Trafic présumé d’enfants au Niger : Hama Amadou prend le large

Hama Amadou en fuite vers le Burkina Faso : Crédit photo Salamata Beidari www.facebook.com/zoulaha.manirou?

Depuis juin 2014, l’affaire de trafic présumé d’une vingtaine de bébés en provenance du Nigeria fait grand bruit au Niger. Depuis cette date aussi, l’Honorable député, Hama Amadou, président de l’Assemblée nationale du Niger, est sur la sellette. L’une de ses épouses serait mêlée à ce trafic et écrouée dans le cadre de cette affaire. Ce mercredi 27 août, le Parlement nigérien a levé son immunité en vue de son audition par la justice nigérienne. Mais, au lieu de répondre à l’appel du juge pour laver son honneur et celui de sa famille, il a préféré se réfugier au Burkina Faso d’où il s’est envolé pour la Belgique. Aveu de complicité ou retrait stratégique contre une procédure illégale visant à le neutraliser politiquement, la question reste entière?

L’annonce de la fuite d’Hama Amadou est intervenue quelques heures après que le bureau du Parlement nigérien a levé son immunité, suite à une requête du procureur de la République. La justice nigérienne souhaitait l’auditionner au sujet d’un présumé trafic de bébés en provenance du Nigeria et dans lequel sa deuxième femme est écrouée. Son audition par le juge d’instruction pourrait alors ouvrir la voie à une incarcération, s’il venait à être inculpé. Mais, par crainte d’un règlement de compte politique, il a pris la clé des champs laissant derrière lui femme, enfants et le peuple qu’il aspire diriger. Stratégie judicieuse ou grosse faute politique ? Les avis divergent selon les camps.

La saison des jumeaux

Fin juin, quelque 17 personnes, dont 12 femmes, ont été arrêtées dans le cadre de ce dossier. La justice soupçonne ces familles nigériennes a priori sans progéniture d’avoir acheté des enfants au Nigeria. Selon la police, outre la seconde épouse de Hama Amadou, trois épouses d’une personnalité se sont retrouvées avec six jumeaux, deux chacune, en l’espace de trois mois. Jusque-là, après plusieurs décennies de mariage ces femmes n’avaient pas d’enfant. Une autre famille de deux épouses sans enfant s’est enrichie de quatre jumeaux en quelques semaines.

Toutes ces femmes sont inculpées de supposition d’enfant (délit qui consiste à attribuer la maternité d’un enfant à une femme qui ne l’a pas mis au monde), faux et usage de faux et de déclaration mensongère. Parmi les femmes incarcérées figure la seconde épouse de Hama Amadou,

L’épreuve de vérité

Comme on peut le constater, autour de ce présumé trafic de bébés en provenance du Nigeria, il y a eu trop de suppositions, trop d’allégations, trop de rumeurs, qu’il fallait que d’une manière ou d’une autre, la justice aide à démêler le vrai du faux.

Sur RFI, Hama Amadou a déclaré que son épouse a réclamé en vain le test ADN, or toujours sur cette même station, le ministre nigérien de la Justice, Marou Amadou, a été très clair :  « Je voudrais vous dire à ce jour, à la date du 24 juillet, que toutes les femmes ont été entendues, leurs maris sollicités pour l’ADN. Aucun n’a donné son accord ». Il revenait donc aux inculpés de produire la preuve de leur innocence. De ce point de vue la levée de l’immunité parlementaire de Hama Amadou est salutaire pour lui, car il a désormais les coudées franches pour contribuer à la manifestation de la vérité.

Il faut avouer que la marge de manœuvre de Hama Amadou est très faible vu que son épouse est déjà sous les verrous pour une affaire pénale dans laquelle il est impliqué, étant le père légal des enfants de son épouse.

Mais, pour son avocat,  Me Souley Oumarou, le président du Parlement du Niger, Hama Amadou, principal opposant au président Mahamadou Issoufou, a fui le Niger pour le Burkina Faso parce qu’il se sentait menacé par l’Etat, et non pour éviter de s’expliquer sur les accusations sur un trafic présumé de bébés, a affirmé jeudi son avocat. »Tout le monde sait dans ce pays que (les autorités) ont tenté de diverses manières de débarquer Hama Amadou du perchoir […] Comme cela, il aura la possibilité d’être candidat en 2016. « S’ils l’avaient pris, ils ne l’auraient jamais libéré avant 2016 », a-t-il lancé. Mais pour ses opposants, sa fuite est sans conteste un aveu flagrant de culpabilité.

Les jumeaux sont-ils les enfants du couple ?

Que cette affaire ait un relent politique, de cela il ne fait aucun doute. Hama Amadou est un leader politique de premier plan. Il est la deuxième personnalité de l’Etat et principal opposant au président Mahamadou Issoufou à l’élection de 2016 pour laquelle il s’est déjà déclaré candidat. L’interpellation d’une telle personnalité  dans nos Etats africains, ne peut se faire sans le quitus du pouvoir. D’autre part, la célérité avec laquelle son immunité à été levée est très suggestive. Pour autant, cela ne rend pas cette affaire politique. Les personnalités officielles, les institutions ne doivent être à l’abri des accusations. Or, les bébés ne sont pas imaginaires, la famille de Hama Amadou n’est pas la seule impliquée, le peuple veut connaître la vérité et il y a bien des responsabilités à assumer.

Alors, de deux choses l’une, les jumeaux sont-ils les enfants du couple, ou non ?

S’ils sont les enfants du couple, il faut se battre pour leur reconnaissance par l’état civil nigérien. Mais, si tel n’est pas le cas, il faut reconnaître sa faute, faire amende honorable et assumer sa responsabilité. Le désarroi des familles sans enfants est humain et si une faiblesse conduit à un acte répréhensible, les tribunaux savent faire la part des choses et aider à la réhabilitation des fautifs. Mais pour ce faire il faut assumer et la fuite, à mon sens, est la dernière chose à faire surtout que votre épouse est déjà aux mains de la justice. La fuite n’honore ni votre épouse ni vos enfants

A enjeu politique, réaction politique

Toutefois, il n’est pas exclu, comme le dit l’avocat de Hama Amadou et ses sympathisants que tout ceci relève de manœuvres politiques pour évincer Hama Amadou. Une thèse que confirme la lettre ouverte publiée par Hama Amadou lui-même après son départ. Dans ce contexte, une fois encore, la fuite est la dernière des stratégies à adopter. C’est devant les tribunaux et devant l’opinion publique nationale et internationale qu’il faut se battre pour monter l’abus dont on est l’objet ce qui contribue à augmenter votre crédit et consolider la stature d’homme d’Etat.

A son inculpation en 1961 pour agitation subversive, Nelson Mandela aurait pu fuir, il ne serait pas devenu l’icône qu’il a été.

« Je pense avoir fait mon devoir envers mon peuple et aussi envers l’Afrique du Sud. Je suis sûr que la postérité me réhabilitera, et dira que les seuls criminels qui auraient dû être traduits devant ce tribunal, ce sont les membres du gouvernement Verwoerd. » Ce sont là, les derniers mots, très prémonitoires,  de Nelson Mandela au procès de Rivonia en 1962. Après 27 ans de prison, il a été réhabilité et honoré. Tel est donc l’exemple de réponse politique à une question politique. Mais de toute évidence, Hama Amadou n’est pas prêt à passer une minute en détention pour défendre ses idées, mais aspire à présider aux destinées du peuple nigérien. Sauf votre honneur, Honorable, la fuite est tout sauf honorable.