France : la loi contre la prostitution ou le paradoxe Hollande

600850-a-sex-worker-activist-attends-a-demonstration-with-prostitutes-against-a-proposal-to-scrap-sanctionsL’Assemblée française a voté à une large majorité l’ensemble de la loi pour «la lutte contre le système prostitutionnel» le 4 décembre 2013. Mais, ce vote qui intervient dans le contexte très difficile de l’inversion de la courbe du chômage conduit à se demander si le gouvernement ne s’est pas tiré une balle dans le pied.

Après les vives manifestations, pétitions, tribunes, le projet de loi «de lutte contre le système prostitutionnel» est  voté avec 268 votants pour, 138 contre et 79 députés qui se sont abstenus. « Je vous remercie de nous donner les moyens de lutter contre les réseaux », a déclaré la ministre des droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem, aux députés, après le vote.

Indéniablement, ce vote est une victoire pour le gouvernement français et plus largement pour la gauche au pouvoir qui a porté ce projet de loi  qui va plus loin que le délit de «racolage passif», instauré par la droite en 2003. Dorénavant, les clients ayant recours à la prostitution d’une personne majeure pourront écoper d’une contravention de 5e catégorie de 1 500 euros. En cas de récidive, la sanction sera désormais un délit puni de 3 750 euros d’amende.

Avec ce vote, c’est l’esprit de la loi qui change totalement, car en matière de prostitution, le délit ne pèse plus sur la prostituée, perçue comme une victime, mais sur le client de la prostituée vu comme un délinquant.  Autre avancée de cette loi, un fonds «pour la prévention de la prostitution et l’accompagnement social et professionnel des personnes prostituées» sera créé. Le gouvernement s’est engagé à le doter de 20 millions d’euros. «Désormais, les prostituées auront le droit à une véritable alternative», s’est enthousiasmée mercredi Ségolène Neuville, députée PS.

Toutefois, il reste que cette nouvelle loi sera mise en œuvre dans le contexte difficile de morosité sociale.

Visiblement le gouvernement peine pour tenir l’engagement pris par le président François Hollande le 9 septembre 2012 sur le plateau de TF1  d’ inverser la courbe du chômage d’ici un an. Mois après mois, le nombre d’inscrits à Pôle Emploi, que le ministère du Travail publie chaque mois, et le taux de chômage, calculé chaque trimestre par l’Insee  donnent tous deux une tendance à la hausse des demandeurs d’emploi jusqu’en septembre 2013.

Fort heureusement,  la France a connu une baisse de 20 500 demandeurs d’emploi sans activité en octobre 2013, ce qui apparaît comme un point d’inflexion de la courbe du chômage  et dont s’est réjoui François Hollande : « Les chiffres publiés aujourd’hui confirment que la bataille pour l’emploi peut être gagnée ».

Mais, avec le vote de la loi pour « la lutte contre le système prostitutionnel » du 4 décembre 2013,  epunissant l’achat d’actes sexuels d’une contravention de 1500 euros, on condamne la vendeuse de l’acte sexuel à l’inactivité donc au chômage technique. Si on estime à plus de 20 000 le nombre des personnes prostituées en France, ce sont donc 20 000 personnes potentielles qui vont agrandir le nombre des demandeurs d’emploi au Pôle Emploi dès le moins prochain. Le risque est alors grand de voir la légère baisse du taux de chômage en octobre repartir à la hausse.

Certes, le plus vieux métier du monde charrie beaucoup de galères et de dérives, mais c’est aussi une niche d’emplois sur laquelle tout le monde ferme les yeux à cause de son caractère d’« utilité publique ».  L’agenda de cette loi aurait donc pu être différé eu égard à l’engagement de François Hollande et surtout par ces temps de vaches maigres.

Au demeurant, la loi des hommes pourra-t-elle éliminer ce que les religions n’ont pas pu faire ?  Seul le temps le dira.