Bénin: le linge sale à laver en famille.

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 La situation actuelle au Bénin est très préoccupante. La crise sociale est profonde. Le bras de fer gouvernement/syndicat se radicalise chaque jour un peu plus et la peur que la situation dégénère à tout moment est grande. Pourtant, une soupape certaine de la situation  est un compromis satisfaisant sur la LEPI ( Liste Électorale Permanente Informatisée). Sa correction satisfaisante est attendue par tout le pays et visiblement c’est le flou total autour de ce qui a vocation d’être un outil de transparence électorale. Question de moyens ou simplement anguille sous roche?

Une fois n’est pas coutume, je veux commencer ce billet par une devinette. Juste une petite colle qui n’est rien d’autre que le secret de polichinelle le plus célèbre du Bénin.

Je suis une base de données béninoise.

Sur mes pages et dans mes champs sont enregistrées les données d’état civil, biométriques et d’adressage de tous les béninois de 16 ans et plus.

Je connais où se trouve chaque béninois, mais aucun béninois ne sait où me trouver.

Que suis-je ?

Oui ! Oui ! Tout à fait. Mais bravo à tous!

 Je suis la Liste Électorale Permanente Informatisée (LEPI).

Un véritable serpent de mer

 Outil de performance administrative, de développement économique et surtout de transparence électorale, la LEPI ( Liste Électorale Permanente Informatisée) a été  mis en place  de 2009 à 2011 pour consolider la démocratie béninoise. Elle a servi pour la première fois, lors des élections présidentielles puis législatives de 2011  qui ont paradoxalement conduit à des scrutins suivis de fortes réclamations et contestations dans le pays. Depuis lors, plus aucune trace de cette base de données dans le pays.

Elle s’est située pendant un moment au ministère de l’intérieur, mais non, elle n’y était pas. Puis on l’a située dans les bureaux du  PNUD à Cotonou., mais non, l’information a été vite démentie.

Où donc est-elle dans le pays?  Bien Malin qui peut le dire.

«Actuellement, dans beaucoup de milieux, au Bénin, les gens ne croient pas qu’il y a une LEPI au Bénin. La LEPI est devenue une sorte d’arlésienne béninoise, un véritable serpent de mer qui menace la démocratie béninoise.

La priorité des priorités

Depuis les frustrantes élections de 2011, la correction de la LEPI est la priorité des priorités pour l’ensemble de la nation béninoise et de toute part fusent des messages allant dans ce sens à l’endroit du gouvernement surtout en prévision des élections municipales et locales qui doivent se tenir en 2013.

Dans cette optique, Suite aux élections à polémique de 2011, une mission d’évaluation de la LEPI a été commanditée par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) sur la demande du Gouvernement.  Cette mission  à auditer la LEPI sans avoir eu accès à la base de donné elle même. Le rapport de son audit contenant 39 recommandations dont la plupart visent la mise à jour, la correction et/ou la révision du fichier électoral de 2011, a été présenté à divers acteurs politiques et à la société civile le 1er avril 2012. .

 A la veille des élections communales et locales de 2013, un nouveau consensus s’est dégagé au sein de la classe politique béninoise pour la correction de cet outil, plus que jamais incontournable de gestion des processus électoraux. Le  Chef de l’Etat lui même était très engagé sur la question pour que les élections municipales se tiennent à bonne date, pourtant du coté du gouvernement c’est le calme plat, jusqu’au report  sine die de ces élections municipale et communales..  !

Après moult tergiversations, le Conseil d’Orientation et de Supervision pour la correction de la  LEPI, (COS-LEPI)  a été installé en mai 2013.

Dans un point de presse tenu à son siège 2 mois après le démarrage de ses activités, Le président du COS LEPI avait annoncé le chronogramme de la mise en œuvre pratique du processus de révision qui se déroulera en dix (10) phases, dont les principales sont l’audit participatif, l’enregistrement complémentaire des citoyens, la consolidation et le dédoublonnage, l’extraction de la version actualisée de la LEPI et la distribution des nouvelles cartes d’identité à valeur de carte d’électeur..

Ce  chronogramme d’activités  prévoit la mise à disposition de la liste actualisée pour le mois de novembre 2013». Ce délai est passé à janvier 2014, puis février 2014 et actuellement à juin 2014. Mais, sur un budget prévisionnel de 9 milliards, le gouvernement n’a à ce jour versé que quelques millions au COS LEPI ce qui fait douter de sa bonne foi pour voir aboutir cet outil pour des élections transparentes et apaisée.

La preuve, à plusieurs reprises, le Cos LEPI a annoncé l’impression et l’affichage des listes de 2011 ; mais elle n’est toujours pas rendue publique et encore moins, affichée. Les différents acteurs du processus ne finissent pas d’être formés. et il est difficile, à ce jour, de dire ce qui se corrige par le Cos-LEPI

En conséquence, dans beaucoup de milieux, aujourd’hui, les gens ne croient pas qu’il y a une LEPI au Bénin. Chacun y va de ses interprétations  et de nombreuses voix s’élèvent pour demander son abolition pure et simple.

Une inquiétude partagée par la communauté internationale

La correction de la LEPI est aussi une préoccupation de la communauté internationale. La Fondation allemande Friedrich Ebert à Cotonou  a consacré à ce sujet le vendredi dernier, 14 février 2014, une rencontre d’échanges dénommée « Soirées politiques ».

Placée sous le thème «Regards croisés des acteurs politiques et de la société civile sur la Liste Electorale Informatisée (LEPI) », cette soirée  a été animée par trois personnalités, à savoir, l’honorable Sacca Lafia, président du COS-LEPI, Honorable Basile Ahossi, membre du COS-LEPI et Orden Alladatin, expert électoral en présence de nombreuses autres personnalités et diplomates en poste à Cotonou..

Le moins qu’on puisse retenir de cette soirée de réflexion, est que même au sein du COS LEPI les avis diffèrent sur l’effectivité de l’existence de la LEPI.

« Je suis relativement satisfait parce qu’on a au moins quelque chose qu’on corrige aujourd’hui », s’est réjoui le président du COS-LEPI.  Pour le député Basile Ahossi également membre du COS LEPI, «Je sais qu’il y a une liste, mais dire que c’est de la LEPI me paraît difficile », pour Aurélien Agbénonci, fonctionnaire international béninois, autre participant de cette soirée : «Il faut retirer la LEPI des mains des politiciens  et confier  sa gestion à un organe non partisan ».

 Pour sa part, Constantin Grund, Représentant Résident de la Fondation Friedrich Ebert au Bénin.a conclu la soirée en ces termes : « De mon interprétation personnelle,  l’absence durable de consensus sur ce sujet important ne porte pas seulement atteinte à la vie politique nationale, mais est également l’indicateur d’un manque de confiance vis-à-vis des institutions compétentes »,

 

Un linge sale à laver en famille.

Visiblement, il y a trop de zones d’ombre, trop de flou autour de la LEPI, qui est censé être un outil de transparence électorale.

 En définitive que cache le manque de volonté du gouvernement pour rendre disponible la liste 2011 de la LEPI et accompagner sa correction effective ?
–  La gène de voir ressortir les incohérences de la LEPI sans raisonnablement admettre que  la victoire KO du président Yayi BONI en 2011 sur la base de cette liste est problématique ?

–  Ou plus grave encore, l’intention inavouée que lui prête l’opposition de faire du dilatoire pour conserver en l’état la liste de 2011 et la sortir au dernier moment pour faire gagner le camp du président Yayi aux élections présidentielles de 2016,

Dans la première hypothèse, c’est le passé qui est visé. Nul ne peut revenir sur la chose jugée. Toutefois, on ne saurait épargner à personne les états d’âme de ses propres inconséquences. Si gène il y a, elle est, de toute façon, sans objet.

Quant à la seconde hypothèse, elle vise l’avenir et à ce titre, si ces accusations étaient avérées elles constitueraient un précédent d’une extrême  gravité. Une telle allégation porte en elle le germe du dévoiement des institutions démocratique et augure des lendemains sombres pour le pays.

Le Bénin a à sa manière porté sur les fonts baptismaux la démocratie en Afrique, de telles allégations préfigurent  que  l’oraison funèbre des démocraties africaines sera encore prononcé au Bénin.

Une porte de sortir de cet imbroglio de la LEPI est, peut être, un consensus national pour enterrer tout simplement cette LEPI, et d’initier une nouvelle base de données dont la conception et la réalisation seront confiées à un organe non partisan dont la gestion pourra être accessible à tous les citoyens. Une façon de laver le linge sale en famille pour avancer au lieu de l’enlisement qu’on observe actuellement.

Il faut dire que personne n’a vraiment compris ce qui s’est passé en 2011, des anonymes ont réussi à se faire élire député au grand dam des personnes portées par toute la région. La seule façon de ramener la confiance et la sérénité dans tous les esprits autour des scrutins à venir, c’est de réinitialiser le fichier électoral, une remise à plat du fichier électoral. Naturellement, c’est dommage de passer par perte et profit plus de 40 milliards de francs investi dans la réalisation de la LEPI, mais la paix n’a pas de prix.

Un simple lifting de la LEPI sans un mode de gestion transparente n’est pas souhaitable. Vivement que les autorités qui ont le pouvoir de décision au Bénin prennent la mesure de la situation et font le choix satisfaisant pour le pays.