Bénin, crise sociale : “L’étrange cas du Dr Boni et de Mr Yayi“

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Enfin, la rencontre entre le président béninois Dr Boni Yayi et les leaders des syndicats des travailleurs béninois, en grève depuis le 7 janvier, a eu lieu ce mercredi 12 mars 2014. Les avancées notables enregistrées au cours de la rencontre indiquent qu’on évolue vers un dégel de la crise sociale. Toutefois, ce dénouement inespéré de la crise révèle,  une fois encore,  la personnalité du Dr Boni Yayi, qui rappelle à s’y méprendre à l’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de l’œuvre de Robert Louis Stevenson.

 Selon le relevé de décisions issues de la rencontre, le président Boni Yayi et les leaders syndicaux ont pendant 6 heures d’horloge passé en revue tous les sept points de la plateforme revendicative des travailleurs grévistes. De nombreuses propositions en vue de satisfaire la plateforme revendicative de syndicats ont été faites par le chef de l’Etat.

Le président Boni Yayi a notamment confirmé sa volonté de restituer les défalcations opérées sur les salaires des mois de janvier et de février 2014 pour fait de grève.

D’autre part, le président Boni Yayi a accepté de relever le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) de 31.625 à 40. 000 francs Cfa (soit de 67 à 85 $US).

Il a aussi promis d’étudier la demande des enseignants relative au bénéfice de revalorisation de 25% du traitement indiciaire.

En outre, le chef de l’Etat  a présenté les excuses de la nation aux responsables syndicaux et les a  rassuré que des dispositions sont prises afin que les événements du genre de ceux du 27 décembre 2013 ne se reproduisent plus.

Même si les propositions présidentielles ne sont pas toutes satisfaisantes, du point de vue des syndicalistes,  elles ont le mérite de faire bouger les lignes.

Mais, pour ma part, ce sont les excuses présidentielle aux leaders syndicalistes qui, à mes yeux, posent problèmes. Naturellement, ces excuses présidentielles vont passer du baume sur les cœurs des syndicalistes meurtris et humiliés, mais elles ont tout de même de quoi inquiéter le citoyen béninois lambda.

Le 27 décembre 2013, la police a dispersé une manifestation organisée par six syndicats qui voulaient protester contre les violations des libertés syndicales et réclamer une amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Il y aurait une dizaine de blessés parmi les manifestants

On s’en souvient, dans sa sortie médiatique du 27 janvier 2014,  Boni Yayi  avait alors traité les syndicalistes de tous les noms d’oiseau  en accusant les manifestants blessés d’avoir utiliser de l’encre rouge pour simuler le sang, pour ternir son image,  l’image de la République et de la nation…

Ces propos offensants du chef de l’Etat sont en partie responsables de la crise qui secoue le pays depuis deux mois.

Et patatras, c’est le même chef de l’Etat qui, deux mois après, reconnait que les événements du 27 décembre étaient un incident malheureux et présente les excuses de la nation aux responsables syndicaux.

Le fait est que ces volte-face et reniements du chef de l’Etat sont trop fréquents et interpellent tout citoyen soucieux du développement de son pays.

Pourquoi le président Boni Yayi a-t-il coutume de se laisser aller à tous ses états d’âme avant de revenir à la raison ?

Pourquoi laisser  une situation pourrir pendant deux mois avant de faire ce qu’on aurait dû faire dès le début ?

Les dommages énormes engendrés par ce bras de fer inutile sont à mettre sur quel compte ?

Autant de questions, comme on le voit, qui laissent perplexes sur  la personnalité de Boni Yayi qui rappelle, à bien des égards,  “l’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde“

La question se pose, en effet,  de savoir si les revirements et reniements du président Bony Yayi, procèdent d’un comportement délibérément stratégique ou si c’est le fait d’une dualité de l’homme ? Y aurait-il deux personnalités dans la personne du chef de l’Etat béninois à l’instar du Dr Jekyll et de Mr Hyde.

Y aurait-t-il le Dr Boni, le légitime, le sage et modéré, et  Mr Yayi,  l’absurde, le provocateur qui fait, trop souvent, du tort à son mentor ?  Deux personnalités qui cohabitent dans la même personne et qui la rendent insaisissable?  La question mérite certainement d’être posée.

Au demeurant, il est fort heureux de constater que la raison a fini par l’emporter. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et tant mieux si ces revirements permettent d’aller de l’avant.

Vivement que la concorde retrouvée permette au pays de renouer avec le travail et la croissance.

Bénin: le linge sale à laver en famille.

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 La situation actuelle au Bénin est très préoccupante. La crise sociale est profonde. Le bras de fer gouvernement/syndicat se radicalise chaque jour un peu plus et la peur que la situation dégénère à tout moment est grande. Pourtant, une soupape certaine de la situation  est un compromis satisfaisant sur la LEPI ( Liste Électorale Permanente Informatisée). Sa correction satisfaisante est attendue par tout le pays et visiblement c’est le flou total autour de ce qui a vocation d’être un outil de transparence électorale. Question de moyens ou simplement anguille sous roche?

Une fois n’est pas coutume, je veux commencer ce billet par une devinette. Juste une petite colle qui n’est rien d’autre que le secret de polichinelle le plus célèbre du Bénin.

Je suis une base de données béninoise.

Sur mes pages et dans mes champs sont enregistrées les données d’état civil, biométriques et d’adressage de tous les béninois de 16 ans et plus.

Je connais où se trouve chaque béninois, mais aucun béninois ne sait où me trouver.

Que suis-je ?

Oui ! Oui ! Tout à fait. Mais bravo à tous!

 Je suis la Liste Électorale Permanente Informatisée (LEPI).

Un véritable serpent de mer

 Outil de performance administrative, de développement économique et surtout de transparence électorale, la LEPI ( Liste Électorale Permanente Informatisée) a été  mis en place  de 2009 à 2011 pour consolider la démocratie béninoise. Elle a servi pour la première fois, lors des élections présidentielles puis législatives de 2011  qui ont paradoxalement conduit à des scrutins suivis de fortes réclamations et contestations dans le pays. Depuis lors, plus aucune trace de cette base de données dans le pays.

Elle s’est située pendant un moment au ministère de l’intérieur, mais non, elle n’y était pas. Puis on l’a située dans les bureaux du  PNUD à Cotonou., mais non, l’information a été vite démentie.

Où donc est-elle dans le pays?  Bien Malin qui peut le dire.

«Actuellement, dans beaucoup de milieux, au Bénin, les gens ne croient pas qu’il y a une LEPI au Bénin. La LEPI est devenue une sorte d’arlésienne béninoise, un véritable serpent de mer qui menace la démocratie béninoise.

La priorité des priorités

Depuis les frustrantes élections de 2011, la correction de la LEPI est la priorité des priorités pour l’ensemble de la nation béninoise et de toute part fusent des messages allant dans ce sens à l’endroit du gouvernement surtout en prévision des élections municipales et locales qui doivent se tenir en 2013.

Dans cette optique, Suite aux élections à polémique de 2011, une mission d’évaluation de la LEPI a été commanditée par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) sur la demande du Gouvernement.  Cette mission  à auditer la LEPI sans avoir eu accès à la base de donné elle même. Le rapport de son audit contenant 39 recommandations dont la plupart visent la mise à jour, la correction et/ou la révision du fichier électoral de 2011, a été présenté à divers acteurs politiques et à la société civile le 1er avril 2012. .

 A la veille des élections communales et locales de 2013, un nouveau consensus s’est dégagé au sein de la classe politique béninoise pour la correction de cet outil, plus que jamais incontournable de gestion des processus électoraux. Le  Chef de l’Etat lui même était très engagé sur la question pour que les élections municipales se tiennent à bonne date, pourtant du coté du gouvernement c’est le calme plat, jusqu’au report  sine die de ces élections municipale et communales..  !

Après moult tergiversations, le Conseil d’Orientation et de Supervision pour la correction de la  LEPI, (COS-LEPI)  a été installé en mai 2013.

Dans un point de presse tenu à son siège 2 mois après le démarrage de ses activités, Le président du COS LEPI avait annoncé le chronogramme de la mise en œuvre pratique du processus de révision qui se déroulera en dix (10) phases, dont les principales sont l’audit participatif, l’enregistrement complémentaire des citoyens, la consolidation et le dédoublonnage, l’extraction de la version actualisée de la LEPI et la distribution des nouvelles cartes d’identité à valeur de carte d’électeur..

Ce  chronogramme d’activités  prévoit la mise à disposition de la liste actualisée pour le mois de novembre 2013». Ce délai est passé à janvier 2014, puis février 2014 et actuellement à juin 2014. Mais, sur un budget prévisionnel de 9 milliards, le gouvernement n’a à ce jour versé que quelques millions au COS LEPI ce qui fait douter de sa bonne foi pour voir aboutir cet outil pour des élections transparentes et apaisée.

La preuve, à plusieurs reprises, le Cos LEPI a annoncé l’impression et l’affichage des listes de 2011 ; mais elle n’est toujours pas rendue publique et encore moins, affichée. Les différents acteurs du processus ne finissent pas d’être formés. et il est difficile, à ce jour, de dire ce qui se corrige par le Cos-LEPI

En conséquence, dans beaucoup de milieux, aujourd’hui, les gens ne croient pas qu’il y a une LEPI au Bénin. Chacun y va de ses interprétations  et de nombreuses voix s’élèvent pour demander son abolition pure et simple.

Une inquiétude partagée par la communauté internationale

La correction de la LEPI est aussi une préoccupation de la communauté internationale. La Fondation allemande Friedrich Ebert à Cotonou  a consacré à ce sujet le vendredi dernier, 14 février 2014, une rencontre d’échanges dénommée « Soirées politiques ».

Placée sous le thème «Regards croisés des acteurs politiques et de la société civile sur la Liste Electorale Informatisée (LEPI) », cette soirée  a été animée par trois personnalités, à savoir, l’honorable Sacca Lafia, président du COS-LEPI, Honorable Basile Ahossi, membre du COS-LEPI et Orden Alladatin, expert électoral en présence de nombreuses autres personnalités et diplomates en poste à Cotonou..

Le moins qu’on puisse retenir de cette soirée de réflexion, est que même au sein du COS LEPI les avis diffèrent sur l’effectivité de l’existence de la LEPI.

« Je suis relativement satisfait parce qu’on a au moins quelque chose qu’on corrige aujourd’hui », s’est réjoui le président du COS-LEPI.  Pour le député Basile Ahossi également membre du COS LEPI, «Je sais qu’il y a une liste, mais dire que c’est de la LEPI me paraît difficile », pour Aurélien Agbénonci, fonctionnaire international béninois, autre participant de cette soirée : «Il faut retirer la LEPI des mains des politiciens  et confier  sa gestion à un organe non partisan ».

 Pour sa part, Constantin Grund, Représentant Résident de la Fondation Friedrich Ebert au Bénin.a conclu la soirée en ces termes : « De mon interprétation personnelle,  l’absence durable de consensus sur ce sujet important ne porte pas seulement atteinte à la vie politique nationale, mais est également l’indicateur d’un manque de confiance vis-à-vis des institutions compétentes »,

 

Un linge sale à laver en famille.

Visiblement, il y a trop de zones d’ombre, trop de flou autour de la LEPI, qui est censé être un outil de transparence électorale.

 En définitive que cache le manque de volonté du gouvernement pour rendre disponible la liste 2011 de la LEPI et accompagner sa correction effective ?
–  La gène de voir ressortir les incohérences de la LEPI sans raisonnablement admettre que  la victoire KO du président Yayi BONI en 2011 sur la base de cette liste est problématique ?

–  Ou plus grave encore, l’intention inavouée que lui prête l’opposition de faire du dilatoire pour conserver en l’état la liste de 2011 et la sortir au dernier moment pour faire gagner le camp du président Yayi aux élections présidentielles de 2016,

Dans la première hypothèse, c’est le passé qui est visé. Nul ne peut revenir sur la chose jugée. Toutefois, on ne saurait épargner à personne les états d’âme de ses propres inconséquences. Si gène il y a, elle est, de toute façon, sans objet.

Quant à la seconde hypothèse, elle vise l’avenir et à ce titre, si ces accusations étaient avérées elles constitueraient un précédent d’une extrême  gravité. Une telle allégation porte en elle le germe du dévoiement des institutions démocratique et augure des lendemains sombres pour le pays.

Le Bénin a à sa manière porté sur les fonts baptismaux la démocratie en Afrique, de telles allégations préfigurent  que  l’oraison funèbre des démocraties africaines sera encore prononcé au Bénin.

Une porte de sortir de cet imbroglio de la LEPI est, peut être, un consensus national pour enterrer tout simplement cette LEPI, et d’initier une nouvelle base de données dont la conception et la réalisation seront confiées à un organe non partisan dont la gestion pourra être accessible à tous les citoyens. Une façon de laver le linge sale en famille pour avancer au lieu de l’enlisement qu’on observe actuellement.

Il faut dire que personne n’a vraiment compris ce qui s’est passé en 2011, des anonymes ont réussi à se faire élire député au grand dam des personnes portées par toute la région. La seule façon de ramener la confiance et la sérénité dans tous les esprits autour des scrutins à venir, c’est de réinitialiser le fichier électoral, une remise à plat du fichier électoral. Naturellement, c’est dommage de passer par perte et profit plus de 40 milliards de francs investi dans la réalisation de la LEPI, mais la paix n’a pas de prix.

Un simple lifting de la LEPI sans un mode de gestion transparente n’est pas souhaitable. Vivement que les autorités qui ont le pouvoir de décision au Bénin prennent la mesure de la situation et font le choix satisfaisant pour le pays.

Bénin : “ des chiens aboient…la caravane est aux abois !“

 

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La crise sociale au Bénin prend  malheureusement de plus en plus d’ampleur et la dernière sortie médiatique du chef de l’Etat béninois a comme jeté de l’huile sur le feu avec une radicalisation des revendications syndicales.  Mais, il reste que la situation du pays est plus que critique et la question se pose de savoir si le chef de l’Etat prend vraiment la mesure de la situation.

L’actualité sociopolitique au Bénin, de plus en plus alarmante, ne laisse plus personne indifférent dans le pays. L’année 2013 aura été une année noire pour le président Yayi et pour le Bénin. Tout au long de l’année, le chef de l’Etat a cumulé les déboires et les revers dans la mise en œuvre de ses réformes.

Sur le front social non plus, la politique gouvernementale n’est pas avenante. A propos du dialogue social, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’il est depuis bien des années en panne. Année après année, les syndicats des différentes corporations interpellent le gouvernement sur leurs misérables conditions de travail, et chaque année les doléances restent sans suite. Le gouvernement dans une démarche floue mélange mutisme, intimidation et manipulation. Outre l’interdiction systématique des marches pacifiques des organisations qui ne partagent pas les mêmes opinions que le pouvoir, des diatribes et intimidations fréquentes sont proférées contre les secrétaires généraux des  syndicats, organisations de la société civile, journalistes, politiques voire le clergé catholique, une pratique jugée méprisante et antidémocratique par les partenaires sociaux.

Pour dénoncer tous ces manquements, et abus qui caractérisent la gouvernance Boni Yayi, les 5 centrales et confédérations syndicales du pays ont organisé le 27 décembre 2013, une marche pacifique à travers les rues de Cotonou.

Contre toute attente, cette marche a été violemment réprimée dans le sang sur ordre du préfet de l’Atlantique et du littoral Placide Azande, ordre exécuté par le commissaire central de Cotonou Agossadou Pierre. Cette violente charge de la police a causé une dizaine de blessés dans les rangs des manifestants, dont deux leaders des organisations syndicales.

La réaction des Responsables syndicaux et de l’ensemble des travailleurs est à la hauteur de l’indignation que cette répression a suscitée dans le pays. En riposte à cette répression, les cinq centrales syndicales du pays ont décidé d’une grève de 48 heures à compter du 7 janvier 2014. Les responsables syndicaux initiateurs de la grève exigeaient entre autres :

–          le relèvement de leurs fonctions de Placide Azandé, préfet du département de l’Atlantique-Littoral et de Pierre Agossadou, commissaire central de police de la ville de Cotonou, principaux « instigateurs » selon eux de la répression musclée de leur marche du 27 décembre,

–           le « respect scrupuleux et la jouissance sans entrave » des libertés démocratiques et syndicales,

–          la garantie de la sécurité à tous les citoyens, notamment les responsables syndicaux, des magistrats, des responsables de la société civile, des partis politiques et les opérateurs économiques ne partageant pas les mêmes points de vue que le pouvoir,

–          l’annulation « pure et simple » du concours de recrutement « frauduleux » au profit du ministère de l’Economie et des Finances de juillet-août 2012 et récemment validé par le gouvernement.

Après deux semaines d’observance de la motion sans satisfaction, le mouvement de débrayage est passé à 72 heures à compter du mardi 21 janvier.

Cette grève soutenue par les partis politiques de l’opposition et largement suivie par les travailleurs n’a pas du tout été du goût du gouvernement. Dans un communiqué du gouvernement signé de son secrétaire général Eugène Dossoumou, il est rappelé à l’attention des travailleurs que : « Conformément à la gouvernance syndicale universelle, le salaire est la juste rémunération du travail accompli.En conséquence, l’Etat  procédera à la défalcation systématique du nombre de jours non travaillés de leur salaire… Les intéressés devront s’adresser aux syndicats initiateurs des mouvements de débrayage pour se faire rembourser le nombre de jours ainsi défalqués ».

En effet, suite à l’effectivité de la mesure gouvernementale de défalcation sur les salaires des travailleurs pour fait de grève, constatée par les travailleurs sur leur salaire du mois de janvier, les grévistes ont durci le ton. Les mouvements de paralysie générale de l’administration publique ont gagné en intensité notamment dans le secteur de l’enseignement supérieur, de la magistrature, de la santé et dans l’administration générale.

Dans l’enseignement supérieur, suite à la défalcation sur salaires pratiquée par le gouvernement, les enseignants des universités publiques du Bénin ont déclenché une grève illimitée en vue d’exiger de l’exécutif béninois, la satisfaction des revendications des travailleurs béninois, mais aussi le remboursement sans délai des ponctions « arbitraires » faites sur les salaires des enseignants du supérieur pour fait de grève, indique un communiqué de l’Intersyndicale des enseignants du supérieur composé du Snes, Synares, Synhub et du Sécup. Une année blanche en perspective dans le pays.

Dans le secteur judiciaire, l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab) était en grève de 72 heures renouvelables chaque semaine depuis novembre pour des raisons corporatistes. Elle  a aussi suivi le mot d’ordre de grève des centrales syndicales de janvier dernier et les magistrats aussi ont vu leur salaire défalqué des jours de grève ce qui a ravivé leur colère.  Réunie en assemblée générale extraordinaire le lundi 27 janvier 2014, l’Union nationale des magistrats du Bénin a exigé du gouvernement l’annulation pure et simple, et ce, avant vendredi 31 janvier 2014 de la mesure de défalcation qu’il a prise.

Passé ce délai, l’Uanamab pourra durcir le mouvement en cours en passant d’une grève de trois jours à cinq  jours par semaine, renouvelable par tacite reconduction, à compter du lundi 3 février 2014 à effet d’exiger du gouvernement entre autres :

– La rétrocession de l’intégralité des fonds illégalement et arbitrairement défalqués,

– la correction des irrégularités contenues dans les nominations de 2013 et de 2014.

Toutes ces revendications n’étant pas satisfaites à ce jour, la logique d’une paralysie du système judiciaire du pays s’impose ici aussi en perspective des dommages énormes pour les justiciables béninois.

Dans le secteur de la santé, depuis le 1er octobre dernier, le Collectif des praticiens hospitaliers (CPH) qui observait déjà un mouvement de grève dans tous les hôpitaux publics pour des raisons corporatistes a également suivi le mot d’ordre de grève des centrales syndicales de janvier dernier et les médecins aussi ont vu leurs salaires défalqués des jours de grève.

Réunis en assemblée générale à l’hôpital de la mère et de l’enfant Lagune (Homel) de Cotonou ce 28 janvier 2014, le Collectif des praticiens hospitaliers menace aussi de durcir le ton si le gouvernement ne fait rien pour accéder à ses revendications avant le 10 février 2014. En lieu et place de la grève de 96 heures qu’il observe déjà, le CPH entend déclencher la semaine « hôpitaux morts, sans médecins ». Autant dire une hécatombe en perspective dans le pays.

Il faut dire que cette radicalisation des mouvements syndicaux sonne un peu comme la réponse de la bergère au berger après le  discours du chef de l’Etat du 27 janvier, discours dans lequel il n’y est pas allé du dos de la cuiller contre ses pourfendeurs :  « Ils vont à Paris … je les suis…je suis au courant de tout…je les ai tous…ils sont dans mes mains… je les attends… je vais bondir et je bondirai sur… ils verront… il peut y avoir la guerre… vous les jeunes je vous le jure… le Père céleste créateur du ciel et de la terre…vous êtes mon bouclier, je serai avec vous au ciel ou sur la terre…les syndicalistes…le président ne peut plus toucher quelqu’un…ils vont utiliser de l’encre rouge pour simuler le sang…pour ternir mon image…l’image de la République « , etc.

Dans ce contexte délétère où tout le monde est fâché contre tout le monde, les travailleurs visiblement plus engagés que jamais et le gouvernement décidé à en découdre avec eux, la question se pose de savoir où va le pays ?

Hôpitaux morts, université en berne, tribunaux en berne, écoles et lycées et en berne, Administration publique paralysée, autant dire pays mort. Cette stratégie peut être comparée à une défense en ligne au football. L’adversaire est techniquement mis hors jeu, ce qui est aussi bien dangereux pour le pays que pour le chef de l’Etat.

Oui, il y a lieu de le dire, au Benin, il y a péril dans la demeure. D’ailleurs, dans son discours du 27 janvier, après avoir traité tous ses pourfendeurs de : « Chiens qui aboient…qui ouvrent la gueule.. », le président a lui-même avoué que : « … La situation est très dangereuse… très triste, nous sommes tous coupables… »

Pour ma part, je pense qu’il ne faut peut-être retenir du discours du chef de l’Etat que cette dernière phrase. Tous coupables, une façon de reconnaître que la solution est dans le dialogue et non dans la confrontation.

Vivement que la rencontre paritaire gouvernement-syndicat prévue ce lundi à Cotonou pour explorer les voies de sortie de cette terrible crise se tienne effectivement et permette aux protagonistes de fumer le calumet de la paix afin que les compromis nécessaires soient trouvés pour dénouer l’une des crises les plus profondes de l’histoire du Bénin.

Le vodou Lègba, un Dieu singulier de la galaxie Vodou.

 

A  l’occasion de la fête des religions endogènes célébrée chaque année au Bénin le 10 janvier, je suis heureux cette année d’apporter par ce billet, ma contribution  à l’évènement sur Mondoblog en fournissant quelques points de repère, quelques clefs d’entrée dans la galaxie vodou afin que  quiconque intéressé par le sujet puisse, par lui-même,  se faire une idée du vodou dans ses symboles et dans ses pratiques en général et en particulier du vodou Lègba.

 

Avec ses nombreuses divinités, que l’on présente volontiers d’une façon effrayante, ses rites cabalistiques, ses sociétés secrètes et sa magie en relation avec les forces de la Nature, le vodou  apparaît comme une nébuleuse confuse  de divinités hétéroclites  dans laquelle on ne peut pas s’hasarder sans être initié ou avoir  un prêtre ou une prêtresse vodou pour guide..

N’étant point initié à quelque divinité vodou, je n’aurais pas ici la prétention de dévoiler quelques mystères ou de vous éclairer sur les faces cachés de la spiritualité ou des rituels vodou. Mais bien que profane, je reste tout de même impacté  par la spiritualité vodou qui a largement imprégné toute la culture béninoise qui est la mienne et dans laquelle tout le monde jure, depuis la tendre enfance, au nom de Mahou, le dieu vodou. A ce titre, je me propose en toute modestie, de vous faire faire une visite du panthéon Vodou avec un arrêt sur image sur le vodou Lègba.

 

Dans l’aire culturelle Adja-Tado qui regroupe le Togo, le Bénin et une partie du Nigéria, le vodoun (terme traduit de manière approximative par : esprit surhumain, force, puissance ou divinité) est un ensemble établi de croyances, de rites, de mythes à la structure particulière, fondé principalement sur des entités ou fétiches appelées vodoun ou vodou qui sont organisées en familles, hiérarchisées en panthéon et dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance.  Plus qu’une religion, le vodou est un mode de vie.

Par le biais de l’esclavage, le vodou s’est exporté en Occident et a donné naissance  à des formes religieuses au Nouveau Monde, connues sous le nom de vaudou à Haïti et de candomblé au Brésil.

Selon la mythologie la plus répandue dans l’aire culturelle Adja-Tado, à l’origine du monde actuel, on trouve Mahou ou Mawu à laquelle est, sous entendu,  associée une autre divinité : Lissa. En ce sens, Mawu désigne une paire de divinités.  Mawu est féminin, Lissa, masculin. De ce couple primordial seraient nés plusieurs  enfants dotés de pouvoirs surnaturels. Les vodou ou tout du moins, une grande partie d’entre eux, seraient les enfants issus de l’union de Mawu et de Lissa, le dernier-né de cette nombreuse famille étant Lègba.

 

Les fétiches ou vodou seraient donc, des médiateurs entre « Dieu et les hommes ». Pour ces derniers, « ils obtiennent des faveurs », mais sont également les « exécuteurs des vengeances divines ». Il vaut mieux ne pas les croiser, car « leur rencontre est danger de mort». Les vodou emprunteraient une enveloppe Inhumaine pour descendre sur terre et ce, uniquement entre midi et une heure, et la nuit entre minuit et le chant du coq.

 

Le panthéon vodou offre une galaxie de près de trois cents divinités hiérarchisées, mais l’ordre de cette hiérarchie est fortement lié aux différents lignages. Les principales divinités de cette galaxie sont :

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Xêvioso ou chango: c’est une divinité du ciel qui se manifeste par la foudre. Symbolisé par une double hache, il est le dieu justicier qui châtie les voleurs, les menteurs, les malfaiteurs.

Sakpata ou chakpana: est le Dieu de la terre, il est très craint et les gens n’osent pas prononcer son nom. C’est la divinité qui propage la variole.

Dan : c’est le serpent. Il se manifeste à travers l’arc-en-ciel. Il peut aussi se présenter sous forme d’un homme et combler de richesses ceux qui l’accueillent bien.

Gou : c’est la divinité des forgerons, des chasseurs ou de tous ceux qui manipulent le fer ou les armes en fer. C’est un dieu représenté par un amas de ferrailles. Il protège mais il peut punir également par des accidents sanglants.

Lègba ou Elegbara ou Eshu : c’est le Dieu de la croisée des chemins, le vodou du désordre de la méchanceté, de l’intelligence et de la ruse. Il remplit des fonctions et des rôles bien souvent contradictoires qui ne sont pas sans rappeler Hermès.

A ces divinités majeures s’ajoutent les divinités secondaires.

Chacune de ces divinités a des adeptes initiés qui leurs font périodiquement les cérémonies rituelles.

Cette année aussi, dans tout le pays, les couvents et les temples ont été remis à neuf pour la circonstance et les vodounon (maître vodou) et les vodoussi (adeptes du vaudou) se sont parés pour célébrer leurs divinités comme ici sur la photo.

 

Une danse de vodoussi

 

Toutfois, de  toutes les  divinités du panthéon vodou, manifestement, Lègba est la figure du Vodou la plus familière, mais aussi la plus singulière.

 

 Lègba ou Agbo Lègba : 

le Dieu de la croisée des chemins.

 

23fev 13 Bouche du Roi (33)

Le vodou Lègba ou Agbo-Lègba se retrouve chez les populations Ewé, Adja, Mina, Fon, du Bénin et du Togo et chez les populations yorouba du Bénin et du Nigéria sous le nom d’Elegbara, Eshu-Elegbara, Eshu-Bara ou encore Eshu. Dans le culte Vaudou haïtien, le dieu Legba est vénéré sous deux formes contradictoires : la forme d’un enfant rebelle, ou la forme d’un sage vieillard estropié marchant à l’aide d’une canne.

Le terme Agbo signifie barrière dans le sens d’entrée, seuil  ou portail des maisons, des quartiers des agglomérations ou des cités. A ce titre, Agbo-Lègba est un rempart contre les ennemis réels et mystiques de la famille, de la cité ou de la communauté. Par extension Agbo-Lègba désigne  le Dieu des frontières, du chemin ou  de la croisée des chemins.

 

La légende de Lègba

 

D’après la légende, Lègba ou Elegba est le dernier fils de Mawu et de Lissa.

Mawu, l’être suprême, convoqua les vodoun pour les envoyer sur terre. Lègba se présenta alors, le premier, sans prendre le temps ni la politesse d’apporter un présent, vêtu d’une simple plume sur la tête. Aussi Mawu fâchée le renvoya. Dépité, Lègba descendit sur terre, sans instructions, sans but véritable. Il erra dans des lieux inconnus, ne sachant que faire. Comme il connaissait les langues des deux mondes, celui des divinités et celui des humains, il mit à profit cette errance, en devenant leur messager.
D’autres mythes indiquent que Lègba pourrait être, non pas le dernier-né, le « favori» de Mawu, mais au
contraire, son premier-né, un enfant malformé qui aurait précédé longtemps auparavant, le cycle des enfants normaux.

Quoi qu’il soit, sa venue est toujours placée sous le signe de la ruse, de la rapidité d’esprit, de l’intelligence, du désordre. Il se présente toujours le premier, volant ou essayant de voler la place des autres.

 

La représentation de Lègba

 

Pour ce qui est de la partie visible de l’iceberg, Agbo-Lègba est représenté par une bute de terre aux formes plus ou moins humaines avec souvent un phallus démesuré. Les représentations de lègba traînent partout. On les voit aux seuils des habitations, des lieux publiques et à tous les coins de rues dans les vieilles citées.

On peut même dire que les représentations de lègba sont la face hideuse du vodou avec les offrandes de sang, d’huile de palme et de farine de maïs et autres avec lesquelles on le barbouille régulièrement comme ici le montre ce Lègba royal dans la citée d’Abomey.

3mars 13 (14) Abomey Temples Vaudou

 

Toutefois, Lègba vodou du golfe du Bénin est tout aussi divers dans ses matérialisations que dans ses attributions.

 

Les caractéristiques de Lègba.

 

Agbo Lègba a plusieurs caractéristiques.

 

Lègba, vodou du désordre et de la colère. Divinité de la puissance, de la force qui se déchaînent dans la querelle, la discorde, la colère, le meurtre, la guerre, le cauchemar, la folie passagère, (et même) les rêves érotiques»

Lègba, vodou de la méchanceté.  Il ne cherche qu’à nuire aux hommes, et il faut sans cesse l’apaiser par des sacrifices et des offrandes.

Lègba, vodou de l’intelligence et de la ruse.

Lègba est souvent présenté comme une sorte de lutin au comportement à l’équilibre fragile: il peut être très farceur, mais aussi prêt « aux pires méchancetés », en même temps, il se laisse facilement cajoler, si on sait s’y prendre, avec des sacrifices, des prières ou des libations, et surtout de la nourriture.

 

Les fonctions de Lègba

 

Ainsi que ses caractéristiques, les fonctions de Lègba sont multiples.

 

Lègba, messager des hommes et des vodou.

Agbo-Lègba est le messager privilégier des hommes et des vodous car le seul à les comprendre tous, voila pourquoi on ne peut commencer libation et sacrifice à un grand nombre de vodou sans en offrir les prémices à Lègba afin d’obtenir son concours comme médiateur ou intercesseur.

 

Lègba, gardien de la propriété.

Il est le gardien des propriétés ce qui explique, son installation devant les maisons et aux carrefours, endroits terriblement ouverts et dangereux, qu’il a mission de protéger. Il protège la route de tout danger

 

Vodou de la génération

Représenté avec un phallus démesuré, il est le vodou de la fécondité ou de la reproduction, un vodou de la génération qui serait « susceptible de donner ou de refuser des enfants» à qui il veut.

 

La cérémonie de Lègba

 

Dans le culte vodou, il est admis que toutes choses heureuses et malheureuses arrivent par la volonté de Lègba avec la permission des vodou supérieurs. Mais, la seule manière d’éviter cela est de lui accorder son temps, il faut lui parler, lui donner à manger et à boire abondamment.

Les adeptes du vodou n’entreprennent jamais un long déplacement sans demander la route à Agbo-Elègba, le vodou du chemin afin qu’aucun malheur ne survienne en route.

Généralement les cérémonies Vodou commencent  toujours par les offrandes à Lègba et son invocation passe par une louange dont voici le  refrain culte.

Iba l’Agbo é Agbo mojuba !

Iba  l’Orisha.

Iba l’Agbo é Agbo mojuba o!

B’omodé korin adjuba Agbo é

Agbo mojuba

F’èlègba eshu ona

 

Quoi qu’il en soit, Agbo-Lègba est censé apporter protection, paix et prospérité, mais  il peut également punir.  C’est un vodou dont les  caractéristiques multiples et contradictoires, aussi bien dans son nom, dans ses formes, dans ses attributs que dans ses fonctions font de lui un vodou singulier.

.Qu’on soit adepte ou non, le vodou reste une réalité culturelle forte dans laquelle on naît et avec laquelle on vit au Bénin et dans plusieurs pays du golf du Bénin, malgré la percée des églises du réveil. Le champ du vaudou reste encore aujourd’hui très vaste, ésotérique et complexe. Et le mystère est bien entretenu au sein des couvents et forêts sacrées où l’héritage est légué au fil des générations à travers une tradition orale.

 

Bénin: Y a-t-il encore un capitaine à bord du navire?

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Président  Boni Yayi

Si le premier mandat du président Boni Yayi a été globalement satisfaisant, malgré le cafouillage et le populisme du chantre du changement et de l’émergence économique du Bénin, le deuxième mandat est probablement celui de trop car le  roi du Palais de la Marina ne semble plus rien maîtriser dans le pays. Au rythme où vont les choses, c’est à se demander si à l’instar du capitaine du Costa Concordia, Francisco Schettino, le président boni ne va pas larguer le navire Bénin avant la fin de son mandat s’il ne parvenait pas à modifier la constitution pour rempiler.

 

Au Bénin plus rien ne va ou plus précisément tout va à vau l’eau. De grogne en boude, de protestation en contestation, de désaveux en déculottée, le président Yayi Boni n’en finit plus de subir les revers et les affronts.Comme si le sort s’acharnait sur l’homme du changement, les nouvelles se suivent et se ressemblent toutes, cruelles. Iironie du sort, c’est justement pour n’avoir pas voulu faire non les changements annoncés et attendus par tous mais plutôt celui de la constitution redouté par tous  que le divorce entre le président et son peuple semble définitivement consommé.

 

En effet, après le sulfureux K.O de Boni Yayi à la présidentielle de mars 2011 et  sa victoire écrasante aux législatives, le Chef de l’Etat s’en était sorti avec une majorité appréciable capable de soutenir son action. Le ralliement surprise de la Renaissance du Bénin (Rb), théoriquement membre de l’opposition lui avait permis de conforter sa majorité parlementaire. Mais depuis, les promesses non tenues, les objectifs inavoués et la dictature rampante du locataire du palais de la marina ont conduit à la situation quasi chaotique que traverse le pays en ces temps ci.

Au total, après le chaos magique au premier tour des présidentielles de 2011 pour son deuxième mandat, les béninois, aucunement dupes ont laissé faire, semble t-il, pour éviter le scénario  ivoirien, encore vivace, dans les esprits à cette époque là, soit. Mais dans le pays, tout le monde ironise sur le K.O. en redoutant qu’il ne se transforme en chaos, tant les tensions sont palpables à tous les niveaux. la vague de crises qui secouaient les différents secteurs professionnels du pays avant les élections présidentielles va se muer en une spirale de contestations sociale au point où un an après sa réélection, le chef de l’Etat, visiblement dépassé par les événements,  et pour, sans jeu de mot, changer son fusil d’épaule, procéda à un remaniement technique de son gouvernement et s’empara lui-même du portefeuille de la défense nationale avant de l’attribuer à une autre personne lors d’un remaniement ultérieur.

De fait, c’est une vrai paranoïa qui s’est installée au sommet de l’Etat et pendant que les rumeurs font état de brouille entre le chef de l’Etat et ses amis politiques au sujet de la révision constitutionnelle, lui accuse le chef de fil, supposé, des anti révisionnistes, le richissime homme d’affaire, Patrice Talon, de tentative d’empoisonnement puis de coup d’Etat contre sa personne. Ce dernier ayant pu fuir du pays avant son arrestation, une information judiciaire sera ouverte contre lui a Cotonou  et des mandats d’arrêt internationaux lancés contre lui et ses lieutenants.

 Dans le même temps, à l’Assemblée Nationale, le  projet de révision constitutionnelle initié par le gouvernement  divise le pays et relance le débat sur l’opportunité d’une révision de la constitution face aux urgences de l’heure que sont la pauvreté, l’emploi des jeunes, le bien être des travailleurs, la corruption et la cohésion nationale.

Au quotidien, après le cafouillage et la mascarade de la liste électorale permanente (LEPI) qui a permis le KO électoral et dont les meurtrissures sont encore palpables dans le pays, plusieurs scandales politico-économiques, vont  émailler la gouvernance de Boni II. Il s’agit notamment de l’Affaire du Programme de Vérification des Importations (PVI), des chantiers financés à coût de plusieurs milliards de francs par le budget national et laissé à l’abandon ( le palais de l’Assemblée Nationale, la centrale à gaz de Maria Gleta),  puis  des affaires d’empoisonnement du chef de l’Etat et de coup d’Etat.  Ajouter aux scandales du premier mandat, en particulier les affaires Cen-Sad et ICC service, la coupe semble pleine et le ras le bol ressenti à tous les niveaux sans que le gouvernement ne prennent vraiment la mesure de la situation, malgré les cartons jaunes qui lui sont brandit de toute part.

Oiseau de mauvais augure ou présage incompris, la révision de la constitution de 1990 est le projet phare du deuxième quinquennat de Boni Yayi et c’est un projet qui a le mérite de faire unanimité contre lui sans que le président ne prenne toujours la mesure de la question. En effet, le front des anti-révisionnistes regroupe naturellement  les membres de l’opposition politique, de la Société Civile, mais aussi les membres de la majorité présidentielle dont les plus téméraires n’hésitent pas à dire tout haut ce que les autres pensent tout bas en brandissant le carton jaune.

Ce qu’un carton jaune ne suffit pas à faire comprendre, seul un carton rouge peut le faire et comme l’a dit Candide Azanaï, un député béninois lors du vote du budget 2014, le président boni ne veut pas entendre raison et le seul moyen pour y parvenir est de le saisir par les oreilles  et lui crier fort à l’intérieur ce qu’on veut lui signifier.

La première personne qui à oser saisir les oreilles présidentielles pour lui dire : “ trop c’est trop », c’est le juge d’instruction du sixième cabinet du tribunal de première instance de Cotonou, Angelot Houssou. Contrairement à ce qu’on pouvait croire, ce juge qui avait en charge l’instruction  des dossiers de tentative d’empoisonnement et de coup d’Etat contre le président Boni Yayi et qui se déplaçait au palais pour instruire le chef de l’Etat a clôturé son instruction le 17 mai 2013 par  des ordonnances de non-lieu général dans les affaires de tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat, Boni Yayi, et de tentative de coup d’Etat, une décision qui symbolise un’échec cuisant pour le  Chef de l’Etat.

Cette courageuse ordonnance de non lieu  sera confortée le lundi 1er juillet 2013 par  la Cour d’appel de Cotonou qui a confirmé les ordonnances de non-lieu rendues par le juge Angelo Houssou dans les mêmes dossiers en première instance. Aujourd’hui, le juge Angelot Houssou est réfugié politique aux USA ou l’asile politique lui a été accordée.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, la cour d’appel de Paris auprès de qui le gouvernement béninois a adressé une demande d’extradition de Patrice Talon le principal accusé dans ces deux affaires a, dans son verdict du 4 décembre 2013, refusé d’extrader les prévenus à Cotonou où les conditions d’un jugement équitable ne sont pas de son point de vue garanties.  Deuxième échec cuisant donc pour le Chef de l’Etat

Et puisque jamais deux sans trois, la troisième estocade au chef de l’Etat est venu des USA avec le rejet de la candidature du Bénin pour le deuxième compact du Millenium Challenge Account. Déclaré éligible pour le second compact du Millénium Challenge Account avec une note de 11/20 à la fin de l’évaluation après le premier compact,  lors de sa session trimestrielle tenue le mardi 10 décembre 2013 à Washington, le Conseil d’administration du Millenium Challenge Corporation (Mcc) a rejeté la candidature du Bénin. La raison essentielle de ce refus est la faible moyenne obtenue par le Bénin au niveau de l’indicateur relatif à la corruption et la mauvaise gouvernance au sommet de l’Etat. Au total c’est 300 milliards de franc cfa d’appui budgétaire accordé par les USA que le Bénin perd à cause de la mauvaise gouvernance au sommet de l’Etat

Dure dure que ce mois de décembre 2013, pour le chef de l’Etat béninois qui n’était pas encore au bout de sa peine. L’Assemblée nationale du Bénin a rejeté jeudi 19 décembre 2013 par 44 voix contre et 39 voix pour, le budget de l’Etat exercice 2014 après un vote secret. Quand on sait que le chef de l’Etat bénéficie pourtant d’une majorité confortable au sein de ce parlement, on comprend qu’il ne maîtrise plus sa famille politique qui semble commencer par lui montrer la porte de sortie.

Et comme si tout ceci ne suffisait pas, sur le front social, les nouvelles ne sont pas meilleures. depuis le 1er octobre dernier, les  praticiens hospitaliers du Bénin  observent une grève perlée qui vise à demander le paiement des primes de risque et qualification coupées depuis 1982 et qui correspondent à 20% du salaire indiciaire brut des agents de santé béninois. Une grève qu’ils menacent de  radicaliser à 96 heures par semaine sans service minimum.

La même situation s’observent du côté des magistrats  qui observent depuis le mardi 3 décembre 2013 une grève perlée de 72 heures par semaine pour exiger du gouvernement la correction des violations des principes d’inamovibilité des juges du siège et celui de la préséance dans les nominations ou affectations de magistrats faites en 2011 et en 2013.

Quant aux syndicats de l’Education nationale, il sont en échauffement et comptent entrer dans la danse à partir de janvier si leurs revendications ne sont pas satisfaites jusque là.

 Au regard de tous ces déboires essuyés par le chef de l’exécutif béninois, on peut, à juste titre, se demander s’il y a encore un capitaine dans le navire tant il prend l’eau de toute part. Le président Boni Yayi a promis monts et merveilles au peuple et fait aujourd’hui les frais de ses errements politiques . Espérons qu’après lui le déluge n’emporte tout le peuple.

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Bénin : Yayi Boni, un président qui n’est jamais au courant.

De tous les présidents élus de l’ère démocratique au Bénin, le président Boni Yayi  est objectivement celui dont l’élection aura suscité le plus d’espoir dans le pays et aussi celui dont les deux mandats auront connus les scandales les plus stupéfiants. Mais, scandale après scandales, il y a une constante qui revient chaque fois: « Je n’étais pas au courant » et qui au delà de la stupéfaction interpellent le citoyen que je suis sur le contrôle du pouvoir au sommet de l’Etat béninois.

 

 

Inconnu sur l’échiquier politique national jusqu’en 2005, le président Boni Yayi a réussi l’exploit de se faire élire président de la république avec 75% des suffrages exprimés au second tour des élections présidentielles de 2006. Il faut avouer que le président YAYI Boni a placé la barre très haut  lors de sa campagne, ce qui explique les grands espoirs suscités par l’homme et justifie ce suffrage massif. Sous le slogan : « ça doit changer, ça va changer »,  il a fait une campagne  avec des promesses mirobolantes. Docteur en économie de son état, il s’était engagé à faire passer le taux de croissance du pays, estimé alors à 6%, à un  taux de croissance économique à deux chiffres, à assurer au pays,  une autonomie énergétique, à le transformer  en un village numérique et le faire accéder  au rang des pays émergents.

Malgré  le cafouillage et le populisme qui transparaissaient dans les premières actions du chantre du changement et de l’émergence économique du Bénin, la période de grâce va durer près de deux ans pendant lesquelles les béninois espéraient, patiemment,  les promesses annoncées avant que  cet enthousiasme et cet espoir ne se  transforment en bérézina avec l’avalanche des scandales qui vont émaillés les mandats de Boni Yayi et dont je propose ici un focus sur trois parmi la multitude de scandales. 

Chronologiquement, la première affaire d’envergure qui a défrayé la chronique sous l’ère Boni Yayi est l’affaire dite de la Cen-Sad.  L’organisation au Bénin du dixième Sommet de la Communauté des Etats Sahélo Sahariens (Cen-Sad) tenue à Cotonou  les 17 et 18 juin 2008 a été décidée à Syrte en Libye le 3 juin 2007 et le Président de la République du Bénin a accepté de relever le défi de l’organisation en s’en donnant personnellement les moyens.

 Dans le cadre des préparatifs de l’organisation dudit Sommet, le Gouvernement a ainsi initié la réalisation d’importantes infrastructures et l’achat de divers équipements qui contribueront à la modernisation des infrastructures de la ville de Cotonou et dont la mise en œuvre fut confié par décision du conseil des ministres au ministre de l’Économie et des Finances, Soulé Mana Lawani qui a géré la réhabilitation et ameublement du Centre International des Conférences et du Palais des Congrès de Cotonou ou s’est déroulé le sommet puis des différents ’aménagements et équipements  des résidences des hôtes de marque et de la sécurité des participants.

Au lendemain du sommet, le scandale dit de la Cen-Sad va éclater à l’assemblée où les députés vont déceler de graves irrégularités dans la passation des marchés et l’exécution des travaux évalués à un coût total de 4,6 milliards de francs CFA. Au total, 6 points impliquant divers département ministériel auraient fait l’objet de malversations. Ce premier scandale politico-financier va faire couler beaucoup d’encre et de salive dans le pays et la position équivoque du gouvernement pendant longtemps sur le sujet a exaspéré et indigné le peuple tout entier.

La réaction du chef de l’Etat sur cette affaire n’interviendra que longtemps après au cours une interview accordée à la télévision nationale à l’occasion de la fête de l’indépendance du 1er août 2009. Interpellé sur ce scandale qui défraie la chronique depuis un moment déjà dans le pays, avec une sérénité  déconcertante le chef de l’Etat a déclaré : « je n’étais pas au courant. J’ai appris un jour que les députés veulent envoyer une commission d’enquête parlementaire. On en était là. Premier mois, rien ; deuxième mois, rien ; troisième mois, rien. Alors, j’ai donné l’ordre à l’IGE (Inspection Générale d’Etat) d’aller me voir çà » A la remarque des journalistes qu’un conseil des ministres a pourtant statuer sur la question, nouvel aveu du chef de l’Etat : « Le Conseil des ministres, il y a des moments où je n’y vais pas si je n’ai pas de points particuliers, s’il n’y a pas de dossiers qui nécessitent ma présence et je demande le plus souvent au ministre d’Etat d’aller présider » !

Une faute avouée étant à moitié pardonnée, face à cette franchise déconcertante du chef de l’Etat, le peuple a fait contre mauvaise fortune, bon cœur et pardonné son président.  Pour la petite histoire, dans cette affaire Cen-Sad, le rapport de l’IGE mettra tout le tort sur le dos de l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Soulé Mana Lawani, qui devra s’expliquer sur les « dysfonctionnements » dans la passation de marchés et dans la « qualité des travaux » réalisés au Bénin pour accueillir le sommet de la Cen-Sad. Pour le mis en cause, il y a eu surfacturation des frais, mais le président aurait personnellement tout planifié en collaboration avec son ministre chargé de l’urbanisme qui retiennent déjà les entreprises devant bénéficier des marchés avant l’introduction d’une communication en Conseil des Ministres sollicitant le gré à gré ».

Au demeurant, le scandale de la Cen-Sad a mis à nu les dessous sales du système politique du chantre du changement et l’embarras des béninois qui découvre le mode de fonctionnement, pour le moins, curieux du président de la république.

 La deuxième affaire qui a défrayé la chronique est l’affaire ICC Services,  une affaire d’escroquerie et de détournement d’épargne organisée par ICC Services, une société de placement d’argent. Une affaire Mazdoff à la béninoise selon certains commentateurs.

Il faut rappeler que depuis le début de l’année 2006, il s’est observé dans le paysage financier béninois, un foisonnement de sociétés de « placement d’argent ». Ces sociétés pour la plupart, octroient des taux d’intérêt allant de 40% à 450% sur les dépôts à leurs guichets. Cette pratique qui apparaît extraordinaire au regard des taux de 6-8% régulièrement appliqués par les institutions financières de la place, est mise en œuvre dans un contexte où il existe une réglementation de l’activité financière en République du Bénin.et surtout au moment ou le président du pays est  lui-même banquier émérite.

La société ICC service est, justement, l’une des premières sociétés de placement à opérer sur la place du Bénin dès 2006. ONG, églises évangéliques converties en institutions financières, ICC service réalise des placements  d’argent à des taux d’intérêt sans pareil. Des milliers de béninois  ont vu en cette affaire l’aubaine de leur vie et y ont placé massivement qui capital, qui épargne, qui prêt bancaire pour réaliser une plus-value. 

Le scandale a éclaté suite à la crise liée au non paiement de ses clients à partir de mai 2009. A tort ou à raison, le chef de l’Etat sera accusé par ses adversaires politiques d’avoir cautionné les activités de ladite structure  à cause des visites fréquentes des promoteurs au domicile privé du chef de l’Etat et surtout de la photo du chef de l’Etat qui trône dans tous les bureaux de cette institution.

Selon une estimation de la banque mondiale, environ 150 milliards de franc CFA sont soutirés de l’épargne des populations par une bande des personnes dont la grande  proximité avec les pouvoirs publics a largement contribué à abuser les épargnants..

Face à cette crise nationale du placement d’argent dans laquelle les épargnes ont fondu comme neige au soleil et les affaires ruinées, des drames sont observés au quotidien et de nombreuses familles sont dans le désarroi. Dans le rang des victimes de ces institutions, les ménages se sont disloquées, certains ont choisit de se suicider surtout ceux qui ont vendu leurs maisons  ou qui ont placé l’argent d’autrui ou un prêt bancaire, d’autres sont, à l’article de la mort suite à un AVC ou autres crises. Dans ces conditions le pays tout entier avait les yeux et les oreilles tournés vers l’exécutif que tout le monde accuse de n’avoir pas suffisamment protégé les citoyens.

Finalement, c’est sur la chaîne panafricaine, Africa 24 que le peuple qui s’impatientait d’entendre des paroles d’espoir et de réconfort sur cette escroquerie à la Mazdoff ont eu l’occasion d’entendre le président béninois Boni Yayi dire : « Affaire ICC, je n’étais pas informé. Dès lors qu’on m’a mis au courant de cette affaire, j’ai mis tout le monde en prison » il a ajouté en sus que les milliers de victimes qui se sont fait spolier par des structures illégales de placement d’argent ont été recensés et ont commencé par entrer en possession de leurs fonds. Par ailleurs pour trouver des solutions idoines à ce dossier, il a non seulement invité des experts du FMI mais aussi ceux de la BCEAO qui incessamment, se rendront dans notre pays pour une expertise.

Une fois encore, le peuple a compris que le malheur est arrivé parce que le président n’était pas au courant, mais c’est réconfortant de savoir qu’il va œuvrer à la récupération des sous placés. Pour la petite histoire, de 2009 jusqu’à nos jours en 2013, aucun épargnant de ICC service n’a toucher le moindre francs et bien malin qui peut dire où en est le dossier

 

 La troisième affaire d’envergure qui a défrayé la chronique et continue de mousser l’actualité nationale et internationale du pays par ses multiples ramifications est l’affaire PVI- ng.

Le Programme de vérification des importations de nouvelle génération (Pvi-ng) est une importante réforme introduite dans les activités portuaires et douanières par le régime Yayi. Elle se résume en trois volets essentiels que sont la vérification avant embarquement des marchandises, le suivi électronique (tracking) et le contrôle par scanner (scanning). Il est censé améliorer la compétitivité du port de Cotonou et favoriser l’accroissement des recettes douanières. Après un appel d’offre international, la société Bénin Control SA de l’homme d’affaire béninois, Patrice Talon, a été sélectionnée par le gouvernement pour sa mise en pratique sur la base d’un contrat du marché n°20/MEF/MPDEPP-CAG/MDCEMTMIP/DNCMP du 9 février 2011.

Ce contrat signé à un mois des élections de 2011 qui a permis le second mandat de Yayi Boni avec les avantages inouïs qu’il accorde à  Bénin Control Sa de l’homme d’affaire et ami personnel du chef de l’Etat béninois, sera très critiqué par l’opposition politique, les médias et les syndicats dont les analyses font croire qu’il s’inscrit dans la perspective de préparation du butin de guerre des consultations  électorales de 2016.

Toujours est-il que pendant un an, le gouvernement avec à sa tête le président a fait campagne activement pour vanter les avantages multiples du programme PVI qui mettra le port de Cotonou au diapason du port de Singapour. L’opinion nationale et internationale a été fortement sensibilisé sur son impérieuse opportunité pour dynamiser l’économie nationale et conduire à l’émergence prônée par le chef de l’Etat. Le gouvernement a mené une vaste campagne de communication sur la réforme au cours de laquelle, les membres de l’Exécutif ont affirmé à plusieurs reprises que Bénin control est le bras exécutif du gouvernement.

Mais, un an après le début de la mise en œuvre du PVI, le mécontentement manifeste des agents de la Douane et des indiscrétions venant du Millenium Challenge Acount et de l’Ambassade des USA à Cotonou indiquent que le PVI ng  plombe  l’activité économique et commerciale du pays déjà morose et au risque qu’il étouffe totalement l’économie nationale sa  suspension pure et simple serait demandé.  Et patatras, le mercredi 02 mai 2011, le gouvernement a décidé en conseil des ministres de «suspendre provisoirement le contrat de travail» qui lie l’Etat à la société Bénin Control dans le cadre de vérification des importations de nouvelle génération (Pvi-ng). Pour appuyer  cette décision inimaginable encore il y a quelques jours, le gouvernement a  expliqué son revirement et la suspension du contrat par le fait que le marché a été attribué au groupement SGS-Bénin Control SA.  à cause des références techniques de SGS  alors que le contrat a été signé au nom de Bénin Control SA et non au nom du Groupement SGS-Bénin Control SA. Mais alors, se pose la question de savoir pourquoi le gouvernement béninois lui a signé ce contrat et pourquoi ce n’est qu’un an après le début de la mise en œuvre de la réforme que ce constat est fait ?

Les tentatives de réponse à ces questions sont venues du Ministre de l’Economie Maritime Valentin Djenontin qui a animé une série de points de presse sur le sujet. Des différentes explications fournies, il ressort que : Le président n’était pas au courant des termes du contrat du PVI avant de le  signer.  « Le président, a-t-il expliqué, n’a pas lu le contrat avant de le signer et ce n’est qu’après que le constat a été fait que le contrat signé par le chef de l’Etat était différent de celui étudié en conseil des Ministres » Ces explications  insinuent que des personnes de l’entourage du chef de l’Etat proches de Patrice Talon, le promoteur du PVI, aurait changé la mouture du contrat présenté au chef de l’Etat pour signature. Face au tollé général provoqué par ces sorties médiatiques jugées nulle dans l’ensemble, le chef de l’Etat lui-même profitant, comme à son habitude, d’une interview accordée aux chaînes de télé nationales à l’occasion de la fête de l’indépendance du 1er août 2012, à apporté quelques éclaircissements au peuple et clarifier les propos de son ministre : « lorsque le secrétaire général de la présidence m’a apporté le contrat, je lui ai demandé si peux signer?  Il a répondu oui.  Je peux signer ? Ai-je insisté.  Il a encore dit oui.  J’ai alors ajouté : si je signe et que quelque chose arrive demain, tu es un homme mort ».   Ces propos sensés apporter la sérénité ont encore plus jeté le trouble et l’émoi dans l’esprit des béninois ahuris par la légèreté du chef de l’Etat dans un dossier aussi capital que celui du PVI (ng)  qui engage son destin sur 16 années.

Qu’est-il advenu de ce secrétaire général de la présidence de la république ? N’ayez aucune crainte. Il n’est pas mort, mais plutôt promu à un autre poste.

Au demeurant, ce mode de fonctionnement observé à travers ces trois affaires est le même dans les multiples autres affaires qui ont caractérisé les différents gouvernements de Boni Yayi,  notamment les affaires  d’empoisonnement du chef de l’Etat, et de coup  d’Etat dans lesquelles l’accusé n’est nul autre que  Patrice Talon, le promoteur du PVI, aujourd’hui réfugié en France et  pour lequel la cour d’appel de Paris a refusé ce jour même l’extradition à Cotonou où les conditions d’un jugement équitable ne sont plus garanties  et enfin l’affaire SODECO qui nourrit présentement les débats à Cotonou et qui n’est elle aussi qu’une autre ramification de l’affaire PVI ng. 

En somme, comme on peut le constater, l’argument “je n’étais pas au courant“ ou “je n’étais pas informé“  sont  comme un leitmotiv  que le chef de l’Etat utilise pour se justifier et prouver sa bonne foi. Mais, comment comprendre que des informations connues qui font le buzz dans le pays ne parviennent pas à la connaissance de celui qui reçoit tous les jours sur sa table de travail des rapports sur l’état du pays de la part de la sûreté nationale, des services de renseignements et des différents services de communication aussi bien institutionnels qu’officieux ?  Aussi, de mon point de vue, il importe de se poser la question de savoir ce que veut réellement exprimer  le chef de l’Etat quand il dit : « je n’étais pas au courant » ? Ou plus concrètement que cache la formule présidentielle : « je n’étais pas informé » ?

De toute évidence, il n’y a que le président lui-même qui peut répondre à, ces préoccupations, mais en tant que citoyen on ne peut que conjecturer.

La première hypothèse, à mon avis, serait que le président n’a  effectivement pas connaissance, en temps réel,  des dossiers en cause. Dans ces conditions, une alternative s’impose : ou le président est très mal entouré ou alors  c’est une vacance de pouvoir au sommet de l’Etat qui ne dit pas son nom.

Une autre hypothèse serait que cette formule n’est qu’une simple ligne de défense, une échappatoire pour se sortir d’affaire et montrer sa bonne foi, fort du fait que la parole du chef ne peut être mise en doute. Mais dans ce cas, cela parait une stratégie trop simpliste pour un brillant intellectuel et un économiste de renom tel que le que le président Yayi. 

Mais si ce n’est ni l’une ni l’autre, reste alors la conjecture  la plus dangereuse. Le président aurait-il  des trous de mémoire ou des absences et quand il revient à lui-même, il ne se souvient plus des évènements passés ce qui met  dans l’embarras tout le monde ; le président lui-même qui ne doit plus savoir où il en est, son entourage contraint de ne pas démentir son chef et le peuple qui se pose  mille et une question sur son timonier.

 Dans tous les cas, quelque soit la bonne hypothèse, aucune n’est acceptable à ce niveau du pouvoir d’Etat.

Un dicton de chez nous que le président Boni Yayi ne peut ignorer dit : «  je ne peux pas, n’est pas une réponse digne d’un brave homme », de même, je pense aussi que “je n’étais pas au courant“ n’est pas une réponse qu’un président puisse s’enorgueillir devant son peuple. Toutefois, Il n’est jamais trop tard pour mieux faire et pour le reste de temps de votre deuxième et dernier mandat, le peuple vous saura gré d’être enfin au courant à tant.

 

Bénin : Découverte d’un gisement de 87 millions de barils de pétrole ; Grossesse nerveuse ou fausse couche ?

kassaBénin:  l’annonce de la découverte d’un gisement de 87 millions de barils de pétrole sur bloc sédimentaire sud du bassin côtier a été donnée le mercredi 23 octobre 2013 au chef de l’Etat Béninois Boni Yayi par la Société SAPETRO  au cours d’une audience diffusée sur la télévision nationale. Mais, au-delà de l’intérêt économique réel que suscite cette annonce, plusieurs considérations poussent à la relativiser. . 

 

L’annonce faite à Cotonou le mercredi 23 octobre 2013 au président de la république de la découverte de pétrole sur le bloc 1 du bassin sédimentaire côtier par la  Vice-présidente de la Compagnie pétrolière South  Africa  Petroleum (SAPETRO), la Senator Daisy Danjuma. Continue de susciter de grosses incertitudes comme je l’avais déjà signalé dans un précédent article.

Outre que le timing de l’annonce  qui survient en pleine fièvre de révision de la constitution à deux ans de la fin du deuxième et dernier mandat du président Yayi Boni,  rappelle trop le cas Mamadou Tandja du Niger, le voisin du nord du Bénin, mais  des informations  de dernières heures viennent encore renforcer les nombreux doutes qui pèsent sur cette annonce.

En effet, dans son article pétrole béninois : mes soupçons de citoyen, paru dans la nouvelle Tribune du 29 octobre 2013, Marcel Zoumenou nous apprend que:

SAPETRO  n’est nullement une firme sud-africaine. mais une firme nigériane,  (South Atlantic Petroleum, SAPETRO),  fondée par un Général de l’Armée, Theophilus Yakubu Danjuma, ex Chef d’Etat-Major de l’Armée Nigériane et ministre de la Défense sous Olusegun Obasanjo, avec lequel il a des relations privilégiées. Ce dernier aurait effectué quelques jours auparavant une réunion, tard dans la nuit, au Bénin, réunion à laquelle aurait assisté le Chef de l’Etat, accompagné d’une petite délégation composée des ministres François Abiola et Jean Michel Abimbola, tous deux Nago, l’ethnie du Président Obasanjo. Les échanges, apparemment très secrets, entre Yayi et  son hôte nocturne, n’ont jamais été rendus publics. Quelques jours après, le pétrole béninois est annoncé.

Par ailleurs au Bénin, la Vice-présidente exécutive de SAPETRO, la sénatrice Daisy Ehanire Danjuma n’est autre que l’épouse, du fondateur de la firme Theophilus Yakubu Danjuma. De plus, une autre inquiétude vient des chiffres, sur le site de Sapetro, les chiffres annoncés ne concordent pas avec ceux du gouvernement béninois.

Enfin, d’autres analyses font également observer que le 23 octobre, date de l’annonce du pétrole béninois était aussi la date où la demande d’extradition de l’homme d’affaires, Patrice Talon, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, à la demande du gouvernement béninois et laissé libre sous contrôle judiciaire, doit être examinée à Paris, une extradition contre laquelle le parquet général est défavorable.

L’annonce du pétrole béninois viserait-elle à faire écran à cette nouvelle appréhendée par le gouvernement béninois ? Difficile à penser.

Sinon, est-il possible de mettre toutes ces  méprises sur le compte d’une erreur de la cellule de communication du gouvernement ? Difficile à croire.

Mais alors, est-il possible que le gouvernement ait pris le risque de berner le peuple avec un miroir aux alouettes,  juste pour faire diversion? Difficile à dire.

En définitive, y-a-t-il  du pétrole ou non sur le bloc 1 du site de Sèmè podji? Partagés entre espoir et prudence, les citoyens béninois attendent de savoir. Et dans l’affirmative,  quels sont les vrais chiffres et quelle est la clé de partage de cette mânes ? Autant de questions sans réponses.

Toujours est-il que l’un dans l’autre, tous ces considérations semblent trop tendancieuses pour relever de la pure coïncidence et  pousse à se demander si cette annonce ne relève pas d’un cas de grossesse nerveuse ou de fausse couche, tant le faisceau de doute est large.

Reste que dans un contexte de modernité politique avec un  système démocratique plus ou moins opérationnel comme aiment à enorgueillir les béninois, Il y une institution, l’Assemblée Nationale,  qui veille au contrôle de l’action gouvernemental et face à une question aussi sensible qui engage le destin, de toute la  nation béninoise, son honneur sa dignité et sa crédibilité, les parlementaires devraient être unanimes pour  interpeller le gouvernement et une enquête parlementaire aurait dû être diligentée pour clarifier cette nébuleuse question pour fixer le peuple et pour mériter les crédits à eux allouer.

Toutefois il n’est jamais trop tard pour bien faire…

Honorables Députés le peuple a les yeux tournés vers vous.

Agbadje Adébayo Babatoundé Charles

Bénin : Découverte d’un gisement de 87 millions de barils de pétrole ; Yayi Boni sur les pas de Tandja ?

PETROLE BENIN

                                                         info KOACI

 

Ouf ! Ca y est ! Nous y sommes enfin ! Le sol béninois regorge bel et bien du pétrole exploitable et commercialisable. La confirmation en a été donnée au Président de la République le mercredi 23 octobre 2013 par la  Vice-présidente de la Compagnie pétrolière South  Africa  Petroleum (Sapetro), la Senator Daisy Danjuma.

Démarrés en 2009, les travaux d’exploration avaient permis de prouver l’existence effective du pétrole dans les eaux béninoises, avec la présentation en février 2009 d’un échantillon au Chef de l’Etat. L’annonce de ce jour vient boucler la phase d’exploration sur le bloc 1 du bassin sédimentaire côtier de sèmè podji dont les réserves sont estimées à 87 millions de barils et feront l’objet d’une exploitation sur quatorze ans, à raison de 7.500 barils/jour  à compter de la date d’exploitation.

Des recherches se poursuivent pour confirmer un autre puits pétrolier d’une capacité de 100 millions de barils. Ce qui accroîtrait la production du Bénin dans les années à venir.

Incontestablement cette nouvelle promet des retombées positives pour l’ensemble de l’économie béninoise et améliorera le quotidien de tous les béninois. Adieu «  Payo », misère et Zem !

Seulement voila, toute cette information serait totalement réjouissante, si son timing  qui survient à deux ans de la fin du deuxième et dernier mandat du président Yayi Boni  ne rappelle trop le cas Mamadou Tandja du Niger, le voisin du nord du Bénin.

En effet, au Niger, le second et dernier mandat du président Mamadou TANDJA arrivait à son terme en 2009 au moment même ou la firme française Areva redémarrait l’exploitation de l’uranium du site d’Imouraren découvert quelques années plutôt et  qui faisait du pays le deuxième producteur mondial d’uranium. Avec la réévaluation du prix d’uranium sur le marché mondial et une meilleure négociation des dividendes entre Areva et l’Etat nigérien, les caisses du pays vont se remplir  à partir de 2010. Comme on ne change pas une équipe qui gagne, pour le président Tandja, ce n’était pas le moment de lâcher le pouvoir. Promettant la main sur le cœur de ne pas violer la constitution, le  président Tandja décida pourtant l’organisation d’un référendum pour une nouvelle constitution qui proroge son mandat de trois ans à la « demande du peuple » pour achever ses grands ouvres. Malgré la vive campagne des partis politiques, des syndicats, de  la société civile et des associations diverses pour dénoncer le complot et barrer la route à l’imposture, le référendum a été organisé et le OUI  l’a emporté à 92,5%. La suite on la connait.

Quand on pense que l’annonce de la découverte du pétrole béninois arrive en pleine fièvre de révision de la constitution béninoise, la similitude avec le cas Tandja devient quelque peu inquiétant.

Quand enfin on considère que l’une des innovations majeures du projet de révision en cours est la démocratie participative avec l’initiative populaire des lois, l’éventualité qu’après cette révision, des milliers de pétitions « venant du peuple » appelant l’Assemblée à voter une loi pour permettre au président Yayi  Boni d’achever ses grands travaux n’est pas à exclure.

Ces différentes considérations exigent de relativiser l’effet d’annonce considérable de cette information.

Vivement que le sol béninois regorge de pétrole, mais vigilance pour que cette annonce ne cache des desseins inavoués.

Adébayo Babatoundé Charles AGBADJE