En Afrique, les démocraties en perte de vitesse

Pierre-Nkurunziza
Au Burundi, au Bénin,  au Burkina Faso, en République démocratique du Congo et au Rwanda, les élections présidentielles sont prévues en 2015-2016, alors que les chefs d’Etat de ces pays respectifs sont à leur dernier mandat. Vont-ils modifier leur Constitution pour briguer leur propre succession ? La suspicion est grande et la vigilance est forte face à toute tentative de réviser la Constitution.

 

Le président Nkurunziza briguera-t-il un troisième mandat contre vents et marées?

 Élu en 2005 par le Parlement burundais, puis réélu en 2010 au suffrage populaire, le président Pierre Nkurunziza ne pourra être candidat en 2015 qu’à condition de réussir à faire passer une nouvelle révision de la loi fondamentale. Mais ce projet de révision constitutionnelle porté par le président Pierre Nkurunziza et son parti Cndd-FDD (Cconseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie) a été retoqué vendredi 21 mars 2014 à une voix près par les députés burundais

Le parti au pouvoir, le Cndd-FDD (à dominante hutu), compte 81 députés sur 106. Mais il avait besoin du vote favorable de quatre-cinquième des députés (soit 85 élus) pour faire passer son texte. Il fallait donc se rallier 4 députés. Trois députés de l’opposition débauchés par le pouvoir ont accepté de voter « pour » si on leur accordait un poste de ministre, ce qui fut fait. Restait à dénicher la dernière voix pour que l’affaire soit pliée. Un autre député de l’opposition pressenti a semblé abonder positivement dans le sens du projet, mais à la dernière minute, il s’est désisté et au final le projet est retoqué à une voix près.

 Mais, moins d’une semaine après ce vote, le camp présidentiel a annoncé qu’avec ou sans modification de la Constitution, le président Nkurunziza sera sur le starting bloc en 2015.  C’est le ministre burundais de l’Intérieur Edouard Nduwimana, un fidèle parmi les fidèles, qui s’est chargé d’annoncer publiquement et officiellement la nouvelle.  « Ce que nous dénonçons aujourd’hui, c’est qu’il y a des gens qui veulent faire croire que la question d’un autre mandat (pour Nkurunziza) est close. Ce n’est pas vrai. Ce que je conseille aux politiciens qui vont être candidats à la présidentielle, c’est de se préparer en sachant qu’ils auront en face d’eux le président actuel qui sera candidat. Ce sera à la Cour constitutionnelle de trancher dans un sens ou dans un autre et les Burundais devront respecter cette décision » a déclaré Edouard Nduwimana.

Face au tollé provoqué, il a relativisé ses propos le lendemain, mais aucun démenti formel n’a été apporté par le camp présidentiel. J’y Vas-t-y, J’y Vast’y Pas? Affaire à suivre donc.

Une situation récurrente sur le continent

Reste que, modifier la Constitution pour s’éterniser au pouvoir est une manœuvre récurrente sur le continent. La même situation qu’au Burundi s’observe, en effet, au Bénin, au Burkina Faso, en RDC, pour ne citer que ceux-là, où sont prévues des élections présidentielles en 2015-2016, et où des projets de révisions constitutionnelles sont également en examens au Parlement où annoncés.

Au Bénin, un projet de révision constitutionnelle engagé en catimini par le pouvoir a eu le malheur d’être combattu par un grand nombre de députés qui ont réussi à botter en touche. Mais le gouvernement promet de revenir à la charge et le pays tout entier attend de voir.

Au Burkina Faso, la Constitution limitant le nombre de mandats successifs à deux, le président ne pourra être candidat à l’élection de 2015 qu’à condition de réussir à faire passer une nouvelle révision de la loi fondamentale. La manœuvre dans ce sens a même commencé et provoque bien des remous dans le pays. Le parti présidentiel, le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) au pouvoir se trouve de plus en plus isolé. Un grand nombre de personnalités de poids qui ont toujours soutenu Compaoré ayant décidé de quitter le navire pour rejoindre en janvier dernier le camp des adversaires de toute révision constitutionnelle. Mais Blaise Compaoré n’a pas encore dit son dernier mot, et ici aussi le pays attend de voir.

En RDC, après avoir longtemps louvoyé, le président Joseph Kabila s’est enfin exprimé en faveur d’une révision constitutionnelle. Les grandes lignes de ce projet consistent à faire élire désormais le président de la République et le vice-président au suffrage indirect au niveau du Parlement pour un mandat de sept ans. Ce projet déposé à l’Assemblée est en passe d’être examiné au cours de la session ordinaire de mars 2014, malgré l’opposition  forte qu’elle rencontre. Ici aussi, affaire à suivre donc.

Comme on peut le remarquer, ces modifications constitutionnelles interviennent, comme par hasard, dans tous ces pays, au cours du deuxième mandat du chef de l’Etat et ont  toutes pour conséquence, entre autres, d’offrir au chef de l’Etat l’opportunité de briguer un mandat supplémentaire et s’éterniser au pouvoir.

Cette tare politique tire sa racine dans l’inclinaison des Africains à ne pas respecter les dispositions écrites. En effet, le respect scrupuleux des dispositions écrites fait encore trop souvent débat sur le continent. Pourtant, l’histoire récente révèle clairement que les crises sociales majeures et les pesanteurs socioéconomiques observées sur l’ensemble du continent naissent toujours de la mauvaise application ou de la non-application des textes en vigueur. Ces constats  témoignent de l’inconséquence et de la versatilité des hommes politiques africains et en conséquence de la fragilité des institutions démocratiques du continent.

 La  situation est si préoccupante que le président américain Barack Obama a fortement thématisé cette question face aux parlementaires ghanéens à Accra  en juillet 2009.  « Ce ne seront pas de grandes personnalités telles Nkrumah et Kenyatta qui décideront du destin de L’Afrique. Ce sera vous, les hommes et les femmes du Parlement ghanéen et le peuple que vous représentez. […]  L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions », dira-t-il en substance.

Mais, ce message n’est visiblement pas encore compris par la majorité des parlementaires du continent. Le vote en mars 2014 du projet constitutionnel au Parlement burundais est une illustration patente de ce principe. Au regard des députés burundais, on peut aisément analyser la mentalité des élites politiques africaines pour éprouver la solidité de nos institutions.

Au Burundi, l’accord d’Arusha signé en 2000, institutionnalise le partage du pouvoir entre la majorité hutu (85% de la population), aujourd’hui au pouvoir, et la minorité tutsi (14% des Burundais) qui a longtemps dirigé le pays. D’autre part, l’article 302 de la Constitution interdit au président Pierre Nkurunziza un troisième mandat. Cette modification constitutionnelle qui met en cause ces deux principes ne vise donc qu’à saper l’équilibre sur lequel repose l’ensemble du pays au profit d’un petit groupe. Le président Pierre Nkurunziza le sait, les députés de sa majorité le savent, le peuple le sait. Et pourtant, 84 députés ont voté « pour ». Sans l’unique député qui s’est désisté à la dernière minute L’homme fort Pierre Nkurunziza aurait eu raison de l’institution parlementaire avec la complicité des députés de la majorité. Le plus aberrant est que les députés placent toujours leur action dans l’intérêt du peuple alors que tout le monde sait que c’est la corruption qui est souvent le moteur de leur action. C’est toujours en avantages sociaux et en espèces sonnantes et trébuchantes qu’ils garantissent leur vote.

Au Burundi par exemple, les trois députés de l’opposition pressentis ont garanti leur vote pour un poste ministériel. Rien que ça, juste un poste ministériel que rien ne garantit. De plus, l’histoire l’a montré, tous les accords politiques sur cette base ont toujours tourné court au bout de six mois. Et juste pour ça, des citoyens, qui plus est des élus du peuple, ont sacrifié leur voix.

Pour les députés de la majorité, nul doute que chacun d’eux a fait son compte et espère en retour nomination, avantages sociaux, bien-être matériel.

Quant au président Pierre Nkurunziza, il n’a jamais fait mystère de sa volonté de rempiler pour une troisième fois. Il ne fait donc aucun doute que ce vote est une opportunité pour lui de prolonger son règne pour son bénéfice et celui et sa famille.

C’est donc pour des intérêts égoïstes que roulent les uns et les autres, mais le  peuple a le dos large, puisque c’est partout et toujours en son nom que tous les abus sont commis.

Une mobilisation de tous les instants

Au demeurant, quel sens donner alors à toutes ces  révisions constitutionnelles au Bénin, en RDC, au Burkina Faso ou à cette tentative de passage en force au Burundi, si elles sont dénuées du minimum de bon sens exigible au sommet d’un Etat qui se veut moderne. Le fait est que la plupart des Constitutions modernes à travers le monde disposent que le mandat présidentiel est renouvelable une fois. Le respect de ces dispositions dans toutes les démocraties modernes est le moteur de leurs avancées socioéconomiques et fait la fierté des citoyens de ces pays. Il n’y a qu’en Afrique qu’on s’amuse à se tromper et se complaire dans la médiocrité.

C’est malheureux de le dire, mais il n’y qu’en Afrique que la disposition constitutionnelle d’un mandat renouvelable une fois peut donner lieu à mille et une interprétations, chacune ne visant qu’à justifier un troisième mandat tout en respectant la Constitution. Hé oui ! Cessons en Afrique de prendre les vessies pour des lanternes ! Un mandat présidentiel renouvelable une fois signifie que nul ne peut faire trois mandats consécutifs, quel que soit le mode de scrutin. Ça on n’a pas besoin de faire Science Po pour le comprendre. Même les vendeuses des marchés en Afrique le comprennent, mais les élites politiques africaines, notamment les députés des partis au pouvoir ne le comprennent pas encore. En fait, ils donnent l’impression de prendre le peuple pour un ramassis de demeurés à qui, par de subtils jeux de mots, on peut faire admettre tout ce qu’on veut et ne réalisant pas que personne n’est dupe sur leur propre compte. .

En fait, en ce début du troisième millénaire, l’idée du respect scrupuleux des engagements écrits et celle de les tripoter au gré des intérêts partisans sont en compétition sous nos yeux. Et malheureusement, ce ne sont pas les illettrés qui portent les coups de griffes à l’écrit, mais bien les personnes lettrées, de grands intellectuels, qui sont les éminences grises des hommes politiques qui envoient les mauvais exemples au peuple.

La modification à dessein des lois constitutionnelles représente sur le continent, la forme la plus flagrante, la plus pénalisante et la plus révoltante du non-respect des dispositions écrites. Les premiers cas réussis de modification de la Constitution ont ébauché sur le continent un comportement nouveau basé sur le non-respect des dispositions écrites . Ce comportement, fortifié par l’usage, qui tend à se généraliser dans le microcosme politique, n’est que le reflet de la corruption généralisée dans les sociétés africaines. Cette pratique qu’on ne saurait assimiler à une qualité est forcément une tare sociale qui jette l’opprobre sur tout le continent, notamment, par le scepticisme qu’elle suscite chez les autres peuples. Ces derniers s’interrogent sur les capacités des Africains à s’organiser pour former une communauté de progrès, s’ils ne sont même pas capables de respecter leurs propres conventions, leurs serments ou leurs institutions.

Il est bien triste de constater que les acteurs de ces manœuvres qui sont censés être la crème du continent, les pasteurs sur lesquels comptent les peuples pour les conduire vers les sentiers du développement, ne sont en réalité que des malins qui tels des loups déguisés dans la bergerie menacent tout le troupeau.

L’Afrique doit se pencher sur la question fondamentale de la finalité du pouvoir qu’on observe sur l’ensemble de la chaîne sociale qui maintient plus d’une nation dans une situation de ni paix ni guerre. Elle doit aussi veiller à élaborer des signaux clairs, des mécanismes consensuels, des réponses appropriées qui permettent aux acteurs politiques de se conformer à un minimum de bons sens.

Juste une minute de paix en 2014.

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Encore quelques heures et 2013 sera de l’histoire.

Comme il est de coutume, c’est la période des vœux, un rite nullement vide de sens. C’est, en effet, le moment pour mobiliser les énergies autour de quelques résolutions, de quelques prières.

Pour ma part, ce billet, est-il un vœu  ou une exhortation, je ne saurait trop le dire,  mais il est consacré à l’Afrique.

Malgré la situation critique dans laquelle se trouve le continent,

Malgré la faim qui représente notre dénominateur commun.

malgré la maladie qui constitue notre plus petit commun multiple.

malgré la guerre qui devient  notre plus grand commun diviseur.

Malgré l’injustice flagrante des uns et la violence grossière des autres,

malgré les exclusions nombreuses qui minent partout le vivre ensemble,

j’ose encore croire qu’un autre avenir est possible sur le continent.

un avenir sans guerre, sans faim, sans maladies, et sans exclusion.

un avenir ou les africains indépendamment de leurs nationalités, de leurs ethnies, de leurs religions ou  de leurs régions coopéreront dans la concorde.

Mais, je ne perd pas aussi de vue que  cet avenir probable reste  largement, sous le contrôle de nous même les africains. Plus tôt nous atteindrons un niveau de conscience commune élevé pour comprendre que nous devons orienter notre histoire autrement en agissant autrement et plus tôt il viendra, soit on ne le fait pas et plus tard il viendra ou ne viendra jamais.

Point donc de fatalité. Le destin du continent est dans la main des africains eux même, nos actions  au quotidien déterminent des résultats que nous devons assumer.

Toutefois, une vieille chanson de mon Bénin natal qu’on chante dans les situation désespérée pour se donner espoir proclame que même si le destin t’a condamné, ta prière peut  te sauver. Tout naïvement, j’y souscris et forme pour le continent tout entier, en 2014, un seul voeu:

Une minute de silence total des armes sur l’ensemble du continent.

Juste une minute d’absence d’épisodes guerriers aux quatre coins du continent.

Une minute de silence total des cris de détresse sur l’ensemble du continent.

Une minute de silence des tensions, des appréhensions et des déboires diverses sur le continent

Juste une minute de paix sur tout le continent.

Une minute  de coopération et de convivialité entre tous.

Enfin, une minute d’apaisement total et de  développement.

Une minute magique,

une minute féerique

Une minute interminable.

Suivie, pourquoi pas, d’une autre pareille,

Puis encore une autre,

Puis un jour,

puis toujours.

Eh Diantre! si tout le continent pouvait souscrire  à cette minute de paix interminable. Bien sûr que c’est dans les cordes du continent.

Bien sûr que  yes, we can.

Puisse 2014 voir ce instant se produire!

Que tous les vœux soient.

 

 

 

 

 

Une prière très africaine

 

lecteur_optique_universite_Les lecteurs optiques de dernière génération QCM et QCD, sont des appareils destinés à corriger plus rapidement les copies d’examens des étudiants  tout en permettant d’éviter les soupçons ou suspicions de fraude, parce les résultats sont classés, de façon objective, par ordre de mérite, en temps réel. Toutefois le prix prohibitif de ces machines pose la question du rapport des africains aux innovations technologiques occidentales.

Je somnolais dans mon lit hier soir quand une info qui passait sur RFI m’a fait sursauter. Quoi ! Une machine à corriger les copies des étudiants acquises par l’université d’Abidjan? Quelle merveille ?

Bien sûr, il n’est pas exclu que seul l’enseignant que je suis trouve cette information sensationnelle. Et pourtant, elle l’est, au regard des avantages énormes qu’elle permet en terme  de performance, de gain de temps et de réduction de la pénibilité des correcteurs.

Une petite recherche sur le net m’a convaincu de l’effectivité de la chose.

Mise au point par les firmes occidentales, les  lecteurs optiques de dernière génération sont une innovation dans l’évaluation et la correction des copies d’examen. Ils permettent une automatisation de la correction des évaluations sans compromis pédagogique. Le style  rédactionnel, dont la correction manuelle des copies est souvent longue et fastidieuse, est remplacé par les QCM (questions à choix multiples) ou des  QCD(questions à choix directs), qui permettent de corriger entre 50 à 60 copies à la minute.

Pour la petite histoire, une machine à corriger les copies, j’en ai souvent rêvé et entre collègues, après chaque composition, quand nous venons chercher chacun nos lots de copies à corriger, nous appelons de nos vœux cette machine qui nous sauvera de la misère des corrections. La profession  enseignante est un sacerdoce qui exige responsabilité et dévouement à toutes ces étapes. Depuis la préparation des cours jusqu’au calcul des moyennes en passant par le déroulement du cours, la préparation des évaluations, de la grille de correction, de la correction proprement dite  et du relevé des notes, la tâche est rude à chaque étape.

Mais, les avis sont toujours unanimes pour reconnaître que l’étape la plus redoutée des enseignants est la phase de correction des copies. Elle constitue d’ailleurs le plus gros poste de dépense dans le budget des examens et concours et représente souvent la pomme de discorde entre syndicat et gouvernement pour le payement des vacations comme c’est le cas actuellement au Gabon ou les enseignants sont en grève pour le payement des vacations des examens des sessions de juin 2013 ce qui témoigne de l’importance de cette invention.

Après l’extase, il ne reste plus qu’à faire, comme en pareils occasions, la grande prière africaine, celle que nous faisons toujours face aux grandes innovations technologiques occidentales, celle que feront tous les enseignants africains aussi bien du primaire, que du secondaire ou du supérieur et que je formule en leur nom : « Puisse Dieu tout puissant faire que les chinois parviennent rapidement à produire cette machine et la vulgariser en Afrique ». Cela a été vrai pour les télés, les DVD, les téléphones portables, les Iphone, Ipad et tablettes, et pourquoi pas donc pour les lecteurs optiques aussi.

Plus sérieusement, il est amusant de constater que pendant que nous autres appelions de nos vœux cette machine, ailleurs des esprits mieux avisés travaillent à sa conception, ce qui indique que ici comme ailleurs, les besoins sont les mêmes, mais les approches sont différentes.

Naturellement, ce ne sont pas de telles prières qui  aideront le continent à sortir de l’ornière. D’ailleurs, elles posent problème au bon Dieu lui-même qui doit se demander pourquoi ces africains, au lieu de l’invoquer,  ne peuvent pas faire eux même comme les chinois pour  trouver des solutions à leurs préoccupations. On n’est jamais mieux servi que par soi même dit, en effet, l’adage. Mais Bon !

Visiblement, la science moderne semble pour nous africains, l’apanage des Occidentaux et Orientaux, eux seuls semblent, à notre avis, détenir sa maîtrise, au point ou un grand nombre d’africains, au fond d’eux,  ne comptent que sur les Occidentaux pour trouver des solutions à tous les problèmes qui interpellent l’humanité, voire même les problèmes qui ne concernent que le continent noir.

Ce défaitisme qui ne dit pas son nom, se lit de nos jours encore, de façon claire, dans le comportement des individus, des communautés et même des Etats,  face à la question du développement du continent. Qu’il s’agisse de la recherche sur les endémies tropicales qui tuent chaque jours des dizaines de milliers d’enfants aux quatre coins du continent, des recherches sur les nouvelles énergies en particulier  l’énergie solaire, de la réalisation des grandes infrastructures  ou du développement des capacités pour l’exploitation de nos ressources, pour nous africains, c’est très souvent,  la même prière de l’attentisme que nous faisons espérant que des solutions soient proposées par l’Occident, souvent au motif que nous sommes pauvres. La pauvreté a le dos large puisque nous lui faisons porter tous nos manquements, nos insuffisances et nos déboires.

A mon avis, la pauvreté a très peu joué dans cette méprise. Très maladroitement, les africains se sont enfermés eux-mêmes dans le piège de  l’immobilisme par leur manque de foi en soi.  Même les solutions et prouesses scientifiques réalisées par des milliers d’africains à l’instar du congolais Vérone Mankou trouvent difficilement grâce à nos. C’est le laxisme et le scepticisme des africains, en général et des responsables politique en particulier qui plombent l’innovation scientifique et technologique en Afrique.

La vrai prière africaine serait donc « Puisse la divine Providence fasse qu’adviennent au pouvoir politique dans une majorité de pays africains, de grands esprits qui feront de notre consommation et de nos aspirations, le levier de notre croissance pour que s’ouvre les voies de la recherche, de l’innovation et du développement ».

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AGBADJE Adebayo  Babatoundé .Charles

Afrique : Modernité africaine ou comment apprendre à vivre libre et digne

La modernité africaine dans tous ses états

Historiquement, l’ouverture de l’Afrique au monde occidental commença timidement au 17 ème  siècle avec les grands voyages maritimes et le commerce triangulaire avant de s’intensifier au 19ème siècle avec la colonisation, puis la décolonisation et se poursuit jusqu’à nos jours. Ainsi, en fonction de la conjoncture politique, l’histoire moderne du continent peut être découpée en trois périodes qui sont : La période pré coloniale, la période coloniale et la période post-coloniale. Tout au long de ces trois périodes, face aux défis de la modernité occidentale, la modernité africaine va se construire par l’incorporation, pêle-mêle, des valeurs venues d’ailleurs, formant des mélanges tantôt harmonieux, tantôt détonants qui suscitent à la fois satisfactions et joie chez les uns, agacements et doutes chez les autres. En pratique, cette modernité s’est invitée sur le continent par le canal des fonctionnaires coloniaux, des missionnaires, des marchands, des aventuriers occidentaux ou orientaux et des coopérations diverses, qui sillonnaient l’Afrique pendant la période coloniale et par la suite par le brassage des cultures réalisé par les contacts, les voyages, les anciens combattants, les migrations et les coopérations diverses et particulièrement les médias: les journaux, les revues, les films et feuilletons (américains, européens et asiatiques). Mais, il y a aussi et surtout le contenu normatif des programmes d’enseignement. L’éducation coloniale avait en effet pour fondement la politique de l’assimilation, qui  elle-même avait pour base philosophique la  notion de la “mission civilisatrice” de la colonisation européenne en Afrique. Grâce à ces différents relais, la modernité va s’inviter sur le continent par l’introduction de nouveaux modes de vie de nouveaux patrons comportementaux qui constituent des variations par rapport aux formes traditionnelles avec lesquelles elles entrent en compétition puis sélectionnées et impriment aux sociétés africaines des transformations tous azimuts.

Sur le plan matériel, les choses bougent indéniablement en Afrique, malgré la sinistrose que reflètent les statistiques. Depuis la rencontre Afrique-Europe, la matérialité du continent s’est, progressivement, modifiée. L’urbanisation s’est accélérée et intensifiée. La ville est l’horizon des aspirations de tous. Avec la mondialisation de l’économie, le commerce s’est internationalisé et la plupart des bien de consommation produits dans les usines européennes, américaine et asiatiques sont plus ou moins disponibles sur le continent ce qui se traduit par un renouvellement permanent des modes de vie.

Mais, la modernité n’est pas que changements d’ordre matériels, elle est aussi et surtout changement d’ordre mental voire comportemental  et justement, c’est à ce niveau que le décalage et les crispations se font ressentir aussi bien dans les villes que dans les campagnes. La modernité est, pour ainsi dire, à la fois désirée et appréhendée par les populations africaines.

Sur le plan des mentalités, on assiste à de grands bouleversements au niveau des idées et des représentations.  Mais globalement, les progrès sur ce plan sont plutôt nuancés à cause des nombreuses contraintes discriminatoires qui relativisent son cours normal. Au nombre de ces contraintes qui font pression de sélection négative, on peut citer : l’obscurantisme, la fidélité à la personne plutôt qu’aux principes, la préférence ethnique, le favoritisme régionale, le clientélisme politique. Elles constituent les causes majeures des dérives de la modernité africaine.

En définitive, l’Afrique est-elle dans la modernité ? Oui, incontestablement, mais avec une grande nuance. Elle n’y est pas de plain-pied ou plus précisément elle n’y est pas à son propre compte, elle y est plutôt par la force des choses. Depuis la rencontre de l’Afrique avec l’Occident, et de sa  confrontation avec la  modernité occidentale qui en a résulté,  l’Afrique a  été, à son corps défendant, irrésistiblement happée par la modernité occidentale et jusqu’à nos jours, elle s’emploie plus à moduler son rythme, qu’à cerner sa quintessence pour tourner la chose à son propre profit. Aussi, Le projet moderne africain n’a jamais été maîtrise par des forces internes au continent. Son origine, son évolution, ses espérances et ses appréhensions  sont jusqu’à nos jours influencés par des forces exogènes qui relativisent sa portée, ce qui explique que le processus demeure à la fois inexorable et chaotique.

 

 

 

Evidemment, il y a plusieurs caractéristiques de la modernité occidentale qui sont mises en œuvre dans différents domaines en Afrique (économie de marché, démocratie parlementaire, culture urbaine etc.), mais leurs fonctionnement est partout sujet à caution comme en témoigne les contre-performances économiques du continent, les nombreuses crispations politiques qu’on observe dans tous les domaines ou encore la gestion chaotique des mégapoles africaines, preuve que les modalités de mise en œuvre de ces systèmes manquent de pertinence partout  sur le continent. De l’est à l’ouest et du nord au sud, en effet, l’Afrique est incohérente à tous les niveaux d’organisation. La vie quotidienne en Afrique  est remplie de paradoxes qui chacun renvoie à une incohérence entre les objectifs affichés et les actions quotidiennes  aussi bien au niveau individuel, national que panafricain qui font apparaître l’Afrique comme un continent qui regarde le présent avec les lunettes du passé.  Pour preuve, malgré les immenses potentialités du continent, la faim est la première cause de mortalité sur le continent. Nous produisons des choses que nous ne consommons pas et dont nous ne maîtrisons pas les prix sur le marché international, les politiques publiques développées répondent rarement aux aspirations des populations et pourtant ce sont toujours les mêmes hommes politiques qui sont plébiscités élections après élections. De plus, malgré les apparences, les différences dans les codes sociaux sont profondes voire contradictoires entres les communautés pourtant voisines ce qui ne facilite pas le vivre ensemble. Toutes ces incohérences qui, à n’en point douter, participent au sous développement de l’Afrique et à son discrédit aux yeux du monde pousse à questionner nos pratiques et le fonctionnement de nos institutions.

Visiblement,  le coté pathétique du projet moderne africain est que très tôt, la problématique de la modernité africaine s’est posée comme un mimétisme plat des valeurs occidentales au lieu d’être perçue comme une rupture avec l’ancien ordre, donc une opportunité de  libération de l’homme noir de toutes les contradictions endogènes et exogènes de son passé pour poser clairement les jalons de sa transition d’une société traditionnelle vers la société nouvelle, contemporaine, moderne.

 

Change-toi et ça changera!

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Thomas Sankara Au sommet d’Addis-Abéba le 29 juillet 1987

«Nous devons accepter de vivre africains, c’est la seule manière de vivre libre et de vivre digne ». Comment concilier cette exhortation du président Thomas SANKARA lancée du haut de la tribune de l’OUA le 29 Juillet 1987 à Adis-Abeba avec le courant inexorable de la modernité. La réponse à cette problématique est simple puisque elle est clarifiée par Sankara lui-même. “La seule manière de vivre africain de nos jours, c’est vivre  libre et digne“. Tout ce qui contribue donc à rendre l’homme africain libre et digne participe à sa modernisation. La question est donc de savoir quelles sont les voies et moyens pour vivre africain et moderne, en d’autres termes: Comment se renouveler  sans se renier ou encore comment renaître sans disparaître.

Rappelons que de nos jours, tous les facteurs socio-économiques qui concourent à l’amélioration de la qualité de vie  des peuples sont sous contrôle culturel ou politique. Les adaptations, bonnes ou mauvaises, aujourd’hui, constitueront la tradition demain pour les générations futures. Chaque peuple africain peut donc, à tout moment, modifier à sa convenance ses déterminants économiques et culturels pour  bâtir la société qu’elle désire et non plus subir la société comme elle est. Les voies et moyens pour y parvenir sont à rechercher dans nos cultures, les valeurs que nous nous donnons, nos façons de concevoir la création de richesse et surtout notre liberté et notre dignité.

Nous ne pouvons pas continuer de pleurer sur le passé en croyant que nos déboires viennent des autres et espérer une quelconque liberté ou dignité.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c’est  reconnaître que notre sous- développement provient, après tout, de notre déficit de travail, de méthode ou d’organisation à un niveau ou un autre. C’est le travail qui apporte l’autosuffisance alimentaire, c’est le travail qui permet de produire les biens et services. C’est le travail qui transforme le soleil en énergie, c’est le travail qui transforme les mines ou mimerais ou en  matières nobles, etc. Le travail et seulement le travail bien organisé qui apporte liberté et dignité.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c’est ne plus éluder nos responsabilités au motif que nous sommes pauvres et croire que d’autres les prendront à notre place de façon satisfaisante pour nous. Plaider le manque de moyens pour ne pas investir dans la recherche-développement est une méprise qui coûte et coûtera toujours plus chère que le prix de la recherche.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c’est  ne plus  continuer d’accepter d’être dans le concert des nations, de simples consommateurs, des marchées d’écoulement des produits industriels du Nord, des pourvoyeurs de devises pour les autres nations et nous étonner d’être pauvres. Il est donc temps pour nous d’apprendre à pêcher le poisson par nous-mêmes que de nous contenter  des fretins glanés ça et là pour espérer émerger un jour.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c’est  ne plus continuer à demander que la communauté internationale se mobilise pour financer notre développement pendant que l’épargne nationale est consumée par la corruption, les dépenses oiseuses ou les caprices du prince.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c’est ne plus continuer par faire la production agricole avec les outillages de l’époque de nos arrières grands parents et croire que nous voulons le développement que nous appelons de nos vœux.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c’est  ne plus faire de la polygamie une valeur et de faire autant d’enfants que nous voulons sans tenir compte du revenu qui est le notre et nous étonner d’être malheureux.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c’est ne plus accepter qu’un grand nombre de nos enfants soient non scolarisées et vouloir avoir une nation aussi cultivée, aussi forte et ingénieuse que celles des autres continents qui ont ce souci.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c’est ne plus accepter qu’autour des funérailles d’un homme, la famille mobilise des millions de  francs qui se consument en l’espace de quelques jours dans des dépenses futiles alors que très souvent, le tiers de ce budget n’a pas pu être mobilisé pour soigner le défunt.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c‘est ne plus accepter  de regarder impuissants nos frères de race, s’embarquer par millier, chaque jour de nos côtes dans des embarcations de fortune, vers un hypothétique bonheur en Occident au péril de leur vie et nous plaindre du peu de respect qui leur est témoigné là-bas. En réalité nous en témoignons si peu, nous même, envers nos frères de race.

Vivre africain dans l’entendement de Sankara, c’est rendre inacceptable l’obscurantisme  l’opacité, le retard, la fraude, la corruption, le tribalisme et bien d’autres tares sociales.

Toutes ces incohérences, ces paradoxes appellent la nécessité et l’urgence  d’un changement en Afrique. Non pas des slogans, des accroches ou des leitmotivs en vogue dans plusieurs pays autour des élections et qui ne sont que des postures politiques ou quelques  velléités de changement, mais de véritables mutations sociales, provoquées par des forces internes capables de faire sauter les blocages de la croissance économique et du bien être social pour redonner aux africains le goût de la liberté et de la dignité.

Adébayo Babatoundé Charles AGBADJE