Top 10 des polygames africains célèbres

C’est un lieu commun de dire que les africains sont polygames. Pourtant, ici aussi, les polygames hors paires sont célèbres et célébrés.

En Afrique, la polygamie est autorisée soit en vertu du droit coutumier, soit en vertu de la charia (lois religieuses musulmanes). Jusqu’à une époque récente, les familles monogamiques étaient l’exception qui confirmait la règle.

Pourtant à partir de trois épouses ici aussi, la réputation du polygame devient remarquable et il devient une référence en la matière.

A travers le continent, ces identités remarquables sont célébrées et la palme d’or de ce curieux challenge revient incontestablement au kényan Acentus Akuku, alias « Danger ».

Acentus Akuku

 Très bel homme,  charmeur et bon gestionnaire, il avait tout pour réussir dans ce créneau.  Son « odyssée polygame » avait commencé par un premier mariage en 1939. Il avait alors 23 ans et, au cours de son existence, il a renouvelé cet acte 130 fois, eut près de 300 enfants et divorça de 85 de ses épouses, pour la simple et bonne raison qu’elles avaient été infidèles. Read More

En Afrique, polygames nous sommes, polygames resterons-nous ad vitam ?

 polygamie en Afrique

Les députés kényans ont voté le jeudi 20 mars 2014, une loi permettant aux hommes d’épouser autant de femmes qu’ils le souhaitent, sans avoir à en informer leur première épouse. Cette loi très controversée dans ce pays chrétien a été promulguée par le président de la République du Kenya, Uhuru Kenyatta le 29 avril 2013. L’entrée en vigueur de cette loi au Kenya donne l’occasion de revisiter la question de la polygamie en Afrique pour sonder les tendances sur le continent et les évolutions possibles.

« C’est l’Afrique !»

Quand il s’agit de leur salaire ou de leur petit confort, les députés kényans nous ont habitués à oublier les appartenances politiques et faire bloc pour défendre leurs intérêts. Une fois encore la preuve en est faite le jeudi 20 mars passé lors du vote sur la polygamie. A l’origine, le texte donnait la possibilité aux épouses de s’opposer à une décision de leur mari d’épouser plusieurs femmes. Mais faisant cause commune au-delà des chapelles politiques, les députés kényans hommes ont une fois encore eu gain de cause. La loi votée n’offre aucune possibilité aux premières épouses d’avoir voix au chapitre. Et puisqu’il faut motiver une telle option qu’on pourrait assimiler à du machisme primaire de la part des députés hommes, l’habillage traditionnel a été le motif idéal qui justifie tout. « Quand vous épousez une femme africaine, elle doit savoir que la deuxième va suivre, puis la troisième (…). C’est l’Afrique », a expliqué devant la Chambre l’un de ces élus, Junet Mohammed, cité par Capital FM. Ainsi c’est au nom des traditions africaines que cette loi a été votée.

Cette nouvelle loi formalise donc en droit les lois coutumières kényanes et légalise la polygamie, que la femme y consente ou non. Naturellement, les députés kényans n’ont pas eu la tâche difficile. Ils savent que la polygamie est une pratique plutôt commune en Afrique. Elle rassemble les hommes, divise les femmes et ne laisse pas insensibles certains hommes en Occident à cause de la flexibilité qu’elle offre par rapport à la monogamie. Les députés kényans n’ont donc fait que défoncer une porte ouverte. Et c’est bien ça qui gène.

Bien entendu, la pratique de la polygamie existe à divers degrés dans la plupart des sociétés y compris dans les pays qui l’interdisent. En Afrique, la polygamie est autorisée soit en vertu du droit coutumier, soit en vertu de la charia (lois religieuses musulmanes). Et pour plusieurs raisons la pratique s’auto-entretient malgré les multiples controverses qu’elle soulève.

Primo, les religions endogènes et l’islam autorisent la pratique qui est devenue presque une coutume sous nos latitudes.

Secundo, le sexe fort, on le sait, a bien souvent une libido involontairement débordante. Une institution sociale qui lui permet de satisfaire ce  » défaut de fabrication  » est entretenue et défendue contre vents et marées.

Tertio, dans le ratio homme-femme, la gent féminine domine dans plus d’une société africaine et plusieurs femmes sont menacées de coiffer la Sainte-Catherine. Si donc un homme peut en caser deux ou plus, c’est un service rendu à la société d’où la réaction mitigée des femmes face à la pratique. En effet, l’honneur chez la plupart des femmes africaines est de revendiquer le statut matrimonial “mariée“ et à défaut d’avoir un homme à elles seules, plusieurs ne rechignent pas à partager un même mari, ce qui explique que des femmes, surtout parmi les instruites, qui ont de tout temps abhorré la polygamie, se retrouvent elles-mêmes dans des ménages polygamiques d’où, l’ambivalence des femmes africaines sur la question.

Un manque total de vision      

Pour autant, le vote des députés kényans gène à plusieurs titres. Le devenir des sociétés africaines modernes se construit dans les Parlements où les élus du peuple sont censés donner du sens à nos vies en fixant une direction et en faisant partager à tous un même objectif, en termes d’amélioration de la qualité de vie de tous les membres de la société.

Face donc à un sujet aussi complexe que délicat comme la polygamie, on aurait souhaité des députés kényans une approche plus sérieuse que celle qu’ils ont eue le 20 mars passé. Même l’islam qui autorise la polygamie y impose des contraintes. Le prophète dans sa grande sagesse y a mis des conditions. « Si vous craignez d’être injustes pour les orphelins, épousez des femmes qui vous plaisent. Epousez, comme il vous plaira deux, trois ou quatre femmes. Mais si vous craignez de ne pas être équitables, prenez une seule femme. »  (Sourate 4 verset 3).

Comment comprendre qu’un millénaire et demi plus tard, des parlementaires africains, sur la même question, légifèrent par un blanc-seing, une polygamie sauvage, pour la simple raison que « c’est l’Afrique ». Faut-il comprendre que dans leur mentalité, l’Afrique est immuable, stationnaire, éternelle incapable de la moindre réforme sur une pratique attentatoire à la dignité de la femme et des enfants qui en résulte. Polygames nous sommes, polygames resterons-nous ad vitam aeternam ?

A mon sens, même si la loi ne va pas jusqu’à interdire la polygamie, comme c’est déjà le cas en Tunisie depuis 1957 et plus ou moins au Bénin depuis le nouveau Code des Personnes et de la Famille adoptée en 2004, on aurait souhaité qu’elle balise quelque peu le cadre juridique de sa mise en œuvre. Des contraintes auraient pu être trouvées pour minimiser les méfaits et les effets négatifs de la polygamie dans la famille et dans la société d’une part et d’autre part, pour garantir un relatif bien-être matériel pour les enfants issus de cette pratique, tant d’enfants naissant dans un dénuement sordide. Une approche qui aurait eu le mérite d’adapter quelque peu la pratique aux enjeux de la modernité et de la mondialisation dans l’intérêt des générations actuelles et futures.

Mais, pour les députés kényans, toutes ces considérations sont sans importance. Que dalle! Les méfaits et multiples répercussions de la polygamie sur les personnes et sur les sociétés africaines ne sont que des broutilles.

Quid des palabres interminables entre coépouses pour des futilités ?

Quid des rivalités fratricides entre frères de lits différents pour des broutilles ?

Quid des soucis financiers, de l’appauvrissement des maris et des tensions diverses dans les ménages polygames ?

Quid du boom démographique et de la dégradation de l’environnement engendrés par la polygamie ?

Comme on peut le constater, toutes ces questions n’ont pas de réponse simple, preuve que la problématique mérite un traitement plus avisé et plus approprié que la simple politique de l’autruche pratiquée par les députés kényans. Visiblement ils se trompent d’époque. Mais l’époque elle-même est à l’œuvre pour le leur faire comprendre.

Une évolution plutôt paradoxale

Selon les données sociologiques  disponibles, environ 85 % des sociétés africaines islamique ou animiste sont polygames de droit. Quand on observe la vigueur de la pratique dans certains pays comme le Sénégal où selon une enquête du magazine Elle, «environ 40 % des ménages sénégalais sont officiellement polygames, un chiffre qui serait même en dessous de la réalité, selon Moustapha Wone, sociologue à Dakar ». Face à une telle statistique, on pourrait penser que la pratique est en recrudescence sur l’ensemble du continent. Pourtant, dans les faits, la tendance est plutôt à son essoufflement.

Malgré le blanc-seing des députés kényans aux hommes, l’horizon de la polygamie n’est plus si radieux que ça sur le continent. Sur mon exemple personnel, j’observe que mon cher papa, comme la plupart des hommes de sa génération, est un bon polygame avec ses 5 femmes. Sur les 9 garçons que compte sa progéniture, ni mes aînés sexagénaires ni mes petits frères, tous au-delà de la trentaine, aucun de nous n’est polygame. Plus globalement, dans le grand cercle de mes amis et connaissances, il y a très peu de polygames. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette tendance s’impose de plus en plus dans les sociétés africaines modernes.

En effet, si jadis, la polygamie permettait aux hommes de multiplier leur revenu à cause des bras valides qu’elle fournit pour les travaux champêtres, actuellement elle n’est plus qu’un facteur de dépenses considérables pour l’homme. Tous les postes de dépense domestiques sont multipliés par le nombre des épouses. Dans le contexte de pauvreté généralisée qui est le cas en Afrique, face à la cherté du coût de la vie, tout le monde tire le diable par la queue et une deuxième épouse devient un luxe que beaucoup d’hommes ne peuvent plus se permettre.

Par ailleurs, les femmes deviennent de plus en plus instruites, de plus en plus indépendantes économiquement et de moins en moins soumises. En conséquence, leur gestion devient de plus en plus délicate pour les maris polygames. En outre, pour plusieurs femmes qui acceptent la polygamie, l’objectif réel est plutôt égoïste. C’est tout juste pour revendiquer un statut social et donner un nom à leur enfant et non pour se soumettre aux caprices d’un mari. Dans ces conditions, il n’est plus sûr que le mari trouve son compte dans cette polygamie qui, de plus en plus, profite à la femme.

Enfin, le prestige qui autrefois auréolait les polygames s’effrite peu à peu et l’homme polygame est bien souvent isolé dans sa communauté face à ses problèmes de ménage. C’est donc dire que le métier de polygame n’attire plus foule et tout porte à croire que si la polygamie ne lâche pas l’Afrique, c’est l’Afrique qui la lâchera. D’ailleurs, les femmes le diront mieux que moi, les hommes « dragueurs » elles en croisent plus d’un chaque jour que Dieu fait, mais « les hommes épouseurs » elles sont nombreuses à le rechercher, en vain, parfois toute la vie durant.

Comme on le voit, la tendance du phénomène est à l’essoufflement. Le vote des députés kényans n’a donc d’autre sens qu’un combat d’arrière-garde, une deuxième corde ou plus précisément une deuxième flèche que les hommes veulent bien conserver dans leur carquois. C’est une loi taillée sur mesure pour contenter une certaine classe sociale qui a maille à partir avec les premières épouses intransigeantes. Elle servira au mieux à intimider les épouses, au pire à les harponner pour perpétuer la domination de la femme.

La démocratie est la souveraineté du peuple et non la souveraineté des députés. Que les parlementaires kényans le veuillent ou non, c’est une pratique qui d’une manière ou d’une autre est appelée à évoluer avec l’évolution du niveau d’instruction et d’éducation des peuples.