Jean Pliya for ever

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Au Bénin, Un grand homme s’en est allé, Jean Pliya n’est plus.

L’intellectuel et écrivain béninois de renommée internationale est décédé ce jeudi 14 mai 2015, à Abidjan en Côte d’Ivoire où il était en mission. Né en 1931, Jean Pliya a rendu l’âme à l’âge de 84 ans à l’issue d’une vier riche et engagée

Écrivain émérite, géographe et historien de renom, ancien ministre, ancien député, ancien doyen de faculté, ancien recteur d’université, Jean PLIYA était probablement le plus grand intellectuel béninois du 20ème siècle..

Voici quelques raisons pour lesquelles le Bénin tout entier lui rend un hommage plus que mérité.

Ecrivain émérite, l’homme a à son actif  plusieurs prix et honneurs en Afrique et dans le monde.

– Médaille Vermeil du Mérite du Bénin – 1er août 1962

– ARBRE FETICHE : Prix de la meilleure Nouvelle africaine, en 1963, à Paris.

– KONDO LE REQUIN : Grand Prix de Littérature d’Afrique Noire, à Paris, en 1967.

– SECRETAIRE PARTICULIERE : 2éme prix du Concours Radiophonique de l’OCORA, à Paris, en 1967.

Et enfin, dans l’ORDRE FRANÇAIS DES ARTS ET LETTRES, Jean PLIYA a été nommé Chevalier le 21 janvier 1974, puis officier le 19 septembre 1981

Mais, c’est dans l’église catholique et surtout au renouveau charismatique que  l’engagement de l’homme a été le plus profond. Berger du renouveau avec une étonnante vitalité il parcoure les routes de l’Afrique et du monde pour semer la bonne nouvelle.

En guise d’adieu à Jean Pliya, il me plait de rappeler ici un extrait de son œuvre Kondo le requin. Cet extrait est connu sous le titre de discours d’adieu de Béhanzin.  C’est le testament politique du roi Béhanzin avant sa reddition au colonisateur français. Ce célèbre discours du roi Béhanzin est le dernier message fort qu’il a prononcé le 20 janvier 1894 en signe d’hommage à son armée dont il a toujours loué le courage et la bravoure des soldats et des amazones. C’est un discours prononcé en langue béninoise « fongbé » que Jean Pliya a su traduire dans la lange de molière avec une admirable restitution de la tragédie de l’heure, de la dignité de l’homme et surtout de sa foi dans l’avenir.

   Discours d’adieu de Béhanzin

« Compagnons d’infortune, derniers amis fidèles, vous savez dans quelles circonstances, lorsque les Français voulurent accaparer la terre de nos aïeux, nous avons décidé de lutter.

« Nous avions alors la certitude de conduire notre armée à la victoire. Quand mes guerriers se levèrent par millier pour défendre le Danhomè et son roi, j’ai reconnu avec fierté la même bravoure que manifestaient ceux d’Agadja, de Tégbessou, de Ghézo et de Glèlè. Dans toutes les batailles j’étais à leurs côtés.

« Malgré la justesse de notre cause, et notre vaillance, nos troupes compactes furent décimées en un instant. Elles n’ont pu défaire les ennemis blancs dont nous louons aussi le courage et la discipline. Et déjà ma voix éplorée n’éveille plus d’écho.

« Où sont maintenant les ardentes amazones qu’enflammait une sainte colère ?
Où, leurs chefs indomptables : Goudémè, Yéwê, Kétungan ?
Où, leurs robustes capitaines : Godogbé, Chachabloukou, Godjila ?
Qui chantera leurs splendides sacrifices ? Qui dira leur générosité ?
Puisqu’ils ont scellé de leur sang le pacte de la suprême fidélité, comment accepterais-je sans eux une quelconque abdication ?
Comment oserais-je me présenter devant vous, braves guerriers, si je signais le papier du Général ?

« Non ! A mon destin je ne tournerai plus le dos. Je ferai face et je marcherai. Car la plus belle victoire ne se remporte pas sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot. Est vraiment victorieux, l’homme resté seul et qui continue de lutter dans son cœur. Je ne veux pas qu’aux portes du pays des morts le douanier trouve des souillures à mes pieds. Quand je vous reverrai, je veux que mon ventre s’ouvre à la joie. Maintenant advienne de moi ce qui plaira à Dieu ! Qui suis-je pour que ma disparition soit une lacune sur la terre ?

« Partez vous aussi, derniers compagnons vivants. Rejoignez Abomey où les nouveaux maîtres promettent une douce alliance, la vie sauve et, paraît-il, la liberté. Là-bas, on dit que déjà renaît la joie. Là-bas, il paraît que les Blancs vous seront aussi favorables que la pluie qui drape les flamboyants de velours rouge ou le soleil qui dore la barbe soyeuse des épis.

« Compagnons disparus, héros inconnus d’une tragique épopée, voici l’offrande du souvenir : un peu d’huile, un peu de farine et du sang de taureau. Voici le pacte renouvelé avant le grand départ.

« Adieu, soldats, adieu !

« Guédébé…

« Mon Roi je me prosterne !

«  Non ne te prosterne plus ! Reste debout, comme moi, comme un homme libre. Puisque le sang des soldats tués garantit la résurrection du Danhomè, il ne faut plus que coule le sang. Les ancêtres n’ont plus que faire de nos sacrifices. Ils goûteront mieux le pur hommage de ces cœurs fidèles unis pour la grandeur de la patrie.
C’est pour quoi j’accepte de m’engager dans la longue nuit de la patience où germent des clartés d’aurore.
« Guédébé, comme le messager de la paix, va à Ghoho où campe le général Dodds.
Va dire au conquérant qu’il n’a pas harponner le requin.
Va lui dire que demain, dès la venue du jour, de mon plein gré, je me rends au village de Yégo.
Va lui dire que j’accepte, pour la survie de mon peuple, de rencontrer dans son pays, selon sa promesse, le président des Français. »

                                                                  Extrait de – Kondo le requin – Jean PLYA – Ed. CLE.

Le 26 janvier 1894, le roi Béhanzin arrive à Goho pour rencontrer le général français Dodds et mit fin à la guerre.
Ainsi prit fin la fantastique histoire du royaume de Dahomey libre et indépendant, comme prend fin en ce moment la longue et prodigieuse vie de Jean Pliya.

Adieu l’artiste.