Bénin : “ des chiens aboient…la caravane est aux abois !“

 

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La crise sociale au Bénin prend  malheureusement de plus en plus d’ampleur et la dernière sortie médiatique du chef de l’Etat béninois a comme jeté de l’huile sur le feu avec une radicalisation des revendications syndicales.  Mais, il reste que la situation du pays est plus que critique et la question se pose de savoir si le chef de l’Etat prend vraiment la mesure de la situation.

L’actualité sociopolitique au Bénin, de plus en plus alarmante, ne laisse plus personne indifférent dans le pays. L’année 2013 aura été une année noire pour le président Yayi et pour le Bénin. Tout au long de l’année, le chef de l’Etat a cumulé les déboires et les revers dans la mise en œuvre de ses réformes.

Sur le front social non plus, la politique gouvernementale n’est pas avenante. A propos du dialogue social, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’il est depuis bien des années en panne. Année après année, les syndicats des différentes corporations interpellent le gouvernement sur leurs misérables conditions de travail, et chaque année les doléances restent sans suite. Le gouvernement dans une démarche floue mélange mutisme, intimidation et manipulation. Outre l’interdiction systématique des marches pacifiques des organisations qui ne partagent pas les mêmes opinions que le pouvoir, des diatribes et intimidations fréquentes sont proférées contre les secrétaires généraux des  syndicats, organisations de la société civile, journalistes, politiques voire le clergé catholique, une pratique jugée méprisante et antidémocratique par les partenaires sociaux.

Pour dénoncer tous ces manquements, et abus qui caractérisent la gouvernance Boni Yayi, les 5 centrales et confédérations syndicales du pays ont organisé le 27 décembre 2013, une marche pacifique à travers les rues de Cotonou.

Contre toute attente, cette marche a été violemment réprimée dans le sang sur ordre du préfet de l’Atlantique et du littoral Placide Azande, ordre exécuté par le commissaire central de Cotonou Agossadou Pierre. Cette violente charge de la police a causé une dizaine de blessés dans les rangs des manifestants, dont deux leaders des organisations syndicales.

La réaction des Responsables syndicaux et de l’ensemble des travailleurs est à la hauteur de l’indignation que cette répression a suscitée dans le pays. En riposte à cette répression, les cinq centrales syndicales du pays ont décidé d’une grève de 48 heures à compter du 7 janvier 2014. Les responsables syndicaux initiateurs de la grève exigeaient entre autres :

–          le relèvement de leurs fonctions de Placide Azandé, préfet du département de l’Atlantique-Littoral et de Pierre Agossadou, commissaire central de police de la ville de Cotonou, principaux « instigateurs » selon eux de la répression musclée de leur marche du 27 décembre,

–           le « respect scrupuleux et la jouissance sans entrave » des libertés démocratiques et syndicales,

–          la garantie de la sécurité à tous les citoyens, notamment les responsables syndicaux, des magistrats, des responsables de la société civile, des partis politiques et les opérateurs économiques ne partageant pas les mêmes points de vue que le pouvoir,

–          l’annulation « pure et simple » du concours de recrutement « frauduleux » au profit du ministère de l’Economie et des Finances de juillet-août 2012 et récemment validé par le gouvernement.

Après deux semaines d’observance de la motion sans satisfaction, le mouvement de débrayage est passé à 72 heures à compter du mardi 21 janvier.

Cette grève soutenue par les partis politiques de l’opposition et largement suivie par les travailleurs n’a pas du tout été du goût du gouvernement. Dans un communiqué du gouvernement signé de son secrétaire général Eugène Dossoumou, il est rappelé à l’attention des travailleurs que : « Conformément à la gouvernance syndicale universelle, le salaire est la juste rémunération du travail accompli.En conséquence, l’Etat  procédera à la défalcation systématique du nombre de jours non travaillés de leur salaire… Les intéressés devront s’adresser aux syndicats initiateurs des mouvements de débrayage pour se faire rembourser le nombre de jours ainsi défalqués ».

En effet, suite à l’effectivité de la mesure gouvernementale de défalcation sur les salaires des travailleurs pour fait de grève, constatée par les travailleurs sur leur salaire du mois de janvier, les grévistes ont durci le ton. Les mouvements de paralysie générale de l’administration publique ont gagné en intensité notamment dans le secteur de l’enseignement supérieur, de la magistrature, de la santé et dans l’administration générale.

Dans l’enseignement supérieur, suite à la défalcation sur salaires pratiquée par le gouvernement, les enseignants des universités publiques du Bénin ont déclenché une grève illimitée en vue d’exiger de l’exécutif béninois, la satisfaction des revendications des travailleurs béninois, mais aussi le remboursement sans délai des ponctions « arbitraires » faites sur les salaires des enseignants du supérieur pour fait de grève, indique un communiqué de l’Intersyndicale des enseignants du supérieur composé du Snes, Synares, Synhub et du Sécup. Une année blanche en perspective dans le pays.

Dans le secteur judiciaire, l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab) était en grève de 72 heures renouvelables chaque semaine depuis novembre pour des raisons corporatistes. Elle  a aussi suivi le mot d’ordre de grève des centrales syndicales de janvier dernier et les magistrats aussi ont vu leur salaire défalqué des jours de grève ce qui a ravivé leur colère.  Réunie en assemblée générale extraordinaire le lundi 27 janvier 2014, l’Union nationale des magistrats du Bénin a exigé du gouvernement l’annulation pure et simple, et ce, avant vendredi 31 janvier 2014 de la mesure de défalcation qu’il a prise.

Passé ce délai, l’Uanamab pourra durcir le mouvement en cours en passant d’une grève de trois jours à cinq  jours par semaine, renouvelable par tacite reconduction, à compter du lundi 3 février 2014 à effet d’exiger du gouvernement entre autres :

– La rétrocession de l’intégralité des fonds illégalement et arbitrairement défalqués,

– la correction des irrégularités contenues dans les nominations de 2013 et de 2014.

Toutes ces revendications n’étant pas satisfaites à ce jour, la logique d’une paralysie du système judiciaire du pays s’impose ici aussi en perspective des dommages énormes pour les justiciables béninois.

Dans le secteur de la santé, depuis le 1er octobre dernier, le Collectif des praticiens hospitaliers (CPH) qui observait déjà un mouvement de grève dans tous les hôpitaux publics pour des raisons corporatistes a également suivi le mot d’ordre de grève des centrales syndicales de janvier dernier et les médecins aussi ont vu leurs salaires défalqués des jours de grève.

Réunis en assemblée générale à l’hôpital de la mère et de l’enfant Lagune (Homel) de Cotonou ce 28 janvier 2014, le Collectif des praticiens hospitaliers menace aussi de durcir le ton si le gouvernement ne fait rien pour accéder à ses revendications avant le 10 février 2014. En lieu et place de la grève de 96 heures qu’il observe déjà, le CPH entend déclencher la semaine « hôpitaux morts, sans médecins ». Autant dire une hécatombe en perspective dans le pays.

Il faut dire que cette radicalisation des mouvements syndicaux sonne un peu comme la réponse de la bergère au berger après le  discours du chef de l’Etat du 27 janvier, discours dans lequel il n’y est pas allé du dos de la cuiller contre ses pourfendeurs :  « Ils vont à Paris … je les suis…je suis au courant de tout…je les ai tous…ils sont dans mes mains… je les attends… je vais bondir et je bondirai sur… ils verront… il peut y avoir la guerre… vous les jeunes je vous le jure… le Père céleste créateur du ciel et de la terre…vous êtes mon bouclier, je serai avec vous au ciel ou sur la terre…les syndicalistes…le président ne peut plus toucher quelqu’un…ils vont utiliser de l’encre rouge pour simuler le sang…pour ternir mon image…l’image de la République « , etc.

Dans ce contexte délétère où tout le monde est fâché contre tout le monde, les travailleurs visiblement plus engagés que jamais et le gouvernement décidé à en découdre avec eux, la question se pose de savoir où va le pays ?

Hôpitaux morts, université en berne, tribunaux en berne, écoles et lycées et en berne, Administration publique paralysée, autant dire pays mort. Cette stratégie peut être comparée à une défense en ligne au football. L’adversaire est techniquement mis hors jeu, ce qui est aussi bien dangereux pour le pays que pour le chef de l’Etat.

Oui, il y a lieu de le dire, au Benin, il y a péril dans la demeure. D’ailleurs, dans son discours du 27 janvier, après avoir traité tous ses pourfendeurs de : « Chiens qui aboient…qui ouvrent la gueule.. », le président a lui-même avoué que : « … La situation est très dangereuse… très triste, nous sommes tous coupables… »

Pour ma part, je pense qu’il ne faut peut-être retenir du discours du chef de l’Etat que cette dernière phrase. Tous coupables, une façon de reconnaître que la solution est dans le dialogue et non dans la confrontation.

Vivement que la rencontre paritaire gouvernement-syndicat prévue ce lundi à Cotonou pour explorer les voies de sortie de cette terrible crise se tienne effectivement et permette aux protagonistes de fumer le calumet de la paix afin que les compromis nécessaires soient trouvés pour dénouer l’une des crises les plus profondes de l’histoire du Bénin.

France : La rupture Hollande – Trierweiler officialisée

 

De notoriété publique, depuis l’annonce de L’idylle entre le président François Hollande et l’actrice Julie Gayet, le couple présidentiel ramait contre le vent. Pendant sa conférence de presse le 14 janvier  dernier, François Hollande, s’était engagé à clarifier la situation de son couple avant sa visite officielle aux Etats-Unis prévue le 11 février. C’est chose faite depuis ce samedi. 

Le président français François Hollande a annoncé samedi en fin d’après-midi à l’AFP « la fin de sa vie commune avec Valérie Trierweiler », deux semaines après la révélation de sa liaison avec l’actrice Julie Gayet par le magazine Closer.

En prenant soin de Préciser qu’il s’exprimait à titre personnel et non en tant que chef de l’Etat, car il s’agissait de « sa vie privée » , il a déclaré: « Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler ».

Ensemble depuis 2007, le couple aura passé sept années de vie commune. Revenus chacun  de très loin – deux divorces pour Valérie et une rupture pour François –  sept ans durant, le couple a connu les moments difficiles des familles recomposées et la gloire du sacre. Pendant sept ans, chacun d’eux, a probablement donné le meilleur de lui-même, pour réussir ce qu’ils n’avaient pas réussi dans leurs vies passées, mais hélas.

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François hollande et Valérie au moment où les deux  regardaient dans la même direction.

 

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Dorénavant, chacun regarde de son coté.

Dommage que cette belle histoire n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir.

Toute fois, il est regrettable que   cette séparation a pour fond de toile l’ affaire Julie Gayet. Si on ne s’en tient qu’ à la chronologie des  événements,  elle  apparaît  logiquement, comme le détonateur de la séparation du couple présidentiel, pourtant elle est loin d’en être le cause.

Un dicton africain prône qu’il ne faut pas regarder là où on est tombé, mais où on a trébuché. Certes, la révélation de la liaison de François Hollande avec  l’ actrice, a contribué à alimenter le tourbillon médiatique, mais il serait naïf de croire que c’est Julie Gayet qui a semé le trouble dans le couple présidentiel. François Hollande et Valérie Trierweiler seuls, savent où leur couple a trébuché pour aboutir à la séparation actuelle. Le  tweet de soutien de Valérie au rival de Ségolène Royal pour le siège de député de La Rochelle en juin 2012, les griefs des enfants de Hollande contre Valérie et les nombreux désaccords entre les deux conjoints sont autant de frictions susceptibles de  fragiliser la cohésion du couple Hollande.

Loin d’être donc celle par laquelle la faute arrive, Julie Gayet n’est, à mon avis, que la conséquence des déboires du couple Hollande.

Après la clarification présidentielle, il faut espérer que les deux vont trouver une bonne modalité de séparation pour atténuer le traumatisme de la rupture.

Vivement que la sérénité revienne rapidement dans les cœurs et les esprits des deux, en particulier, dans celui du président pour répondre aux  exigences de sa lourde fonction.

 

 

 

 

 

Juste une minute de paix en 2014.

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Encore quelques heures et 2013 sera de l’histoire.

Comme il est de coutume, c’est la période des vœux, un rite nullement vide de sens. C’est, en effet, le moment pour mobiliser les énergies autour de quelques résolutions, de quelques prières.

Pour ma part, ce billet, est-il un vœu  ou une exhortation, je ne saurait trop le dire,  mais il est consacré à l’Afrique.

Malgré la situation critique dans laquelle se trouve le continent,

Malgré la faim qui représente notre dénominateur commun.

malgré la maladie qui constitue notre plus petit commun multiple.

malgré la guerre qui devient  notre plus grand commun diviseur.

Malgré l’injustice flagrante des uns et la violence grossière des autres,

malgré les exclusions nombreuses qui minent partout le vivre ensemble,

j’ose encore croire qu’un autre avenir est possible sur le continent.

un avenir sans guerre, sans faim, sans maladies, et sans exclusion.

un avenir ou les africains indépendamment de leurs nationalités, de leurs ethnies, de leurs religions ou  de leurs régions coopéreront dans la concorde.

Mais, je ne perd pas aussi de vue que  cet avenir probable reste  largement, sous le contrôle de nous même les africains. Plus tôt nous atteindrons un niveau de conscience commune élevé pour comprendre que nous devons orienter notre histoire autrement en agissant autrement et plus tôt il viendra, soit on ne le fait pas et plus tard il viendra ou ne viendra jamais.

Point donc de fatalité. Le destin du continent est dans la main des africains eux même, nos actions  au quotidien déterminent des résultats que nous devons assumer.

Toutefois, une vieille chanson de mon Bénin natal qu’on chante dans les situation désespérée pour se donner espoir proclame que même si le destin t’a condamné, ta prière peut  te sauver. Tout naïvement, j’y souscris et forme pour le continent tout entier, en 2014, un seul voeu:

Une minute de silence total des armes sur l’ensemble du continent.

Juste une minute d’absence d’épisodes guerriers aux quatre coins du continent.

Une minute de silence total des cris de détresse sur l’ensemble du continent.

Une minute de silence des tensions, des appréhensions et des déboires diverses sur le continent

Juste une minute de paix sur tout le continent.

Une minute  de coopération et de convivialité entre tous.

Enfin, une minute d’apaisement total et de  développement.

Une minute magique,

une minute féerique

Une minute interminable.

Suivie, pourquoi pas, d’une autre pareille,

Puis encore une autre,

Puis un jour,

puis toujours.

Eh Diantre! si tout le continent pouvait souscrire  à cette minute de paix interminable. Bien sûr que c’est dans les cordes du continent.

Bien sûr que  yes, we can.

Puisse 2014 voir ce instant se produire!

Que tous les vœux soient.

 

 

 

 

 

France : la loi contre la prostitution ou le paradoxe Hollande

600850-a-sex-worker-activist-attends-a-demonstration-with-prostitutes-against-a-proposal-to-scrap-sanctionsL’Assemblée française a voté à une large majorité l’ensemble de la loi pour «la lutte contre le système prostitutionnel» le 4 décembre 2013. Mais, ce vote qui intervient dans le contexte très difficile de l’inversion de la courbe du chômage conduit à se demander si le gouvernement ne s’est pas tiré une balle dans le pied.

Après les vives manifestations, pétitions, tribunes, le projet de loi «de lutte contre le système prostitutionnel» est  voté avec 268 votants pour, 138 contre et 79 députés qui se sont abstenus. « Je vous remercie de nous donner les moyens de lutter contre les réseaux », a déclaré la ministre des droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem, aux députés, après le vote.

Indéniablement, ce vote est une victoire pour le gouvernement français et plus largement pour la gauche au pouvoir qui a porté ce projet de loi  qui va plus loin que le délit de «racolage passif», instauré par la droite en 2003. Dorénavant, les clients ayant recours à la prostitution d’une personne majeure pourront écoper d’une contravention de 5e catégorie de 1 500 euros. En cas de récidive, la sanction sera désormais un délit puni de 3 750 euros d’amende.

Avec ce vote, c’est l’esprit de la loi qui change totalement, car en matière de prostitution, le délit ne pèse plus sur la prostituée, perçue comme une victime, mais sur le client de la prostituée vu comme un délinquant.  Autre avancée de cette loi, un fonds «pour la prévention de la prostitution et l’accompagnement social et professionnel des personnes prostituées» sera créé. Le gouvernement s’est engagé à le doter de 20 millions d’euros. «Désormais, les prostituées auront le droit à une véritable alternative», s’est enthousiasmée mercredi Ségolène Neuville, députée PS.

Toutefois, il reste que cette nouvelle loi sera mise en œuvre dans le contexte difficile de morosité sociale.

Visiblement le gouvernement peine pour tenir l’engagement pris par le président François Hollande le 9 septembre 2012 sur le plateau de TF1  d’ inverser la courbe du chômage d’ici un an. Mois après mois, le nombre d’inscrits à Pôle Emploi, que le ministère du Travail publie chaque mois, et le taux de chômage, calculé chaque trimestre par l’Insee  donnent tous deux une tendance à la hausse des demandeurs d’emploi jusqu’en septembre 2013.

Fort heureusement,  la France a connu une baisse de 20 500 demandeurs d’emploi sans activité en octobre 2013, ce qui apparaît comme un point d’inflexion de la courbe du chômage  et dont s’est réjoui François Hollande : « Les chiffres publiés aujourd’hui confirment que la bataille pour l’emploi peut être gagnée ».

Mais, avec le vote de la loi pour « la lutte contre le système prostitutionnel » du 4 décembre 2013,  epunissant l’achat d’actes sexuels d’une contravention de 1500 euros, on condamne la vendeuse de l’acte sexuel à l’inactivité donc au chômage technique. Si on estime à plus de 20 000 le nombre des personnes prostituées en France, ce sont donc 20 000 personnes potentielles qui vont agrandir le nombre des demandeurs d’emploi au Pôle Emploi dès le moins prochain. Le risque est alors grand de voir la légère baisse du taux de chômage en octobre repartir à la hausse.

Certes, le plus vieux métier du monde charrie beaucoup de galères et de dérives, mais c’est aussi une niche d’emplois sur laquelle tout le monde ferme les yeux à cause de son caractère d’« utilité publique ».  L’agenda de cette loi aurait donc pu être différé eu égard à l’engagement de François Hollande et surtout par ces temps de vaches maigres.

Au demeurant, la loi des hommes pourra-t-elle éliminer ce que les religions n’ont pas pu faire ?  Seul le temps le dira.

 

 

BENIN : Projet de révision de la constitution : l’arbre qui cache la forêt ?

constitution_du_beninDepuis le début du deuxième et dernier mandat du président Yayi Boni, un vent de révision souffle sur la constitution béninoise et l’idée que cette révision ne soit qu’un jeu pour modifier la constitution pour s’éterniser au pouvoir hante les esprits et soulève un tollé général dans le pays. Toutefois, il reste qu’au delà des innovations certaines proposées par le projet, son agenda et la démarche gouvernementale sont sujet à caution.

La situation au Bénin de nos jours est vraiment pathétique et mérite que tous les fils du pays se mobilisent. Pour ma part, je ne suis ni constitutionnaliste ni juriste, j’aborde donc la question avec mon seul bon sens de citoyen. De quoi s’agit-il ? De la révision de la Constitution  du 11 décembre 1990 en vigueur dans le Pays.

Certes, la constitution est la loi fondamentale d’un Etat qui  définit les droits et les libertés des citoyens ainsi que l’organisation et les séparations du pouvoir politique (législatif, exécutif, judiciaire) en précisant l’articulation et le fonctionnement des différentes institutions qui composent l’Etat. Mais comme  toute œuvre humaine, elle est appelée à s’adapter à l’évolution de la société, la constitution française de 1789 ne postulait –elle pas que « la nation a le droit imprescriptible de changer sa constitution » ? Dans le souci d’adapter les institutions aux besoins et au niveau de développement tant économique social que culturel du pays, Il est tout à fait  normal que les lois qui régissent le peuple soient clarifiées et reformulée. D’ailleurs au Benin comme dans la plupart des démocraties africaines, la constitution elle-même prévoit les conditions de sa révision. Dès lors, la question qui se pose est de savoir si les normes constitutionnelles sont respectées  dans le processus de révision engagé ?

Cette préoccupation,  à mon sens,  appelle des considérations de forme et de fond.

Concernant la forme,  l’article 155 de la loi fondamentale du 11 décembre 1990, dispose : « la révision n’est acquise qu’après avoir été approuvée par référendum, sauf si le projet ou la proposition en cause a été approuvée à la majorité des quatre cinquièmes des membres composant l’Assemblée nationale ». Au-delà de l’aspect mathématique de la question, pour une question aussi sérieuse que celle de la Loi Fondamentale, l’esprit de la disposition exige un consensus aussi large que possible pour éviter tout antécédent fâcheux  Or la première tentative  de révision de la constitution du 11 décembre 1990 a été évoquée à une session extraordinaire de l’Assemblée Nationale du 19 mars 2012 soit un an après le début du deuxième et dernier mandat du président Yayi Boni.

Pour une œuvre qui va impacter la vie de tous les citoyens de la nation,  le tollé a été général. Curieusement, cet agenda cavalier à été décrié non seulement par les médias, les citoyens, les députés de l’opposition, mais aussi par ceux de la majorité présidentielle et pour finir par le président lui-même.  Même si personne n’a été dupe, le président de l’Assemblé a dû assumer seul la responsabilité de cette méprise. Face à la nation le président a promis une large concertation avant toute reforme constitutionnelle.

Conformément à la promesse présidentielle, citoyens, syndicalistes, activistes de la société civile, responsables politiques, attendaient de voir la forme que prendront la concertation, en aval  quand par décret n°2013-255 du 06 juin 2013  le président de la république, chef de l’Etat, chef du gouvernement, une fois encore, envoie  le projet de loi portant révision de la Constitution du 11 décembre 1990, à l’Assemblée Nationale pour examen et adoption.

Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, une fois encore le tôlé est général et les avis sont unanimes pour reconnaitre qu’il y a anguille sous roches. Que cache le projet de révision pour que face au grandes préoccupations et demandes populaires de l’heure : l’emploi des jeunes, la révision de la liste électorale permanente, les élections communales et locales de 2012 en souffrance jusque là, la cherté du coût de la vie, la crise énergétique et les délestages intempestifs, c’est seulement la révision de la constitution qui soit la priorité pour le chef de l’Etat à deux ans de la fin de son dernier mandat. Autant dire que dans la forme le projet de révision suscite beaucoup de doute et de suspicion dans l’esprit du béninois moyen et à ce titre aucun crédit, aucune avance ne peut être accordée au gouvernement  qui devra trouver un agenda qui sécurise tout le monde.

Concernant le fond de la question, nous l’avons déjà dit, les constitutions africaines des années 90 ont souvent été adoptées dans l’urgence, et avec le temps un toilettage peut s’imposer. Dans le cas d’espèce, les principales innovations proposées sont :

–   la constitutionnalisation de la Commission électorale nationale

–   la création d’une Cour des comptes par l’autonomisation de l’actuelle chambre des comptes de la Cour suprême.

–   Imprescriptibilité des crimes économiques

–   La promotion de la démocratie participative

 Sur ces innovations, presque tout le monde est d’accord au Bénin, et il ne vient à l’esprit de personnes de contester leur importance. Les méfiances et suspicions à ce projet ne concernent donc pas ces innovations, mais  plutôt son agenda et ses non dits et Dieu sait que les constitutions ont l’art de la langue de bois.

Les dispositions du projet peuvent-elles mener à une deuxième République ? La question taraude tous les esprits et pourtant au jour d’aujourd’hui, bien malin qui a la réponse à cette question. En temps opportun, ce ne seront pas les juristes qui le détermineront,  mais la Cour constitutionnelle qui est une institution politique et dont les délibérations sont sans recours

Ceci étant l’actualité récente du Sénégal montre à suffisance que quand  la constitution béninoise aura été révisée comme le souhaite le chef de l’Etat, est-on dans une nouvelle république ou non, c’est une autre paire de manche qui commence et dont l’issue sera aussi périlleuse sinon plus, que ce fut le cas au Sénégal en 2012.

Il faut le rappeler, une révision constitutionnelle est après un acte politique même si sa mise en œuvre fait intervenir les juristes et à mon sens Il serait naïf de ne voir que l’arbre qui cache la forêt. Les méthodes de sa mise œuvre font penser qu’elle laisse dans l’ombre des desseins inavouables

Pour l’heure le consensus  parlementaire prôné par le bureau de l’Assemblée nationale est réclamé par tous les acteurs de la vie politique et sociale du pays sans qu’on puisse être certains que les un et les autres revendiquent la même chose. Le moins qu’on puisse souhaiter à ce propos est l’organisation d’un véritable débat national ouvert à tous, libre et transparent sur la question si possible avec un modérateur national pour harmoniser les points de vue et dégager le fameux consensus national.  Par ailleurs Les débats surtout publics ont la vertu de prévenir voir de décourager les double jeux et il est à souhaiter que le gouvernement offre cette opportunité au peuple pour dissiper les craintes et faire aboutir son projet

Dans sa quête de ce large consensus, le  24 septembre 2013, la Commission des lois du Parlement béninois a rejeté le projet de réforme constitutionnelle voulue par le président Boni Yayi pour vice de procédure. Nul doute que le gouvernement reprendra la procédure et le projet sera réintroduit dans trois mois, seulement alors, on pourra aviser sur la position des parlementaires

Mais au rythme ou vont les choses, il est fort à craindre qu’au bout du rouleau, le consensus soit plutôt fait sur l’absence de consensus pour engager une révision de la constitution qui sécurise tout le monde. Mais alors pendant plus d’un an, les petites économies des béninois de tout bords vont etre investi par les uns pour défendre le projet de révision de la constitution et les autres pour le critiquer et s’y opposer. Les maigres moyens de l’Etat, au lieu de résoudre les difficultés du peuple servent et serviront à  la promotion de la révision de la constitution quant il est vrai que les ministres et les cadres FCBE, la mouvance présidentielle  sillonnent le pays, non pour sonder le peuple réel, mais pour faire lire les motions d’’adhésion à la révision de la constitution par leurs militants devant  des populations plus intéressées par les sous  promis que par les discours qui sont  délivrés.  Si ces moyens et ce temps pouvaient être investis par les uns et les autres dans la production de bien et service, sans doute que le développement du pays  gagnerait en efficacité.

Le sous développement africain à la lumière du Darwinisme universel

Le sous-développement du continent africain  est sans doute l’une des problématiques qui ont fait le plus couler d’encre ces dernières années , tant de publications, de sommets des chefs d’Etat, de colloques, de  séminaires ou autres formes de rencontres politiques ou  savantes à travers le monde, sont chaque jour consacrés à la question, sans grands succès jusqu’à nos jours.

Et pourtant, il doit bien y avoir un déterminisme et une voie de sortie de cette situation.,  ,une application de la théorie de l’évolution des espèces par la sélection naturelle élaborée par Darwin dans les sciences sociales peut-elle contribuer à la redéfinition de la causalité? Le Darwinisme Universel offre une piste de réflexion cohérente et crédible.

 

 

 

L’évolution selon Darwin

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Très célèbre au XIXe siècle, le naturaliste anglais Charles Darwin a incontestablement marqué le monde de la biologie. En consacrant sa vie à approfondir ses recherches sur l’évolution des espèces vivantes, il a formulé l’hypothèse selon laquelle toutes les espèces vivantes ont évolué au cours du temps à partir d’un seul ou quelques ancêtres communs grâce au processus connu sous le nom de sélection naturelle. Sa théorie est résumée de façon simple dans l’introduction de l’Origine des espèces : « Comme il naît beaucoup plus d’individus de chaque espèce qu’il n’en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s’ensuit que tout être, s’il varie, même légèrement, d’une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et quelquefois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d’une façon naturelle. En raison du principe dominant de l’hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée. »

Si le concept de sélection naturelle élaboré par Darwin a profondément marqué la pensée moderne, les tentatives d’exporter cette théorie, assez fascinante pour son époque, hors du champ de la biologie ne se sont pas fait attendre surtout que Darwin lui même avait déjà suggéré que les mécanismes concernant l’évolution  des espèces animales qu’il avait découvertes pouvaient également s’appliquer à l’évolution de la culture humaine. C’est  Herbert spencer, savant contemporain de Darwin et tout aussi influent que lui, qui applique le principe de « la survie du plus apte » aux sociétés humaines et formule pour la première fois, le principe du darwinisme social, une théorie qui postule que l’hérédité (les caractères innés) aurait un rôle prépondérant par rapport à l’éducation (les caractères acquis). Cette théorie qui postule la hiérarchisation des races humaines et la disparition des êtres les plus faibles pour laisser la place aux races et aux êtres les mieux armés pour survivre a servi de base scientifique à plusieurs concepts politiques liés à la domination par une élite, d’une masse jugée moins apte au nombre desquels le colonialisme, l’eugénisme, le fascisme et le nazisme

 

Cette première aventure de la sélection naturelle hors du champ de la biologie a séduit un moment la communauté scientifique avant d’être unanimement décriée par tous.  Comme il fallait s’y attendre, cette désillusion  rendit suspect toute les tentatives d’application des idées de Darwin en dehors du champ de la biologie. Ce n’est qu’au début du 20ème siècle que Thorstein Veblen, un économiste américain du début 20ème,le premier, évoqua dans ses travaux que la sélection naturelle a non seulement lieu au niveau génétique mais à une multitude de niveaux, en particulier au niveau des institutions et des habitudes humaines. Vers le milieu du vingtième siècle, Donald T. Campbell, proposa à son tour, sans grand succès, une application du principe de sélection naturelle dans les sciences sociales en tentant d’expliquer le développement des connaissances par ce mécanisme.

Mais, à partir des années 70, il y a une explosion de la pensée appliquée à l’évolution du comportement humain et des adaptations humaines.  De nouvelles disciplines scientifiques telles que la sociobiologie et l’écologie comportementale, et surtout  les théories néo darwiniennes de la culture ont cherché à remettre en cause cette conception du déterminisme biologique. Elles proposent d’appliquer les logiques de l’évolution aux phénomènes sociaux et culturels.

Au nombre de ces différentes théories proposées, celle du biologiste anglais Richard DAWKINS basée sur le concept du  “ mème ’’ se distingue par sa cohérence et sa pertinence  et mérite qu’on s’y appesantisse à cause de l’intérêt potentiel qu’il offre dans le cas du sous développement de l’Afrique.

 

La théorie du mème

La théorie de l’évolution des êtres vivants par la sélection naturelle, telle que conçue par DARWIN  postule que  Si les êtres vivants varient, et si, à un moment donné, certaines  variations présentent un avantage sélectif quelconque par rapport aux autres caractères en conférant un avantage sélectif, c’est-à-dire, une capacité à survivre ou à mieux vivre à ceux qui les possèdent, et si  ces variations sont transmises aux générations suivantes, alors ces variations seront plus abondantes dans la population, générations après générations, et de façon inexorables, les membres des générations successives seront de plus en plus adaptés aux conditions du milieu ou a lieu la sélection et par conséquent auraient, d’une manière ou d’une autre, évolués par rapport à leurs ascendants. Selon Darwin, cette inexorable évolution par voie de sélection naturelle, se produit toujours et inévitablement, si ces trois conditions : variation, hérédité et sélection sont réunies et par conséquent,  la roue de l’évolution n’est pas mue par un malin génie ou quelque plan divin, mais par une simple logique mathématique qui se joue aux grés des conditions du milieu. L’idée éminemment transcendante de Darwin réside donc dans cette conception de l’évolution comme un processus de descendance avec modifications ou en termes plus technique, de réplication avec mutation.

Dans son livre : « le gène égoïste » publié en 1976,  Richard DAWKINS, a revisité la théorie de Darwin en vulgarisant l’idée, de plus en plus admise au sein de la communauté scientifique, selon laquelle, bien que la sélection naturelle se concrétise au niveau de l’individu ou du groupe, en réalité, elle ne se réalise ni au profit des individus, ni des espèces ou des groupes, mais uniquement au profit des gènes. C’est, en effet, le caractère gouverné par le gène qui est matériellement copié et transmis de génération en génération. Les individus porteurs de ces gènes ne sont rien d’autre que des hôtes ou des machines obligés de faire vivre le gène parasite pour assurer leur propre survie. En cela, les gènes sont,  selon l’expression de DAWKINS,  « égoïstes ». Le gène qui est le modèle copié ou le patron est le « réplicateur » et c’est la compétition entre  réplicateurs  qui induit l’évolution des êtres vivants.

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Richard Dawkins à Cooper Union à New York, septembre 2010

En identifiant le gène comme réplicateur et non l’individu tout entier, DAWKINS, donne une nouvelle dimension à la théorie darwinienne en la rendant apte à répondre aux questions auxquelles elle ne donnait pas une réponse satisfaisante dans sa forme originale par rapport aux évolutions des cultures humaines.  En effet, en explorant les cultures humaines, dans le cadre du Darwinisme Universel, qui est un courant de pensées qui exploite la théorie de Darwin pour expliquer les évolutions culturelles, Dawkins découvrit qu’il existe dans le monde vivant, dans l’espèce humaine, en particulier, un autre réplicateur qu’il a baptisé  « mème » par dérivation du grec mimesis signifiant imitation et en jouant sur les deux mots : gène et même avec le sens de « ce qui est imité ». Selon DAWKINS, la transmission culturelle d’un individu à l’autre  passe par un support original : le “mème’’, qui est un homologue du gène de l’hérédité. Le dictionnaire Oxford, qui compte parmi les premières institutions à valider ce mot, définit le mème comme un élément d’une culture pouvant être transmis par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation. Les  mèmes sont donc, des unités, supports de l’information sociale qui se transmettent par imitation.

Dans cette perspective, la transmission d’information par les gènes  des parents aux enfants n’est plus la seule voie héréditaire reconnue. L’héritabilité ou l’hérédité des différences prônée par le chercheur français E. DANCHIN englobe l’hérédité génétique et l’apprentissage qui sont les deux principales voies par lesquelles les différences des parents sont transmises aux enfants. Sur le plan social, c’est, essentiellement,  par l’apprentissage que les différences des parents sont transmises aux enfants. Par exemple, la marche et le langage, qui sont deux qualités spécifiquement humaines, s’acquièrent, tous deux, par apprentissage sur la base de l’imitation. Autrement dit, on apprend à marcher, et à parler par imitation, on devient donc, véritablement, Homme par apprentissage. Le savoir vivre et la grande majorité des savoirs faire chez l’homme s’acquièrent par apprentissage. Ce sont ces  considérations  qui ont inspiré à  DAWKINS  sa théorie originale basée sur le concept du  mème.

Concrètement, un mème  est une unité d’information transmissible : une idée, l’idée de Dieu par exemple, une recette de cuisine, une chanson, une opinion, un théorème mathématique,  une habitude, une technique, un mode, un comportement,  une ritournelle, ou une phrase toute faite, qui se copient d’un cerveau vers d’autres cerveaux selon des processus évolutionnaires, notamment l’imitation et dont quelques exemples  parmi les plus répandus sont décrits ci-dessous :

 Quelques exemples de mèmes parmi les plus courants :

  • la chanson Happy Birthday to You  est un des mèmes les plus performants de tous. Il est présent   dans presque tous les faits culturels de fête d’anniversaire
  • la technologie contient de nombreux mèmes qui sont liés à son évolution (voiture…) ; la     technologie démontre clairement le mécanisme de mutation permettant à des améliorations    d’apparaître et de se répandre.
  • les images pouvant être associées à des épisodes de l’histoire,
  • les images associées à des représentations du monde,
  • musiques, idées ou pensées que l’on ne peut chasser de son esprit
  • blagues, du moins celles qui sont communément considérées drôles
  • proverbes, dictons et aphorisme  les poèmes épiques étaient très importants pour conserver l’histoire orale
  • religions et croyances
  • traditions et théories diverses

Mais, attention, toutes les idées ne sont pas des mèmes. Pour qu’une idée devienne un mème, il faut qu’elle soit copiée par une personne de chez une tierce. Tout ce que nous apprenons en copiant sur les autres sont des mèmes : les langues parlées, les chansons, les coutumes et traditions, les modes vestimentaires ou culinaire etc. sont autant de mèmes réels ou imaginaires qui meublent nos vies.  De même, sur le  continent africain, on peut identifier quelques mèmes spécifiquement africain qui ont pris corps, se répliquent sous nos yeux et marquent, chacun à sa manière, l’évolution, voire le développement du continent.

Quelques mèmes spécifiquement africains parmi les plus courants identifiés par moi

  • Le premier mème facilement identifiable  est l’idée de la conférence nationale. Organisée en Afrique pour la première fois au Bénin en février 1990, ce forum politique était originale et  a séduit plus d’un sur le continent et. Il sera copié par un grand nombre de pays. Dès lors, cette idée originale est devenue un mème copié par un grand nombre de pays.
  •   Un autre  mème qui fait consensus sur le continent est l’usage du viol comme arme de guerre       et de domination au cours des conflits armés. La première fois que cette pratique a été évoquée dans un conflit armé des temps modernes en Afrique, c’était au cours de la guerre civile, de sierra-Leone entre 1991 et 2001. Mais chemin faisant, cette barbarie sera rééditée au Liberia, au Rwanda,  en Centrafrique, en  RDC, en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Mali en 2012. Ce qui n’était qu’une folie ou une lubie passagère est devenu, au fil du temps, une mentalité, un mème qui malgré les récriminations et menaces de tous genre, se réplique allègrement sur le continent.

A l’instar de ces deux mèmes, une foule d’autres circulent de manière prépondérante sur le continent au nombre desquels on peut citer :

  • La confiscation du pouvoir,
  • Les coups d’Etat,
  • Les fraudes électorales et les contestations électorales,
  • l’émigration clandestine des jeunes en direction de l’Europe ou des pays africains,
  • les affinités ou la préférence ethnique ou régionale
  • Les funérailles  dispendieuses, etc.

Suivant ces exemples, chacun peut identifier une foule de mèmes qui circulent dans son environnement. La mémétique ou la transmission de l’information par les mèmes joue donc au plan social, une fonction analogue à celle que joue la génétique au niveau des individus.

Les mèmes sont donc des unités informationnelles qui ont trois propriétés :

– La capacité à se reproduire, à se répliquer, à se multiplier.

– La copie est fidèle

– Le processus de réplication est évolutif

Pour Dawkins, la culture de chaque groupe humain peut être décrite comme un ensemble  de mèmes. Les mèmes se transmettent de cerveau à cerveaux en se répliquant, comme les gènes, au cours de la reproduction. La réplication s’effectue ici, principalement, par imitation, au sens large, d’autrui, les bons réplicateurs culturels, tels de belles accroches publicitaires, conquièrent ainsi les populations humaines et deviennent la mode du moment. Les mèmes se transmettent donc d’un cerveau à l’autre comme les microbes se transmettent d’un individu à l’autre dans un processus épidémiologique.

Mais, comme dans tout processus de copie, ajoute R. Dawkins, Le processus d’imitation ne se réalise pas toujours à la perfection. Tout Comme pour les gènes, au cours du processus de réplication génétique, dans le processus de copie du mèmes, il y a aussi des ratés avec production de copie entachée d’erreurs. Ces modifications de parcours, volontaires ou involontaires, représentent les répliques mutantes ou mutations du mème. L’innovation sociale représente donc une mutation d’une idée préexistante. C’est un saut qualitatif réalisé  à partir d’une idée ancienne qui a muté et qui est retenu par la sélection mémétique à cause de la meilleur ou nouvelle fonctionnalité qu’elle offre. La nouvelle idée crée un comportement nouveau qui devient un nouveau mème dès lors qu’elle est copiée et entre en concurrence avec  les anciens pour se fixer dans la mémoire des hommes chez qui il entraîne une évolution mémétique.

Y a-t-il un tri sélectif ou raisonnable dans la copie du mème ? L’homme étant un animal raisonnable, on devrait s’attendre à ce que la copie du mème, de cerveau en cerveau, se fasse sur les bases de vérité, d’utilité ou de bonté. Pourtant, de nombreux mèmes prospèrent autour de nous, tout étant faux, futile ou dangereux. Le fait est que tout comme l’évolution génétique, l’évolution mémétique ne se réalise, ni dans l’intérêt des individus qui portent les mèmes, ni dans celui de l’espèce humaine à laquelle ils appartiennent, mais uniquement dans l’intérêt exclusif du mème qui ne prospère que par le nombre grandissant de copie de lui-même qui se réalise. Dès que l’opportunité s’offre à lui, le mème se fait copier, sans regarder au préjudice probable pour le porteur. De ce point de vue, il est, comme le gène, égoïste, selon l’expression de DAWKINS. Ainsi, malgré  tous les horreurs de l’émigration clandestine  documentés et relayés par tous les médias, les candidats à l’émigration ne se découragent pas et le mèmes de l’émigration  se replique inexorablement au dépends même de la vie de ceux qui le reproduisent comme on peut le constater à travers les drames de Lampedusa et de Malte dans l’actualité récente du continent.

En effet,  malgré les risques, les écueils et les dangers des voies de l’émigration connu de  tous les candidats à l’émigration, malgré le drame affreux survenu le 03 Octobre 2013 où une embarcation chargée de 500 réfugiés majoritairement érythréens a chaviré près de l’île italienne de Lampedusa et ou seuls 155 migrants ont survécu, les autres étant morts ou disparu dans la mer, le 11 Octobre 2013, un autre bateau chargé de 230 migrants originaire de la  Corne de l’Afrique a connu le même sort près de Malte. Seuls 143 migrants ont été sauvés et conduits à La Valette. Je reste, pour ma part, convaincu qu’ils sont encore très nombreux les candidats à l’émigration sur le continent qui, les jours à venir, prêteront  leur corps à un mème égoïste qui se multipliera à leurs dépends.

 

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Les cercueils des victimes du naufrage dans une hangar de l’aéroport de Lampedusa, le 5 octobre 2013. Photo : AFP

Cet exemple rend compte, à merveille, du pouvoir inimaginable des mèmes sur nos vies et donne une idée des efforts à fournir pour déprogrammer l’influence des mèmes négatifs dans une société. Le mème et l’individu qui le porte se développent, chacun pour son propre compte, le mème grossissant du nombre de copies de lui-même qu’il arrive à faire.

De leurs capacités, plus ou moins grande, à se faire copier, indépendamment, de leur nature, conforme ou non aux valeurs admises, on distingue des mèmes, statistiquement, dominants qui, comme le miel, accroche tout ce qui bouge, contraignant la majorité à les copier et des mèmes récessifs qui ont parfois tout bon, mais accroche très faiblement.

A la suite de Dawkins, le concept du mèmes a été développé par Susan Blackmore, Daniel Denett et quelques autres. Dans son œuvre “La théorie des mèmes’’ publié en 1999, Suzan Blackmore théorise sur des phénomènes sociaux qui sont des regroupements de mèmes qui s’associent  formant un complexe co-adapté de mèmes ou méméplexes pour optimiser leurs chances de réplication. Les religions, les entreprises, les partis politiques sont quelques exemples de méméplexes identifiés par elle. Le méméplexe de la religion formé par l’association du mème idée de Dieu miséricordieux et celui du feu de l’enfer qui se tiennent et se renforcent mutuellement et ont particulièrement le vent en poupe.

Ainsi, tout comme les chromosomes, sur lesquels sont localisés les gènes, sont le support de notre patrimoine biologique, le cerveau humain, base de données des mèmes  est le support de notre patrimoine culturel.  Le mème est comme un programme intelligible qui prend naissance dans un coin du cerveau et se noie dans le programme de vie de l’homme et qu’il devient difficile d’extirper et qui doit sa survie à sa capacité à se faire copier, à émerger de la sélection mémétique naturelle dans laquelle le torrent de l’évolution l’entraîne. Ainsi l’évolution se réalise par une spirale suivant laquelle, avec de larges chevauchements, les phases d’imitations et d’innovations s’alternent pour donner à chaque moment une adaptation originale. Nul doute que la pertinence de l’idée du mème, comme tout mème, va se propager de cerveau en cerveau et fera unanimité dans le monde scientifique, les années à venir comme c’est déjà le cas avec l’entrée du mot mème dans le dictionnaire Larousse 2014

 

Mèmes,  culture et développement

L’impact des mèmes sur nos vies peut être observée, non seulement, au niveau de l’individu, mais aussi au niveau de la société toute entière. Au niveau de l’individu, les mèmes, en tant que idées impactent nos pensées et nos options personnelles de développement et au niveau social ou communautaire, ils impactent la perception du monde et les courant de pensées élaborées par la communauté pour répondre aux exigences du moment.

Ainsi chaque société hérite des sociétés antérieures, un ensemble d’idées, de comportements et de savoir être qui sont autant de mèmes qui vont marquer l’évolution du  corps social, de la même manière que les gènes marquent la vie individuelle.

La  tradition, comme système de valeurs des civilisations humaines transmises de génération en génération, est  le vecteur de prolifération, par excellence, des mèmes. Les rites, les coutumes, les idées, les comportements se nourrissent et se reproduisent par des mèmes qui se copient  d’un cerveau vers les différents cerveaux de la communauté, de génération en génération, suivants les pressions du moment.

Chaque culture est ainsi formée par des méméplexes,  originalement imbriqués, suivant les pressions de sélection qu’elle a subit au cours du temps. La mémétique permet alors d’expliquer certaines étapes de l’évolution humaine que la sélection naturelle appliquée aux seuls gènes explique mal comme par exemple le langage, l’altruisme, l’empathie, la solidarité, etc.

La théorie  mémétique  offre donc une opportunité  inespérée pour jeter un regard nouveau sur l’évolution des formations sociales, en particulier celle de l’Afrique subsaharienne. L’éclairage mémétique permet de revisiter les faits de société, et d’étudier par une approche pluridisciplinaire, les différentes adaptations socioculturelles  à l’intérieur des communautés, pour montrer que les modes de vie et les façons de percevoir le monde, de penser ou d’agir, conditionnées par les mèmes qui ont eu cours et surtout les pressions de sélection qui les ont soutenues ou non, au cours des âges, ont influencer et, modeler les sociétés humaines, déterminant leur évolution dans un sens ou un autre.

La sélection naturelle, nous l’avons déjà dit, n’a plus, pratiquement, cours dans les sociétés humaines, ou les facteurs économiques et culturels sont prépondérants, mais la sélection mémétique, elle, continue partout et déterminent les transformations sociales. Ceci permet donc, sans verser dans le darwinisme social, de rapprocher l’esprit d’évolution de Darwin à l’évolution culturelle des sociétés humaines en générale, et africaines en particulier. L’évolution, à la lumière de la mémétique, peut alors s’énoncer ainsi :  “Si les sociétés humaines se transforment et que ces transformations conditionnent leur capacités à bien vivre ;  si ces transformations sont soutenues, génération après génération, alors les innovations qui permettent de bien vivre deviendront de plus en plus communes et les sociétés des  générations successives seront développées, d’une manière ou d’une autre, par rapport aux sociétés précédentes’’.

Partant de ce postulat, la stagnation socioéconomique du continent africain indique alors que peu de transformations sociales performantes ont été faites ou soutenues dans le temps, preuve donc que la sélection mémétique inévitable a orienté les mèmes qui dominent dans la société africaine vers ce résultat là, à cause des pressions ressenties ou non ou tout simplement  de l’égoïsme des mèmes évoqué plus haut. Le vécu des peuples influence donc, sensiblement, le cours du développement des peuples. Il importe alors de rechercher les mèmes majeurs qui ont rythmé l’imbrication des différentes adaptations sociales et cultures africaines, pour savoir pourquoi les choses ont tournées dans un sens ou un autre.

La sélection mémétique est donc une clé qui a joué dans l’évolution sociale récente du continent africain, en ce sens que son sous-développement  ne serait que la résultante des différents mèmes qui se sont confrontés et les pressions de sélection  qui se sont exercées, et  qui l’ont conditionné et  modelé au cours du temps pour aboutir à ce qu’il est de nos jours. Le Darwinisme Universel offre l’opportunité de questionner les tares  du continent qui participent de son sous développement, à la lumière de la mémétique, pour identifier les mèmes qui ont piloté cette orientation et comment faire pour les déprogrammer afin que l’Afrique entre de plain pied dans la modernité et la mondialisation.

D’un point de vue mémétique, cerner les fondements du sous-développement de l’Afrique subsaharienne aujourd’hui, en d’autres termes, comprendre le pourquoi du faible niveau de technicité, du faible essor économique, de la mauvaise qualité de vie de la majorité et de la mal gouvernance observés dans tous les pays de l’Afrique au sud du Sahara, revient à identifier et analyser les différents mèmes engendrés au cours du temps et  toutes les pressions de sélection qui ont pu s’exercer, dans tous les domaines, sur ces peuples pour aboutir, dans une compétition mémétique inévitable, aux cultures, aux systèmes de valeurs et aux modèles socio-économiques actuels, visiblement non en phase avec le développement tel que perçu de nos jours.