes palestiniennes et les frappes israéliennes ont repris ce vendredi 8 août, à l’issue d’une trêve de trois jours qui n’a pas été prolongée faute d’accord entre les négociateurs aux pourparlers du Caire sous les auspices des Egyptiens. Le scénario de la guerre est identique à celui de la première phase. Aux tirs de roquettes palestiniennes, répondent les frappes de l’aviation israéliennes. Un ping-pong de feu déséquilibré, disproportionné et cataclysmique. Le bilan humain des 29 premiers jours faisait déjà état de près de 1 900 Palestiniens, 63 soldats et trois civils israéliens tués depuis le 8 juillet.

Dans ce conflit, il faut l’avouer, la  situation qui prévaut à Gaza depuis un mois commence à devenir insupportable et devant le vide de stratégie pour une sortie de crise durable, on se surprend à s’interroger sur les mollesses qui fatalement conduisent à ce chaos humain.

Ce conflit israélo-palestinien qui oppose, au Proche-Orient, les Palestiniens et l’État d’Israël a officiellement débuté le14 mai 1948, jour de la création de l’État d’Israël et prolonge le conflit qui opposait depuis la déclaration Balfour de 1917, les communautés arabes et juives. Dans sa phase moderne, c’est un conflit vieux de 66 ans ce qui fait de lui l’un des plus vieux conflits de l’époque contemporaine. En 66 ans de guerre, que d’opérations armées au nom plus imagées les unes que les autres, d’interventions militaires, de raids aériens, d’Intifada ou guerre des pierres, de tirs de roquette « Qasam », de représailles et de frappes de l’armée israélienne, etc.

Existe-t-il déjà dans l’histoire, un conflit que la guerre à elle seule a permis de résoudre ? Non. Les hommes ont beau se faire la guerre, c’est toujours autour de la table que les braves scellent la paix.

Il ne fait donc aucun doute que si le conflit  israélo-palestinien va connaître un jour de dénouement, ce ne sera pas parce qu’un camp aura capitulé, mais parce que les deux parties se seront assises autour de la table pour négocier la paix de façon réaliste, responsable, courageuse et  équitable.

Réaliste, parce qu’on le veuille ou non, Israël est une réalité, mais la Palestine et le Hamas aussi. Responsables, car partant du principe de deux Etats sur un même territoire dont il reste à définir les nouveaux contours de chacun de ces Etats.

Courageuse, puisque devant faire abstraction de toutes les passions, les émotions pour se concentrer sur l’essentiel, le possible.

Équitable, en ce sens que ce que les uns souhaitent pour eux même, ils doivent l’accorder à l’autre camp en sachant que nul ne peut changer l’histoire.

Avec de telles dispositions d’esprit, on peut certainement, arriver à arrêter le cycle de violence et pourquoi pas sortir de l’impasse.

La paix et la liberté sont deux faces d’une même monnaie, le bien-être social. Israël a le droit à la paix sur son territoire tout comme les Palestiniens. Il importe donc que les tirs de roquettes du Hamas sur Israël cessent, mais aussi que le blocus de Gaza soit levé. Vivement que la communauté internationale pèse de tout son poids pour arracher ce compromis aux deux parties afin que vienne le règne de la paix.

A mon sens, il y a des Etats, des leaders, des décideurs, des organismes internationaux, des opinions publiques capables d’engagements, d’influences et de pressions pour peser sur les ardeurs des uns et des autres et parvenir à la cessation des hostilités entre les belligérants. Mais malheureusement, toutes les réactions sont plutôt timorées. Pour autant, il y va de la responsabilité de la communauté internationale puisque quoi qu’on dise, elle n’est pas étrangère à la situation et elle a largement les moyens, si elle le veut, de promouvoir plus efficacement la paix dans cette région du monde.

2015-2016, années de grandes épreuves pour les démocraties en Afrique

revision constitutionnellle en Afrique

L’agenda politique en Afrique en 2015 et 2016 est riche en élections présidentielles. Des scrutins présidentiels sont prévus dans une vingtaine de pays. Dans au moins cinq de ces pays, les chefs d’Etat ont des mandats qui ne sont plus renouvelables au terme des constitutions en cours et des révisions constitutionnelles sont en gestation pour rendre possible la chose. Entre pro et anti révision constitutionnelle, le débat fait rage et le risque d’une confrontation est très grand.


Une série d’élections et une cascade de révisions constitutionnelles

Le respect des échéances électorales est une exigence majeure dans les démocraties modernes et dans les démocraties africaines, des efforts sont faits pour satisfaire cette exigence. En 2015 et 2016, dans au moins une vingtaine de pays, les électeurs seront convoqués aux urnes pour le scrutin présidentiel. En 2015, c’est le  Nigéria qui ouvre, le bal dès le 14 février 2015, puis suivront dans l’ordre la Centrafrique, le Soudan, la Guinée C, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, le Burundi. En 2016, suivront le Niger, le Bénin, Djibouti, le Tchad, l’Union des Comores, le Congo Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la RDC, Le Cap vert, la Gambie, le Ghana  etc.

Pour chacun de ces pays et pour l’ensemble du continent, ces scrutins en perspective, représentent un enjeu crucial pour la paix, la stabilité politique et donc pour le progrès économique et social. Toutefois, le climat social globalement déjà tendu, en temps normal dans plusieurs de ces pays, devient de plus en plus délétère à l’approche de ces échéances. Cette fièvre est particulièrement pernicieuse au Burkina Faso, au Congo Kinshasa, au Burundi, au Congo Brazzaville et au Bénin. Dans ces cinq pays, à moins de 18 mois des élections présidentielles, des révisions constitutionnelles sont officiellement annoncées, des projets qui divisent la société et exacerbent la tension sociale..

Au Burkina Faso, Blaise Compaoré, après 27 ans de règne, veut modifier l’article 37 de la Constitution, qui limite à deux, le nombre de mandats présidentiels. Le projet de révision constitutionnelle vise à faire abroger par référendum la limitation du nombre de mandats présidentiels. Pour l’opposition, « il n’y a plus que l’épreuve de force pour nous départager », averti Bénéwendé Sankara.

Au Burundi, Pierre N’kurunziza, veut modifier la Constitution du pays, afin de pouvoir briguer un troisième mandat. L’opposition burundaise très remontée contre ce projet traitre  est sur le pied de guerre pour le contrecarrer. 

Au Bénin, après un premier passage en catimini à l’Assemblée Nationale et le tollé général qui s’en est suivi, le projet de révision constitutionnelle est, actuellement, de nouveau, soumis à l’étude  des députés. Ici, entre le camp des partisans du projet et celui des opposants à ce projet, la ligne de clivage ne passe pas par la traditionnelle limite Majorité-Opposition et la confrontation promet d’être fratricide.

Au Congo Brazzaville, la Constitution du 20 janvier 2002, limite à deux le mandat du chef de l’Etat  et impose une limite d’âge à 70 ans (Article 57 et 58). Après plus de deux décennies au pouvoir, Sassou N’Guesso ne peut briguer un nouveau mandat en 2015 sauf si la constitution est modifiée. Pour le président congolais, le débat est ouvert sur la révision ou le changement de la Constitution. L’opposition congolaise a lancé, le 24 mai 2014, une plateforme dénommée ’Mouvement citoyen pour le respect de l’ordre constitutionnel’’ pour lutter contre toute modification de la Constitution du 20 janvier 2002.

En RDC, Le président Kabila arrive au terme de son deuxième mandat en 2016. Son gouvernement a adopté en mai dernier un projet de loi pour réviser la Constitution et permettre l’organisation des élections à venir. Selon le gouvernement, il s’agit d’une modification technique destinée notamment à faire des économies sur l’organisation des scrutins. Mais, l’opposition craint que le président Joseph Kabila ne cherche après coup, à se maintenir après la fin de son mandat. A Kinshasa, le débat est très houleux et l’inquiétude à son paroxysme.

Ainsi, au Burundi, au Burkina Faso et au Congo Brazzaville, l’objectif avoué de la révision est pour permettre respectivement au président Nkurunziza, Compaoré et Sassou Nguesso de briguer un troisième mandat en 2015 et 2016. En revanche au Bénin et en RDC, la version officielle réfute la révision opportuniste même si personne n’est dupe que le moment venu, le discours changera. Dans ces deux pays, en particulier, l’inquiétude vient du fait que nul ne peut dire si la révision constitutionnelle mènera à une nouvelle République. Le hic étant que dès lors que la révision aura lieu, ce ne sera plus le peuple ou les juristes qui le détermineront, mais la Cour Constitutionnelle qui est une institution politique et dont les délibérations sont sans recours, comme ce fut le cas au Sénégal en 2012.

En faisant abstraction de la transparence des scrutins qui constitue déjà une source de tensions potentielles autour des élections en Afrique, ces révisions constitutionnelles annoncées viennent en rajouter à une situation déjà compliquée. Comme on le voit les années 2015 et 2016 s’annoncent de toute épreuve pour les démocraties africaines dans lesquelles actuellement c’est le calme avant la tempête.


Un complot afro-africain 
                 

A mon sens, ce dont il est question, dépasse à la fois la fonction présidentielle et la modeste personne du Président. Il s’agit du choix de la démocratie fait par les Etats africains et de la capacité des africains à assumer leur choix. Il y va de la dignité et de la responsabilité du continent tout entier.

Or, une vertu cardinale de la démocratie est le passage du gouvernement des hommes au gouvernement des lois, c’est à dire l’Etat de droit qu’elle instaure. Mais, avec la cascade des reformes constitutionnelles annoncées, la loi va être modifiée pour permettre à un homme de gouverner, une situation qui suscite plusieurs interrogations.

Quel sens, nous africains, donnons nous à la démocratie ?

A nos yeux, entre l’homme et la loi, lequel semble plus important ?

Un objectif qui n’a pu être atteint par un homme en deux mandats, quel garanti qu’il sera atteint en un troisième mandat?

Les réponses à ces différentes questions permettent de dire qu’il faut avoir la foi du charbonnier pour croire en  ces révisions. Elles cachent mal la duperie, la mauvaise foi et l’indécence de ses  partisans. Non, comme l’a su dire Paul Claudel : “Ce n’est point le temps qui manque, c’est nous qui lui manquons. » 

En pensant au douloureux passé colonial du continent et en analysant les mœurs des hommes politiques actuels, on est frappé par cette absence totale de responsabilité, de bon sens, de dignité et d’élégance qui caractérise le jeu politique africain. En réfléchissant au sacrifice enduré par les générations passées pour arracher leur liberté et l’usage qui en est fait par les générations actuelles, je suis tenté de dire que les plus grands ennemis de l’Afrique, ce ne sont pas les autres, mais les Africains eux-mêmes.

Ma conviction est d’autant plus grande que face à ces révisions opportunistes, le monde regarde, l’Afrique, s’indigne et s’inquiète, et pendant ce temps, l’Afrique elle-même se regarde et se complaît. Outre Méditerranée, l’indignation est à son comble. Outre Atlantique, la préoccupation est encore plus grande. Pour preuve, le Secrétaire d’Etat John Kerry, lors de son passage en RDC le 4 mai 2014 a été direct. « Je crois que [le président Kabila] a clairement en tête le fait que les États-Unis sont intimement convaincus que le processus constitutionnel doit être respecté », a-t-il précisé. « Nous ne voulons pas que M. Kabila change la Constitution ou fasse un troisième mandat », a ajouté Russell Feingold, l’émissaire spécial de Barack Obama pour les Grands Lacs.

Mais, côté Afrique, c’est silence Radio. Aucun Chef d’Etat, aucune Chancellerie, aucune Assemblée sur le continent ne s’est senti interpellé par la situation et donner de la voix. Ni les institutions sous régionales ni l’organisation panafricaine ne s’en sont indignés pour rappeler à l’ordre les chefs d’Etat concernés. Pourtant à travers les sommets, les visites bilatérales et multilatérales, les émissaires et les liaisons diplomatiques, tout ce monde se voit, se consulte, se conseille se soutient et avance. Difficile donc de ne pas croire que ces révisions procèdent d’un véritable complot que les leaders du continent trament contre leur peuple. Les autres étant dans l’expectative du succès des uns pour le rééditer chez eux.


Une mobilisation panafricaine

Face à ce complot des élites dirigeantes, il faut prôner une mobilisation panafricaine de l’ensemble des forces du progrès pour une lutte performante. Si ce projet de révision opportuniste prospère dans un seul pays, il prospérera dans tous les autres pays et adieux la démocratie. Il faut souhaiter que les organisations de la société civile de ses pays conjuguent leur force, se serrent les coudes pour susciter l’indignation du plus grand nombre en Afrique et hors d’Afrique pour décourager de tels projets.

Le prochain sommet Etats-Unis/Afrique est aussi une opportunité à exploiter pour inviter les Parlements en question à clarifier leur position sur la question ce qui peut couper l’herbe sous le pied des partisans de ces reformes. Au demeurant, un mandat présidentiel renouvelable une fois signifie que nul ne peut faire trois mandats consécutifs, que la Constitution ait été révisée ou non. C’est regrettable de le dire, mais il n’y qu’en Afrique que nous en sommes encore à de telles finasseries qui ne font que nous desservir. Oui, les peuples africains ont souffert la sueur et le sang pour se donner la liberté par leurs constitutions respectives, aucun sacrifice ne doit être de trop pour la préserver afin que notre foi en nos lois nous sauvent.

Naufrage du ferry sud-coréen : tant qu’il reste de l’espoir.

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Photo Issei Kato. Reuters

 

Le Mercredi 16 avril 2014, un ferry sud-coréen, le Sewol a fait naufrage au large de la côte Sud de la péninsule coréenne. Depuis l’annonce de ce drame, la population retient son souffle et espère pour le mieux.

Depuis le début de la matinée du mercredi, la population sud-coréenne suit minute par minute, à la télévision et sur les réseaux sociaux, les gigantesques opérations de sauvetage lancées près de ses côtes autour de l’épave du ferry qui transportant 475 personnes, dont 352 lycéens d’un établissement de la banlieue de Séoul, participant à un voyage scolaire.

Selon le dernier bilan des garde-côtes,  179  personnes ont pu être secourues (dont 7 blessées), vingt-huit corps ont été retrouvés et 268  personnes manquaient toujours à l’appel. Les derniers corps récupérés flottaient dans la mer

A l’étape actuelle de la catastrophe, l’urgence n’est ni les causes, ni les responsabilités, mais les opérations de sauvetage pour arracher à la mer les survivants ou tout au moins les corps. La présidente sud-coréenne, Park Geun-hye, qui s’est rendue sur les lieux du drame, a pressé les secours de faire au mieux et au plus vite.

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Depuis ce vendredi matin, les opérations de sauvetage s’intensifient autour de l’épave du ferry désormais totalement immergé.

les sauveteurs injectent du dioxygène dans l’épave pour créer ou entretenir les poches d’air dans le ferry. Les espoirs sont aussi fondés sur un petit drone sous-marin qui va être guidé autour de l’épave pour tenter de dresser un état de la situation à l’intérieur, où beaucoup de passagers seraient restés prisonniers de leurs cabines. On compte aussi sur  l’arrivée, sur place, de trois gigantesques grues flottantes qui doivent tenter de redresser l’épave du  ferry une fois tout espoir perdu de retrouver des survivants, a indiqué le chef régional des garde-côtes, Kim Soo-Hyun.

Le drame du sewol est d’autant plus  tragique que les victimes sont en majorité de  jeunes lycéens  en voyage scolaire. Plus de  352  des passagers du ferry proviennent, effet, du lycée Danwon à Ansan, dans la banlieue de Séoul. On imagine aisément la douleur et l’angoisse des parents de ces élèves face  à ce drame. Aussi,  même si les espoirs s’amenuisent d’heure en heure pour trouver des survivants, on ne peut s’empêcher d’y croire tant qu’il reste une goutte d’espoir.

A l’instar de ce moine bouddhiste qui  prie au bord de la mer à Jindo, port sud-coréen où les familles des victimes du naufrage du ferry «Sewol» se sont rassemblées., je joins ma prière aux siennes pour implorer le ciel pour inspirer et fortifier les équipes de sauvetage.