Bénin: Y a-t-il encore un capitaine à bord du navire?

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Président  Boni Yayi

Si le premier mandat du président Boni Yayi a été globalement satisfaisant, malgré le cafouillage et le populisme du chantre du changement et de l’émergence économique du Bénin, le deuxième mandat est probablement celui de trop car le  roi du Palais de la Marina ne semble plus rien maîtriser dans le pays. Au rythme où vont les choses, c’est à se demander si à l’instar du capitaine du Costa Concordia, Francisco Schettino, le président boni ne va pas larguer le navire Bénin avant la fin de son mandat s’il ne parvenait pas à modifier la constitution pour rempiler.

 

Au Bénin plus rien ne va ou plus précisément tout va à vau l’eau. De grogne en boude, de protestation en contestation, de désaveux en déculottée, le président Yayi Boni n’en finit plus de subir les revers et les affronts.Comme si le sort s’acharnait sur l’homme du changement, les nouvelles se suivent et se ressemblent toutes, cruelles. Iironie du sort, c’est justement pour n’avoir pas voulu faire non les changements annoncés et attendus par tous mais plutôt celui de la constitution redouté par tous  que le divorce entre le président et son peuple semble définitivement consommé.

 

En effet, après le sulfureux K.O de Boni Yayi à la présidentielle de mars 2011 et  sa victoire écrasante aux législatives, le Chef de l’Etat s’en était sorti avec une majorité appréciable capable de soutenir son action. Le ralliement surprise de la Renaissance du Bénin (Rb), théoriquement membre de l’opposition lui avait permis de conforter sa majorité parlementaire. Mais depuis, les promesses non tenues, les objectifs inavoués et la dictature rampante du locataire du palais de la marina ont conduit à la situation quasi chaotique que traverse le pays en ces temps ci.

Au total, après le chaos magique au premier tour des présidentielles de 2011 pour son deuxième mandat, les béninois, aucunement dupes ont laissé faire, semble t-il, pour éviter le scénario  ivoirien, encore vivace, dans les esprits à cette époque là, soit. Mais dans le pays, tout le monde ironise sur le K.O. en redoutant qu’il ne se transforme en chaos, tant les tensions sont palpables à tous les niveaux. la vague de crises qui secouaient les différents secteurs professionnels du pays avant les élections présidentielles va se muer en une spirale de contestations sociale au point où un an après sa réélection, le chef de l’Etat, visiblement dépassé par les événements,  et pour, sans jeu de mot, changer son fusil d’épaule, procéda à un remaniement technique de son gouvernement et s’empara lui-même du portefeuille de la défense nationale avant de l’attribuer à une autre personne lors d’un remaniement ultérieur.

De fait, c’est une vrai paranoïa qui s’est installée au sommet de l’Etat et pendant que les rumeurs font état de brouille entre le chef de l’Etat et ses amis politiques au sujet de la révision constitutionnelle, lui accuse le chef de fil, supposé, des anti révisionnistes, le richissime homme d’affaire, Patrice Talon, de tentative d’empoisonnement puis de coup d’Etat contre sa personne. Ce dernier ayant pu fuir du pays avant son arrestation, une information judiciaire sera ouverte contre lui a Cotonou  et des mandats d’arrêt internationaux lancés contre lui et ses lieutenants.

 Dans le même temps, à l’Assemblée Nationale, le  projet de révision constitutionnelle initié par le gouvernement  divise le pays et relance le débat sur l’opportunité d’une révision de la constitution face aux urgences de l’heure que sont la pauvreté, l’emploi des jeunes, le bien être des travailleurs, la corruption et la cohésion nationale.

Au quotidien, après le cafouillage et la mascarade de la liste électorale permanente (LEPI) qui a permis le KO électoral et dont les meurtrissures sont encore palpables dans le pays, plusieurs scandales politico-économiques, vont  émailler la gouvernance de Boni II. Il s’agit notamment de l’Affaire du Programme de Vérification des Importations (PVI), des chantiers financés à coût de plusieurs milliards de francs par le budget national et laissé à l’abandon ( le palais de l’Assemblée Nationale, la centrale à gaz de Maria Gleta),  puis  des affaires d’empoisonnement du chef de l’Etat et de coup d’Etat.  Ajouter aux scandales du premier mandat, en particulier les affaires Cen-Sad et ICC service, la coupe semble pleine et le ras le bol ressenti à tous les niveaux sans que le gouvernement ne prennent vraiment la mesure de la situation, malgré les cartons jaunes qui lui sont brandit de toute part.

Oiseau de mauvais augure ou présage incompris, la révision de la constitution de 1990 est le projet phare du deuxième quinquennat de Boni Yayi et c’est un projet qui a le mérite de faire unanimité contre lui sans que le président ne prenne toujours la mesure de la question. En effet, le front des anti-révisionnistes regroupe naturellement  les membres de l’opposition politique, de la Société Civile, mais aussi les membres de la majorité présidentielle dont les plus téméraires n’hésitent pas à dire tout haut ce que les autres pensent tout bas en brandissant le carton jaune.

Ce qu’un carton jaune ne suffit pas à faire comprendre, seul un carton rouge peut le faire et comme l’a dit Candide Azanaï, un député béninois lors du vote du budget 2014, le président boni ne veut pas entendre raison et le seul moyen pour y parvenir est de le saisir par les oreilles  et lui crier fort à l’intérieur ce qu’on veut lui signifier.

La première personne qui à oser saisir les oreilles présidentielles pour lui dire : “ trop c’est trop », c’est le juge d’instruction du sixième cabinet du tribunal de première instance de Cotonou, Angelot Houssou. Contrairement à ce qu’on pouvait croire, ce juge qui avait en charge l’instruction  des dossiers de tentative d’empoisonnement et de coup d’Etat contre le président Boni Yayi et qui se déplaçait au palais pour instruire le chef de l’Etat a clôturé son instruction le 17 mai 2013 par  des ordonnances de non-lieu général dans les affaires de tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat, Boni Yayi, et de tentative de coup d’Etat, une décision qui symbolise un’échec cuisant pour le  Chef de l’Etat.

Cette courageuse ordonnance de non lieu  sera confortée le lundi 1er juillet 2013 par  la Cour d’appel de Cotonou qui a confirmé les ordonnances de non-lieu rendues par le juge Angelo Houssou dans les mêmes dossiers en première instance. Aujourd’hui, le juge Angelot Houssou est réfugié politique aux USA ou l’asile politique lui a été accordée.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, la cour d’appel de Paris auprès de qui le gouvernement béninois a adressé une demande d’extradition de Patrice Talon le principal accusé dans ces deux affaires a, dans son verdict du 4 décembre 2013, refusé d’extrader les prévenus à Cotonou où les conditions d’un jugement équitable ne sont pas de son point de vue garanties.  Deuxième échec cuisant donc pour le Chef de l’Etat

Et puisque jamais deux sans trois, la troisième estocade au chef de l’Etat est venu des USA avec le rejet de la candidature du Bénin pour le deuxième compact du Millenium Challenge Account. Déclaré éligible pour le second compact du Millénium Challenge Account avec une note de 11/20 à la fin de l’évaluation après le premier compact,  lors de sa session trimestrielle tenue le mardi 10 décembre 2013 à Washington, le Conseil d’administration du Millenium Challenge Corporation (Mcc) a rejeté la candidature du Bénin. La raison essentielle de ce refus est la faible moyenne obtenue par le Bénin au niveau de l’indicateur relatif à la corruption et la mauvaise gouvernance au sommet de l’Etat. Au total c’est 300 milliards de franc cfa d’appui budgétaire accordé par les USA que le Bénin perd à cause de la mauvaise gouvernance au sommet de l’Etat

Dure dure que ce mois de décembre 2013, pour le chef de l’Etat béninois qui n’était pas encore au bout de sa peine. L’Assemblée nationale du Bénin a rejeté jeudi 19 décembre 2013 par 44 voix contre et 39 voix pour, le budget de l’Etat exercice 2014 après un vote secret. Quand on sait que le chef de l’Etat bénéficie pourtant d’une majorité confortable au sein de ce parlement, on comprend qu’il ne maîtrise plus sa famille politique qui semble commencer par lui montrer la porte de sortie.

Et comme si tout ceci ne suffisait pas, sur le front social, les nouvelles ne sont pas meilleures. depuis le 1er octobre dernier, les  praticiens hospitaliers du Bénin  observent une grève perlée qui vise à demander le paiement des primes de risque et qualification coupées depuis 1982 et qui correspondent à 20% du salaire indiciaire brut des agents de santé béninois. Une grève qu’ils menacent de  radicaliser à 96 heures par semaine sans service minimum.

La même situation s’observent du côté des magistrats  qui observent depuis le mardi 3 décembre 2013 une grève perlée de 72 heures par semaine pour exiger du gouvernement la correction des violations des principes d’inamovibilité des juges du siège et celui de la préséance dans les nominations ou affectations de magistrats faites en 2011 et en 2013.

Quant aux syndicats de l’Education nationale, il sont en échauffement et comptent entrer dans la danse à partir de janvier si leurs revendications ne sont pas satisfaites jusque là.

 Au regard de tous ces déboires essuyés par le chef de l’exécutif béninois, on peut, à juste titre, se demander s’il y a encore un capitaine dans le navire tant il prend l’eau de toute part. Le président Boni Yayi a promis monts et merveilles au peuple et fait aujourd’hui les frais de ses errements politiques . Espérons qu’après lui le déluge n’emporte tout le peuple.

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