Madagascar: Présidentielle 2013 – Et si la communauté internationale n’avait pas été là ?

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Maintes fois annoncés et maintes fois reporté, Le scrutin présidentiel, considéré par les Malgaches et la communauté international  comme un préalable pour sortir de la grave crise politique, économique et sociale dans laquelle leur pays est plongé depuis l’éviction de Ravalomanana par Rajoelina il y a quatre ans a fini par avoir lieu. S’opposent pour la magistrature suprême, Robinson Jean-Louis à Hery Rajaonarimampianina. Le premier est soutenu par l’ancien président Marc Ravalomanana et le second par le président de la transition Andry Rajoelina. Toutefois la question se pose de savoir si cette distribution aurait été la même si la communauté internationale n’avait pas été là.

 

 

Enfin la logique a fini par s’imposer, la raison par triompher et le droit par être dit. Les différents candidats à la présidentielle sont finalement ceux que la loi électorale autorise. Mais, oh que le chemin fut long, incertain, improbable voire surréaliste.  Pour y parvenir,  il a fallu négociations sur négociations, sommet sur sommets, missions sur missions, reports sur report et surtout surtout, il a fallut  que La Cour Electorale Spéciale se dédit pour quenfin soit arrêter la liste des 33 candidats politiquement correctes pour le premier tour du scrutin présidentiel qui a dégagé pour le second tour Jean Louis ROBINSON et Hery RAJAONARIMAMPIANINA, un face à face inédit dans les annales politique de la Grande Île.

Aucun politologue, aucun mage, aucun marabout n’aurait pu prédire cette affiche exceptionnelle du second  tour il y a seulement  trois mois, tant les positions étaient radicalisées, les passions exacerbées et les engagements assumés.

Véritable douche froide pour Andry Rajoelina, l’homme fort de Tana qui aura tout fait pour être de la partie. Après avoir chassé du pouvoir  le président démocratiquement élu Marc Ravalomanana, gouverné sans partage pendant 4 années et réduit le pays à la misère et à l’insécurité, il a surtout réussi l’exploit d’être retenu sur la liste des candidats à l’élection présidentielle, alors même qu’il ne figurait pas sur la liste des personnes ayant déposé un dossier à candidature. Nous étions alors en juillet 2013.

Mais seulement voila, la communauté internationale veillait au grain et sous sa pression et la menace de son retrait du processus de sortie de crise  si la loi n’était pas respectée que La Cour Electorale Spéciale a fini par casser, elle-même, son arrêt, qu’elle jugeait pourtant non susceptible d’aucune voie de recours, et éliminer de la liste des candidats, les candidatures qui violaient le code électoral, notamment celle d’Andry Rajoelina, l’actuel homme fort du pays, de Lalao Ravalomanana, épouse de l’ancien président en exil Marc Ravalomanana, et de Didier Ratsiraka, dont la communauté internationale exigeait le retrait ouvrant ainsi la voie à ces élections présidentielles.

A l’issue du  premier tour des élections présidentielles  du 25 octobre 2013, au nombre des 33 candidats retenus par la Commission Electorale Spéciale, Robinson Jean Louis est arrivé en tête du premier tour avec 21,16 % des voix et Hery Rajaonarimampianina, crédité de 15,85 % des suffrages est arrivé en second.

Par Arrêt n°01-CES/AR du 22 novembre 2013 de La Cour Electorale Spéciale portant proclamation des résultats définitifs du premier tour de l’élection présidentielle du 25 octobre 2013,les candidats Jean Louis ROBINSON et Hery RAJAONARIMAMPIANINA, ayant recueilli le plus grand nombre de suffrages, sont seuls admis à se présenter au second tour prévu pour 20 décembre 2013.

Contrairement aux craintes des uns et des autres, la campagne électorale à été apaisée voire festive  et les avis sont unanimes pour reconnaître que le scrutin d’hier vendredi 20 décembre 2013 s’est également déroulé dans le calme et sans incident.

L’heure est à présent au décompte des voix et faute de sondage au sortir des urnes, les premières tendances de ce second tour devraient se dessiner a la fin du week-end ou les jours à venir. Mais d’ores et déjà on peut affirmer sans risque de se tromper que l’événement certain, comme dirait un mathématicien, est que le futur président de la Grande Île  sera  Robinson Jean Louis  ou Rajaonarimampianina,  une éventualité peu probable il y a 4 mois.

Les malgaches ont-ils vraiment eu le temps de connaitre les personnes sur lesquelles ils s’engagent ? Mais bon, là n’est pas la question. La crise au moins est passée et il n’y a pas d’omelette sans œufs cassés nous disent les anglais. Soit.

Pour ma part, une autre préoccupation me tarabuste l’esprit. Et si la communauté internationale n’avait pas été là me suis-je mille et une fois demandé depuis le début du scrutin ? Imaginons un peu ce qu’il serait advenu de Madagascar si la Communauté internationale n’avait pas montré cette intransigeance exceptionnelle et surtout si son financement n’avait pas été indispensable ?

Amusons nous un peu à jouer aux  médecins après la mort ou aux devins après coup.

De toute évidence, la Cour Electorale Spéciale ne se serait pas dédit. Les candidats controversés allaient tous participer au scrutin et de toute évidence, le résultat n’aurait jamais été celui qu’il sera à l’issu du scrutin en cours. On voit mal, en effet, la Cour se discréditer à ce point pour valider la candidature, hors délai de Andry Rajoelina, et la déclarer échouer au finish.

Les mêmes juges de la Cour Electorale Spéciale, bardé de leur boubou Kaba avec une mine patibulaire, vont statuer:

Vu  la constitution

Vu   patati  patata

Considérant ci et ça

Constate que le candidat Andry Rajoelina, a recueilli la majorité  absolue au second tour de l’élection présidentielle.

Déclare Andry Rajoelina Président élu.

La présente décision sera publiée au journal officiel de la République.

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Et la messe sera dite, les projecteurs vont s’éteindre.

Oh non, pas si vite.

Comme il faut s’y attendre, les accusations en fraude de tout genre vont s’élever de toute part et de réclamation en contestation, la crise post électorale va s’installer. Et ainsi d’une crise pré-électorale on rentre dans une crise post électorale et pour ça les recettes existent pour gérer.

Le tout nouveau président élu, auréolé de sa nouvelle légitimité, sous bonne garde, va prêter serment de respecter la constitution et d’œuvrer au bonheur de tout le peuple malgache.

Dans le même temps, toute la machine étatique sera mise au service et à la gloire du président. Du coup, les cadres, les élus et les travailleurs du public comme du privé vont chacun faire des pieds et des mains pour rentrer dans les bonnes grâces du pouvoir.

Quant aux opposants, ils ne mettront pas long à comprendre qu’il n’y a pas  deux capitaines dans le bateau Malagasy.

Bien entendu quand les éléphants se battent ce sont les herbes qui en pâtissent et le peuple malgache qui a cru un moment qu’il était au bout de ses peines va encore faire les frais des turpitudes de ses hommes politiques.

Mais bon, Dieu merci, l’histoire ne s’est pas ainsi déroulé et ceci n’est qu’une bande annonce d’un film qui ne sera jamais tourné et tant mieux.

Sur la grande Île le dépouillement se poursuit et les deux candidats en lice pour le second tour de l’élection présidentielle à Madagascar sont plutôt au coude à coude dans les premiers résultats communiqués samedi matin. La Commission électorale indépendante a indiqué qu’il faudrait sans doute attendre le 7 janvier pour la publication des résultats définitifs de l’élection.

En attendant donc que le verdict des urnes livre son secret et en attendant de boire à la santé du président élu je me permets de rappeler au futur président de la Grande Île quelques vérités qu’il ne doit pas perdre de vue, s’il veut que la gloire et les succès couronnent son mandat.

La première est que le peuple malgache s’est donné en sa personne un président  et non une marionnette ou un pantin. L’intérêt populaire doit donc être la seule boussole qui oriente son action au quotidien.

La seconde chose est qu’il n’y qu’une seule voie pour entrer dans l’histoire, la grande histoire, c’est la voie des libertés, de la dignité et de l’équité.  C’est elle qui débride les énergies démocratiques, booste la créativité et l’ingéniosité populaire et apporte croissance économique et progrès.

La troisième et dernière chose est que depuis la mort de Mandela, la génération consciente africaine scrute ses nouveaux leaders politiques à la recherche de son icône réincarné, au propre ou au figuré, c’est selon. Il a donc le privilège de récolter ce jackpot  de l’histoire s’il le veut.

En attendant donc le verdict des urnes, je souhaite encore bonne chance aux deux candidats et bon vent à l’heureux élu.

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