Bénin, crise sociale : “L’étrange cas du Dr Boni et de Mr Yayi“

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Enfin, la rencontre entre le président béninois Dr Boni Yayi et les leaders des syndicats des travailleurs béninois, en grève depuis le 7 janvier, a eu lieu ce mercredi 12 mars 2014. Les avancées notables enregistrées au cours de la rencontre indiquent qu’on évolue vers un dégel de la crise sociale. Toutefois, ce dénouement inespéré de la crise révèle,  une fois encore,  la personnalité du Dr Boni Yayi, qui rappelle à s’y méprendre à l’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de l’œuvre de Robert Louis Stevenson.

 Selon le relevé de décisions issues de la rencontre, le président Boni Yayi et les leaders syndicaux ont pendant 6 heures d’horloge passé en revue tous les sept points de la plateforme revendicative des travailleurs grévistes. De nombreuses propositions en vue de satisfaire la plateforme revendicative de syndicats ont été faites par le chef de l’Etat.

Le président Boni Yayi a notamment confirmé sa volonté de restituer les défalcations opérées sur les salaires des mois de janvier et de février 2014 pour fait de grève.

D’autre part, le président Boni Yayi a accepté de relever le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) de 31.625 à 40. 000 francs Cfa (soit de 67 à 85 $US).

Il a aussi promis d’étudier la demande des enseignants relative au bénéfice de revalorisation de 25% du traitement indiciaire.

En outre, le chef de l’Etat  a présenté les excuses de la nation aux responsables syndicaux et les a  rassuré que des dispositions sont prises afin que les événements du genre de ceux du 27 décembre 2013 ne se reproduisent plus.

Même si les propositions présidentielles ne sont pas toutes satisfaisantes, du point de vue des syndicalistes,  elles ont le mérite de faire bouger les lignes.

Mais, pour ma part, ce sont les excuses présidentielle aux leaders syndicalistes qui, à mes yeux, posent problèmes. Naturellement, ces excuses présidentielles vont passer du baume sur les cœurs des syndicalistes meurtris et humiliés, mais elles ont tout de même de quoi inquiéter le citoyen béninois lambda.

Le 27 décembre 2013, la police a dispersé une manifestation organisée par six syndicats qui voulaient protester contre les violations des libertés syndicales et réclamer une amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Il y aurait une dizaine de blessés parmi les manifestants

On s’en souvient, dans sa sortie médiatique du 27 janvier 2014,  Boni Yayi  avait alors traité les syndicalistes de tous les noms d’oiseau  en accusant les manifestants blessés d’avoir utiliser de l’encre rouge pour simuler le sang, pour ternir son image,  l’image de la République et de la nation…

Ces propos offensants du chef de l’Etat sont en partie responsables de la crise qui secoue le pays depuis deux mois.

Et patatras, c’est le même chef de l’Etat qui, deux mois après, reconnait que les événements du 27 décembre étaient un incident malheureux et présente les excuses de la nation aux responsables syndicaux.

Le fait est que ces volte-face et reniements du chef de l’Etat sont trop fréquents et interpellent tout citoyen soucieux du développement de son pays.

Pourquoi le président Boni Yayi a-t-il coutume de se laisser aller à tous ses états d’âme avant de revenir à la raison ?

Pourquoi laisser  une situation pourrir pendant deux mois avant de faire ce qu’on aurait dû faire dès le début ?

Les dommages énormes engendrés par ce bras de fer inutile sont à mettre sur quel compte ?

Autant de questions, comme on le voit, qui laissent perplexes sur  la personnalité de Boni Yayi qui rappelle, à bien des égards,  “l’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde“

La question se pose, en effet,  de savoir si les revirements et reniements du président Bony Yayi, procèdent d’un comportement délibérément stratégique ou si c’est le fait d’une dualité de l’homme ? Y aurait-il deux personnalités dans la personne du chef de l’Etat béninois à l’instar du Dr Jekyll et de Mr Hyde.

Y aurait-t-il le Dr Boni, le légitime, le sage et modéré, et  Mr Yayi,  l’absurde, le provocateur qui fait, trop souvent, du tort à son mentor ?  Deux personnalités qui cohabitent dans la même personne et qui la rendent insaisissable?  La question mérite certainement d’être posée.

Au demeurant, il est fort heureux de constater que la raison a fini par l’emporter. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et tant mieux si ces revirements permettent d’aller de l’avant.

Vivement que la concorde retrouvée permette au pays de renouer avec le travail et la croissance.

Bénin: Y a-t-il encore un capitaine à bord du navire?

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Président  Boni Yayi

Si le premier mandat du président Boni Yayi a été globalement satisfaisant, malgré le cafouillage et le populisme du chantre du changement et de l’émergence économique du Bénin, le deuxième mandat est probablement celui de trop car le  roi du Palais de la Marina ne semble plus rien maîtriser dans le pays. Au rythme où vont les choses, c’est à se demander si à l’instar du capitaine du Costa Concordia, Francisco Schettino, le président boni ne va pas larguer le navire Bénin avant la fin de son mandat s’il ne parvenait pas à modifier la constitution pour rempiler.

 

Au Bénin plus rien ne va ou plus précisément tout va à vau l’eau. De grogne en boude, de protestation en contestation, de désaveux en déculottée, le président Yayi Boni n’en finit plus de subir les revers et les affronts.Comme si le sort s’acharnait sur l’homme du changement, les nouvelles se suivent et se ressemblent toutes, cruelles. Iironie du sort, c’est justement pour n’avoir pas voulu faire non les changements annoncés et attendus par tous mais plutôt celui de la constitution redouté par tous  que le divorce entre le président et son peuple semble définitivement consommé.

 

En effet, après le sulfureux K.O de Boni Yayi à la présidentielle de mars 2011 et  sa victoire écrasante aux législatives, le Chef de l’Etat s’en était sorti avec une majorité appréciable capable de soutenir son action. Le ralliement surprise de la Renaissance du Bénin (Rb), théoriquement membre de l’opposition lui avait permis de conforter sa majorité parlementaire. Mais depuis, les promesses non tenues, les objectifs inavoués et la dictature rampante du locataire du palais de la marina ont conduit à la situation quasi chaotique que traverse le pays en ces temps ci.

Au total, après le chaos magique au premier tour des présidentielles de 2011 pour son deuxième mandat, les béninois, aucunement dupes ont laissé faire, semble t-il, pour éviter le scénario  ivoirien, encore vivace, dans les esprits à cette époque là, soit. Mais dans le pays, tout le monde ironise sur le K.O. en redoutant qu’il ne se transforme en chaos, tant les tensions sont palpables à tous les niveaux. la vague de crises qui secouaient les différents secteurs professionnels du pays avant les élections présidentielles va se muer en une spirale de contestations sociale au point où un an après sa réélection, le chef de l’Etat, visiblement dépassé par les événements,  et pour, sans jeu de mot, changer son fusil d’épaule, procéda à un remaniement technique de son gouvernement et s’empara lui-même du portefeuille de la défense nationale avant de l’attribuer à une autre personne lors d’un remaniement ultérieur.

De fait, c’est une vrai paranoïa qui s’est installée au sommet de l’Etat et pendant que les rumeurs font état de brouille entre le chef de l’Etat et ses amis politiques au sujet de la révision constitutionnelle, lui accuse le chef de fil, supposé, des anti révisionnistes, le richissime homme d’affaire, Patrice Talon, de tentative d’empoisonnement puis de coup d’Etat contre sa personne. Ce dernier ayant pu fuir du pays avant son arrestation, une information judiciaire sera ouverte contre lui a Cotonou  et des mandats d’arrêt internationaux lancés contre lui et ses lieutenants.

 Dans le même temps, à l’Assemblée Nationale, le  projet de révision constitutionnelle initié par le gouvernement  divise le pays et relance le débat sur l’opportunité d’une révision de la constitution face aux urgences de l’heure que sont la pauvreté, l’emploi des jeunes, le bien être des travailleurs, la corruption et la cohésion nationale.

Au quotidien, après le cafouillage et la mascarade de la liste électorale permanente (LEPI) qui a permis le KO électoral et dont les meurtrissures sont encore palpables dans le pays, plusieurs scandales politico-économiques, vont  émailler la gouvernance de Boni II. Il s’agit notamment de l’Affaire du Programme de Vérification des Importations (PVI), des chantiers financés à coût de plusieurs milliards de francs par le budget national et laissé à l’abandon ( le palais de l’Assemblée Nationale, la centrale à gaz de Maria Gleta),  puis  des affaires d’empoisonnement du chef de l’Etat et de coup d’Etat.  Ajouter aux scandales du premier mandat, en particulier les affaires Cen-Sad et ICC service, la coupe semble pleine et le ras le bol ressenti à tous les niveaux sans que le gouvernement ne prennent vraiment la mesure de la situation, malgré les cartons jaunes qui lui sont brandit de toute part.

Oiseau de mauvais augure ou présage incompris, la révision de la constitution de 1990 est le projet phare du deuxième quinquennat de Boni Yayi et c’est un projet qui a le mérite de faire unanimité contre lui sans que le président ne prenne toujours la mesure de la question. En effet, le front des anti-révisionnistes regroupe naturellement  les membres de l’opposition politique, de la Société Civile, mais aussi les membres de la majorité présidentielle dont les plus téméraires n’hésitent pas à dire tout haut ce que les autres pensent tout bas en brandissant le carton jaune.

Ce qu’un carton jaune ne suffit pas à faire comprendre, seul un carton rouge peut le faire et comme l’a dit Candide Azanaï, un député béninois lors du vote du budget 2014, le président boni ne veut pas entendre raison et le seul moyen pour y parvenir est de le saisir par les oreilles  et lui crier fort à l’intérieur ce qu’on veut lui signifier.

La première personne qui à oser saisir les oreilles présidentielles pour lui dire : “ trop c’est trop », c’est le juge d’instruction du sixième cabinet du tribunal de première instance de Cotonou, Angelot Houssou. Contrairement à ce qu’on pouvait croire, ce juge qui avait en charge l’instruction  des dossiers de tentative d’empoisonnement et de coup d’Etat contre le président Boni Yayi et qui se déplaçait au palais pour instruire le chef de l’Etat a clôturé son instruction le 17 mai 2013 par  des ordonnances de non-lieu général dans les affaires de tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat, Boni Yayi, et de tentative de coup d’Etat, une décision qui symbolise un’échec cuisant pour le  Chef de l’Etat.

Cette courageuse ordonnance de non lieu  sera confortée le lundi 1er juillet 2013 par  la Cour d’appel de Cotonou qui a confirmé les ordonnances de non-lieu rendues par le juge Angelo Houssou dans les mêmes dossiers en première instance. Aujourd’hui, le juge Angelot Houssou est réfugié politique aux USA ou l’asile politique lui a été accordée.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, la cour d’appel de Paris auprès de qui le gouvernement béninois a adressé une demande d’extradition de Patrice Talon le principal accusé dans ces deux affaires a, dans son verdict du 4 décembre 2013, refusé d’extrader les prévenus à Cotonou où les conditions d’un jugement équitable ne sont pas de son point de vue garanties.  Deuxième échec cuisant donc pour le Chef de l’Etat

Et puisque jamais deux sans trois, la troisième estocade au chef de l’Etat est venu des USA avec le rejet de la candidature du Bénin pour le deuxième compact du Millenium Challenge Account. Déclaré éligible pour le second compact du Millénium Challenge Account avec une note de 11/20 à la fin de l’évaluation après le premier compact,  lors de sa session trimestrielle tenue le mardi 10 décembre 2013 à Washington, le Conseil d’administration du Millenium Challenge Corporation (Mcc) a rejeté la candidature du Bénin. La raison essentielle de ce refus est la faible moyenne obtenue par le Bénin au niveau de l’indicateur relatif à la corruption et la mauvaise gouvernance au sommet de l’Etat. Au total c’est 300 milliards de franc cfa d’appui budgétaire accordé par les USA que le Bénin perd à cause de la mauvaise gouvernance au sommet de l’Etat

Dure dure que ce mois de décembre 2013, pour le chef de l’Etat béninois qui n’était pas encore au bout de sa peine. L’Assemblée nationale du Bénin a rejeté jeudi 19 décembre 2013 par 44 voix contre et 39 voix pour, le budget de l’Etat exercice 2014 après un vote secret. Quand on sait que le chef de l’Etat bénéficie pourtant d’une majorité confortable au sein de ce parlement, on comprend qu’il ne maîtrise plus sa famille politique qui semble commencer par lui montrer la porte de sortie.

Et comme si tout ceci ne suffisait pas, sur le front social, les nouvelles ne sont pas meilleures. depuis le 1er octobre dernier, les  praticiens hospitaliers du Bénin  observent une grève perlée qui vise à demander le paiement des primes de risque et qualification coupées depuis 1982 et qui correspondent à 20% du salaire indiciaire brut des agents de santé béninois. Une grève qu’ils menacent de  radicaliser à 96 heures par semaine sans service minimum.

La même situation s’observent du côté des magistrats  qui observent depuis le mardi 3 décembre 2013 une grève perlée de 72 heures par semaine pour exiger du gouvernement la correction des violations des principes d’inamovibilité des juges du siège et celui de la préséance dans les nominations ou affectations de magistrats faites en 2011 et en 2013.

Quant aux syndicats de l’Education nationale, il sont en échauffement et comptent entrer dans la danse à partir de janvier si leurs revendications ne sont pas satisfaites jusque là.

 Au regard de tous ces déboires essuyés par le chef de l’exécutif béninois, on peut, à juste titre, se demander s’il y a encore un capitaine dans le navire tant il prend l’eau de toute part. Le président Boni Yayi a promis monts et merveilles au peuple et fait aujourd’hui les frais de ses errements politiques . Espérons qu’après lui le déluge n’emporte tout le peuple.

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Bénin : Yayi Boni, un président qui n’est jamais au courant.

De tous les présidents élus de l’ère démocratique au Bénin, le président Boni Yayi  est objectivement celui dont l’élection aura suscité le plus d’espoir dans le pays et aussi celui dont les deux mandats auront connus les scandales les plus stupéfiants. Mais, scandale après scandales, il y a une constante qui revient chaque fois: « Je n’étais pas au courant » et qui au delà de la stupéfaction interpellent le citoyen que je suis sur le contrôle du pouvoir au sommet de l’Etat béninois.

 

 

Inconnu sur l’échiquier politique national jusqu’en 2005, le président Boni Yayi a réussi l’exploit de se faire élire président de la république avec 75% des suffrages exprimés au second tour des élections présidentielles de 2006. Il faut avouer que le président YAYI Boni a placé la barre très haut  lors de sa campagne, ce qui explique les grands espoirs suscités par l’homme et justifie ce suffrage massif. Sous le slogan : « ça doit changer, ça va changer »,  il a fait une campagne  avec des promesses mirobolantes. Docteur en économie de son état, il s’était engagé à faire passer le taux de croissance du pays, estimé alors à 6%, à un  taux de croissance économique à deux chiffres, à assurer au pays,  une autonomie énergétique, à le transformer  en un village numérique et le faire accéder  au rang des pays émergents.

Malgré  le cafouillage et le populisme qui transparaissaient dans les premières actions du chantre du changement et de l’émergence économique du Bénin, la période de grâce va durer près de deux ans pendant lesquelles les béninois espéraient, patiemment,  les promesses annoncées avant que  cet enthousiasme et cet espoir ne se  transforment en bérézina avec l’avalanche des scandales qui vont émaillés les mandats de Boni Yayi et dont je propose ici un focus sur trois parmi la multitude de scandales. 

Chronologiquement, la première affaire d’envergure qui a défrayé la chronique sous l’ère Boni Yayi est l’affaire dite de la Cen-Sad.  L’organisation au Bénin du dixième Sommet de la Communauté des Etats Sahélo Sahariens (Cen-Sad) tenue à Cotonou  les 17 et 18 juin 2008 a été décidée à Syrte en Libye le 3 juin 2007 et le Président de la République du Bénin a accepté de relever le défi de l’organisation en s’en donnant personnellement les moyens.

 Dans le cadre des préparatifs de l’organisation dudit Sommet, le Gouvernement a ainsi initié la réalisation d’importantes infrastructures et l’achat de divers équipements qui contribueront à la modernisation des infrastructures de la ville de Cotonou et dont la mise en œuvre fut confié par décision du conseil des ministres au ministre de l’Économie et des Finances, Soulé Mana Lawani qui a géré la réhabilitation et ameublement du Centre International des Conférences et du Palais des Congrès de Cotonou ou s’est déroulé le sommet puis des différents ’aménagements et équipements  des résidences des hôtes de marque et de la sécurité des participants.

Au lendemain du sommet, le scandale dit de la Cen-Sad va éclater à l’assemblée où les députés vont déceler de graves irrégularités dans la passation des marchés et l’exécution des travaux évalués à un coût total de 4,6 milliards de francs CFA. Au total, 6 points impliquant divers département ministériel auraient fait l’objet de malversations. Ce premier scandale politico-financier va faire couler beaucoup d’encre et de salive dans le pays et la position équivoque du gouvernement pendant longtemps sur le sujet a exaspéré et indigné le peuple tout entier.

La réaction du chef de l’Etat sur cette affaire n’interviendra que longtemps après au cours une interview accordée à la télévision nationale à l’occasion de la fête de l’indépendance du 1er août 2009. Interpellé sur ce scandale qui défraie la chronique depuis un moment déjà dans le pays, avec une sérénité  déconcertante le chef de l’Etat a déclaré : « je n’étais pas au courant. J’ai appris un jour que les députés veulent envoyer une commission d’enquête parlementaire. On en était là. Premier mois, rien ; deuxième mois, rien ; troisième mois, rien. Alors, j’ai donné l’ordre à l’IGE (Inspection Générale d’Etat) d’aller me voir çà » A la remarque des journalistes qu’un conseil des ministres a pourtant statuer sur la question, nouvel aveu du chef de l’Etat : « Le Conseil des ministres, il y a des moments où je n’y vais pas si je n’ai pas de points particuliers, s’il n’y a pas de dossiers qui nécessitent ma présence et je demande le plus souvent au ministre d’Etat d’aller présider » !

Une faute avouée étant à moitié pardonnée, face à cette franchise déconcertante du chef de l’Etat, le peuple a fait contre mauvaise fortune, bon cœur et pardonné son président.  Pour la petite histoire, dans cette affaire Cen-Sad, le rapport de l’IGE mettra tout le tort sur le dos de l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Soulé Mana Lawani, qui devra s’expliquer sur les « dysfonctionnements » dans la passation de marchés et dans la « qualité des travaux » réalisés au Bénin pour accueillir le sommet de la Cen-Sad. Pour le mis en cause, il y a eu surfacturation des frais, mais le président aurait personnellement tout planifié en collaboration avec son ministre chargé de l’urbanisme qui retiennent déjà les entreprises devant bénéficier des marchés avant l’introduction d’une communication en Conseil des Ministres sollicitant le gré à gré ».

Au demeurant, le scandale de la Cen-Sad a mis à nu les dessous sales du système politique du chantre du changement et l’embarras des béninois qui découvre le mode de fonctionnement, pour le moins, curieux du président de la république.

 La deuxième affaire qui a défrayé la chronique est l’affaire ICC Services,  une affaire d’escroquerie et de détournement d’épargne organisée par ICC Services, une société de placement d’argent. Une affaire Mazdoff à la béninoise selon certains commentateurs.

Il faut rappeler que depuis le début de l’année 2006, il s’est observé dans le paysage financier béninois, un foisonnement de sociétés de « placement d’argent ». Ces sociétés pour la plupart, octroient des taux d’intérêt allant de 40% à 450% sur les dépôts à leurs guichets. Cette pratique qui apparaît extraordinaire au regard des taux de 6-8% régulièrement appliqués par les institutions financières de la place, est mise en œuvre dans un contexte où il existe une réglementation de l’activité financière en République du Bénin.et surtout au moment ou le président du pays est  lui-même banquier émérite.

La société ICC service est, justement, l’une des premières sociétés de placement à opérer sur la place du Bénin dès 2006. ONG, églises évangéliques converties en institutions financières, ICC service réalise des placements  d’argent à des taux d’intérêt sans pareil. Des milliers de béninois  ont vu en cette affaire l’aubaine de leur vie et y ont placé massivement qui capital, qui épargne, qui prêt bancaire pour réaliser une plus-value. 

Le scandale a éclaté suite à la crise liée au non paiement de ses clients à partir de mai 2009. A tort ou à raison, le chef de l’Etat sera accusé par ses adversaires politiques d’avoir cautionné les activités de ladite structure  à cause des visites fréquentes des promoteurs au domicile privé du chef de l’Etat et surtout de la photo du chef de l’Etat qui trône dans tous les bureaux de cette institution.

Selon une estimation de la banque mondiale, environ 150 milliards de franc CFA sont soutirés de l’épargne des populations par une bande des personnes dont la grande  proximité avec les pouvoirs publics a largement contribué à abuser les épargnants..

Face à cette crise nationale du placement d’argent dans laquelle les épargnes ont fondu comme neige au soleil et les affaires ruinées, des drames sont observés au quotidien et de nombreuses familles sont dans le désarroi. Dans le rang des victimes de ces institutions, les ménages se sont disloquées, certains ont choisit de se suicider surtout ceux qui ont vendu leurs maisons  ou qui ont placé l’argent d’autrui ou un prêt bancaire, d’autres sont, à l’article de la mort suite à un AVC ou autres crises. Dans ces conditions le pays tout entier avait les yeux et les oreilles tournés vers l’exécutif que tout le monde accuse de n’avoir pas suffisamment protégé les citoyens.

Finalement, c’est sur la chaîne panafricaine, Africa 24 que le peuple qui s’impatientait d’entendre des paroles d’espoir et de réconfort sur cette escroquerie à la Mazdoff ont eu l’occasion d’entendre le président béninois Boni Yayi dire : « Affaire ICC, je n’étais pas informé. Dès lors qu’on m’a mis au courant de cette affaire, j’ai mis tout le monde en prison » il a ajouté en sus que les milliers de victimes qui se sont fait spolier par des structures illégales de placement d’argent ont été recensés et ont commencé par entrer en possession de leurs fonds. Par ailleurs pour trouver des solutions idoines à ce dossier, il a non seulement invité des experts du FMI mais aussi ceux de la BCEAO qui incessamment, se rendront dans notre pays pour une expertise.

Une fois encore, le peuple a compris que le malheur est arrivé parce que le président n’était pas au courant, mais c’est réconfortant de savoir qu’il va œuvrer à la récupération des sous placés. Pour la petite histoire, de 2009 jusqu’à nos jours en 2013, aucun épargnant de ICC service n’a toucher le moindre francs et bien malin qui peut dire où en est le dossier

 

 La troisième affaire d’envergure qui a défrayé la chronique et continue de mousser l’actualité nationale et internationale du pays par ses multiples ramifications est l’affaire PVI- ng.

Le Programme de vérification des importations de nouvelle génération (Pvi-ng) est une importante réforme introduite dans les activités portuaires et douanières par le régime Yayi. Elle se résume en trois volets essentiels que sont la vérification avant embarquement des marchandises, le suivi électronique (tracking) et le contrôle par scanner (scanning). Il est censé améliorer la compétitivité du port de Cotonou et favoriser l’accroissement des recettes douanières. Après un appel d’offre international, la société Bénin Control SA de l’homme d’affaire béninois, Patrice Talon, a été sélectionnée par le gouvernement pour sa mise en pratique sur la base d’un contrat du marché n°20/MEF/MPDEPP-CAG/MDCEMTMIP/DNCMP du 9 février 2011.

Ce contrat signé à un mois des élections de 2011 qui a permis le second mandat de Yayi Boni avec les avantages inouïs qu’il accorde à  Bénin Control Sa de l’homme d’affaire et ami personnel du chef de l’Etat béninois, sera très critiqué par l’opposition politique, les médias et les syndicats dont les analyses font croire qu’il s’inscrit dans la perspective de préparation du butin de guerre des consultations  électorales de 2016.

Toujours est-il que pendant un an, le gouvernement avec à sa tête le président a fait campagne activement pour vanter les avantages multiples du programme PVI qui mettra le port de Cotonou au diapason du port de Singapour. L’opinion nationale et internationale a été fortement sensibilisé sur son impérieuse opportunité pour dynamiser l’économie nationale et conduire à l’émergence prônée par le chef de l’Etat. Le gouvernement a mené une vaste campagne de communication sur la réforme au cours de laquelle, les membres de l’Exécutif ont affirmé à plusieurs reprises que Bénin control est le bras exécutif du gouvernement.

Mais, un an après le début de la mise en œuvre du PVI, le mécontentement manifeste des agents de la Douane et des indiscrétions venant du Millenium Challenge Acount et de l’Ambassade des USA à Cotonou indiquent que le PVI ng  plombe  l’activité économique et commerciale du pays déjà morose et au risque qu’il étouffe totalement l’économie nationale sa  suspension pure et simple serait demandé.  Et patatras, le mercredi 02 mai 2011, le gouvernement a décidé en conseil des ministres de «suspendre provisoirement le contrat de travail» qui lie l’Etat à la société Bénin Control dans le cadre de vérification des importations de nouvelle génération (Pvi-ng). Pour appuyer  cette décision inimaginable encore il y a quelques jours, le gouvernement a  expliqué son revirement et la suspension du contrat par le fait que le marché a été attribué au groupement SGS-Bénin Control SA.  à cause des références techniques de SGS  alors que le contrat a été signé au nom de Bénin Control SA et non au nom du Groupement SGS-Bénin Control SA. Mais alors, se pose la question de savoir pourquoi le gouvernement béninois lui a signé ce contrat et pourquoi ce n’est qu’un an après le début de la mise en œuvre de la réforme que ce constat est fait ?

Les tentatives de réponse à ces questions sont venues du Ministre de l’Economie Maritime Valentin Djenontin qui a animé une série de points de presse sur le sujet. Des différentes explications fournies, il ressort que : Le président n’était pas au courant des termes du contrat du PVI avant de le  signer.  « Le président, a-t-il expliqué, n’a pas lu le contrat avant de le signer et ce n’est qu’après que le constat a été fait que le contrat signé par le chef de l’Etat était différent de celui étudié en conseil des Ministres » Ces explications  insinuent que des personnes de l’entourage du chef de l’Etat proches de Patrice Talon, le promoteur du PVI, aurait changé la mouture du contrat présenté au chef de l’Etat pour signature. Face au tollé général provoqué par ces sorties médiatiques jugées nulle dans l’ensemble, le chef de l’Etat lui-même profitant, comme à son habitude, d’une interview accordée aux chaînes de télé nationales à l’occasion de la fête de l’indépendance du 1er août 2012, à apporté quelques éclaircissements au peuple et clarifier les propos de son ministre : « lorsque le secrétaire général de la présidence m’a apporté le contrat, je lui ai demandé si peux signer?  Il a répondu oui.  Je peux signer ? Ai-je insisté.  Il a encore dit oui.  J’ai alors ajouté : si je signe et que quelque chose arrive demain, tu es un homme mort ».   Ces propos sensés apporter la sérénité ont encore plus jeté le trouble et l’émoi dans l’esprit des béninois ahuris par la légèreté du chef de l’Etat dans un dossier aussi capital que celui du PVI (ng)  qui engage son destin sur 16 années.

Qu’est-il advenu de ce secrétaire général de la présidence de la république ? N’ayez aucune crainte. Il n’est pas mort, mais plutôt promu à un autre poste.

Au demeurant, ce mode de fonctionnement observé à travers ces trois affaires est le même dans les multiples autres affaires qui ont caractérisé les différents gouvernements de Boni Yayi,  notamment les affaires  d’empoisonnement du chef de l’Etat, et de coup  d’Etat dans lesquelles l’accusé n’est nul autre que  Patrice Talon, le promoteur du PVI, aujourd’hui réfugié en France et  pour lequel la cour d’appel de Paris a refusé ce jour même l’extradition à Cotonou où les conditions d’un jugement équitable ne sont plus garanties  et enfin l’affaire SODECO qui nourrit présentement les débats à Cotonou et qui n’est elle aussi qu’une autre ramification de l’affaire PVI ng. 

En somme, comme on peut le constater, l’argument “je n’étais pas au courant“ ou “je n’étais pas informé“  sont  comme un leitmotiv  que le chef de l’Etat utilise pour se justifier et prouver sa bonne foi. Mais, comment comprendre que des informations connues qui font le buzz dans le pays ne parviennent pas à la connaissance de celui qui reçoit tous les jours sur sa table de travail des rapports sur l’état du pays de la part de la sûreté nationale, des services de renseignements et des différents services de communication aussi bien institutionnels qu’officieux ?  Aussi, de mon point de vue, il importe de se poser la question de savoir ce que veut réellement exprimer  le chef de l’Etat quand il dit : « je n’étais pas au courant » ? Ou plus concrètement que cache la formule présidentielle : « je n’étais pas informé » ?

De toute évidence, il n’y a que le président lui-même qui peut répondre à, ces préoccupations, mais en tant que citoyen on ne peut que conjecturer.

La première hypothèse, à mon avis, serait que le président n’a  effectivement pas connaissance, en temps réel,  des dossiers en cause. Dans ces conditions, une alternative s’impose : ou le président est très mal entouré ou alors  c’est une vacance de pouvoir au sommet de l’Etat qui ne dit pas son nom.

Une autre hypothèse serait que cette formule n’est qu’une simple ligne de défense, une échappatoire pour se sortir d’affaire et montrer sa bonne foi, fort du fait que la parole du chef ne peut être mise en doute. Mais dans ce cas, cela parait une stratégie trop simpliste pour un brillant intellectuel et un économiste de renom tel que le que le président Yayi. 

Mais si ce n’est ni l’une ni l’autre, reste alors la conjecture  la plus dangereuse. Le président aurait-il  des trous de mémoire ou des absences et quand il revient à lui-même, il ne se souvient plus des évènements passés ce qui met  dans l’embarras tout le monde ; le président lui-même qui ne doit plus savoir où il en est, son entourage contraint de ne pas démentir son chef et le peuple qui se pose  mille et une question sur son timonier.

 Dans tous les cas, quelque soit la bonne hypothèse, aucune n’est acceptable à ce niveau du pouvoir d’Etat.

Un dicton de chez nous que le président Boni Yayi ne peut ignorer dit : «  je ne peux pas, n’est pas une réponse digne d’un brave homme », de même, je pense aussi que “je n’étais pas au courant“ n’est pas une réponse qu’un président puisse s’enorgueillir devant son peuple. Toutefois, Il n’est jamais trop tard pour mieux faire et pour le reste de temps de votre deuxième et dernier mandat, le peuple vous saura gré d’être enfin au courant à tant.